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Vieux, moi ? Jamais ! (BIDART - 64)

Joël de Rosnay, 71 ans, biologiste futurologue, conseil auprès du président de la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette à Paris, livre son carnet de « bien vivre ». Entre deux vagues

rosnayPhoto Sylvain Cazenave

Joël ! Au Bahia Beach de la plage de Parlementia, à Bidart, les serveurs le hèlent. « Un jus d’orange pressé, Joël ? » Il est arrivé en courant, longue silhouette à la crinière blanche, peau tannée par le soleil et Converse aux pieds. Mauricien né en 1937, il est ici chez lui, au cœur de ce spot de surfeurs basques. Joël de Rosnay, biologiste spécialiste en futurologie, docteur ès sciences et conseil auprès du président de la Cité des sciences de la Villette à Paris, surfe tous les jours, à Parlementia. Deux heures le matin, deux heures l’après-midi sur la planche. « Touchez-moi ça ! » ose-t-il. Biceps, triceps et muscles dorsaux : du béton.

Prévention, pas privation. En 1979, avant tout le monde, il écrivait « La Malbouffe » avec sa femme Stella. Depuis l’âge de 30 ans, le scientifique travaille son corps avec une étonnante opiniâtreté. Ce qu’il mange, boit, comment il bouge et pourquoi, la qualité de son stress, celle de son émotion sont guidés par sa main. Aujourd’hui, le résultat laisse rêveur. Joël de Rosnay, à plus de 70 ans, est un magnifique athlète, court le monde, donne des conférences, écrit des bouquins non sur l’art d’être grand-père, mais sur celui de vivre vieux, le mieux possible.

Pour commencer, deux citations. « Ça va vous aider à me comprendre. » Donc : « La vieillesse est si longue qu’il ne faut pas commencer trop tôt », signée Mark Twain. « Plus tu donnes, plus tu restes », de René Berger, philosophe en pleine forme de 84 ans. Lui tout seul, maintenant : « Je parle de vieillir jeune », lâche-t-il. « Je fais la différence entre le bon et le bien vivant à l’aide de quatre clés. » À ce niveau de la conversation, tout le monde, nez levé, attend ces quatre clés. De l’éternelle jeunesse, élixir de jouvence. Pas si simple. Il faut de la pratique, une volonté de fer, une détermination de chaque instant. Mais de ça, il ne parle pas. Quatre clés, donc : nutrition, exercice physique, potentialisation du stress, plaisir. C’est tout ?

« Pourquoi vieillit-on ? » se lance le scientifique. « Parce que le corps s’oxyde et que les tissus s’enflamment. Il faut alors lutter contre l’oxydation et l’inflammation, responsables des maux principaux du corps vieillissant. Regardez, je suis un laboratoire de recherche à moi tout seul. Je mange de façon frugale, ne me ressers jamais deux fois, et je dévore légumes variés et fruits : myrtilles, framboises, fraises, mûres, raisin, pommes avec la peau soigneusement lavée, tous les matins. Le secret ? Manger coloré, le pigment absorbe le rayonnement et suscite une défense naturelle. Le fruit potentiellement le plus intéressant est la grenade. J’en bois deux verres par jour. Antioxydant, il fait baisser la tension, protège contre le cancer de la prostate ; on en trouve dans les magasins bio et les boutiques arméniennes. Deux verres de vin de Bordeaux par jour également, et il faut abuser de curcuma, excellent préventif contre la maladie d’Alzheimer (on en trouve dans le curry). Boire aussi du jus de noni, une plante qui pousse à Hawaii et donne de l’énergie. Pas de graisse, du poisson, des volailles, œufs, fromages secs, noix, noisettes, de l’eau. Et deux carrés de chocolat noir par jour. »

Plaisir et méditation. Chaque matin, au réveil, Joël et Stella pédalent vingt minutes sur un vélo d’appartement. Lui, ajoute dix minutes de musculation et de stretching, un jogging deux ou trois fois par semaine, du surf, de la marche nordique et un peu de yoga. Pour économiser son adrénaline, il potentialise son stress grâce à l’« effet zen » qui fait virer en positif les sentiments négatifs de la vie et ceci, grâce à la méditation. Il pratique dans les embouteillages ou au bureau, yeux fermés, pouce et index bouclés.

