Luxey (40). Relâche d’artistes sous la pinède
Petite musique de la brise dans les branches, chant des cigales en
stéréo, corps allongés au pied des arbres. Le temps s’arrête sous la
pinède de Luxey, à la sortie du village, où sont accueillis avec toute
la chaleur landaise les chanteurs, musiciens et comédiens de
Musicalarue.Artistes de rue et têtes d’affiche se croisent le temps d’un café ou
d’un interview à l’ombre des pins maritimes, où il est « interdit de
mettre le feu», mais où il est chaudement recommandé d’enflammer les
nombreuses scènes du festival.
Sortant d’une douce sieste, Philippe Bayle, musicien du jazzman girondin Pascal Lamige, s’étire dans la torpeur de l’après-midi. « C’est important de récupérer. J’ai joué tout à l’heure dans le village avec lui et lui », dit-il à voix basse en désignant ses deux compagnons de sommeil.
Répétition sous les pins.
Plus loin, Hélène, de la troupe bretonne Cirkatomic, en provenance du camping naturiste d’Arnaoutchot, à Vielle-sur-Gironde, déjeune en famille sur une table en bois. « On est très bien installés. Il y a juste un chien féroce dans le coin, mais il a disparu. Ca nous fait tout drôle d’être ici, on est loin de tout. Il n’y a même pas de ligne blanche sur la route ! » s’étonne-t-elle.
Avant de monter sur « la scène des peupliers », le guitariste Thierry « Titi » Robin répète avec son accordéoniste et son percussionniste sous une pluie d’aiguilles de pin, devant un parterre de petits chênes. « Je voulais un endroit calme pour répéter. Ici, c’est idéal. C’est très agréable, mais en même temps je reste concentré. J’ai envie d’être à la hauteur, il y a des gens qui viennent de loin pour nous voir », remarque-t-il.
« Ca sent bon ».
La pinède de Luxey a toutefois des vertus apaisantes que les grandes industries pharmaceutiques ne pourront jamais reproduire en laboratoire. Sorti un poil tendu de son concert landais lundi soir, le slameur Abd Al Malik a goûté le calme nocturne du site plus longtemps que prévu (une grosse demi-heure), avant de repartir sur les routes, totalement zen.
« Les artistes ont un circuit formaté, j’oserais dire plastique. Ici, il y a la sève, la résine de pin. C’est consistant, ça attache, ça sent bon. Tous ces gens de talent ont le temps de se rencontrer. Luxey n’a pas la pression des grands festivals », assure François Garrain, le président de Musicalarue.
Grégoire, chanteur des Têtes raides et du groupe Lombric, qui avait organisé aux Francofolies de La Rochelle une rencontre entre les ânes du Berry et les baudets de l’île de Ré, profite de ce moment de détente.
Vertus apaisantes.
« On sort de trois mois de marche avec les ânes, on les a laissés au repos, il n’y a que la charrette à Luxey », sourit-il, en surveillant ses enfants en train de jouer entre les pins. « C’est important de rester trois jours, ça nous permet de croiser des gens, de faire un peu plus que ce pourquoi on est là. »
C’est peut-être pour ses vertus apaisantes que certains artistes sont prêts à tout pour venir à Musicalarue. Comme le groupe Saint-Sauveur, parti en car de Montpellier il y a quelques années. Après une première panne, les musiciens avaient loué un autre car, qui rendit l’âme une centaine de kilomètres plus loin. Le taxi qu’ils prirent ensuite fut victime d’un accident. C’est finalement en ambulance que le groupe arriva à Luxey.
Par Frédéric Zabalza.

