Corps-à-corps avec Marx (PESSAC - 33)
Thierry Marx dispense
des cours de défense personnelle et gestion du stress, inspirée du krav maga.
Ces leçons s’adressent aux femmes en bonne santé et plutôt en forme. On a
testé. Aïe !
Lui
debout. Pleine force de l’âge. Pas envie de rigoler. Car Thierry Marx, le très
médiatique chef de Cordeillan-Bages, enseigne aussi les subtilités du krav
maga. Le krav maga qui, contrairement aux idées reçues, n’est pas un art,
martial ou autre, mais une technique de combat à main nue, du corps-à-corps, en
milieu hostile. Pour mieux situer encore, on peut ajouter que Thierry Marx a
été formé à cette pratique par l’armée israélienne.
Donc,
debout, carré comme un bloc de béton armé, il met la petite femme à qui il
enseigne en situation de stress ou d’agression. Il s’adresse à elle sans
fioritures : « Tu me pousses à l’épaule, comme si tu voulais me bousculer
vraiment. » La petite femme tente une poussée de la main droite sur l’épaule
bétonnée du chef. Qui s’agace. « Non, là, tu me masses. J’ai dit un vrai coup.
» L’agresseuse y va et se retrouve aussi sec genou à terre, le bras tordu et le
cou maintenu de main ferme. Même pas mal. Il faut se relever, ne pas chouiner
tandis que le professeur enchaîne une autre scène d’agression, sans lui laisser
le temps de se repoudrer le nez.
Périmètre
d’intimité. Entre deux coups, il ne cesse de parler. Commente, raisonne,
explique, provoque une poussée de tension chez l’élève. « Le but du krav maga
est de sortir d’un conflit le plus vite possible, de ne pas laisser l’attaquant
entrer dans ton périmètre d’intimité et de reprendre un périmètre de sécurité.
Le krav n’est pas un art, le geste est moche parce qu’il répond efficacement à
ce qui est le plus laid dans la vie. »
Puis il
ordonne : « Tu m’étrangles, allez, vas-y avec les deux mains. » Comme il
insiste, l’élève tente une strangulation avec un peu plus de conviction, parce
qu’à ce stade de la leçon, elle aussi commence à trouver ce jeu énervant.
Encore perdu. Les bras en vrille, le menton à l’ouest, elle capitule, mais non,
elle ne crie pas.
« Le krav
n’est pas un sport, il n’y a pas de règle, ça répond à une agression, on est
dans la réalité d’une agression. Oui, le cours est stressant, les femmes qui
participent le savent, je les briefe avant. L’agresseur est un prédateur, il
sent la proie. À toi de ne pas le devenir, sans jamais te départir de la
légitime défense. »
Thierry
Marx organise une journée d’initiation au krav maga, le 20 septembre, dans la
salle de sport Fit Planet, à Pessac. « Je ne demande qu’une chose, que les
stagiaires soient en bonne condition physique, répète-t-il. Ces techniques ne
sont ni de la castagne brutale, ni compliquées, juste précises. Elles
permettront aux femmes de se sentir plus sûres d’elles en toute situation. Et
ça marche aussi dans le milieu professionnel. »
La philo
a ses limites. Comme la fille pendant la leçon grimace quand même et se frotte
la nuque, il en profite pour apporter quelques précisions. Deux-trois trucs à
ne jamais oublier. « Quand quelqu’un te demande l’heure dans la rue, tu lui
donnes, tu observes et tu gardes un pied prêt à partir. Éviter l’embuscade. Les
femmes ne donnent pas spontanément des coups de poing, alors elles griffent,
poussent. Quelles sont mes armes ? Pieds, mains, avant-bras, coudes, épaules,
tête, genoux et doigts. Mon sac à main est une arme, mon portable dans mon
poing serré aussi. Il suffit de se positionner, de ventiler et de réagir vite.
Dans ta tête, tu switches : je ne suis pas une victime. »
Il y aura
encore quelques ruades. Un crochet sur la joue tendue de l’élève, mais pas
fort. Tandis que le professeur s’apprête à expérimenter avec elle une énième
agression, il ajoute : « En entreprise, je propose aussi des stages de krav
maga. Si on pige, alors le rapport aux autres change. On affronte l’ennemi ou
supposé ennemi de face. C’est une philosophie de la vie. Mais la philo a ses
limites, et moi j’apprends aussi à se servir de son corps. » Il le prouve,
alors l’élève se retrouve encore face contre terre. Et là, elle lui en
collerait bien une !
Isabelle Castéra
Photo Alexandre Sioc’han de Kersabiec


Objectif de paparazzi pour shooter dans les coins. Photo
Photo Sylvain Cazenave
Photo Xavier Ges
Photo Xavier Léoty
