Camou-Cihigue (64). Les onze pastorales du père Harigile
« Eskerrik anitx. » Les yeux un peu fatigués, s’appuyant sur le makila que l’on vient de lui offrir, Junes Cazenave Harigile esquisse un sourire poli à chaque « merci beaucoup » qui lui est adressé en souletin. Et il y en eut dimanche soir de ces remerciements, au terme de la première représentation de la pastorale de Camou-Cihigue (Gamere-Zihiga en version originale) ovationnée par plus de 3 500 Basques, et quelques Béarnais. Le curé d’Alçay, qui a dix églises sous son aile, a reçu plus de louanges qu’il n’aurait espéré. A 83 ans, les compliments ont beau procurer du plaisir, ils ne font plus tourner la tête.
Pelote en Palestine.
« Il y a encore quelques petits points à changer, mais ce fut une belle pastorale », reconnaît-il, en saluant la performance des acteurs et des chanteurs, tous originaires du village organisateur, comme le veut la tradition de la pastorale. De l’agriculteur au maçon, toute la population travaille depuis des mois pour interpréter deux dimanches de suite, en costume, l’histoire de Renau d’Elissagaray (ou Eñaut d’Elizagarai), un Souletin qui modernisa la Marine royale sous Louis XIV et permit de remporter quelques batailles navales tombées dans les oubliettes de l’histoire. « Le sujet est choisi par le metteur en scène, l’errejenta (1). Moi, j’écris le texte », explique humblement le père Cazenave Harigile, auteur de onze pastorales, dont une exception, car « jouée en français à Lanne-en-Baretous ».
Le théâtre chanté et parlé n’est pas la seule forme d’écriture abordée par le curé. L’histoire, la poésie, les recherches ethnologiques et linguistiques sont autant de cordes à son arc. « J’ai réalisé un dictionnaire latin-basque mais je ne sais pas quand il paraîtra », confie le membre d’honneur de l’Académie basque, qui n’a jamais cessé de parler sa langue natale, même durant les trois années passées en Palestine pour ses études théologiques, où il assista, en 1948, à la naissance de l’Etat d’Israël. « Partout où je suis passé, j’ai toujours continué de parler en basque et à jouer à la pelote. A Limoges, j’ai fait construire un fronton. »
« En Eurovision ».
Depuis vingt-six ans, Junes Cazenave Harigile vit près de son village, Sainte-Engrâce. Là où ses parents et cousins oeuvraient pour « les Eaux et Forêts » de la haute Soule. Là où en 1929, à l’âge de 5 ans, il a vu sa première pastorale retraçant la vie de Moïse. « Je parlais déjà quatre langues : basque, français, espagnol et béarnais », s’amuse-t-il. Près d’un demi-siècle plus tard, en 1976, ses premiers textes étaient chantés dans ce même village. « J’ai toujours été imprégné de l’idée qu’il faut une certaine maturité pour écrire. On ne peut pas se lancer trop jeune. »
A peine deux ans plus tard (2), pour le millénaire de la bataille de Roncevaux, Junes Cazenave Harigile connaissait son heure de gloire. Sa pastorale « Ibañeta » fut jouée devant près de 100 000 spectateurs et retransmise « en Eurovision », à Burguete, près du lieu supposé où l’armée et Roland, le neveu mélomane de Charlemagne, furent occis. Cette année, seules les caméras d’Euskal Telebista filment l’intégralité de la pastorale. Le feu des projecteurs ne réussit pas à enrayer le déclin de la langue basque. « Je ne suis pas optimiste pour son avenir. Mais je ne veux pas non plus être pessimiste. Toutes mes messes sont dites en basque, sauf les enterrements », précise le curé.
Le yoga quotidien.
Pour entretenir la flamme, le père Cazenave Harigile écrit chaque jour de nouveaux textes en souletin, persuadé que la culture est encore le meilleur moyen de faire vivre une langue. De même que le yoga permet de garder la santé. « J’en fais une demi-heure tous les jours et je ne connais pas le stress. J’ai découvert le yoga en 1952, quand il n’était pas encore à la mode. Pendant trente-quatre ans, j’ai donné des cours de relaxation au public. On en entendait ronfler de temps en temps », dit-il, l’air amusé.
Par Frédéric Zabalza.


rolland dit :
slt sa va bien koi de neuf repond stp bsx