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Paparazzi : objectif thune (CAP-FERRET - 33)

Si la densité de vedettes au mètre carré n’est pas encore celle de Saint-Tropez, la presse people s’intéresse chaque été davantage aux sauteries du bassin d’Arcachon. Des vocations naissent

paparazziObjectif de paparazzi pour shooter dans les coins. Photo

FRANCK PERROGON

C‘est une bête souvent sale et hirsute à force d’être traquée. Qui dort peu, mange mal et se soulage aux quatre vents. Pris à son propre piège, le paparazzi est devenu plus inaccessible encore que sa proie, « la-vedette-de-la-télé ». Mais, avec un taux de croissance à rendre jaloux les PDG chinois (+ 60 % pour « Voici »), la presse people est désormais pourvoyeuse d’emplois saisonniers au même titre que l’industrie du beignet-chichi.

Ils seraient ainsi cet été une grosse dizaine à frayer entre deux eaux troubles du bassin d’Arcachon, à la recherche de fretin plus ou moins menu : Julien Courbet, Albert de Monaco, PPDA et tant d’autres. Sans atteindre l’intensité tropézienne, le business de l’image volée attire ici chaque été davantage les stars de la profession, autant que leurs avatars « crève-la-dalle », essentiellement des gens du cru plus habitués à tirer le portrait des jeunes mariés que celui des stars. « Nous sommes 90 % de smicards », reconnaît l’un des pionniers de cette ruée vers l’or de gloire. « C’est un métier d’avenir, à condition de bien admettre qu’il n’y a que cinq ou six gros coups à l’année sur le Bassin. » Mais, à 40 000 euros le poster de l’insaisissable Obispo taquinant au Ferret la mimine de la chanteuse Jenifer dans un flou tout sauf artistique, les vocations, pourtant, se multiplient à la vitesse de la lumière des flashs.

En planque, mode d’emploi. « Tout le monde connaît les coins où il faut chercher », poursuit un autre photographe entré en clandestinité. « Sauf que la dernière fois que l’on nous a promis Johnny à table Chez Hortense, j’ai planqué deux jours dans ma bagnole pour rien. » Second spot des people sur le Bassin, la maison de Benoît Bartherotte semble être également devenue le meilleur coin de pêche du littoral atlantique, depuis qu’un certain DiCaprio y a mis ses doigts de pied en éventail. « Là, t’as pas le choix, tu loues un bateau pneumatique et tu te déguises en pêcheur. Après, tu peux aussi t’incruster dans les discothèques à la mode avec un tout petit boîtier, sauf que les patrons sont méfiants, certains même te fouillent à l’entrée. Mais il nous reste encore quelques ruses pour ne pas se faire repérer, notamment la fausse optique-miroir. C’est un truc qui fait croire à ton vis-à-vis que tu photographies la cime d’un arbre alors que tu es en train de faire un gros plan sur son visage. »

Passé millionnaire et maître dans l’art d’être là où, paradoxalement, on l’attend, le plus célèbre des paparazzis tricolores, le sulfureux Jean-Claude Elfassi, ne néglige plus le Bassin. « J’y ai coincé cet été la fille du prince Albert », savoure-t-il. « La dune du Pilat est d’ailleurs un endroit magique. Une fois au sommet, ta victime se retrouve à découvert sur des centaines de mètres. Tu n’as plus qu’à mitrailler. »

Les étrennes du papa. Provocateur en chef de la presse à scandale, Elfassi, cependant, ne va jamais au petit bonheur la chance. « Les trois quarts des reportages sont arrangés avec les people. Pas les miens, mais ils sont rares et très rentables. Même si ce sont bien souvent des proches de la star qui vous filent le tuyau, il faut aussi savoir graisser la patte lorsque l’info est brute. » Qu’il s’agisse de celle de l’agent EDF, de l’hôtesse au sol d’Air France ou du technicien de chez SFR, les étrennes restent ici le premier poste budgétaire, loin devant le matériel de camping pourtant digne d’un agent des forces spéciales. « Lors d’une planque, il ne faut rien laisser au hasard », explique celui qui fait parfois son lit sur le clocher des églises comme dans les conduits d’aération des cliniques. « Jumelles à vision nocturne, fringues de camouflage, de l’eau et des gâteaux secs qui ne risquent pas de tourner au soleil, et puis aussi des petites lingettes de toilette pour bébé. »

Le patron de la rédaction de « Voici » reconnaît enfin un afflux croissant de propositions commerciales sur sa boîte mail, certaines oblitérées du Cap-Ferret. « Avec le numérique, tous les touristes s’y mettent. 80 % de leurs photos de stars n’ont aucun intérêt… Mais 20 %, ça reste énorme, d’autant que leurs tarifs ne sont pas ceux des professionnels », se réjouit ainsi Loïc Sellin.

Sylvain Cottin

L’éternelle fiancée d’Espelette (ESPELETTE - 64)

Le village épicé se situe au pied des premiers contreforts montagneux du Pays basque. Si Arcangues, la voisine, a son Luis Mariano, tombe la plus visitée du coin, Espelette possède désormais celle d’Agnès Souret, élue plus belle femme de France en 1920. Une mémoire réveillée et désormais protégée par André Darraïdou, ancien maire du village et solide restaurateur.

