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Archive pour la catégorie 'Non classé'

Le cri du métal au fond du bois (ONDRES - 40)

ondres

Situé à deux pas de Bayonne, le long de la nationale 10, le village d’Ondres, dans les Landes, à la frontière des Pyrénées-Atlantiques, héberge la famille Duplantier. Le père Dominique, dessinateur-illustrateur, a toujours soutenu avec la mère des enfants la passion de Jo et Mario, tous deux leader du groupe Gojira.

Un chevreuil a continué tranquillement son petit repas, sans broncher. Il doit être sourd. En revanche, les oiseaux ont déserté des chênes. Les écureuils se planquent, on les imagine assez bien les petites pattes vissées sur leurs oreilles duveteuses. Même les poissons du lac à côté ont pris la tangente, plus rien à pêcher. Gojira répète. Dans un nid douillet à deux pas de la nationale 10, au cœur de la forêt landaise, Gojira, groupe de métal mouille le tee-shirt, dézingue les cordes, assomme la grosse caisse, écrase les micros, déchire le silence.
Sur la photo du magazine de rock, ils ont l’air patibulaire. De grands méchants loups, qu’on n’aimerait pas croiser au petit matin dans un coin paumé. Cheveux longs noirs, œil charbonneux, ils font la gueule avec conviction. Et puis là, lorsque, enfin à bout de forces, ils émergent de leur terrier musical, un sourire dévoile leurs fossettes, ils nouent une gentille couette derrière leur nuque et se ruent sur le Nutella et le pâté, à grands coups de dents. Jo Duplantier, son frère Mario, Jean-Michel Labadie et Christian Andreu, quatre garçons dans le bois, les Gojira. Groupe de métal français, plus connu dans le monde que dans l’Hexagone, ils achèvent aujourd’hui le bouclage de leur quatrième album, à la maison. Pas du petit lait, mais du bon rock enragé, bien au-delà du hard rock, Deep Purple peut toujours tenter la première partie de Lorie et Led Zeppelin celle d’Annie Cordy.
On aime les arbres. À 25 ans de moyenne d’âge, ils se préparent à affronter la plus grosse scène de toute leur vie. Le 14 août à Arras, aux côtés du groupe mythique Metallica, devant plus de 25 000 personnes. Un enjeu de taille qui ne leur coupe pas l’appétit. Sous le grand chêne qui les a vus grandir, Jo et Mario Duplantier argumentent : « Le métal c’est l’évolution logique du rock, après le hard rock. Plus sophistiqué, plus technique, plus dur. Le son des guitares métalliques revêt une connotation industrielle, on peut penser au bruit urbain, des grues mécaniques, des transports en commun, des machines. Mais le métal, c’est de la musique pure, sans la rock attitude, sex, drug and rock’n'roll. Nous on est plutôt : eau, légumes vapeurs et chocolat. On a une réflexion philosophique sur la vie et on ne dit pas « fuck off » à la société. Cette musique revendique une forme de colère terrible, mais ça expurge. Dans nos concerts, le public a envie d’être abruti de décibels, comme un défoulement positif. Il n’y a rien de haineux. On se questionne : que peut-on faire avec la colère pour créer quelque chose bien ? On s’inscrit dans le monde, et puis on aime les arbres. »
Soutenus par leurs parents, les Gojira ont monté leur lieu de résidence professionnelle ici, à Ondres, donc dans la forêt. Un studio d’enregistrement, une salle de répétition, des bureaux. Désormais, le groupe compte un agent, un tourneur et des milliers de fans. Oui autant que ça. En ce moment, ils tentent de trouver le son d’une vague qui s’écrase sur les rochers un jour de tempête, guitares et batterie à bloc. « Recherche sonore » signalent-ils. À ceux qui grimacent et se bouchent les oreilles, ils assurent que le métal ne compte que des mélodies. « Il faut dépasser le stade du bruit, le côté radiateur de vieille bagnole, ajoute Mario. Le métal est un vaste monde mélodique, avec des contrepoints, des harmonies. Si t’écoutes un titre quinze fois, tu vas te surprendre à le chanter. »
Certes. Mais les écureuils landais n’ont aucun goût pour la musique. Pas plus que les oiseaux, qui du côté d’Ondres ne chantent toujours pas.

Isabelle Castéra