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Le jour de gloire de Labourdette

velo02.jpg « Le jour où j’ai planté le Cannibale. » Si, à l’instar de nombreux sportifs à la retraite, Bernard Labourdette avait dû écrire _ ou cosigner _ son autobiographie, il aurait pu choisir ce titre. Mais le Béarnais, fils de paysans de Lurbe-Saint-Christau, paysan lui-même jusqu’à l’adolescence, cultive la fierté des humbles. Celle qui consiste à se satisfaire d’un travail bien fait sans chercher à épater les autres, même si ce travail l’a conduit à côtoyer des champions cyclistes de légende, notamment Eddy Merckx, dit le Cannibale.

En 1971, lors de la 16e étape entre Luchon et Gourette, le Belge passait, pour une fois, la ligne d’arrivée en deuxième position, derrière Bernard Labourdette (1). C’était un 14 juillet, et le coureur français remportait là sa première et dernière victoire dans une étape du Tour de France. Qui plus est, la seule arrivée de l’histoire de la Grande Boucle à Gourette.

La troisième attaque.

« Il faisait un orage terrible », gronde Bernard Labourdette, dont les « r » roulent avec la force d’une chute de pierres le long du pic d’Ossau. « Une personne avait été foudroyée », se souvient-il, lui qui, ce jour-là, était touché par la grâce.

Deux jours avant, dans la descente du col de Mente, son ami et leader Luis Ocaña avait chuté. Blessé, il avait abandonné son équipe Bic et le maillot jaune. Le lendemain, à Luchon, Eddy Merckx avait refusé d’enfiler la tunique or. « On savait qu’il allait vite reprendre le maillot jaune, se rappelle Bernard Labourdette. Cette étape était dure, on devait franchir les cols de Peyresourde, d’Aspin, le Tourmalet, le Soulor et l’Aubisque. Jusqu’au Tourmalet, j’étais dans un petit groupe, derrière les hommes de tête, dont Merckx et Lucien Van Impe. On s’est regroupés à Argelès-Gazost. Puis j’ai placé une attaque dans la montée du Soulor. Merckx et Van Impe m’ont repris. J’en ai placé deux autres, et la troisième a été la bonne. J’ai passé seul le col du Soulor, puis l’Aubisque. On n’y voyait plus rien à cause de l’orage. J’avais mal aux jambes mais je me sentais des ailes. »

L’ami Ocaña.

Ironie de l’histoire, Bernard Labourdette allait connaître son heure de gloire à quelques kilomètres de son village natal, Lurbe-Saint-Christau, où il avait donné ses premiers coups de pédale sur un vélo sans pneus et sans freins, « avant d’aller traire les vaches ». « Sans le vélo, je n’aurais jamais vécu toutes ces choses », assure-t-il. Car la carrière de Bernard Labourdette ne peut se résumer à une victoire d’étape. Ce serait oublier qu’à 21 ans, il fut remarqué par Antonin Magne, dit Blouse blanche, directeur sportif des cycles Mercier, l’équipe de Raymond Poulidor. Et à 22 ans, alors qu’il venait juste de signer chez les pros, il termina 22e de son premier Tour de France. En 1971, son meilleur cru, il finit 8e, participa au championnat du monde et remporta une étape du Dauphiné libéré… devant Merckx.

L’un de ses plus beaux souvenirs reste la victoire d’Ocaña dans le Tour, en 1973. « C’est un plaisir différent, collectif. On avait gagné deux fois la casquette jaune du meilleur classement par équipe, ça comptait à cette époque. J’étais surtout heureux pour Luis », confie-t-il en repensant au coureur espagnol (2) qu’il connaissait depuis l’âge de 17 ans et avec qui il faisait chambre commune.

« Comme un cadet ».

De ses huit Tours de France, Bernard Labourdette n’a gardé que des maillots, des fanions, ainsi que d’innombrables articles et photographies. « Il continue de recevoir des lettres, venant même de Belgique », souligne Jeanine, son épouse. C’est à peine s’il montre de l’amertume en évoquant sa fin de carrière. « En 1976, Bic s’est retiré. On s’est tous retrouvés au chômage. J’ai fait encore quatre années en amateur, puis je suis rentré chez Messier, où l’on construisait des trains d’atterrissage. J’étais content, j’avais du boulot. » A 60 ans, ce paisible retraité fuit la foule et les mondanités. Remis d’une lourde opération à l’estomac l’an dernier, il a repris le vélo et entretient régulièrement ses muscles fins et nerveux de cycliste. « C’est ma passion, je suis comme un cadet », sourit-il. Quant au gain de la victoire à Gourette « 1 200 francs à partager au sein de l’équipe » , autant dire qu’il n’en reste rien.

Par Frédéric Zabalza

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