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Paparazzi : objectif thune (CAP-FERRET - 33)

Si la densité de vedettes au mètre carré n’est pas encore celle de Saint-Tropez, la presse people s’intéresse chaque été davantage aux sauteries du bassin d’Arcachon. Des vocations naissent

paparazziObjectif de paparazzi pour shooter dans les coins. Photo

FRANCK PERROGON

C‘est une bête souvent sale et hirsute à force d’être traquée. Qui dort peu, mange mal et se soulage aux quatre vents. Pris à son propre piège, le paparazzi est devenu plus inaccessible encore que sa proie, « la-vedette-de-la-télé ». Mais, avec un taux de croissance à rendre jaloux les PDG chinois (+ 60 % pour « Voici »), la presse people est désormais pourvoyeuse d’emplois saisonniers au même titre que l’industrie du beignet-chichi.

Ils seraient ainsi cet été une grosse dizaine à frayer entre deux eaux troubles du bassin d’Arcachon, à la recherche de fretin plus ou moins menu : Julien Courbet, Albert de Monaco, PPDA et tant d’autres. Sans atteindre l’intensité tropézienne, le business de l’image volée attire ici chaque été davantage les stars de la profession, autant que leurs avatars « crève-la-dalle », essentiellement des gens du cru plus habitués à tirer le portrait des jeunes mariés que celui des stars. « Nous sommes 90 % de smicards », reconnaît l’un des pionniers de cette ruée vers l’or de gloire. « C’est un métier d’avenir, à condition de bien admettre qu’il n’y a que cinq ou six gros coups à l’année sur le Bassin. » Mais, à 40 000 euros le poster de l’insaisissable Obispo taquinant au Ferret la mimine de la chanteuse Jenifer dans un flou tout sauf artistique, les vocations, pourtant, se multiplient à la vitesse de la lumière des flashs.

En planque, mode d’emploi. « Tout le monde connaît les coins où il faut chercher », poursuit un autre photographe entré en clandestinité. « Sauf que la dernière fois que l’on nous a promis Johnny à table Chez Hortense, j’ai planqué deux jours dans ma bagnole pour rien. » Second spot des people sur le Bassin, la maison de Benoît Bartherotte semble être également devenue le meilleur coin de pêche du littoral atlantique, depuis qu’un certain DiCaprio y a mis ses doigts de pied en éventail. « Là, t’as pas le choix, tu loues un bateau pneumatique et tu te déguises en pêcheur. Après, tu peux aussi t’incruster dans les discothèques à la mode avec un tout petit boîtier, sauf que les patrons sont méfiants, certains même te fouillent à l’entrée. Mais il nous reste encore quelques ruses pour ne pas se faire repérer, notamment la fausse optique-miroir. C’est un truc qui fait croire à ton vis-à-vis que tu photographies la cime d’un arbre alors que tu es en train de faire un gros plan sur son visage. »

Passé millionnaire et maître dans l’art d’être là où, paradoxalement, on l’attend, le plus célèbre des paparazzis tricolores, le sulfureux Jean-Claude Elfassi, ne néglige plus le Bassin. « J’y ai coincé cet été la fille du prince Albert », savoure-t-il. « La dune du Pilat est d’ailleurs un endroit magique. Une fois au sommet, ta victime se retrouve à découvert sur des centaines de mètres. Tu n’as plus qu’à mitrailler. »

Les étrennes du papa. Provocateur en chef de la presse à scandale, Elfassi, cependant, ne va jamais au petit bonheur la chance. « Les trois quarts des reportages sont arrangés avec les people. Pas les miens, mais ils sont rares et très rentables. Même si ce sont bien souvent des proches de la star qui vous filent le tuyau, il faut aussi savoir graisser la patte lorsque l’info est brute. » Qu’il s’agisse de celle de l’agent EDF, de l’hôtesse au sol d’Air France ou du technicien de chez SFR, les étrennes restent ici le premier poste budgétaire, loin devant le matériel de camping pourtant digne d’un agent des forces spéciales. « Lors d’une planque, il ne faut rien laisser au hasard », explique celui qui fait parfois son lit sur le clocher des églises comme dans les conduits d’aération des cliniques. « Jumelles à vision nocturne, fringues de camouflage, de l’eau et des gâteaux secs qui ne risquent pas de tourner au soleil, et puis aussi des petites lingettes de toilette pour bébé. »

Le patron de la rédaction de « Voici » reconnaît enfin un afflux croissant de propositions commerciales sur sa boîte mail, certaines oblitérées du Cap-Ferret. « Avec le numérique, tous les touristes s’y mettent. 80 % de leurs photos de stars n’ont aucun intérêt… Mais 20 %, ça reste énorme, d’autant que leurs tarifs ne sont pas ceux des professionnels », se réjouit ainsi Loïc Sellin.