DARRAIDOU Agnes Souret

Evidemment, il est amoureux d’elle. Avec son doigt, André Darraïdou trace les contours de son visage, ses épaules, son corsage. Sur la photo en noir et blanc, elle a 18 ans pour l’éternité. « On n’a pas vu le temps l’abîmer », murmure-t-il. Des cheveux bouclés bruns en cascade dans le cou, des yeux de chatte et cet air langoureux propre aux jeunes filles des années 20. Elle s’appelait Agnès Souret. Et André Darraïdou, ancien maire d’Espelette, ne peut se résoudre à l’abandonner.
Cet été 1920, alors qu’un concours de la plus belle femme de France est organisé à Paris, Agnès Souret, depuis son village d’Espelette, envoie une photo d’elle en communiante, accompagnée de ce petit mot tracé à la plume : « Je n’ai que 17 ans, dites-moi si je dois traverser la France pour courir ma chance ? » Agnès, sélectionnée, fait alors l’objet d’un petit film amateur, projeté, comme celui de centaines d’autres candidates, dans les cinémas des grandes villes, à l’entracte. Le public vote pour elle, avec 114 994 voix très exactement. Car la fille d’Espelette est belle comme le jour.
Devenir actrice de l’écran. Élue plus belle femme de France, elle dut se dévêtir… Un tout petit peu, ainsi que le stipulait le règlement du concours : « On met la splendeur physique au concours, du coup on force la jeune fille à se montrer (rien de méchant, la jeune fille montre ses épaules nues et le tissu de sa robe se révèle un brin léger). Le choix de la majorité des votants indiquera le type instinctif d’une nation. » En réalité, il s’agissait, au-delà de ce premier concours de miss, de dévoiler quel est le type de femme que les Français plébiscitent en 1920.
Agnès rêvait de devenir actrice à l’écran, comme Sarah Bernhardt. Son premier film fut un bide et elle tenta une carrière de modiste chez Madeleine et Madeleine. Pas terrible non plus. Finalement, comme sa mère avant elle, danseuse au ballet de Monte-Carlo, Agnès Souret se tourna vers la scène. La voilà meneuse de revue aux Folies Bergère à Paris. À Espelette, la maison de famille fut rebaptisée Ederrena, « la plus belle ». Agnès, entre ses revues et ses tournées, rentrait parfois au Pays basque. On la croisait sur la croisette de Biarritz, le long de la Grande Plage, avec son chien Cricri ou sur un cheval. Elle buvait le thé dans un service en porcelaine.
En marbre rose. C’est lors d’un voyage en Argentine qu’elle meurt d’une péritonite mal soignée, en 1928. Sans enfant après son petit quart d’heure de gloire. Pour rapatrier le corps en France, sa mère se ruina, vendit la maison Ederrena et fit construire un caveau en marbre rose, gravé à l’effigie de la jeune femme et doté d’un vitrail exceptionnel, dans un coin du petit cimetière d’Espelette. Voilà la triste histoire d’Agnès. André Darraïdou la connaît dans tous ses détails. Alors, encore maire, il invita l’architecte des Bâtiments de France à venir voir la tombe d’Agnès, avec dans l’idée de la faire inscrire à l’inventaire des Monuments historiques, afin de la restaurer. Il ne fallait pas que la mémoire de la belle fille se dissipe. C’est fait. « En 2002, nous avons organisé une petite fête, reprend-il, avec une exposition, un repas, tout bien comme on fait ici. Puis nous avons invité une Miss France, car après tout Agnès fut une espèce de Miss France. Là, on a un peu ramé… Chère, très chère, la Miss France. Donc on a pris une ancienne, une d’il y a dix ans qui rentrait dans nos prix. Les gens ont adoré retrouver cette histoire et, aujourd’hui, nul n’ignore à Espelette qui était Agnès Souret. »
En cette semaine pluvieuse du mois d’août, les touristes se bousculent dans les petites rues du village. Les cabas remplis de piments, ils galopent d’une boutique de spécialités locales à déguster à l’autre. Mitraillent les façades des hautes maisons. Tellement typiques et pittoresques. Sans même se douter qu’au cœur du cimetière, derrière les stèles discoïdales du XVIe siècle, gît une jeune femme dans un tombeau rose.

Isabelle Castéra

Quand le surf vient aux filles… (LACANAU - 33)

La compétition de surf Lacanau Pro, épreuve du circuit mondial professionnel, s’est achevée hier soir. 192 surfeurs – parmi les meilleurs du moment – étaient présents. Le Lacanau Pro figure parmi les plus anciennes compétitions de surf professionnel en France. L’épreuve féminine n’a duré qu’une petite journée et ne pèse toujours pas son juste poids. De plus en plus de surfeuses commencent cependant à pointer le bout de leur planche. En attendant, le mythe du surfeur tient encore bien la route du côté des filles…


