Itxassou (64). Sous le toit du monde
Ecoutez et plongez-vous dans l’environnement des cabanes d’Itxassou…
sod01ruisseau.mp3Frédéric Jeanniot et Sue Clark nous proposent de réaliser un rêve d’enfant, vivre dans les arbres, posé sur les chênes centenaires basques
C’est un jeu d’enfants. Un truc entre « t’es pas cap ! » et « le monde un jour sera à nous ». Une histoire de petits gars qui veulent prendre de la hauteur. De secrets échangés, de serments, de toujours et pour toujours.
L’idée serait de passer des journées entières dans les arbres. De l’aube au crépuscule et vice-versa. Toute une vie. Loin, haut, caché, entre les feuilles et les oiseaux. Un rêve entre « Le Baron perché », de Calvino, et « La Guerre des boutons ». C’est une idée vieille comme la civilisation et la nostalgie de l’aube du monde. L’empereur Caligula avait sa cabane. La reine Victoria aussi, bâtie dans un tilleul vieux de 600 ans où elle prenait le thé. On dit que la ville du Plessis Robinson (Crusoë, bien sûr) lui devrait son nom pour ses cabanes du parc de Sceaux. Et Robin des bois lui-même ne vivait-il pas, selon la légende, dans un village construit dans les arbres de la forêt de Sherwood ?
Autre pays de bandits d’honneur et mêmes cabanes, le Pays basque. Ses montagnes, ses chênes séculaires, ses animaux comme surgis de l’aube des temps, son petit peuple qui joue à saute-frontière, son horizon comme une menace d’exil ou une promesse de lendemain.
Rêve zen.
C’est tout là-haut. Caché sous la futaie des arbres. Disséminées le long du massif du Mondarrain, trois cabanes posées sur des chênes centenaires avec vue sur l’Artzamendi et au loin, si loin que ce pourrait être l’Amérique, Cambo-les-Bains. Cela s’appelle Legordia Borda. Un décorateur et sa femme, anglaise, ont eu l’idée de ces cabanes d’hôtes, construites autour d’une bergerie, rêve zen de bobos stressés, fantasme un tantinet régressif, adoptées avec enthousiasme par les Basques séduits par la proposition. Et ceux-ci de rappeler le souvenir fabuleux du Restaurant du chêne d’Itxassou, juché dans son arbre et dont on dit qu’il compta parmi ses visiteurs Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir que la hauteur de vues n’effrayait certes pas, mais habitués à des joies plus citadines.
De fait, qu’est-ce qu’on fait dans une cabane ? Pas grand-chose justement et c’est ce qui est bien. Des trucs très agréables, rien, l’amour, vieillir, retomber en enfance. On peut y amener un livre, ses soucis, des dossiers en retard, une femme aimée. On peut aussi se présenter seul et s’en porter bien. Cette solitude-là sera peuplée. Dans les cabanes en cèdre rouge de Legordia, on peut se laisser dissoudre dans le tumulte des animaux de la montagne, les pottoks, les mulets, les betisoaks, les manechs et les vautours qui surveillent leur petit monde et donnent à tout cela un air de « Lucky Luke ». Il n’y a plus ni soleil ni pluie. Le bruit du vent, l’écho d’une cascade dans le lointain, le crépuscule, la nuit profonde et l’aube qui serait à chaque fois le commencement du monde. Il ne faut rien rater de tout cela et accueillir les yeux ouvert ces prodiges. On a toute une vie pour dormir. Et rien à gagner, jamais, à redescendre de son arbre.
Plus d’infos sur www.legordia.fr
Article d’Olivier Mony.


K dit :
Formellement déconseillé.
proprio pas sympa.