Sylvain Cottin

Vieux, moi ? Jamais ! (BIDART - 64)

Joël de Rosnay, 71 ans, biologiste futurologue, conseil auprès du président de la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette à Paris, livre son carnet de « bien vivre ». Entre deux vagues

rosnayPhoto Sylvain Cazenave

Joël ! Au Bahia Beach de la plage de Parlementia, à Bidart, les serveurs le hèlent. « Un jus d’orange pressé, Joël ? » Il est arrivé en courant, longue silhouette à la crinière blanche, peau tannée par le soleil et Converse aux pieds. Mauricien né en 1937, il est ici chez lui, au cœur de ce spot de surfeurs basques. Joël de Rosnay, biologiste spécialiste en futurologie, docteur ès sciences et conseil auprès du président de la Cité des sciences de la Villette à Paris, surfe tous les jours, à Parlementia. Deux heures le matin, deux heures l’après-midi sur la planche. « Touchez-moi ça ! » ose-t-il. Biceps, triceps et muscles dorsaux : du béton.

Prévention, pas privation. En 1979, avant tout le monde, il écrivait « La Malbouffe » avec sa femme Stella. Depuis l’âge de 30 ans, le scientifique travaille son corps avec une étonnante opiniâtreté. Ce qu’il mange, boit, comment il bouge et pourquoi, la qualité de son stress, celle de son émotion sont guidés par sa main. Aujourd’hui, le résultat laisse rêveur. Joël de Rosnay, à plus de 70 ans, est un magnifique athlète, court le monde, donne des conférences, écrit des bouquins non sur l’art d’être grand-père, mais sur celui de vivre vieux, le mieux possible.

Pour commencer, deux citations. « Ça va vous aider à me comprendre. » Donc : « La vieillesse est si longue qu’il ne faut pas commencer trop tôt », signée Mark Twain. « Plus tu donnes, plus tu restes », de René Berger, philosophe en pleine forme de 84 ans. Lui tout seul, maintenant : « Je parle de vieillir jeune », lâche-t-il. « Je fais la différence entre le bon et le bien vivant à l’aide de quatre clés. » À ce niveau de la conversation, tout le monde, nez levé, attend ces quatre clés. De l’éternelle jeunesse, élixir de jouvence. Pas si simple. Il faut de la pratique, une volonté de fer, une détermination de chaque instant. Mais de ça, il ne parle pas. Quatre clés, donc : nutrition, exercice physique, potentialisation du stress, plaisir. C’est tout ?

« Pourquoi vieillit-on ? » se lance le scientifique. « Parce que le corps s’oxyde et que les tissus s’enflamment. Il faut alors lutter contre l’oxydation et l’inflammation, responsables des maux principaux du corps vieillissant. Regardez, je suis un laboratoire de recherche à moi tout seul. Je mange de façon frugale, ne me ressers jamais deux fois, et je dévore légumes variés et fruits : myrtilles, framboises, fraises, mûres, raisin, pommes avec la peau soigneusement lavée, tous les matins. Le secret ? Manger coloré, le pigment absorbe le rayonnement et suscite une défense naturelle. Le fruit potentiellement le plus intéressant est la grenade. J’en bois deux verres par jour. Antioxydant, il fait baisser la tension, protège contre le cancer de la prostate ; on en trouve dans les magasins bio et les boutiques arméniennes. Deux verres de vin de Bordeaux par jour également, et il faut abuser de curcuma, excellent préventif contre la maladie d’Alzheimer (on en trouve dans le curry). Boire aussi du jus de noni, une plante qui pousse à Hawaii et donne de l’énergie. Pas de graisse, du poisson, des volailles, œufs, fromages secs, noix, noisettes, de l’eau. Et deux carrés de chocolat noir par jour. »

Plaisir et méditation. Chaque matin, au réveil, Joël et Stella pédalent vingt minutes sur un vélo d’appartement. Lui, ajoute dix minutes de musculation et de stretching, un jogging deux ou trois fois par semaine, du surf, de la marche nordique et un peu de yoga. Pour économiser son adrénaline, il potentialise son stress grâce à l’« effet zen » qui fait virer en positif les sentiments négatifs de la vie et ceci, grâce à la méditation. Il pratique dans les embouteillages ou au bureau, yeux fermés, pouce et index bouclés.