surf filles

photo Jérôme Jamet

A l’Océan, sur le sable de Lacanau, le monde des femmes est binaire. Celles qui surfent et celles qui ne surfent pas. Maïté figure dans la première catégorie. Facile à repérer, elle porte des tongs moches et ne sort de son jeans que pour se glisser dans une combi en Néoprène. Maïté a la dent dure et le sourire carnassier lorsqu’elle raconte ses copines. « Et ça traîne au bord de l’eau, et ça marche en se dandinant, et ça bronze… Le soir ? Alors là, elles commencent à s’animer, elles se douchent, se mettent des belles robes et on les retrouve toutes belles aux soirées VIP, au milieu des surfeurs. Pfff… Au moins, elles ne nous prennent pas la place à l’eau. » Au moins. Même si elles la prennent toute, le soir, dans les bras des surfeurs. La jeune blonde boude : « C’est vrai, y en a qui préfèrent les bimbos du bord de l’eau, disons que ça va avec la panoplie. »
Titi, prof viril au Lacanau Surf Club, approuve l’analyse. Fataliste. « Le surf se démocratise », lâche-t-il. « Disons que les filles y viennent, mais ça reste un sport de mecs. Pour 50 mecs, il y a une fille. C’est quand même très physique. »
Maïté trépigne : « Il y a des filles qui arrachent. Justine Dupont, elle peut battre les garçons, si elle veut. Et l’Hawaïenne Carissa Moore. Et puis, on surfe la même mer, les mêmes conditions avec le même matériel. » Et pan ! sur la planche.
Le mythe du beau gosse. Un peu plus tard, voilà sur le sable une fille de la seconde catégorie. Lydie, qui ne surfe pas. Elle feuillette négligemment une revue de… surf, allongée sur son coude. Et mange des yeux tout ce qui sort de l’eau et n’est pas un poisson. Le Lacanau Pro, elle adore, elle s’est même débrouillée pour obtenir un bracelet en plastique, sésame qui lui donne accès au site. Là où les garçons s’habillent, se déshabillent, décompressent. « Pour moi, le surfeur, c’est un grand beau gosse. Blond, forcément, qui se bat dans les vagues, avec tous ses muscles et le nez qui pèle. Et il n’a pas trop de poils. » Description minutieuse susurrée avec gourmandise et reprise avec malice par sa copine : « Le surfeur est blond, oui, mais à l’intérieur de sa tête aussi. » Avec son index, elle se tape sur la tempe pendant que l’autre hausse les épaules.
La conversation est interrompue par une marque de sodas qui assure sa promotion tous azimuts dans l’air, sur terre et sur mer. Deux avions survolent la compétition pour vanter la fraîcheur de la boisson, des hôtesses distribuent des minicanettes, y compris à ceux qui n’ont pas soif, des beach boys offrent des parasols. Épuisant.
Sur le site, Annabelle assure les interviews des champions pour l’Association des surfeurs professionnels d’Europe (ASP) - à dire en anglais, sinon, ça fait tarte, précise-t-elle. Curieusement, Annabelle ne surfe pas et ne se pâme pas non plus devant les surfeurs. Rencontre en micro-short entre deux micros : « Moi, les surfeurs, c’est pas mon truc. Ils sont juste sympas. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je pose des questions très techniques pour mes interviews, la taille de la vague, les conditions météo, et on analyse tout ça. Ils sont beaux, musclés, oui, mais bon, ça m’agace ce mythe du beau gosse qui drague. N’oublions pas qu’ils sont avant tout de vrais athlètes qui, lorsqu’ils sortent de l’eau, sont vidés. »
Ce soir-là, à Lacanau, la compétition achevée, les vrais athlètes sont montés sur le podium pour recevoir des trophées en la jouant modeste - « Moi, ce que j’aime, c’est d’abord m’amuser dans l’eau. » Trop chou. Puis il y a eu un lancer de tubes de dentifrice qui font les dents blanches, suivi d’un concert de reggae. Des filles qui n’étaient pas sorties de toute la journée ont tenté une percée dans le public, avec du Rimmel sur les cils et du gloss sur les lèvres. Arrêt sur image.

Isabelle Castéra

18 août 2008 - 1 commentaire
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Et n’oubliez pas la fête des paires ! (Dax - 40)

Seulement appréciés dans l’assiette de quelques privilégiés très discrets, les testicules de toros de combat s’évaporent aussitôt la bête vaincue. Pendant la feria, le commun des aficionados se conselera des ” criadillas ” en consommant des steaks, des rôtis et, surtout, de la daube.

