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Mont-Disse (64). “Mondix et le secret de la potion magique”

asterix.jpg Sucrée, gazeuse, avec une robe d’un bleu azur, la même couleur qui a tant manqué cet été aux vacanciers de notre cher littoral atlantique. Voilà les seuls éléments d’information que nous sommes habilités à donner sur la composition de la potion magique de nos ancêtres les Gaulois. Le reste doit rester confidentiel, sous peine de finir bâillonné et attaché au tronc d’un vieux chêne.

Ajoutons toutefois qu’il est déconseillé d’en abuser, selon les recommandations du druide. Vous risquez sinon de ressentir, le lendemain matin, un mal de tête à vous faire croire que le ciel vous est tombé dessus pendant la nuit à plusieurs reprises. Depuis quatre ans, les habitants du petit village de Mondix, que les cartes modernes, sobres en humour, nomment Mont-Disse, puisent leur énergie dans ce breuvage mystérieux. Chaque été, ils érigent une palissade autour de leur village, construisent des tavernes au toit de fougère et de bruyère, et invitent leurs voisins à prendre des forces en dégustant quelques sangliers.

Obélix a perdu 20 kilos.

« La première année, on a vu arriver une cohorte romaine. C’étaient les habitants du village voisin de Portet qui nous faisaient une surprise », se souvient Dominique Fausset, instigateur de cette fête gauloise, à la fois anachronique et farfelue, mais dont l’enthousiasme affiché par les villageois est authentique. « J’ai 87 ans et c’est pas en buvant de l’eau ! » clame Marcel Pondic, dont le béret, qui n’a rien de gaulois, est lui aussi d’un âge canonique, en faisant référence à un autre breuvage local, le madiran (1). La comparaison avec la célèbre bande dessinée d’Uderzo et Goscinny s’arrête à quelques subtilités, comme les noms des tavernes (Etrouboufix, Chuitrorotix, Célafolix…) ou quelques personnages bien connus. Et encore. Cette année, Christian Long, l’Obélix local, qui joue pilier droit dans l’équipe de Lembeye, a perdu 20 kilos et n’en pèse plus que 120. Sa silhouette en est considérablement modifiée. Le pantalon bleu et blanc flotte quelque peu sur sa panse. Astérix, joué par le président du comité des fêtes, Christian Bergada, correspond à peu près à l’original. « Chaque année, on ajoute une nouveauté dans le village. Cette fois, c’est la taverne du druide, Chez Botritix (2). C’est ici que la potion magique sera servie », confie-t-il.

Les Gaulois fédérés.

Même le chef, enfin le maire du village, Charles Pelanne, quitte pour l’occasion sa tenue d’agriculteur. « Cette fête gauloise a eu un effet incroyable sur le village. Elle a fédéré les habitants comme jamais auparavant, y compris ceux qui sont installés depuis peu. »

L’idée a séduit bien au-delà des frontières proches avec les Hautes-Pyrénées, le Gers et les Landes. Hier soir, près de un millier de convives, en comptant les Romains et les Egyptiens, ont participé au banquet, animé par les bardes du groupe Parpalhons. L’espace d’une soirée, Mont-Disse a vu sa population décupler. « On ne s’attendait vraiment pas à un succès de cette ampleur. Même si ça demande énormément de travail, on a réussi à maintenir une fête dans notre village », souligne Dominique Fausset. Les villageois redoutent toutefois que le rendez-vous annuel de Mondix ne tourne à l’invasion. « Un millier de personnes, c’est déjà bien. Au-delà, cela deviendrait trop lourd à gérer », prévient Charles Pelanne, qui s’amuse en imaginant que le village gaulois aurait pu s’installer un peu plus loin, sur la colline de Mont-Durou, où l’on raconte que les Romains avaient bâti un camp.


Par Frédéric Zabalza.