La quatrième clé sera celle du plaisir. « Moteur de la vie, il faut le chercher partout. Se faire du bien dans la pratique d’une activité intellectuelle ou physique, le bonheur d’être avec ses enfants ou amoureux sécrètent des endorphines, excellentes pour la peau. Pour optimiser notre capital santé, j’ai inventé le terme de ”bionomie”, management du corps. »

À ses amis bedonnants qui, devant une table riche, se moquent de son ascétisme, le svelte Joël répond qu’il est avant tout un hédoniste qui a plaisir à son corps. Et vous ?

À lire : « Une vie en plus. La longévité, pour quoi faire ? », de Joël de Rosnay, coécrit avec Jean-Louis Servan-Schreiber, Dominique Simonnet et François de Closets. Éd. de Poche.

Isabelle Castéra


Les trente minutes blondes (SEIGNOSSE - 40)

Ladislas de Hoyos fut la doublure de PPDA au JT de TF1. Avant d’en être éjecté par celui-ci. Avec malice, M. le Maire observe aujourd’hui Laurence Ferrari concurrencer « Mémé-DA »

tele ladislas de hoyosPhoto Xavier Ges

Il n’était pas blonde puisqu’il n’avait déjà plus de cheveux sur le caillou. Pis, il n’a jamais déballé sa poitrine ni ses conquêtes dans les magazines. Et pourtant - c’est incroyable -, Ladislas de Hoyos a présenté le 20 Heures de TF1. Par centaines de fois même (de 1988 à 1991), il joua les doublures de PPDA jusqu’à ce que celui-ci finisse par le trouver un peu moins glamour que Claire Chazal. Mais, alors que son ex-copain de bourreau est à son tour en voie de « martyrisation » massive, transformons donc Ladislas en ménagère de moins de 50 ans. Et regardons ensemble Laurence Ferrari, dont on nous dit que le métier serait le plus beau au monde. « Enfin, vous mettez n’importe qui à l’antenne et vous en faites une star. » Car si Ladislas n’est pas du genre à cracher dans la soupe, faudrait voir à ne pas trop lui pousser l’assiette sous le nez quand même. Que PPDA pourtant se rassure, le temps de régler la mire et quelques comptes, voici pour lui la preuve qu’il y a bien une vie après le 20 Heures. Mais peut-être à condition d’être élu et réélu comme lui maire de Seignosse.

20 heures. Elle dit merci. Lundi, Ladislas de Hoyos aurait dû regarder France 2, parce que « Chazal l’ennuie ». En restant poli. En le restant moins, on apprendrait que sa meilleure ennemie est désormais surnommée « Mémé-DA » dans les murs du maçon. « Ce premier journal de Laurence Ferrari est à mes yeux moins important que le dernier de PPDA. Que j’ai enregistré et regardé deux fois. Il s’en est bien tiré, avec élégance. Sa seule erreur aura été de ne pas avoir senti le vent tourner. Mais bon, avec les casseroles qu’il a eues dans les années 90, il n’aurait pas tenu une minute aux États-Unis. » Une longévité qui aura au moins eu le mérite de retarder la guerre des blondes. « Je suis persuadé qu’il y en a une de trop. Ce soir, Ferrari commence par remercier la rédaction. Ça change. » De ton, mais pas de fond. « Le déroulé des JT de TF1 et de France 2 est identique. C’est pour cela qu’aucun présentateur ne pourra vraiment modifier la formule. De toute façon, l’âge d’or des JT est terminé. La télé à la demande se développe, et il y aura bientôt un Audimat instantané… Vous verrez qu’un jour on coupera des sujets en direct. »

20 h 16. Elle lit. « C’est bien, ce qu’elle fait Ferrari. Elle se penche sur ses papiers et lit le prompteur sans faire bouger ses yeux. Et quand elle interviewe Alain Bernard, elle écoute ses réponses, ce que ne sait pas faire Chazal. » Convaincu qu’il faut avoir entendu siffler les balles de kalachnikov avant de célébrer la grand-messe en tenue de soirée, Ladislas de Hoyos ne pense pas pour autant que les non-filles et les non-blondes sont une espèce en voie de disparition. « Au JT, tout est dans la voix et le regard, PPDA savait d’ailleurs très bien en jouer. Et je suis certain que des Léon Zitrone reviendront un jour à l’écran. » Plus encore que leur couleur, c’est pourtant la densité des cheveux qui semble aujourd’hui en cause. « Je me souviens avoir dit à PPDA que le jour où il serait chauve comme moi il se poserait des questions. Mais il a fait des implants. »

