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La-Teste-De-Buch (33). Le paradis caché de l’île aux Oiseaux


ileauxoiseaux.jpg Pantalon retroussé jusqu’aux genoux, Jean-Louis Bonnin avance lentement dans l’eau peu profonde. Il pourrait presque marcher dessus. « Ici, c’est le paradis », murmure-t-il en posant enfin le pied sur le sable chaud.« Son » paradis n’est pas fait de nuages cotonneux, même si le baccharis, aussi appelé cotonnier, une plante venue des Etats-Unis au début du XXe siècle, y pullule. Vue du ciel, cette Terre promise ressemble plutôt à une minuscule tache verte au milieu d’une flaque bleue, que les autochtones nomment respectivement île aux Oiseaux et bassin d’Arcachon.

Depuis un demi-siècle, ce charpentier de marine, patron du plus ancien chantier naval familial de France, à Arcachon, traverse chaque semaine le Bassin, non pas pour méditer mais pour retrouver le calme de sa cabane, construite avant les années 1920, à peine dérangé par l’envol d’un courlis.

Chaque recoin de l’île évoque en lui des souvenirs. « Quand j’étais gosse, on venait avec les copains en bateau, à la voile ou à l’aviron, pour pêcher et chasser. »

Bon troc.

A bientôt 66 ans, et à un an de la retraite, Jean-Louis Bonnin est resté fidèle à ses deux passe-temps préférés, comme en témoignent les nombreux tableaux « très chasse » qui ornent les murs de la cabane.

Celle-ci n’a pas changé depuis l’époque où le charpentier l’avait acquise à peu de frais, en 1965, après que le préfet d’Aquitaine Gabriel Delaunay avait régularisé l’occupation de l’île, jusque-là réservée aux ostréiculteurs et aux pêcheurs, par les « plaisanciers ».

« J’ai fait un troc avec le propriétaire, un Arcachonnais de souche. En échange de la réparation de son bateau, une grosse pinasse, il me cédait la cabane. »

Les habitants de l’île aux Oiseaux, appelée jadis île de La Teste, n’étaient pas encore des « concessionnaires », bénéficiant d’une autorisation d’occupation temporaire (AOT) dont le renouvellement soulève plus de passions que la désignation d’une ville olympique tous les quatre ans (1).

Montée des eaux.

Jean-Louis Bonnin espère ainsi être un peu chez lui sur l’île pendant quelques années encore. « Inch’Allah », sourit-il, en ouvrant, pour faire entrer la lumière, la porte jaune de sa cabane couleur de goudron, entourée d’un rempart fait de traverses de chemin de fer. « L’eau est passée trois fois par-dessus cette année. La montée des océans, quoi qu’on en dise… », glisse le maître des lieux, modeste témoin du réchauffement de la planète.

De la cheminée au frigo (à gaz), de l’imposante armoire aux lits bien secs, l’intérieur de la cabane ressemble à une ferme médocaine. « Comme c’est construit sur du sable et que la ventilation est importante, il n’y a pas d’humidité », vante Jean-Louis Bonnin. « Le gros problème, c’est les fourmis », constate-t-il en montrant du doigt les minuscules envahisseurs.

Le gardien gestionnaire de l’île aux Oiseaux a beau faire, des espèces « étrangères » colonisent cet espace naturel : de l’ailantes, qui chasse les tamaris, aux lapins, survivants des récurrentes épidémies de mixomatose. Sans parler d’une espèce plus grande et plus nombreuse : le plaisancier.

« Il n’y a pas de problème de cohabitation. Combien on en a aidé à remettre leur bateau à l’eau, ou à qui on a donné de l’eau… Une nuit, j’ai même hébergé des jeunes qui s’étaient fait avoir par la marée. C’est que l’eau se retire très loin ici », souligne Jean-Louis Bonnin, en montrant les parcs ostréicoles, entièrement découverts à marée basse.

Le champagne de Philippe Starck.

Pour l’Arcachonnais, devenu l’un des doyens de l’île aux Oiseaux, la solidarité est une des vertus qui composent « l’esprit îlien ». Dans chacun des cinq quartiers (Port de l’île, l’Ilot, le Saous, le Truc vert, l’Afrique), où sont disséminées les quarante-deux cabanes, les relations de voisinage sont importantes. Hormis la chasse et la pêche, l’activité préférée des habitants est d’ailleurs de guetter à la jumelle l’arrivée des bateaux. C’est la protection la plus sûre contre les cambriolages.

