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L’éternelle fiancée d’Espelette (ESPELETTE - 64)

Le village épicé se situe au pied des premiers contreforts montagneux du Pays basque. Si Arcangues, la voisine, a son Luis Mariano, tombe la plus visitée du coin, Espelette possède désormais celle d’Agnès Souret, élue plus belle femme de France en 1920. Une mémoire réveillée et désormais protégée par André Darraïdou, ancien maire du village et solide restaurateur.

DARRAIDOU Agnes Souret

Evidemment, il est amoureux d’elle. Avec son doigt, André Darraïdou trace les contours de son visage, ses épaules, son corsage. Sur la photo en noir et blanc, elle a 18 ans pour l’éternité. « On n’a pas vu le temps l’abîmer », murmure-t-il. Des cheveux bouclés bruns en cascade dans le cou, des yeux de chatte et cet air langoureux propre aux jeunes filles des années 20. Elle s’appelait Agnès Souret. Et André Darraïdou, ancien maire d’Espelette, ne peut se résoudre à l’abandonner.
Cet été 1920, alors qu’un concours de la plus belle femme de France est organisé à Paris, Agnès Souret, depuis son village d’Espelette, envoie une photo d’elle en communiante, accompagnée de ce petit mot tracé à la plume : « Je n’ai que 17 ans, dites-moi si je dois traverser la France pour courir ma chance ? » Agnès, sélectionnée, fait alors l’objet d’un petit film amateur, projeté, comme celui de centaines d’autres candidates, dans les cinémas des grandes villes, à l’entracte. Le public vote pour elle, avec 114 994 voix très exactement. Car la fille d’Espelette est belle comme le jour.
Devenir actrice de l’écran. Élue plus belle femme de France, elle dut se dévêtir… Un tout petit peu, ainsi que le stipulait le règlement du concours : « On met la splendeur physique au concours, du coup on force la jeune fille à se montrer (rien de méchant, la jeune fille montre ses épaules nues et le tissu de sa robe se révèle un brin léger). Le choix de la majorité des votants indiquera le type instinctif d’une nation. » En réalité, il s’agissait, au-delà de ce premier concours de miss, de dévoiler quel est le type de femme que les Français plébiscitent en 1920.
Agnès rêvait de devenir actrice à l’écran, comme Sarah Bernhardt. Son premier film fut un bide et elle tenta une carrière de modiste chez Madeleine et Madeleine. Pas terrible non plus. Finalement, comme sa mère avant elle, danseuse au ballet de Monte-Carlo, Agnès Souret se tourna vers la scène. La voilà meneuse de revue aux Folies Bergère à Paris. À Espelette, la maison de famille fut rebaptisée Ederrena, « la plus belle ». Agnès, entre ses revues et ses tournées, rentrait parfois au Pays basque. On la croisait sur la croisette de Biarritz, le long de la Grande Plage, avec son chien Cricri ou sur un cheval. Elle buvait le thé dans un service en porcelaine.
En marbre rose. C’est lors d’un voyage en Argentine qu’elle meurt d’une péritonite mal soignée, en 1928. Sans enfant après son petit quart d’heure de gloire. Pour rapatrier le corps en France, sa mère se ruina, vendit la maison Ederrena et fit construire un caveau en marbre rose, gravé à l’effigie de la jeune femme et doté d’un vitrail exceptionnel, dans un coin du petit cimetière d’Espelette. Voilà la triste histoire d’Agnès. André Darraïdou la connaît dans tous ses détails. Alors, encore maire, il invita l’architecte des Bâtiments de France à venir voir la tombe d’Agnès, avec dans l’idée de la faire inscrire à l’inventaire des Monuments historiques, afin de la restaurer. Il ne fallait pas que la mémoire de la belle fille se dissipe. C’est fait. « En 2002, nous avons organisé une petite fête, reprend-il, avec une exposition, un repas, tout bien comme on fait ici. Puis nous avons invité une Miss France, car après tout Agnès fut une espèce de Miss France. Là, on a un peu ramé… Chère, très chère, la Miss France. Donc on a pris une ancienne, une d’il y a dix ans qui rentrait dans nos prix. Les gens ont adoré retrouver cette histoire et, aujourd’hui, nul n’ignore à Espelette qui était Agnès Souret. »
En cette semaine pluvieuse du mois d’août, les touristes se bousculent dans les petites rues du village. Les cabas remplis de piments, ils galopent d’une boutique de spécialités locales à déguster à l’autre. Mitraillent les façades des hautes maisons. Tellement typiques et pittoresques. Sans même se douter qu’au cœur du cimetière, derrière les stèles discoïdales du XVIe siècle, gît une jeune femme dans un tombeau rose.