C’est en lisant une brève dans « Le Figaro » que ceux de Ladislas de Hoyos se sont virtuellement dressés sur sa tête. « Un vendredi matin, plus personne ne voulait me prendre au téléphone. Lorsque j’ai fini par croiser Mougeotte, il m’a dit que c’était une rumeur bidon. » PPDA aura beau lui offrir un casse-croûte pour lui dire combien il l’aime, c’est sous les projecteurs de l’ANPE des Yvelines que l’ex-star du JT ira présenter ses hommages. « Les gens pensaient que je faisais un reportage. Je n’étais pas bien… pas bien du tout. Forcément, le 20 Heures, c’est le fauteuil papal. Dix mecs peuvent s’y asseoir parmi les 30 000 journalistes recensés en France. »

20 h 32. Elle sourit. « Un collier discret, un sourire et une spontanéité qui lui sont propres, elle va donner un coup de vieux à sa collègue. Et puis, surtout, elle n’a pas terminé en nous balançant le fameux “Quant à moi je vous retrouverai, etc.”, façon Chazal justement. »

 

Sylvain Cottin

De quel bois se chauffent-ils ? (LA PALMYRE - 17)

Connue dans toute l’Europe pour être le rendez-vous des coquins, la forêt de la Lède est le théâtre d’un champ de bataille entre exhibitionnistes et gendarmes. Promenons-nous dans le bois…

la palmyrePhoto Xavier LéotyC‘est un maquis de pins maritimes où l’on ne porte pas la cagoule simplement par goût d’anonymat. Une fois la dune franchie, mieux vaut d’ailleurs garder ses yeux derrière la tête si l’on ne veut pas être contraint au jeu de la bête à deux dos. Ici, les attentats ne visent que la pudeur. Par l’entregent d’Internet, ce petit bois où l’on trousse sans chemise est ainsi devenu l’un des carrefours de l’Europe gay et libertine depuis la fin des années 90. Latins, Bataves et Saxons en culottes très, très courtes y butinent chaque été à tire-larigot. Et chaque automne, c’est le même refrain, les feuilles de reproches se ramassent à la pelle dans la boîte aux lettres de monsieur le Maire. « C’est lassant, mais je comprends les jeunes mamans choquées d’avoir croisé la route de ces énergumènes qui ne se cachent même plus. Ils ne doivent pas annexer ma commune », menace Robert Jono. « Voilà six ans que j’ai pris un arrêté interdisant le naturisme dans la forêt, mais rien n’y fait. »

La cavalerie en renfort. Ceinturée par une bonne vieille piste cyclable des familles, cette sulfureuse forêt de la Lède (sur les panneaux, le L est subtilement travesti en P) présente surtout la circonstance aggravante de voisiner le Club Med de La Palmyre, dont on nous dit que les gentils membres aiment désormais à jouer au Scrabble plutôt qu’aux guili-guili dans les arbres. Et ceux-ci ne supportent plus le son des corps le soir au fond des bois. Avec le renfort de la cavalerie, les autorités locales sont donc montées sur leurs grands chevaux afin de bouter les étalons hors des taillis. Six soldats de la maréchaussée envoyés au casse-pipe pour faire feu de tout bois dans ce remake des « Gendarmes de Saint-Tropez », version hard. « À cheval, on avance vite et partout », explique un officier en poste à l’année, hélas à pied. Mais si la faim fait parfois sortir les loups du bois, le flagrant délit reste particulièrement rare. « Le phénomène prend de l’ampleur parce qu’il y a autant de gens qui participent que de gens qui regardent », assure le militaire. « Nous savons aussi que de temps à autre, des femmes sont attachées à des arbres au cours des simulacres. Et ce sont parfois ces mêmes mateurs qui vont jouer les vierges effarouchées à l’Office de tourisme. Plus tard, enfin, ils nous passent un coup de fil, pour nous raconter qu’ils ont vu un grand type bronzé avec un gros truc dans la main. Curieusement, pourtant, ils ne viennent jamais nous le dire en face. »

Faux prétextes. Alors, comme l’avait déjà compris Bourvil, la « taca taca tac tac tique » du gendarme est ici d’être « constamment à cheval sur le règlement », fût-il inspiré par de faux prétextes environnementaux. « Nous avons deux moyens pour les verbaliser. D’abord, lorsqu’ils se promènent dans un espace protégé, et puis, surtout, lorsque nous en attrapons un en train de fumer dans la forêt, ou même seulement avec un mégot à ses pieds. »