La quatrième clé sera celle du plaisir. « Moteur de la vie, il faut le chercher partout. Se faire du bien dans la pratique d’une activité intellectuelle ou physique, le bonheur d’être avec ses enfants ou amoureux sécrètent des endorphines, excellentes pour la peau. Pour optimiser notre capital santé, j’ai inventé le terme de ”bionomie”, management du corps. »

À ses amis bedonnants qui, devant une table riche, se moquent de son ascétisme, le svelte Joël répond qu’il est avant tout un hédoniste qui a plaisir à son corps. Et vous ?

À lire : « Une vie en plus. La longévité, pour quoi faire ? », de Joël de Rosnay, coécrit avec Jean-Louis Servan-Schreiber, Dominique Simonnet et François de Closets. Éd. de Poche.

Isabelle Castéra


Les vacances du petit Nicolas (Pontaillac - 17)

 

C’est près de Royan, dans cette station balnéaire très cossue, que le jeune Nicolas Sarkozy a passé toutes ses vacances d’été. Surveillé de près par sa mère, “Dadu”, il y a d’abord multiplié les activités sportives avant de faire quelques passages (plus ou moins) remarqués dans les discothèques branchées de la côte.

vacances petit nicolas

Ça doit être de la loyauté. Ou peut-être plutôt cette sourde crainte de voir le GIGN débarquer par l’arrière-cuisine. Car si nous sommes saturés d’informations immédiates sur la vie et l’œuvre de notre président, rares sont en revanche ses amis d’enfance à bien vouloir raconter les étés que le petit Nicolas a passés en famille à Pontaillac, près de Royan. Mais à vous, chers parents qui rêvez de voir un jour votre fils emménager à l’Élysée avec une chanteuse, voici en exclusivité le programme journalier que celui-ci devra respecter à la lettre s’il veut plus tard vous combler.
1 Faire ses classes au club Mickey
Comment aujourd’hui en vouloir au président de flirter à Disneyland, alors que c’est justement dans l’une de ses succursales qu’il a appris à nager ? « Chaque matin à 10 heures au club Mickey, avant d’aller manger une glace chez Judici », se souvient une certaine madame Dubois, dont la grand-mère accueillait les Sarkozy en vacances, jusqu’à la fin des années 70, dans la maison familiale. Mais selon l’adage qui veut qu’un esprit sain ne s’épanouisse que dans un corps du même tonneau, votre futur président de fils devra privilégier le sport à la gourmandise.
2 Vélo, poney, tennis : va y avoir du sport !
Une leçon au Garden Tennis de Royan et quelques galops à dos de poney au club hippique voisin feront l’affaire. À condition de s’y rendre à vélo. « Nicolas y allait quasiment tous les jours. Il était actif, mais pas hyperactif. Plutôt précoce et réservé. » Après un pique-nique familial dans la forêt de la Coubre, vous rappellerez ensuite à votre enfant combien il est doux de jouer avec maman. « Notre éducation était stricte, Dadu tenait Nicolas. L’après-midi, c’était devoirs de vacances et jeux de société. Mais très jeune déjà, il prenait la liberté d’écouter ses disques de Johnny, ça, ce n’est pas une légende ! En juillet, il avait aussi le droit de regarder le Tour de France au Grand Hôtel, puisque nous n’avions pas de télé à la maison. Il ne manquait aucune étape. » Parents, méfiez-vous tout de même du culte Poulidor, à la présidentielle de 2037 l‘essentiel sera de ne pas finir deuxième.
3 Une partie de pétanque, ça fait pas plaisir…
De cette sobre éducation bourgeoise, il est toutefois une partie moins glorieuse que les biographes du petit Nicolas avaient jusqu’alors passée sous silence. Une partie de pétanque. Lui aussi camarade de promo du club Mickey, l’universitaire Gérard Bekerman révèle aujourd’hui l’un des grands drames personnels du président. « Pendant des années, nous avons joué aux boules sur la plage de Pontaillac. Mais Nicolas était franchement nul, il ne faisait que des trous dans le sable, et ça l’agaçait beaucoup. »
4 « Serial séducteur » façon Aldo Maccione ?
Malgré les fréquents passages nocturnes de Nicolas Sarkozy dans les discothèques branchées de la côte royannaise (au Love-love, au Rancho et surtout à la Grange), là-bas, on se souvient surtout de son frère Guillaume. Mais le sujet est trop important pour être ici raccourci (lire ci-contre).
5 Et combien ça coûte, de devenir président ?
Pingres, le destin de votre fils n’a pas de prix. D’ailleurs la prime de rentrée suffira largement à financer cette journée idéale : polo Lacoste (76 euros), deux boules chez Judici (3 €), une heure au Garden Tennis (14,50 €), une leçon au centre équestre (22 €), une entrée au Rancho (15 €), « Le Journal de Mickey » (1,90 €), un disque de Johnny (10 €) et un set de huit boules chromées (15 €). Le juste prix est de 157 euros. Les maniaques pourront aussi ajouter au panier une Rolex Daytona en or blanc, dont la valeur (22 530 €) pèsera à peine sur l’addition. Mais, de grâce, évitez les talonnettes, il est normal qu’un enfant de 10 ans n’ait pas encore atteint le 1,68 m élyséen.

