Vieux, moi ? Jamais ! (BIDART - 64)
Joël de Rosnay, 71
ans, biologiste futurologue, conseil auprès du président de la Cité des
sciences et de l’industrie de la Villette à Paris, livre son carnet de « bien
vivre ». Entre deux vagues
Photo Sylvain Cazenave
Joël ! Au Bahia Beach de la plage de
Parlementia, à Bidart, les serveurs le hèlent. « Un jus d’orange pressé, Joël ?
» Il est arrivé en courant, longue silhouette à la crinière blanche, peau
tannée par le soleil et Converse aux pieds. Mauricien né en 1937, il est ici
chez lui, au cœur de ce spot de surfeurs basques. Joël de Rosnay, biologiste spécialiste en
futurologie, docteur ès sciences et conseil auprès du président de la Cité des
sciences de la Villette à Paris, surfe tous les jours, à Parlementia. Deux
heures le matin, deux heures l’après-midi sur la planche. « Touchez-moi ça ! »
ose-t-il. Biceps, triceps et muscles dorsaux : du béton.
Prévention, pas privation. En 1979, avant tout le monde, il
écrivait « La Malbouffe » avec sa femme Stella. Depuis l’âge de 30 ans, le
scientifique travaille son corps avec une étonnante opiniâtreté. Ce qu’il
mange, boit, comment il bouge et pourquoi, la qualité de son stress, celle de
son émotion sont guidés par sa main. Aujourd’hui, le résultat laisse rêveur.
Joël de Rosnay, à
plus de 70 ans, est un magnifique athlète, court le monde, donne des
conférences, écrit des bouquins non sur l’art d’être grand-père, mais sur celui
de vivre vieux, le mieux possible.
Pour
commencer, deux citations. « Ça va vous aider à me comprendre. » Donc : « La
vieillesse est si longue qu’il ne faut pas commencer trop tôt », signée Mark
Twain. « Plus tu donnes, plus tu restes », de René Berger, philosophe en pleine
forme de 84 ans. Lui tout seul, maintenant : « Je parle de vieillir jeune »,
lâche-t-il. « Je fais la différence entre le bon et le bien vivant à l’aide de
quatre clés. » À ce niveau de la conversation, tout le monde, nez levé, attend
ces quatre clés. De l’éternelle jeunesse, élixir de jouvence. Pas si simple. Il
faut de la pratique, une volonté de fer, une détermination de chaque instant.
Mais de ça, il ne parle pas. Quatre clés, donc : nutrition, exercice physique,
potentialisation du stress, plaisir. C’est tout ?
«
Pourquoi vieillit-on ? » se lance le scientifique. « Parce que le corps s’oxyde
et que les tissus s’enflamment. Il faut alors lutter contre l’oxydation et
l’inflammation, responsables des maux principaux du corps vieillissant.
Regardez, je suis un laboratoire de recherche à moi tout seul. Je mange de
façon frugale, ne me ressers jamais deux fois, et je dévore légumes variés et
fruits : myrtilles, framboises, fraises, mûres, raisin, pommes avec la peau
soigneusement lavée, tous les matins. Le secret ? Manger coloré, le pigment
absorbe le rayonnement et suscite une défense naturelle. Le fruit
potentiellement le plus intéressant est la grenade. J’en bois deux verres par
jour. Antioxydant, il fait baisser la tension, protège contre le cancer de la
prostate ; on en trouve dans les magasins bio et les boutiques arméniennes.
Deux verres de vin de Bordeaux par jour également, et il faut abuser de
curcuma, excellent préventif contre la maladie d’Alzheimer (on en trouve dans
le curry). Boire aussi du jus de noni, une plante qui pousse à Hawaii et donne
de l’énergie. Pas de graisse, du poisson, des volailles, œufs, fromages secs,
noix, noisettes, de l’eau. Et deux carrés de chocolat noir par jour. »
Plaisir et méditation. Chaque matin, au réveil, Joël et
Stella pédalent vingt minutes sur un vélo d’appartement. Lui, ajoute dix
minutes de musculation et de stretching, un jogging deux ou trois fois par
semaine, du surf, de la marche nordique et un peu de yoga. Pour économiser son
adrénaline, il potentialise son stress grâce à l’« effet zen » qui fait virer
en positif les sentiments négatifs de la vie et ceci, grâce à la méditation. Il
pratique dans les embouteillages ou au bureau, yeux fermés, pouce et index
bouclés.
La
quatrième clé sera celle du plaisir. « Moteur de la vie, il faut le chercher
partout. Se faire du bien dans la pratique d’une activité intellectuelle ou
physique, le bonheur d’être avec ses enfants ou amoureux sécrètent des
endorphines, excellentes pour la peau. Pour optimiser notre capital santé, j’ai
inventé le terme de ”bionomie”, management du corps. »
À
ses amis bedonnants qui, devant une table riche, se moquent de son ascétisme,
le svelte Joël répond qu’il est avant tout un hédoniste qui a plaisir à son
corps. Et vous ?
À lire : « Une vie en plus. La longévité,
pour quoi faire ? », de Joël de Rosnay, coécrit avec Jean-Louis
Servan-Schreiber, Dominique Simonnet et François de Closets. Éd. de Poche.
Isabelle Castéra