À ces deux infractions opportunément vertes, le Code pénal pourrait même s’en offrir une troisième, tant l’humus de La Palmyre ressemble à la piste d’essai d’un manufacturier pneumatique. Jonchée de caoutchouc usagé. Selon l’adage qui veut qu’il n’y ait plus de saisons ma pauvre dame, les échauffourées dans les fourrés se prolongent désormais aux quatre saisons. « L’hiver, nous sommes entre homosexuels, et l’on reste dans nos voitures », confirme celui que tout le monde appelle ici le « commandant ». Plus loin derrière la dune, un certain Jean-Noël se demande à l’inverse comment retrouver une aiguille dans une botte de foin. « L’été, c’est plus compliqué pour se repérer, alors nous accrochons un petit bout de tissu rouge à notre sac à dos ou bien sur le parasol. »

La chasse à cour n’est pas sur le point de s’achever. Si dure à la fesse molle, l’épine de pin devrait donc longtemps encore rester le seul prédateur de l’homme des bois déviant.

Sylvain Cottin

Chez Minus, la moule fait aussi de l’esprit (CAPBRETON - 40)

L’ancien port de pêche, le seul des Landes, futtrès actif à une époque, puisqu’on en partait pour pêcher la morue jusqu’à Terre-Neuve. Capbreton est surtout un port de plaisance, mais quelques bateaux de pêche subsistent. Sardines, bars et daurades sont les poissons fétiches de la côte landaise. A l’arrivée des pêcheurs, sur le port, le public se presse. En face, chez Minus, on préfère les moules…

moulesLa moule de Minus n’est pas un mollusque ordinaire. Il faut oublier dans les tambouilles de nos grands-mères la moule cuite et recuite, flottant dans son jus ail et persil. Oublier l’enfant grimaçant qui pêchait entre le pouce et l’index le jeune crabe oublié dans un coin de coquille. Sur le port de Capbreton, la moule de Minus, bouchot à fond, a de l’esprit, du style, un genre. On la mange avec les doigts, dans des assiettes en carton, sur des tables en bois brut. On en sort satisfait et assez sale. Mais la guinguette du port de Capbreton affiche complet tout le mois d’août. On appelle ça une institution. De la moule.
À l’origine, un ferrailleur argenté venu de Dax. Il s’appelle Bernard Castex, on le dit Minus en raison de sa petite taille. Loin d’en faire un complexe, le Landais se servira de ce sobriquet pour nommer sa petite entreprise. Pas si bête. Un jour, il décide de monter une cabane sur le port de Capbreton, côté Hossegor, afin d’inviter ses amis à goûter ses moules cuites à la plancha.
Jalousie, jalousie. Années 90. La plancha a traversé la frontière espagnole. Minus ajoute à la cuisson un assemblage d’herbes, un mélange de 13 épices dont personne ne sait rien. Les amis des amis s’invitent, suivis de leurs copains et de leurs voisins. Minus ajoute des tables, de 5 il passe à 30, car la bonne société dacquoise se presse dans cette guinguette en bois, se suce les doigts et en redemande.
Lorsque Bernard Castex meurt prématurément, en 2001, l‘entreprise est rattrapée par sa fille, Sabine. Elle vient d’achever des études de commerce international, avec dans l’idée de se frotter aux États-Unis. La moule, a priori, ne l’inspire pas. Enfin, « pas avant 40 ans », répète-t-elle à ses amis. Pourtant.
« On attendait que je me plante, admet la jeune femme. Le succès de papa a suscité pas mal de jalousie autour. Surtout qu’entre-temps, la moule est vraiment devenue à la mode, tout le monde a tenté sa chance. Malgré la concurrence, nous avons continué à réussir, tout étonnés. »
La success story du mollusque s’interrompt au mois d’avril dernier, sinistre 26 avril où la baraque à Minus brûle entièrement. Sabine est réveillée en pleine nuit. « Deux heures la tête dans le seau », se souvient-elle. La journée suivante, tandis qu’elle ramasse les débris, elle voit des gens pleurer derrière les barrières de sécurité. Oui, pleurer. Pour des moules. Il faudra des mois de reconstruction « à l’identique » avant une réouverture le 6 août. « J’avais peur que Minus y perde son âme. »
Rien à jeter. « Le succès tient beaucoup à ce truc imperceptible. Donc, tout est pareil, en mieux, en propre. » Six planchas chauffées à blanc en permanence, des centaines de kilos de bouchot livrées le matin et le soir par une entreprise SPF qui s’est appuyée sur Minus pour exister. Des assiettes en carton, des verres Arcopal, un tour de main.
En moyenne, le client paye 14 euros pour 700 g de moules et 300 g de frites, avec un rince-doigts en sachet. Du boucan en prime et les toilettes à l’extérieur. Les concurrents n’y comprennent rien. Sabine ose une explication : « Les employés sont mes amis, toutes les serveuses sont des filles. » Tu parles. Élisa et Sébastien viennent de Bordeaux pour se salir les doigts chez Minus. « C’est la sauce, introuvable, incomparable, et les moules. Pas une à jeter. Le décor, on s’en fiche. Tout le monde se mélange ici. Le soir, c’est plus snob, évidemment, les gosses de riche aiment bien venir se montrer dans la cabane. Dans la sauce, il y a de l’ail, du thym, du curry et puis… »
Sabine ne dira rien, même sous la torture. Secret de papa. « Du thé vert », finit-elle par lâcher. E t puis…