Sylvain Cottin

Les fêtards sont aussi du matin (BAYONNE - 64)

fete bayonne matin

Pendant la fête, les matinées se déroulent parfois au ralenti, mais toujours avec le sourire. C’est le moment béni où l’on voit certainement le mieux les gens, de toutes conditions et de tous milieux.

Déjà deux heures qu’elle a planté son nez dans la Nive. Sans se défaire d’un sourire énigmatique, Claire, une étudiante parisienne, fixe les poissons sans trop les voir. « Je profite de ce calme passager… avant la tempête du soir », fait-elle. On entend comme un bruissement dans la ville. C’est le matin à Bayonne, pendant la fête. La ronde des engins de nettoyage a fait place aux croissants en terrasse. Les rues s’emplissent peu à peu. Et Damien n’a pas quitté sa position fœtale. « Non, je vous assure que je n’ai pas abusé hier soir, précise ce jeune commerçant lillois. Simplement, on s’est perdus. Il était tard. Et comme je n’ai pas retrouvé le camping, j’ai pris ce banc. » Les passants lui adressent parfois un commentaire amusé. Ce n’est qu’un début. Car le matin déploiera lentement sa bonne humeur, au gré des ruelles. La veille au soir, l’immense entreprise festive avait réveillé la part bestiale de quelques festayres. Au milieu de ces milliers de complices, j’ai aperçu quelques échauffourées. Des gestes isolés dans ce joyeux tumulte de virilité, de séduction rapide et de flamboyance. Mais ce matin, l’atmosphère a changé. Moins expéditive, moins superficielle, plus douce et posée. Un peu comme si Jacques n’avait jamais taché sa chemise. Comme si, en ouvrant son journal ce matin-là, cet assureur breton était en paix avec lui-même. « C’est essentiel pour se sentir à nouveau dans la journée. Les cuivres arriveront bien assez vite pour nous remettre dans le bain. Alors, je savoure. »

Des visages. Oui, il déguste. Après sa soirée de la veille, il s’agit maintenant d’un café, assorti d’un dialogue avec son compère de la nuit. « Que j’ai rencontré avec ses collègues hier soir, précise Jacques. Mais aujourd’hui, on peut se poser, ce n’est plus la bousculade. » Il a raison : c’est un instant à part. Un éclairage soudain sur la foule, dont on ignorait les visages hier encore. Car le matin, l’étudiante parisienne côtoie le Basque de souche, le plombier polonais et les autres. Ces messieurs n’ont pas qu’un bon coup de fourchette et ces dames un joli postérieur. Les gens ont des noms, des professions… Et ça se voit.

« Vous venez d’où ? » demande une mamie béarnaise à ses voisins de petit déjeuner. « De Calais. Je suis maçon. Et ma femme ne travaille pas. On ne connaissait pas les fêtes alors on veut en profiter un maximum. » Le couple s’étonnerait presque de constater que Bayonne compte des boutiques. Qu’elle n’est pas uniquement ville bodega. Alors, tandis qu’approche l’heure du déjeuner, ils jettent un œil sur la déambulation des géants. Le matin, c’est au tour des enfants d’être à la fête. Et Bayonne de prendre paisiblement des airs de festival. Ou les « a » de la veille (bodega, sangria, fiesta) font place aux rimes en « eur » : douceur, fraîcheur, candeur…

À leur rythme. « C’est certainement la seule occasion de l’année d’oublier son boulot et de parler aux gens. À ceux qui sont venus avec moi, que je côtoie pourtant toute l’année, puis aux fêtards de toute l’Europe […]. Le moment du petit crème matinal est parfait pour ça. Encore mieux que la fête d’hier soir, parce qu’on est cool pour refaire la soirée tout en se projetant dans la suivante », confie Patricia, Tourangelle adepte des fêtes du Sud-Ouest.