dax couilles de toroSouhaitons d’abord à Juan Bautista qu’il sorte ce soir des arènes de Dax avec les oreilles et la queue de son adversaire. Mais, de grâce, s’il veut éviter d’être à son tour mis à mort, que, surtout, jamais le matador ne touche aux valseuses de l’animal.
Il est ainsi de l’or en berlingots dans la culotte du toro. Denrée d’autant plus rare que la bête féroce n’en porte, hélas ! que deux en sautoir, ses testicules restent le Graal estival d’une poignée d’aficionados au bec fin. Panées ou persillées, ces précieuses sont d’ailleurs si peu ridicules dans l’assiette qu’on se les arrache en douce à même le sol des arènes. Car si le brave, sitôt vaincu, est évacué vers l’abattoir, afin d’y subir une résurrection bouchère, très prisée elle aussi, il est exceptionnel, en revanche, que les bijoux de famille ne soient pas dérobés en chemin par ses proches. « En fait, la plupart du temps, ils sont discrètement coupés par un boucher, avant même que le toro soit chargé dans le camion », avoue un intime. « On en fait ensuite profiter les copains, c’est tellement difficile à trouver, ces couilles de toro. » Ne dit-on pas d’ailleurs que les couilles de toro ne se trouvent pas sous le sabot d’un cheval, fût-il celui du picador ?
Marquons une pause. Même si tout le petit monde des ferias appelle une couille de toro, « une couille de toro », c’était ici la dernière fois - c’est promis - que nous appelions une couille, « une couille ».
Passons plutôt à table. « Ce n’est pas le meilleur truc du monde, mais puisque tu n’en trouves nulle part, c’est un privilège que d’en goûter une fois par an », reconnaît André-Marc Dubos, le rédacteur en chef de « Toromag ». Souvent au menu en Espagne, les fameuses « criadillas » sont, à l’inverse, totalement absentes de la carte des restaurateurs français. « C’est logique, ça serait forcément du marché noir. » Le cours des bourses restera donc clandestin. « Ça ne vaut pas les rognons d’agneau, mais c’est très bon quand même. Elles ne se ressemblent pas toutes ; comme chez l’homme, certaines pendent plus que d’autres mais, une fois pelé, chaque testicule est gros comme un œuf d’oie. » De nobles parties qui tiennent ainsi dans la main, avant de fondre dans la bouche, pour peu que l’on prenne soin de les découper en tranches, sans qu’il soit toutefois nécessaire d’en laisser une tomber dans le potage, comme le prétend la légende (voir recette ci-contre). Certes plus nourrissants que les noyaux de l’agneau, les pruneaux de toro ne seront cependant qu’une grosse centaine à être prélevés pendant la feria de Dax. Pas de quoi, donc, nourrir 700 000 festayres affamés. Alors, si tout est bon dans le cochon, le reste de l’anatomie du cornu vaut-elle un Big Mac ?
Franchissons la porte de la boucherie Aimé, où trois générations déjà y ont taillé la bavette de toro. « C’est plus sauvage, moins persillé et plus ferme que le bœuf, et c’est d’abord par tradition que les gens d’ici en mangent, comme la dinde à Noël », raconte Cathy Aimé. « Notre bœuf de Chalosse, par exemple, doit faisander au moins trois semaines, pour le toro de combat huit jours suffisent. Les bêtes proposées aujourd’hui en rôtis, filets ou entrecôtes viennent des Fêtes de Mont-de-Marsan et d’Orthez, la semaine prochaine nous aurons celles de Dax. »
Mais entre les lignes et ses côtes, il faudra bien finir par lire que le toro de compétition n’est parfois guère plus tendre dans la marmite qu’au combat. A-t-on d’ailleurs jamais vu une tribu cannibale se régaler d’un sprinteur olympique ? C’est en daube, en revanche, que le fauve est le mieux dompté. Oignons, carottes, vin rouge et aromates, pour à peine 10 euros le kilo. Nous ne saurions enfin trop conseiller aux inconditionnels des hum ! hum ! en or de ne point céder à la tentation du braconnage. Gardez plutôt votre chiffon rouge pour aller à la pêche au batracien. Même si les roupettes de la grenouille ne se feront jamais aussi grosses que celles d’un bœuf, au moins la partie ne vous sera pas fatale.

Légende de la photo : Boucherie Aimé. Puisque votre demande de bourses a peu de chance d’être acceptée, goûtez la daube de toro Photo Philippe Salvat

Sylvain Cottin

Les Dacquois, les doigts dans la fête (DAX - 40)

dax preparatifs

Derniers préparatifs sous un ciel menaçant…

Photo David Le Déodic

La semaine va être chaude, une chaleur sans aucun rapport avec ses eaux thermales. D’ailleurs, il paraît que les curistes ne sont pas nombreux à cette époque. La feria débute demain par la journée landaise pour s’achever dimanche par l’adichats. Au milieu, une grande liesse collective propre à rassembler toutes les générations la journée, et les plus jeunes la nuit.