Malgré son charme et sa discrétion, l’île aux Oiseaux n’attire pas les célébrités, à l’exception du designer Philippe Starck. « Il a l’esprit îlien. Quand il vient le week-end, il porte une caisse de champagne et invite tout le quartier à boire un coup », souligne Jean-Louis Bonnin.

Par Frédéric Zabalza.

Bassin d’Arcachon (33). Petites bicoques de rêve

Ecoutez, fermez les yeux et retrouvez-vous les pieds dans l’eau sur une plage du Bassin d’Arcachon…

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C’est une histoire de beauté, une histoire de villages aussi, L’Herbe, Piquey, Piraillan… L’histoire de lieux magiques face à l’île aux Oiseaux

bassin01.jpgLes cabanes du Ferret, c’est beaucoup plus que des cabanes. C’est une histoire, des histoires, des souvenirs d’enfance et des noms magiques qui chantent doucement dans la mémoire : le chemin des douaniers, la Villa algérienne, Chez Magne, et si l’on tend l’oreille, l’écho parvient encore du rire de Lino lorsqu’il jouait aux boules…

Les cabanes du Bassin, c’est aussi tout ça, et quelques villages, bien sûr, L’Herbe, Le Canon, Piraillan, Piquey… 500 refuges, 280 chais à trier et 200 habitations, un dialogue haut en couleur entre ceux qui croyaient aux huîtres et ceux qui les gobaient, les travailleurs du petit matin, les poètes des lents crépuscules.

Tout avait commencé à l’époque où l’on oubliait Sedan. En 1875, le principe de création de villages ostréicoles est adopté. Les frères Lesca, « inventeurs » en quelque sorte du Ferret et richissimes entrepreneurs et exploitants forestiers, protestent vigoureusement (goûtons l’intemporalité de la dialectique retenue) : « Ce projet est nuisible à nos intérêts de propriétaires riverains, nous mettant dans l’impossibilité de vendre nos terrains en façade du Bassin. De plus, il compromet le projet d’une ligne de chemin de fer entre Arès et le cap Ferret et l’avenir de la presqu’île comme les intérêts de l’Etat. Il risque aussi d’aggraver l’insalubrité du pays en engendrant des maladies nouvelles ». Passant outre à ces conseils d’amis trop empressés, les cabanes seront édifiées et réservées à un usage strictement professionnel. Pourtant, l’adjonction d’une cheminée à certaines d’entre elles, dès la fin du XIXe siècle, semble indiquer que pratiquement dès leur création, la destination des lieux sera parfois détournée en cabanes d’habitation.

Loi heureusement restrictive.

Tout au long du XXe, le jeu du chat et de la souris se poursuivra entre la loi et l’usage et, en 1965, le préfet Delaunay rompt avec l’hypocrisie en autorisant, sous condition, l’utilisation des cabanes à d’autres fins que celles initialement définies. Mais, « dura lex, sed lex », la loi demeure puissamment (et heureusement) restrictive : les cabanes doivent être de dimension comparable (de 50 à 70 mètres carrés), ne pas comporter d’étage, être construites en bois, recouvertes de tuiles canal et bâties sur pilotis (ou surélevées) pour éviter d’être submergées. Bien entendu, toute location est strictement interdite.

Alors, qu’est-ce qui fait de cet ensemble de bicoques (plus solides qu’elles n’y paraissent), dont seules celles situées en « première ligne » bénéficient d’une vue magnifique sur le Bassin, l’image de marque mondialement diffusée du Ferret, avec son phare et son petit train ? C’est une histoire de beauté qui, comme chacun sait, est mauvaise fille. Il faut avoir vu le soir tomber sur l’île aux Oiseaux, les chalands passer, entendu les mouettes ricaner, humer le parfum du jour achevé, huîtres, tuiles séchées et la vase. Il faut avoir laissé du temps au temps. Voilà, c’est très beau. Et c’est tout.

Article d’Olivier Mony

 

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Photos de Franck Perrogon