Biarritz (64). La Côte basque hisse le pavillon rose
Les surfeuses ne sont pas des sirènes. Avec une queue de poisson, comment pourraient-elles porter des tongs Roxy ? La marque phare du surf féminin patronne pour la deuxième année consécutive à Biarritz un événement protéiforme, artistique et sportif, qui distribue, entre autres, un titre de championne du monde de longboard et des sourires de « roxygirls » par vagues généreuses. La marque féminine, issue de Quicksilver dans les années 1990, profite au passage du doux arc de la Côte des Basques pour propulser la flèche du merchandising jusqu’à son coeur de cible : cette femme active et moderne qui se fringue en surfwear. « C’est un état d’esprit, pas une question d’âge », glisse Maritxu Darrigrand, la patronne européenne de Roxy.
Egérie.
Le pavillon du Roxy Jam flotte partout sur la cité basque, et les estivants sont au garde-à-vous, un doigt sur la couture du bermuda, sous les drapeaux bleu azur, blanc écume et rose Roxy, une espèce de rose magenta bonbon fluo glamour : « On a eu plus de public sur les deux premiers jours de compétition (NDLR : hier et avant-hier) que sur l’ensemble de la semaine en 2006 », assure Cathy Rourre, souletine d’origine, en charge de la communication.
Elle déplie le listing des journalistes présents dans le village officiel et fait les comptes : « Plus de 130 dans la semaine. Une, deux, trois, quatre… quinze nationalités différentes, avec des Japonais, des Russes et certains venus des Emirats arabes unis à l’invitation d’un partenaire. » La télé australienne retransmet le rendez-vous biarrot sur les écrans de Darwin et d’Adélaïde. Dans un coin, le Belge Hermann, journaliste de Jim (la MTV flamande), a décroché une interview de la plus courtisée des longboardeuses, la Californienne Kassia Meador (lire ci-contre).
L’égérie, comme la désigne Maritxu Darrigrand, incarne toutes les valeurs de la marque en « cumulant les résultats sportifs, la beauté et le charisme ». « Eh bien ! si je peux faire connaître le longboard, j’en suis très fière ! » sourit Kassia, naturelle et diserte. « Les sponsors viennent naturellement à nous parce que le niveau monte, parce que nous travaillons beaucoup pour cela. Et avec la venue des sponsors, le niveau des athlètes va monter, et c’est passionnant d’être parmi les pionnières de la discipline », s’amuse la jeune Américaine.
La poule ou l’oeuf d’or.
Le longboard se pratique, comme son nom l’indique, sur une planche plus longue. Moins spectaculaire que la petite mais millénaire dans le Pacifique, il a longtemps été le parent pauvre du surf, a fortiori dans sa déclinaison féminine. En investissant dans la création, en 2006 à Biarritz, d’un titre reconnu de championne du monde dans une discipline autrefois sous-médiatisée, Roxy illustre les liaisons lucratives entre le surf et les marques. Plus étroites encore que dans les autres sports.
« C’est sûr, les marques ont une responsabilité vis-à-vis de la discipline », note Maritxu Darrigrand. Qui, de la poule ou de l’oeuf d’or fut le premier ? Cela reste la question fondatrice. Mais l’émergence d’un surf féminin professionnel ces deux dernières décennies plus récemment, donc, pour le longboard a été intimement lié à l’explosion du marché du surfwear féminin, d’abord par Roxy (aux Etats-Unis, la marque représente déjà la moitié du chiffre d’affaires du groupe Quicksilver) puis par des sociétés concurrentes.
50 % de filles.
A la porte du village du Roxy Jam, les écoles de surf, hôtes à l’année de la douce courbe biarrote qui s’étire de la maison Belza à l’horizon espagnol, font les comptes. David, éducateur à la Vague Basque, résume : « Il y a dix ans, quand j’ai commencé, on avait 20 % de filles parmi nos adhérents. Aujourd’hui, c’est du 50-50 avec les garçons. » Maintes fois annoncée, l’éclosion définitive du surf féminin est devenue une réalité qui a dépassé les prophéties les plus optimistes.
Les « veuves du surf », comme on surnommait les filles aux scoubidous assises sur la plage en regardant les surfers bronzés, ne portent plus le deuil. Elles glissent. Et le machisme, alors ? Damien passe avec sa planche sous le bras. « Il n’y en a pas vraiment. Mais, bon, ça reste quand même un sport d’hommes. »
Article de Nicolas Espitalier


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