« Il va te faire une choure ! » La fille qui s’exclame ainsi est jolie. Ses copines dotées des mêmes prunelles n’ont rien à lui envier. Toutes grimacent en regardant le ciel menaçant, une main en casquette au-dessus de leurs yeux noirs. De Dacquoises. Elle est ainsi, la Dacquoise, belle mais inquiète quand vient l’orage au-dessus de l’Adour. La choure, donc, pour les non-indigènes, c’est l’averse, le grain, la saucée. Les filles trépignent sous le pont de Dax, les éclairs commencent à s’attaquer à leurs nerfs. Pourtant, elles devront écouter les consignes jusqu’au bout, et prendre des notes par-dessus le marché.
Il s’agit de s’intéresser à l’ordre des défilés des groupes folkloriques pendant les fêtes de Dax, un ordre quasi militaire au timing plus que pointilleux. Il ne s’agit pas de perdre un groupe de Chinois ou d’ignorer les Bulgares. Ils pourraient se vexer. La commission des fêtes populaires de Dax tient ce soir son ultime réunion avant le 12 août, date d’ouverture des fêtes. On ne rigole pas, car, à Dax, il y a une vie avant les fêtes et une vie après les fêtes. Ces bénévoles bossent à l’organisation depuis six mois. La commission a déjà vêtu l’uniforme pour se mettre en jambes. Rouge et blanc, désormais monomaniaque costume des joyeux fêtards du Sud-Ouest depuis Pampelune jusqu’à Naboude. Une commission qui serre les fesses : pour elle, ces fêtes seront les premières de la nouvelle équipe politique municipale basculée à gauche. Bref, sur les 30 fidèles que comptait la commission, 20 ont quitté le navire, 20 nouveaux sont entrés et 10 sont restés. Les jolies filles aux vives prunelles, elles, viennent d’arriver.
Pourvu qu’elle soit belle. Parmi les dix « anciens », il y a Jean-Christophe. Aujourd’hui proclamé coprésident, il sait tout sur les fêtes. Presque, il en aurait fait son métier. Il dit qu’il est resté parce que la politique il s’en fiche, que lui son truc c’est les fêtes et point à la ligne. Ne cherchez pas derrière le point, il bloque. Voilà son credo : « On est là pour notre ville, nos fêtes. Faire qu’elles soient de plus en plus belles. » Les autres en rouge et blanc applaudissent en buvant de la soupe de champagne. Si on cherche à savoir comment ils fabriquent cette soupe dans leur QG de faiseurs de fête, on peut toujours rêver. Donc, en cette ultime réunion d’avant-fêtes, tous les membres reçoivent leurs petits cadeaux, histoire de se mettre dans l’ambiance et de se donner du cœur à l’ouvrage. Une chemise blanche et… rouge pour qu’ils se reconnaissent entre eux, car on attend quand même à Dax, ville thermale, pas moins de 800 000 personnes. Une lithographie de l’affiche des fêtes 2008 à garder précieusement et des places de corridas. « On peut amener madame, si ça lui plaît », précise Jean-Christophe. Personne ne demande si on peut aussi parfois amener monsieur. Le Dacquois n’est pas taquin.
« Putain ! Jean-Paul, t’écoutes ? » Jean-Christophe a passé la main pour aller s’en griller une dans le patio de caballo. Rémi, pédagogue, commente, apporte aux bleus des conseils de vieux, tandis que la soupe de champagne commence à chauffer les oreilles. Très carré, primo, deuxio, tertio, il cite les trois moments importants de la commission, les incontournables : « D’abord, le samedi 9, on vient découvrir les toros à l’invitation de la commission taurine. Le 11 sera la soirée des partenaires de la feria. Venez avec vos épouses, c’est le moment de s’approprier du local et, pour les femmes, de voir les toros de près (sic !). Le 12 ? Hé bé, les enfants, on y est ! » Autour de la table, ça piaille dans tous les sens. « Putain ! Jean-Paul, t’écoutes, oui ? » La tension monte un peu. Les filles reprennent de la soupe, on va servir un repas chaud sous les arènes, les coudes plantés dans les feuilles photocopiées. Les épouses attendront ce soir, mais le 11, les veinardes auront droit d’approcher les toros de près.

Isabelle Castéra

L’écrivain a trouvé sa source miraculeuse (LEVIGNACQ - 40)

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photo David Le Déodic

L’écrivain Vincent Ravalec, auteur de 35 ouvrages, romans, nouvelles, essais… vit entre Paris et Lévignacq, dans les Landes. Amateur de balades et de découvertes du patrimoine, il a visité toutes les sources miraculeuses du Pays de Born, réputées pour leur eau chargée en soufre. Les Argilières font partie des plus belles.