Isabelle Castéra

Les vacances du petit Nicolas (Pontaillac - 17)

 

C’est près de Royan, dans cette station balnéaire très cossue, que le jeune Nicolas Sarkozy a passé toutes ses vacances d’été. Surveillé de près par sa mère, “Dadu”, il y a d’abord multiplié les activités sportives avant de faire quelques passages (plus ou moins) remarqués dans les discothèques branchées de la côte.

vacances petit nicolas

Ça doit être de la loyauté. Ou peut-être plutôt cette sourde crainte de voir le GIGN débarquer par l’arrière-cuisine. Car si nous sommes saturés d’informations immédiates sur la vie et l’œuvre de notre président, rares sont en revanche ses amis d’enfance à bien vouloir raconter les étés que le petit Nicolas a passés en famille à Pontaillac, près de Royan. Mais à vous, chers parents qui rêvez de voir un jour votre fils emménager à l’Élysée avec une chanteuse, voici en exclusivité le programme journalier que celui-ci devra respecter à la lettre s’il veut plus tard vous combler.
1 Faire ses classes au club Mickey
Comment aujourd’hui en vouloir au président de flirter à Disneyland, alors que c’est justement dans l’une de ses succursales qu’il a appris à nager ? « Chaque matin à 10 heures au club Mickey, avant d’aller manger une glace chez Judici », se souvient une certaine madame Dubois, dont la grand-mère accueillait les Sarkozy en vacances, jusqu’à la fin des années 70, dans la maison familiale. Mais selon l’adage qui veut qu’un esprit sain ne s’épanouisse que dans un corps du même tonneau, votre futur président de fils devra privilégier le sport à la gourmandise.
2 Vélo, poney, tennis : va y avoir du sport !
Une leçon au Garden Tennis de Royan et quelques galops à dos de poney au club hippique voisin feront l’affaire. À condition de s’y rendre à vélo. « Nicolas y allait quasiment tous les jours. Il était actif, mais pas hyperactif. Plutôt précoce et réservé. » Après un pique-nique familial dans la forêt de la Coubre, vous rappellerez ensuite à votre enfant combien il est doux de jouer avec maman. « Notre éducation était stricte, Dadu tenait Nicolas. L’après-midi, c’était devoirs de vacances et jeux de société. Mais très jeune déjà, il prenait la liberté d’écouter ses disques de Johnny, ça, ce n’est pas une légende ! En juillet, il avait aussi le droit de regarder le Tour de France au Grand Hôtel, puisque nous n’avions pas de télé à la maison. Il ne manquait aucune étape. » Parents, méfiez-vous tout de même du culte Poulidor, à la présidentielle de 2037 l‘essentiel sera de ne pas finir deuxième.
3 Une partie de pétanque, ça fait pas plaisir…
De cette sobre éducation bourgeoise, il est toutefois une partie moins glorieuse que les biographes du petit Nicolas avaient jusqu’alors passée sous silence. Une partie de pétanque. Lui aussi camarade de promo du club Mickey, l’universitaire Gérard Bekerman révèle aujourd’hui l’un des grands drames personnels du président. « Pendant des années, nous avons joué aux boules sur la plage de Pontaillac. Mais Nicolas était franchement nul, il ne faisait que des trous dans le sable, et ça l’agaçait beaucoup. »
4 « Serial séducteur » façon Aldo Maccione ?
Malgré les fréquents passages nocturnes de Nicolas Sarkozy dans les discothèques branchées de la côte royannaise (au Love-love, au Rancho et surtout à la Grange), là-bas, on se souvient surtout de son frère Guillaume. Mais le sujet est trop important pour être ici raccourci (lire ci-contre).
5 Et combien ça coûte, de devenir président ?
Pingres, le destin de votre fils n’a pas de prix. D’ailleurs la prime de rentrée suffira largement à financer cette journée idéale : polo Lacoste (76 euros), deux boules chez Judici (3 €), une heure au Garden Tennis (14,50 €), une leçon au centre équestre (22 €), une entrée au Rancho (15 €), « Le Journal de Mickey » (1,90 €), un disque de Johnny (10 €) et un set de huit boules chromées (15 €). Le juste prix est de 157 euros. Les maniaques pourront aussi ajouter au panier une Rolex Daytona en or blanc, dont la valeur (22 530 €) pèsera à peine sur l’addition. Mais, de grâce, évitez les talonnettes, il est normal qu’un enfant de 10 ans n’ait pas encore atteint le 1,68 m élyséen.

