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Mirambeau (17). Un p’tit carré d’Albion planté en Saintonge

Notre périple se poursuit dans le sud de la Charente-Maritime, où une quarantaine de familles britanniques vivent une partie de l’année dans les mobile homes cossus de la Rose Blanche, accrochés au flanc d’une colline. Rencontre avec cette sympathique colonie en bermuda, autour d’un barbecue

Bob est un homme comblé. Il fait beau, il a mis son plus beau tablier par-dessus son bermuda et tourne sur le gril de son barbecue quelques « french saucisses » pour ses voisins, qui l’attendent autour d’un apéritif copieux et coloré. Liverpool, sa ville natale, lui semble aussi lointaine que son ancien métier d’imprimeur.

La majorité de ses voisins sont d’ailleurs des retraités, issus de la « middle class » anglaise. N’ayant ni les moyens ni forcément l’envie de s’acheter une maison, comme beaucoup de leurs compatriotes dans le Sud-Ouest, ils louent chaque année pendant plusieurs mois, les plus beaux de préférence, l’un des cinquante mobile homes du domaine de la Rose Blanche, accrochés depuis sept ans au flanc d’une colline, à la sortie du village de Mirambeau.

« De loin, ça fait penser aux favelas de Rio de Janeiro. Mais à l’intérieur, c’est beaucoup plus cossu », confie, amusé, Maurice Marzal, le maire de Mirambeau.

Fausse cheminée.

Rien ne manque en effet dans ces cottages de poche, importés d’outre-Manche : salon, cuisine, chambre, toilettes. La décoration rappelle le plus pur style britannique, jusque dans la fausse cheminée, les rideaux et le ventilateur en bois accroché au plafond.

« Ce n’est pas un camping », confirme, dans un français un peu hésitant, Michael Feveyear, le gardien de la Rose Blanche (1). « Les gens faisaient un peu la grimace quand ils ont su que des Anglais viendraient s’installer ici. Maintenant, ça va bien. Les commerçants sont contents de nous voir, et on a de bonnes relations avec les habitants. A Pâques, on a porté des oeufs en chocolat aux écoliers. On invite aussi quelquefois le maire et le chef des gendarmes à l’apéritif ! » éclate-t-il de rire, alors que les résidents trinquent sur la terrasse de Bob, où le port du bermuda semble obligatoire.

Ici, Bob possède certainement le plus beau point de vue de la Rose Blanche, avec un panorama qui s’étend de l’estuaire de la Gironde à la vallée de la haute Saintonge. Le paysage n’est pas la seule raison d’être de cette petite colonie. « La vie, ici en France, est plus simple, plus facile. Et moins chère aussi. Ici, c’est la France avec un petit peu d’Angleterre », remarque Carole en buvant son vin blanc sec. Margaret, originaire du pays de Galles, regrette en croquant une carotte : « C’est difficile d’apprendre le français; on parle toujours anglais entre nous. On aimerait que des Français viennent s’installer ici, qu’on se mélange. »

« The Rules of boules ».

C’est aussi le souhait de Michael Feveyear. « Mais les mobile homes sont trop chers pour des Français », reconnaît le gardien, sans dévoiler pour autant, ni en euros ni en livres sterling, le prix de la location. Après avoir réparé et remplacé des pare-brise à Cambridge, Michael a choisi de vivre définitivement en France. « I’m French », sourit-il. Avec son épouse, Geraldine, il cultive l’« esprit village » de la Rose Blanche. « Nous avons un club-house, une piscine et même une fanfare », atteste-t-il. C’est ainsi que Colin Godfrey, jadis professeur spécialiste de la vue, s’est retrouvé il y a peu invité à jouer du petit tuba au sein de l’Harmonie de haute Saintonge.

Ce village dans le village a même son comité des fêtes et des animations. Une feuille accrochée sur la porte du club-house, sur laquelle est indiqué « The Rules of boules » (les règles du jeu de boules) témoigne notamment d’activités sportives intensives. D’autres, préférant les grands espaces, vont au golf de Cognac.

« Il y a beaucoup de choses à faire ici. On se promène beaucoup dans la région, et même en Espagne », souligne Margaret avant de prendre place dans la file d’attente, devant le barbecue de Bob. « J’adore ça », glisse le chef de Liverpool, qui, depuis trois ans, passe six mois de l’année à Mirambeau. « Ce n’est pas une tradition, c’est un plaisir ! » lance-t-il, sans faire tomber ses saucisses.

Plus d’infos sur www.campinglaroseblanche.com

Article de Frédéric Zabalza