Ça y est. La pendule s’est arrêtée sur midi. Claire a retrouvé toute son acuité visuelle. Elle s’est enfin éloignée de la Nive et peut retrouver une activité normale. Cela devrait prendre plus de temps à Damien, notre fœtus égaré. Mais chacun respectera le biorythme de l’autre. Tel l’instant où, en coulisses, l’on découvre, émerveillé, les visages des comédiens, le matin n’a qu’un temps. Gueules de bois, de travers ou d’amour, elles étaient toutes de sortie. Preuve que les fêtards sont aussi du matin.

Par Thomas Villepreux

1 août 2008 - Aucun commentaire
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Moi et mon corps au camping (MESCHERS - 17)

Meschers

photo Samuel Honoré

Depuis 31 ans, L’Espace des possibles explore le concept de « temps libre », ou comment passer ses vacances à la recherche de soi même. Visite dans un camping existentiel…

À Meschers, dans un camping, nous avons abandonné notre corps à un homme d’une quarantaine d’années, dans une piscine chauffée à 34 degrés. Philippe berce dans l’eau, comme on ferait avec un bébé. Pendant quarante-cinq minutes, l’idée est de ressentir le moindre millimètre de son corps et d’épouser un peu tous les éléments. On s’endort, aussi. « Vous avez reçu un watsu ? Vous avez de la chance… », jalouse une quinqua blonde en maillot qui sort de l’atelier massages. Nous, après, on a atelier shiatsu du visage, sur l’autre colline du camping.

Dehors, en cercle, le groupe de discussion sur l’amour a débuté. À l’étage, c’est qi gong, sorte de judo dansé lentement, comme s’il fallait imiter une plante qui pousse et où, d’ailleurs, il est question d’« utiliser son corps, mais pas de façon utile ». Dans les autres salles, la sieste méditative, l’atelier de communication non violente ou d’art-thérapie (dessiner un arbre reflète nos humeurs : « Tu vois, là, le tronc n’a pas de racines »).

13 hectares de pins, sapins ou bambous, vallonnés, verts, enclavés du reste de la petite station balnéaire pépère : L’Espace des possibles est un camping, mais pas vraiment des Flots Bleus avec engueulades polyphoniques, pastis rituel et pétanque liturgique. Plutôt les vacances du retour à soi, à ce bon vieux corps qu’on néglige tant l’année pendant que le stress nous gifle l’âme.

Psychosociologie. Création, expression, développement personnel : les activités sont à la carte. Classiques (massage, qi gong, arts plastiques) ou ébaudissements ésotériques (l’atelier « position idéale parallèle au sable », conférence sur le chamanisme…), il y a jusqu’à 100 activités par jour. Alors qu’à la base, les vacances, c’est se dorer la pilule après avoir éteint son cerveau, non ? « Il y a la culture vacances TF1, sourit Yves Donnars, fondateur du lieu. Et il y a le temps non contraint qui peut servir à se retrouver, se rechallenger. » Donnars n’en finit pas de théoriser l’endroit qu’il a créé il y a trente et un ans pour concrétiser la psychologie humaniste qu’il a découverte en Californie dans les années 70. « Un lieu de vacances expérimentales » sans animateurs (« les gens ne sont pas inanimés ») mais des « proposants » qui « partagent » leur savoir dans des ateliers. Et où les campeurs peuvent s’épancher sur leurs malheurs auprès d’autres campeurs spécialisés dans l’écoute (les « grandes oreilles »).

Monique, 55 ans, adore. Elle dit que c’est une autre découverte de soi. Pour « lever des blocages, se sentir mieux, évoluer. » Jeanne, 26 ans, aime les « sensations physiques » du shiatsu ou des massages. Odile, elle, dit avoir hâte de ressentir l’« énergie » des arbres. Yves Donnars dit qu’il calme ce genre d’ardeurs telluriques. Les « espaciens », comme ils s’appellent, disent qu’ils vont mieux quand ils sont là. Ils en ont l’air. Comme Michel, banquier qui sort d’une année à « nourrir les actionnaires avec toujours moins de moyens et une pression folle ». Là, il se « recentre », et ça fait du bien. C’est sa première fois ici. D’habitude, il fait du sport.