Ici, il est l’écrivain. Comme il y a le curé, le boulanger, l’idiot du village, il y a désormais l’écrivain. Il arrive en TGV, il gare sa voiture à Dax, et il se pointe dans sa petite utilitaire blanche toujours pas immatriculée dans les Landes. Vincent Ravalec, il s’appelle. Paraît qu’il écrit. Quoi ? Pas la Bible en tout cas, même s’il habite en face de l’église. Et simple, avec ça. Il dit bonjour, il porte un chapeau de paille troué en été, achète le pain, se balade à vélo. Il court, aussi. Ah, ça, on se demande bien après quoi il court…
En direct de Lévignacq, charmante bourgade du Pays de Born à 15 kilomètres du Cap-de-l’Homy. Vincent Ravalec a acheté il y a une poignée d’années une maison de maître que personne ne voulait. Cet écrivain prolixe, bien placé sur la scène parisienne, a choisi de s’exiler un tiers de son temps dans les Landes. Il a cherché longtemps sa maison, celle-ci lui a plu. Enfin, surtout à cause de cette histoire que le maire lui a racontée : « La maison était habitée par de riches bourgeois, la fenêtre de la salle de bains donnait pile sur celle de l’église située de l’autre côté de la rue. On imagine que le prêtre avait vue plongeante sur les toilettes. Bref, il est tombé amoureux de la fille de la famille. C’est allé très loin. Il a abandonné soutane, Église, a fui avec elle, avant de l’épouser. Pétrie de honte, la famille a quitté les lieux. Le scandale fut tel que plus personne n’habita la maison. »
Maladies de peau. Juste avant la guerre, l’affaire défraya la chronique au milieu des grands pins. La bâtisse fut classée dans le genre hanté, mais personne ne savait par quoi. Et ça, l’écrivain a adoré. Lui l’a trouvée anticonformiste et s’y est installé au milieu des 300 âmes de Lévignacq. « à mon avis, lâche-t-il en souriant, le curé voyait la fille lorsqu’elle faisait sa toilette, toute nue, dans la salle de bains… »
Aujourd’hui, 3 août, Vincent Ravalec a tiré les volets. Fait chaud. Il a conduit sa fille de 15 ans avec ses copines à la plage. Contis, c’est bien parce qu’il y a des bars. Pendant que les ados bronzent au Coca, lui se balade au frais à Mézos, à l’ombre de Notre-Dame-des-Argilières, sous le regard bienveillant de sainte Rose, celle qui guérit les maladies de peau.
Non, bien sûr, l’écrivain ne souffre pas d’eczéma. En revanche, il apprécie la beauté du site. Le côté verdoyant, forêt aux gnomes, Brocéliande, tout ça. C’est ce qu’il raconte tandis qu’il trimballe son short et son accent de Parigot entre les fougères et les « tiacs », sans se méfier des moustiques ni des tiques qui viennent s’accrocher à ses tendres mollets. Le voilà béat devant les reliques de l’autel entretenu par un groupe de paroissiens du village, ému devant cette ribambelle de mouchoirs, culottes, gants et torchons à vaisselle déposés là par des gens en quête de miracle. C’est beau la campagne, hein ?
Pur moment de rock’n'roll. Vincent Ravalec s’est renseigné sur ce Pays de Born où il a posé ses bagages voilà dix ans. Fouiné dans les musées où personne ne va plus, chez les bouquinistes, ouvert de vieux livres enrhumés. Les érudits locaux l’ont conduit à toutes les sources miraculeuses du coin, spécialisées dans les affections de la peau.
Sa préférée se trouve ici, nichée dans cette clairière, à deux pas d’une rivière dont il a oublié le nom, mais où il aime se baigner lorsqu’il en a marre de se faire enguirlander par son ado de fille, réveiller par le téléphone ou, peut-être, d’être écrivain parisien. Finalement, on n’est pas si loin du « Pur moment de rock’n'roll » qui fit son succès dans les années 90. Ne manque que la musique. Et puis, Ravalec, il est tellement bien ici qu’il se baigne tout nu dans l’Océan, revient même en hiver et aussi quand il pleut. D’ailleurs, son dernier livre est écrit là. Lévignacq, Pays de Born, 40 Landes.

Isabelle Castéra

L’été meurtrier des enfants lunes (SAINT-PANDELON - 40)


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photo David Le Déodic

Si vous râlez dès que le moindre cumulo-nimbus menace votre bronzage, sachez qu’une soixantaine d’enfants en France souffrent d’un mal mortel qui les condamne à ne jamais s’exposer à la lumière du jour. Les beaux jours sont donc aussi les plus tristes pour les jumeaux Vincent et Thomas

Quand le soleil a rendez-vous avec les enfants de la lune, alors l’été devient meurtrier. Pas assez nombreux, toutefois, pour que le présentateur météo ait un quelconque scrupule à se pâmer sans retenue devant ses prévisions flamboyantes, ces petits malades incurables (une soixantaine en France) s’étiolent ainsi à l’ombre de notre eldorado estival. Victimes d’un mal génétique les condamnant au cancer de la peau aussi facilement que le commun des autres mortels attrape un rhume, la moindre exposition à la lumière naturelle - fût-elle assombrie par un ciel d’encre - ne prolongerait pas leur espérance de vie au-delà de l’adolescence.
À 15 ans, Thomas et Vincent sont pourtant des vieillards en pleine forme. À peine saupoudrés de quelques taches de rousseur en apparence bénignes, ces jumeaux landais ont été les premiers enfants de la lune au monde à profiter d’une protection totale dès leur deuxième anniversaire et leur premier cancer. « À l’époque, le pédiatre nous avait dit qu’ils ne vivraient pas plus de huit ans, et qu’il ne fallait donc pas s’embarrasser de précautions pour si peu de temps », frissonnent toujours leurs parents. Têtu plus encore qu’optimiste, le couple se mure aussitôt dans son pavillon dacquois transformé en caverne obscure. Volets fermés, rideaux tirés, une véritable nuit polaire qu’ils ne vont pas longtemps supporter. « On a craqué, mais heureusement nous avons vite pu récupérer des filtres anti-UV transparents qui servent à protéger les tableaux de maître dans les musées. »
Une idée lumineuse et minutieusement appliquée depuis sur les vitres de la maison comme sur celles du collège et de ce camping-car familial que les enfants doivent prestement gagner recouverts d’une combinaison taillée dans les chutes de tissu abandonnées par la Nasa. Étouffante panoplie d’astronaute qui, pourtant, n’empêche pas ces enfants de détester les étés trop indiens pour être honnêtes. « Le changement d’heure au printemps nous plonge dans le moment le plus dur de l’année, il fait jour tout le temps d’avril à octobre », expliquent les jumeaux, contraints, malgré eux, de vivre comme des noctambules. Levés à midi, Thomas et Vincent déjeunent à 16 heures, goûtent à 20 heures et dînent à 22 h 30 avant de pouvoir enfin profiter d’un instant de quartier et d’air libres. Parfois aussi d’un bain, de minuit, forcément.
Bains de minuit. « Dès qu’il fait nuit, c’est énorme, même quand on se contente de faire un tour dans le jardin d’enfants à côté, ou bien simplement de pique-niquer sur un parking. Pour la baignade, nos parents nous emmènent sur la plage de Capbreton, la seule à être éclairée. »
Un voyage jusqu’au bout de la nuit pour mieux repousser l’ennui mortel de ces après-midi d’été et leurs séances d’ordinateur élevées au rang de soins palliatifs. « Au début, nous faisions venir des copains à la maison, mais cela tournait au drame dès que les autres gosses filaient s’amuser dans le jardin », se souvient leur père.
« Pour autant, mes fils ne ressentent pas trop la frustration de l’extérieur, car ils ont totalement oublié les deux premières années de leur vie, lorsqu’ils pouvaient encore vivre au grand jour. Mais, s’ils continuent de respecter à la lettre les consignes de protection, ils commencent à se poser beaucoup de questions sur leur avenir, alors je me méfie un peu de l’adolescence. »
Retenir l’adolescence autant que la nuit, pour prolonger leur espérance de vie et les surprises. « Je n’avais jamais vu aucun intérêt à leur apprendre à faire du vélo. Et puis, un soir, ils se sont mis à pédaler autour de la maison. » L’échappée belle, le temps d’une éclipse d’enfant lune.