Sylvain Cottin

A la brigade du stupre, l’été on vous surveille (ARCACHON - 33)

 

C’est un amour de vacances, une histoire sans lendemain ? Pas si sûr : L’été, les détectives du Sud Ouest se font saisonniers en bord de mer. Les couples illégitimes y seraient ainsi particulièrement nombreux, notamment sur le bassin d’Arcachon. Même en maillot de bain, les Big Brothers de l’amour veillent au grain.

détective

Le détective Alain Rousseau. “Les femmes sont plus sentimentales, elles veulent tout connaître de leur rivale” PHOTO PHILIPPE TARIS

Au fond de la clairière, soudain, la voiture s’ébranle. Le frein à main, pourtant, est bien serré. Mais c’est de bas en haut qu’elle va et vient. Les amortisseurs souffrent, les passagers soufflent. Et Alain Rousseau respire. Le zoom en bandoulière, il sait que le piège de l’amour vient de se refermer sur sa proie. Bientôt, il enverra l’album et l’addition au cocu. Il est détective.
Mais, à l’instar du CRS qui tombe l’uniforme pour sauver des vies à la plage, le privé doit aussi parfois troquer l’imper contre un slip de bain de camouflage. Quand l’adultère va, tout lui va. 1 500 à 2 000 euros en moyenne le flagrant délit. Après la Saint-Valentin, c’est d’ailleurs en été que la profession enregistre le plus gros chassé-croisé annuel de tourtereaux clandestins. « Au moins une filature par semaine. L’activité se délocalise de Bordeaux vers le littoral, notamment le bassin d’Arcachon. Forcément, il y a des gens fortunés et beaucoup de villégiatures. On m’appelle même de toute la France afin que je prenne en charge monsieur ou madame à sa descente d’avion. » Ainsi, cet empêcheur de tromper en rond délocalise-t-il chaque saison une partie de sa petite entreprise là où le PDG aime à tartiner sa secrétaire au soleil. Scène de crime idéale pour tuer l’amour à la plage, baisers et coquillages. Et pensions alimentaires à la clef. « Le divorce pour faute devient rare, mais la clientèle se diversifie avec de plus en plus de pacsés ou d’homos. Autant d’hommes que de femmes, de 25 à 75 ans. Souvent, le doute naît d’une lettre ou d’un coup de fil anonymes. »
Le voisin, ce prédateur. La filature reste alors le plus sûr chemin pour confondre ceux qui s’aventurent en dehors des liens plus ou moins sacrés du concubinage. C’est-à-dire dans les bois, les restaurants, à l’hôtel, sous les portes cochères, sur la plage et les banquettes arrière, ou bien chez cette supercopine en compagnie de laquelle, Madame, vous aviez juré à votre époux que vous passiez le week-end du 15 août. « Le cinq à sept est toujours un grand classique, surtout avec la multiplication des hôtels où l’on paye sa chambre à un automate », explique Alain Rousseau. Mais la filoche est d’autant moins facile à réaliser que le coureur de jupons est devenu très méfiant, surtout au volant. « Il y a le petit malin qui ralentit pour se faire doubler, l’autre qui fait un tour de rond-point et se retrouve derrière vous, et enfin celui qui vient directement demander si vous n’êtes pas en train de le suivre. Dans ce dernier cas, rarissime, le mieux est encore de nier en jouant les idiots, avant de se faire remplacer par un collègue le lendemain. »
Mais il est pire prédateur encore que le mari volage pour la survie du privé : le voisin. Sournoisement tapi dans sa haie de thuyas, cet animal désœuvré est ainsi considéré comme le plus rapide au monde lorsqu’il s’agit de composer le 17. « À la campagne, le risque numéro un est de passer pour un cambrioleur. Désormais, je préviens systématiquement les gendarmes avant de faire une planque. »
Soirée diapos. Bien qu’assez rentable, la chasse aux peaux des fesses impies n’a pourtant rien d’un safari. « C’est parfois très long d’attendre dans sa voiture en avalant des sandwiches. Mais le plus pénible, c’est de filer un artisan. » Car, à l’inverse du fonctionnaire, dont le cœur bat aussi au rythme de la pendule réglementaire, le plombier peut se faire la belle et sa belle à n’importe quelle heure de la journée. « C’est pour cela qu’il faut toujours avoir le plein d’essence avant de partir au boulot. Avec une ou deux tenues de rechange dans le coffre. »
Au soir de lassitude succède l’heure grave de convier les cornus à la soirée diapos. « Si les maris trompés sont avant tout préoccupés par des questions d’argent, les femmes, en revanche, sont plus jalouses. Elles veulent absolument savoir à quoi ressemble leur rivale. Plus jeune, plus belle ou plus blonde ? »
Allez, Cupidon, remets ta culotte et range donc tes flèches empoisonnées, puisqu’on te dit que tu es dans le viseur de la brigade du stupre.
Sylvain Cottin