Plus bobo que baba. Outre la sculpture sur pierre, l’analyse transactionnelle et la danse bio, pour se décomplexer des censures intimes, il y a le naturisme. C’est le matin, à la piscine. Il y a dix ans, c’était un peu partout. Ça joue dans la réputation du lieu : une communauté baba cool. Voire « hédoniste et libertaire », remplie de dépressifs « karmiques », selon l’écrivain Michel Houellebecq (« Les Particules élémentaires »). L’Espace a gagné son procès. Mais doit, depuis, démystifier : pas de connotations sexuelles dans les massages, pas de prosélytisme, ni bio ni psy. Quant à passer pour des hippies… À 28 euros par jour, on y est plus bobo que baba, chefs d’entreprise, enseignants, ou même rentier de l’immobilier. Ils disent : les gens ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas. Que faire du qi gong le matin dans la verdure, c’est une aventure incroyable. Qu’être écouté par son voisin, aussi. « On est en manque total d’écoute », dit Nicole, 63 ans. Depuis qu’elle est là, elle ne voit « que des sourires ». Ça la change.

Adrien Vergnolle



Les blockhaus laissent béton (Dune du Pyla - 33)


mentel BLOCKAUS (4440086)

photo Laurent Theillet

L’enseignant et plongeur Marc Mentel étudie le chapelet de blockhaus allemands de la dune du Pilat. Ces bunkers qui constellent la côte disparaissent petit à petit sous le sable et l’Océan. Et nos souvenirs avec…

Soudain, c’est la planète des singes. On marche sur la plage, et c’est le film, cette scène de la statue de la Liberté aux deux tiers ensablée, léchée par les vagues, vestige final de la civilisation engloutie. Au bord de l’océan, l’âge de guerre n’est pas tout à fait enterré. Soutes, bunkers, cuves ou porte-radars finissent d’être avalés par l’océan. Triste mur de l’Atlantique, censé mitrailler jusqu’au dernier les soldats qui n’ont pas débarqué. Gamin, on chassait dedans d’invisibles adversaires. Ado, on les taguait, la nuit, feux de joie et premières bières. Puis plus tard, sur le dos d’un, dîner romantique avec belle et soleil couchant. Les blockhaus ont aussi ce parfum-là, en plus du sable ranci.

Récif artificiel. « C’est un paysage. On joue dessus, on y cherche des moules… Ce sont des lieux de vie, comme il y a un port, une jetée », philosophe Marc Mentel, sur la plage des Gaillouneys, à l’extrême sud de la dune du Pilat. Planté dans « son » décor : trois blockhaus qui surnagent, ancienne route allemande concassée, tobrouks (sortes de capsules-bunkers pour un soldat et sa mitrailleuse) comme échoués. Mentel, 40 ans, plongeur, prof de physique au lycée d’Arcachon est « bunker archéologue » (terme admis) amateur. Avec Philippe Jacques, exégète local, et Francis Taffard, il travaille à la biographie des blockhaus du bassin d’Arcachon. Lui : les immergés du Pilat, quasiment oubliés jusqu’en 2005, quand il édite une inédite carte sous-marine.

Soit une ligne de quinze bâtiments, qui témoigne du recul de la dune, plus de 150 mètres en soixante ans. Ils étaient au sommet ; ils gisent à une vingtaine de mètres de profondeur. « Ils se sont affaissés, le sol s’est dérobé sous eux, mais ils n’ont quasiment pas bougé. » Et font un récif artificiel vêtu de moules, d’anémones et d’éponges, « affolant » de beauté. « Des couleurs, tu ne peux pas le croire. Ils sont sous l’eau depuis les années 60, ils ont fixé une vie extraordinaire. » Partageur et militant de son si beau Bassin : « J’ai envie que les gens plongent, que ces sites soient reconnus. »