Monsieur et Madame rêvent (MONPAZIER - 24)

CONCERT BASHUNG(4523772)

Photo Marie Seillery

Depuis vingt ans, le festival L’Été musical en Bergerac rassemble amateurs de musique classique, jazz,variété, danse dans des lieux prestigieux. Le château de Biron, la place des Cornières de
Monpazier, le Château Saint-Germain, l’abbatiale de Cadouin ou l’Abbaye de Saint-Avit-Sénieur. Bashung précède le Ballet de l’Opéra du Rhin…

« Moi, je m’appelle Chloé, Chloé Mons. Je ne parle pas pour Bashung. D’ailleurs, je partage la scène avec lui ce soir. Mais lui aussi avec moi. » Chloé garantie pur jus. Du gaz à tous les étages. Les cheveux poussés jusqu’au bas des fesses, des rondeurs plus qu’assumées, la belle blonde vous assomme d’un coup de cil. Pêchue. N’imaginez surtout pas qu’elle assure la déco, le soutien moral de l’artiste. Car ici, l’artiste, c’est elle aussi.

Ici ? Monpazier, cité médiévale du Périgord au milieu des salades de gésiers et du foie gras sous toutes ses formes. Monpazier qui accueille ce soir, au coeur de sa bastide, Alain Bashung et, donc, Chloé Mons. Ou vice versa. À quelques heures du concert, et avant de boire un citron pressé, Chloé cale sa balance avec les musiciens et techniciens. Une meute de grands garçons en tee-shirt noir, armés de boucles d’oreille : on les reconnaît à cet air lunaire de ceux qui sortent du lit. En fin d’après-midi. Chloé, elle, fait claquer ses bottes sur les pavés. « On adore les petits festivals, tout est beaucoup plus simple. Et puis, nous avons des amis en Dordogne. C’est joyeux de chanter sur cette place, non ? Et puis chaleureux aussi. On voit les gens à qui on chante… »

Alain Bashung est fatigué. Maladie. Les rumeurs bruissent sous les cornières. Les fans font triste mine. « Il paraît que… » « Si c’est sûr, tout le monde le sait. »

Chloé impose sa nature, elle pète la santé, pas là pour pleurnicher : « Quoi ? C’est mon mari. On est ravis de partager la scène. On s’aime et on aime chanter ensemble. C’est notre petit rendez-vous à nous. » Ils sont mariés depuis dix ans. Ils s’aiment, ils vont chanter tous les deux. Personne n’attend Chloé, elle le sait et s’en tape. « Moi, je vais assurer une première partie, seule avec mon ukulélé, des titres inédits. » « Calamity Jane », le titre de son album lui colle à la peau. Elle décroche un sourire, remonte sa jupe pile au-dessus des genoux ronds. Les organisateurs du festival, qui en célèbrent la vingtième édition, en vantent l’éclectisme, le côté artisanal tricoté main. À quelques heures du concert, ils apprennent que Bashung sera accompagné par Chloé. OK, tout va bien.

21 heures samedi. La place explose, impossible de rentrer plus de monde. Chloé Mons se plante seule sur la scène comme annoncé. Sur les chaises, on papote pendant qu’elle impose son ukulélé et son culot de fille de cow-boy. J’y suis j’y reste. Et qu’importe ce qu’elle entonne, elle insuffle une décharge de bonne humeur au milieu de tous ces gens consternés. Car lorsque Bashung arrive, le crâne chauve, la démarche traînante, le contraste fait mal.