Isabelle Castéra

Un mariage cousu au millimètre (ARCANGUES - 64)


mariage

photo Jean-Daniel Chopin

Alexandra et Thomas se sont dit oui sur les lieux de leur premier baiser. Comme tout devait être parfait, ils ont fait appel à une wedding planner.

Vous connaissez le film par cœur. Gros plan sur la mariée, Alexandra, 24 printemps, la plus belle du bal. Zoom sur sa robe de satin blanc nacré aux lacets enserrant parfaitement son bustier de princesse. Bijoux étincelants mais pas clinquants. Place au marié. Il s’avance le premier vers le curé. C’est Thomas, 27 ans, raide et fier dans son costume sombre. Ému en diable à l’heure d’offrir son amour devant Dieu. Ils ont voulu une cérémonie « simple mais ravissante ».

Travelling dans l’assistance : 45 invités sont endimanchés. Parmi eux, les ados, trop timorés pour troquer leur blue-jean contre un pantalon chic (ça viendra). Le scénario ? Sans suspense : il y aura des fleurs, un merveilleux buffet, un plan de table, des tubes des années 80 (« parce qu’on aime bien ça »). Thomas et Alexandra ont choisi de déléguer. Leur chef d’orchestre s’appelle Véronique Ibarrart, wedding planner (organisatrice de mariage) d’Avaé Mariage, à Biarritz. Elle se soucie de l’invisible. Veille à combler les moindres désirs du couple et de ses convives.

« Sublimissime ! » Omniprésente, elle s’est d’abord postée devant l’église, afin d’orienter la machine à bulles de savon. Sans confettis ni pétales de rose à jeter, l’assistance se contente d’applaudir ce bonheur désormais conjugal… Auparavant, la wedding planner a « validé » les compositions florales, la déco, le traiteur, le photographe, le responsable des platines et celui du service, un ancien de chez Guérard, du Martinez et du Lutetia. Son expression favorite ? « Sublimissime ! » La scène ne se joue pas par hasard à deux pas de Biarritz. « Thomas et moi nous connaissions avant de passer des vacances en groupe au Pays basque, raconte Alexandra. Nous avons grandi dans la même région, dans le Nord-Est. Mais c’est ici que nous sommes sortis ensemble voilà six ans. Puis nous avons flashé sur le village d’Arcangues. » Après la cérémonie religieuse à la chapelle du Braou (Biarritz), on rejoindra donc les terres du marquis. Direction le Théâtre de verdure.

Il y a aussi un trinquet, une église et l’illustre tombe de Luis Mariano, surplombant le golf. Véronique Ibarrart n’y est pour rien. Elle n’a pas davantage fait pousser les montagnes dressées au loin, mais se dit prête à en déplacer pour « ses » mariés.

La demande planifiée. Le grand-père d’Alexandra encaisse mal les neuf heures de route ? Elle déniche un médecin de garde. Un espace fermé par de larges voiles transparents rétrécit le coin dîner « pour créer plus d’intimité » ? C’est elle. « J’ai aussi contacté une amie qui a confectionné les espadrilles basques du petit Théo » (le fils des mariés).

Forcément, certains contours immatériels de la soirée lui échappent. Quand Matthieu brûle de connaître la réaction des tourtereaux lorsqu’ils découvriront sa surprise (un béret basque pour tout le monde). Lorsque les yeux du papa de la mariée sont humides, alors qu’il avait prédit les larmes de son épouse. En revanche, Véronique note que Barry White transforme l’atmosphère feutrée du cocktail en joyeux délire à l’heure des agapes.

La fin du film approche. C’était écrit, mais on s’est tous laissé surprendre. Alexandra retrouvera bientôt son rôle d’infirmière. Thomas celui d’informaticien. Les 45 acteurs auront mérité leur cachet (d’aspirine, parfois). Véronique Ibarrart aussi, qui envisage d’innover.

« Dans un souci de répondre aux attentes des couples, j’espère organiser des demandes en mariage. L’un des deux ne sera pas au courant. » Nos amoureux d’Arcangues y ont échappé.

Adrien Vergnolle

17 juillet 2008 - Comments Off
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