Mémoire collective. Les communes ont souvent hésité à dézinguer le macadam de Legos macabres. La tendance est plus à la conservation de ces monuments historiques. « Un potentiel énorme pour la mémoire collective », estime Marc Mentel, en dévoilant un site quasi secret, connu des chasseurs et des tagueurs : un village de blockhaus, dit de « l’éden », perdu dans une forêt de La Teste. Quinze bunkers tout en meurtrières et chas pour périscope. Les bunkers archéologues rêvent de sauvegarder ce Lascaux du mur de l’Atlantique, à l’heure de la disparition des témoins vivants de la guerre. Il existe une soixantaine de blockhaus, rien qu’entre Montalivet et Contis. Combien sur toute la côte ? Innombrables. Elle s’est bétonnée entre la fin 42 et la débâcle. Quand les Américains ont débarqué en Normandie, les Allemands coulaient encore du béton au Pyla. D’après des témoignages, pas loin d’un millier de prisonniers ou travailleurs obligatoire ont dû bunkériser le Pyla, devenu « zone interdite ». Les Allemands y étaient jeunes et en chemisette. « Ils ont dû jouer aux cartes », suppose un Arcachonnais, pour qui les soldats n’ont eu qu’à prier pour rester à la plage plutôt qu’être mutés sur le front de l’Est.

Depuis, les bunkers se sont fondus dans le décor. Des habitants en ont hérité sous leur maison, et s’en servent de cave, de garage, voire de boîte de nuit privée… Ou alors, ils intriguent. Patrick Lacour, de la guinguette au pied de la dune, reçoit des jeunes, des Américains et « même des Allemands », curieux de ces épaves. Il y a vingt-deux ans, il en a visité un, quand il était « encore là-haut ». Regard songeur : « Dans cette masse de béton, avec un champ de vision à 180 degrés, on a l’impression d’être indestructible. » L’océan gagne toujours.

Adrien Vergnolle


 


Montpezat d’Agenais (47). Le village marche au courant bio

Notre itinéraire estival débute sur les côteaux de l’Agenais, dans le creuset écolo, bio et non-violent de Montpezat. Depuis la première exploitation « biodynamique » des années 1930, plusieurs générations successives d’alternatifs ont inscrit leurs idéaux dans la durée

Comme une plante aromatique, la stagiaire d’été s’appelle Marjolaine. « Intéressée par le bio », l’Aveyronnaise passera le mois de juillet dans un potager généreux de Montpezat d’Agenais. Et la terre qu’elle foule ici est plus fertile encore que la jeune fille au prénom d’origan ne l’imagine.

Cette commune lot-et-garonnaise de 600 habitants compte aujourd’hui une quinzaine d’agriculteurs bio, soit le quart des exploitants, une épicerie bio elle aussi, des maisons écologiques avec monomurs, capteurs solaires, citernes d’eau de pluie et autres toilettes sèches. Et surtout, une ribambelle de « copains ». Ils s’autodésignent « écolos », « alternatifs » ou « bio », chacun selon le parcours unique qui l’a conduit vers ces côteaux arrondis. Mais tous témoignent d’un « quelque chose de commun » qui les unit et les différencie des « autres », ceux-là qu’on appellera au choix « autochtones », « conventionnels » ou « non-bio ».

La venue des « estrangers ».

La graine de « quelque chose » a été semée à Montpezat en 1934. Bien avant la vague de retours à la terre, bien avant qu’on mette le café équitable en vente dans les Monoprix. « Cette année-là, mon année de naissance, des Suisses appelés Baumann sont venus s’installer ici. Ils ont fait de l’agriculture biodynamique en s’inspirant des théories de Rudolph Steiner », raconte Silvia Schmid, Suissesse elle aussi. C’est elle que les écolos montpezaquais appellent la « grand-mère », parce qu’elle est la plus ancienne dans la place.

« Après les Baumann, poursuit-elle, il y a eu des Alsaciens, les Klockenbring, et puis un couple hollando-suisse, mes amis, chez qui j’étais d’abord venue comme stagiaire dans les années 1950. » En 1960, alors que « la moitié du village était à vendre », elle a acheté des terres dans un vallon en contre-bas du bourg. Les grands mouvements de pensée des sixties ont alors traversé, noués aux cheveux de générations de stagiaires, ce bout de campagne peuplé d’« estrangers ».