Et puis il va chanter, des textes crépusculaires, et cette voix qui chauffe jusqu’aux pierres centenaires, et son ombre draculéenne répliquée trois fois sur la vieille grange aux dîmes.

Don d’ubiquité. Ici, tout le monde a envie de chialer. Pas parce qu’il est paraît-il malade, parce que ce moment est pur. Le voilà à l’acmé de son art. Dépouillé de tout le reste. Sec comme un coup de poing que l’on prend en plein coeur. Il dépose là, au milieu des champs de blé, des vergers chargés de fruits, des murs blonds, il dépose à nos pieds tout le reste de son talent. En concentré.

C’est la fin du concert. Chloé revient sur scène chanter avec son mari. Comme prévu. Avec sa main dans la sienne, perfusion de chair et de sang. C’est comme ça quand on s’aime.

Isabelle Castéra

En attendant la Dame blanche (MARQUAY - 24)

Puymartin

Au XVIe siècle, Thérèse de Saint-Clar aurait été enfermée quinze ans, puis emmurée dans un cachot du château de Puymartin. Depuis, cette figure classique de la Dame blanche des châteaux de France est « apparue » à des visiteurs. Suffit-il de croire pour la voir ? Tentative, une nuit auprès de sa porte…

Et voilà comment on se retrouve à attendre un fantôme devant son cachot au sommet d’un château du Périgord noir, à 2 h 30 du matin. Ça commence au détour d’un site fantasmagorique sur Internet : le château de Puymartin et sa Dame blanche, emprisonnée puis emmurée dans sa geôle, est apparue diaphane à ses propriétaires, quatre siècles plus tard. Zombie publicitaire ou fantastique à portée de main ? L’après-2 heures du matin étant son jardin, autant venir camper à sa porte. Et attendre, sans savoir trop quoi (une interview ? une crise cardiaque ? une preuve que la vie existe après mort ?) ni tout à fait qui : Thérèse de Saint-Clar, fantôme sans âge, sans archive ni image, censée nous apparaître à sa façon dans son 2 mètres carrés cylindrique en pierre. Mais au final, rien…

Médium en transe. Peut-être délibérait-elle derrière la porte, mais nous, sur lit pliant dans la salle de garde, face à la cellule, au sommet de la tour nord, on s’est juste revu enfant hésitant à éteindre par peur des monstres de la nuit ; à prendre sa propre respiration pour le ronflement d’un spectre. Silence lourd, à part le vent sur les créneaux et les autos loin par-delà la forêt. « Si vous la voyez, ça me fera plaisir », avait commenté bizarrement le châtelain Xavier de Montbron à l’heure du coucher. La légende de derrière la porte en bois raconte que vers 1560, la jeune Thérèse fut surprise aimant son amant protestant par son catholique de mari rentré de la guerre. Écart charnel, placard éternel : la voilà murée et nourrie par voie de trappe. Puis libérée en vapeur surnaturelle. « Mon père y croyait », explique Xavier de Montbron, fils héritier du mobilier mais pas de la conviction qu’un esprit s’y balade. Quoiqu’un soir, cet oiseau ; et un autre, cet éclair… Le père a vu une silhouette aux traits fins quelques secondes dans l’escalier, une nuit de 1960. Il a eu « peur ». D’autres apparitions ont suivi. Il était « habité » par ça, dit le fils. Lui, sait qu’il n’a pas « l’exclusivité » d’un fantôme en son château. Sa mère avoue un léger « doute » à force de témoignages. Il y a eu un médium en transe, un radiesthésiste convaincu, des gens effrayés par une chouette effraie, une ado quasi évanouie, des halos sur des photos et une collection de mails de visiteurs qui ont « senti des choses » (ombre, brouillard, froid, etc.) Reste une ambiance particulière. « Vous y croyez ? » s’était enquise, la veille, une Parisienne venue tester le fantôme dans une des chambres d’hôte de la tour, en guise de lune de miel. Son mari, que rien n’a réveillé, non.

Mais elle, elle a vu la Dame blanche « en rêve », « rousse », et lui annonçant : « Ton mari n’est pas bienvenu au château. » Elle s’est réveillée chaque soir à 2 h 30, de cri de chouette en portable s’allumant… pour cause en fait de signal de batterie faible. Coïncidence horaire ? Alors ? « Les apparitions sont liées aux activités hypnagogiques (1) », explique Jérôme Noirez, 38 ans, écrivain à Penne (47) et auteur d’une encyclopédie des fantômes (2), qui trouve « formidable que l’esprit engendre de tels fantasmes. Étymologiquement, le fantôme, c’est le double. On y met nos angoisses, nos névroses. »

Universel. Pâle figure, emmurée ou défenestrée (en tout cas malmenée) sur fond de religion : la Dame blanche (3) est un fantôme universel. Comme les ovnis pendant la guerre froide ou Marie apparaissant à Lourdes.

La nôtre aurait son origine dans la mode du roman gothique au XIXe (relire « Le Horla », de Maupassant). D’ailleurs, Henri de Montbron ne sait pas quand la croyance s’est installée dans la généalogie. « Un espace architectural comme un château est une machine à bruits ou phénomènes thermiques et olfactifs, parfois sidérants. » Plus une imagination prolifique pour se prouv