Soustons (40). Les Irlandais de Soustons descendent à Bayonne
Ce soir, Pottoka doit gambader dans les trèfles. Le petit cheval
basque, souriante mascotte de l’Aviron Bayonnais rugby, ne se promène
jamais qu’à la tête d’un cortège d’allégresse et de chants, tous
derrière, tous derrière, et lui devant. Les quelque 1 200 supporters
irlandais attendus au stade Jean-Dauger, aujourd’hui, pour le match
amical non officiel Aviron-Irlande, ignorent encore tout de l’animal
pyrénéen. Du « Vino Griego », le chant têtu dont s’enivrent jusqu’à
l’overdose ses admirateurs. De la fierté ombrageuse des Bayonnais, «
meilleur public » du rugby français. Du vieux conflit de voisinage qui
les unit à ceux d’à-côté, plus étroitement encore que n’importe quel
jumelage.L’ambiance du Munster.
Nigel Osborne, lui, sait déjà tout ça. « La vraie équipe de la région, dit-il, c’est Bayonne et pas Biarritz. A Dublin, il y a quelques années, j’ai joué avec un Basque, Eric Olazabal, et il m’a tout expliqué… C’est vrai qu’en Irlande, le Biarritz Olympique est plus connu grâce à ses participations à la Coupe d’Europe, mais le club de Bayonne a derrière lui les spectateurs. J’y ai retrouvé la même ambiance qu’au stade du Munster, à Limerick, où le public est exceptionnel. »
Pour partager cette découverte, mardi après-midi, cet ancien joueur des Dublin Wanderers s’est présenté à la billetterie du club bayonnais et a acheté 145 places pour le match de ce jeudi.
Si le gros des troupes vertes atterrira dans la journée sur le tarmac de Biarritz-Parme, en provenance directe de Shannon ou de Dublin, Nigel et ses 144 compagnons de tribune arriveront en bus. Et seulement de Soustons, à quelques dizaines de kilomètres au nord de Bayonne. Depuis huit ans, l’Irishman aux pectoraux d’acier a fait venir sur les installations du Centre nautique de la cité sud-landaise des milliers de jeunes rugbymen irlandais. « De l’équipe d’Irlande des moins de 20 ans, qui a réalisé au printemps dernier le grand chelem au Tournoi des Six-Nations, huit titulaires sont passés par Soustons quand ils avaient 15 ans », glisse ce Dublinois qui passe « quatre à cinq mois par an » dans le sud-ouest de la France.
Cours de français et de rugby.
Sur la seule année 2007, 900 garçons ont déjà travaillé leur technique rugbystique au bord du lac de Soustons. Cette semaine, Nigel Osborne encadre les stages de préparation d’avant-saison de deux équipes scolaires et un groupe d’élèves inscrits à son French Sports and Language Center : des 11-17 ans qui enchaînent chaque jour quatre heures de cours de français, quatre heures d’entraînement et quelques activités nautiques.
« La plupart ont déjà vu jouer l’équipe nationale irlandaise là-bas. Et nous avons fait venir des joueurs célèbres au centre, comme Brian O’Driscoll ou Gordon D’Arcy, ou encore des gens comme Abdel Benazzi et Richard Pool-Jones. Alors, c’est une chance supplémentaire d’avoir ce rendez-vous à Bayonne pour les voir jouer à quelques semaines de la Coupe du monde », souligne l’homme au nom d’alcool espagnol, qui reviendra « avec des copains » en septembre assister aux matches des Irlandais à Bordeaux contre la Géorgie et la Namibie.
« On battra la France ».
« Pour moi, l’Irlande battra la France dans le match de poule. Chez nous, on connaît déjà le nom des titulaires, alors que les Français en sont encore à chercher leur équipe type », juge Nigel Osborne. Ses jeunes protégés n’en pensent pas moins. Mark, 15 ans, ailier dans l’école dublinoise Saint Andrew, pense que l’Irlandais Hickie est le meilleur ailier du monde. Les Verts accéderont-ils aux quarts de finale ? « Definitely ! (C’est sûr !) » s’écrie Dylan, un flanker de 16 ans. Au bord du terrain d’entraînement, quelques parents en vacances à Labenne encourage les jeunes : « Come on, boys… » C’est poussif, lesdits boys devront faire mieux que ça, ce soir à Jean-Dauger, face au meilleur public de France.
Par Nicolas Espitalier.


Laisser un commentaire