« Il n’y a pas eu de hippies, ici. Ou juste un couple, pas longtemps », glisse Silvia Schmid. Cette femme a posé des yeux sages sur la fin des illusions, observé des gens de la ville se lancer dans la « permaculture » puis s’en aller. Elle a surtout permis la venue sur ses terres, au début des années 1980, de l’une des communautés de l’Arche fondées par Lanza del Vasto, chantre de la fraternité et de l’idéal communautaire, penseur non-violent et disciple de Gandhi. « L’Arche cherchait de nouvelles implantations. Ils voulaient “essaimer”, comme ils disaient. Je leur ai proposé mes terrains », se souvient Silvia Schmid.

La fin de la communauté.

Elle garde, punaisé dans l’entrée de sa maison, le poème « Tiens-toi droit » de Lanza del Vasto. C’est par le gandhisme que plusieurs « alternatifs » d’aujourd’hui sont d’abord venus, à l’image des Boué. « Il s’agissait de rechercher une vie simple à la campagne, de travailler de ses mains en respectant la nature », résume Stella Boué, Italienne d’origine. Les Boué ont été la quatrième famille à venir dans la communauté, et il y en a eu jusqu’à huit en même temps. Puis, par besoin d’indépendance, le couple a fait sécession et acheté son propre terrain. La communauté a volé en éclat en l’an 2000. Certains sont restés et les autres maisons ont été vendues à de nouvelles familles, plutôt vertes. « Ce n’est plus la communauté mais il en reste quelque chose, un esprit. Et toujours beaucoup d’enfants ! », s’amuse Silvia Schmid. « Parfois, on tricote dans son coin et ça finit par faire un pull », conclut-elle à propos de sa prospérité spirituelle.

La graine semée en 1934 a vécu, en sept décennies, ce qu’ici on appelle « le petit miracle de la germination ». Le poids démographique des discrets écolos, après avoir été une source d’inquiétude, est devenu un enjeu électoral. Des candidats aux municipales de 2008 sont déjà venus toquer aux portes des maisons écologiques, avec de possibles places de conseillers municipaux à distribuer.

Article de Nicolas Espitalier.

9 juillet 2007 - Aucun commentaire
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Bienvenue à bord

Le premier “Carnet de route” de l’été 2007 a été publié ce matin en page 18 du cahier général de Sud Ouest, en ouverture des pages estivales. La première escale de notre parcours (il y en aura une par jour du lundi au samedi jusqu’à la fin du mois d’août), c’est le village lot-et-garonnais de Montpezat d’Agenais.

Nous vous y amenons à la rencontre d’une histoire rare et méconnue : celle de générations successives de biodynamistes, de non-violents et d’écolos, venus pour certains de l’étranger, qui ont inscrit dans la durée - voilà plus de 70 ans que cela dure - leurs rêves d’un monde meilleur sur le territoire d’une commune de 600 habitants. Vous verrez comment leur militantisme, qui n’est ni de slogan ni de façade, qui se joue des caricatures et se nourrit de nuances, débouche aujourd’hui (entre autres) sur une entreprise viable de graines bio. Un phénomène complexe et passionnant sur lequel la discussion est ouverte : ce blog est là pour ça.

Les “Carnets de route” de Sud Ouest, initiés sous cette forme en 2005 par Sylvain Cottin et Julien Rousset, entrent en troisième année avec, au volant, Frédéric Zabalza et Nicolas Espitalier. Les reportages traiteront des sujets les plus divers aux quatre coins de la zone de diffusion de Sud Ouest et parfois au-delà, jusqu’en Espagne. Et pour la première fois cette année, le travail rédactionnel trouvera son prolongement multimedia sur ce blog, où l’on vous pourra vous proposer des éclairages supplémentaires, des photos ou des sons, et bien entendu un espace de discussion. Vous êtes les bienvenus, sur la route, encore.

9 juillet 2007 - 1 commentaire
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Graines anciennes sur le web

Une dizaine de producteurs bio de Montpezat font tourner Biau Germe, entreprise coop•érative et dé•mocratique qui •édite un catalogue de graines anciennes produites en bio, tri•ées, testé•es et vendues à “8000 jardiniers.

Qui souhaite semer une tomate noire de Crim•ée, une chicor•ée rouge de V•érone ou cette fleur annuelle nommé•e amourette en saura plus sur www.biaugerme.com

9 juillet 2007 - Aucun commentaire
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