Et n’oubliez pas la fête des paires ! (Dax - 40)

Seulement appréciés dans l’assiette de quelques privilégiés très discrets, les testicules de toros de combat s’évaporent aussitôt la bête vaincue. Pendant la feria, le commun des aficionados se conselera des ” criadillas ” en consommant des steaks, des rôtis et, surtout, de la daube.

dax couilles de toroSouhaitons d’abord à Juan Bautista qu’il sorte ce soir des arènes de Dax avec les oreilles et la queue de son adversaire. Mais, de grâce, s’il veut éviter d’être à son tour mis à mort, que, surtout, jamais le matador ne touche aux valseuses de l’animal.
Il est ainsi de l’or en berlingots dans la culotte du toro. Denrée d’autant plus rare que la bête féroce n’en porte, hélas ! que deux en sautoir, ses testicules restent le Graal estival d’une poignée d’aficionados au bec fin. Panées ou persillées, ces précieuses sont d’ailleurs si peu ridicules dans l’assiette qu’on se les arrache en douce à même le sol des arènes. Car si le brave, sitôt vaincu, est évacué vers l’abattoir, afin d’y subir une résurrection bouchère, très prisée elle aussi, il est exceptionnel, en revanche, que les bijoux de famille ne soient pas dérobés en chemin par ses proches. « En fait, la plupart du temps, ils sont discrètement coupés par un boucher, avant même que le toro soit chargé dans le camion », avoue un intime. « On en fait ensuite profiter les copains, c’est tellement difficile à trouver, ces couilles de toro. » Ne dit-on pas d’ailleurs que les couilles de toro ne se trouvent pas sous le sabot d’un cheval, fût-il celui du picador ?
Marquons une pause. Même si tout le petit monde des ferias appelle une couille de toro, « une couille de toro », c’était ici la dernière fois - c’est promis - que nous appelions une couille, « une couille ».
Passons plutôt à table. « Ce n’est pas le meilleur truc du monde, mais puisque tu n’en trouves nulle part, c’est un privilège que d’en goûter une fois par an », reconnaît André-Marc Dubos, le rédacteur en chef de « Toromag ». Souvent au menu en Espagne, les fameuses « criadillas » sont, à l’inverse, totalement absentes de la carte des restaurateurs français. « C’est logique, ça serait forcément du marché noir. » Le cours des bourses restera donc clandestin. « Ça ne vaut pas les rognons d’agneau, mais c’est très bon quand même. Elles ne se ressemblent pas toutes ; comme chez l’homme, certaines pendent plus que d’autres mais, une fois pelé, chaque testicule est gros comme un œuf d’oie. » De nobles parties qui tiennent ainsi dans la main, avant de fondre dans la bouche, pour peu que l’on prenne soin de les découper en tranches, sans qu’il soit toutefois nécessaire d’en laisser une tomber dans le potage, comme le prétend la légende (voir recette ci-contre). Certes plus nourrissants que les noyaux de l’agneau, les pruneaux de toro ne seront cependant qu’une grosse centaine à être prélevés pendant la feria de Dax. Pas de quoi, donc, nourrir 700 000 festayres affamés. Alors, si tout est bon dans le cochon, le reste de l’anatomie du cornu vaut-elle un Big Mac ?
Franchissons la porte de la boucherie Aimé, où trois générations déjà y ont taillé la bavette de toro. « C’est plus sauvage, moins persillé et plus ferme que le bœuf, et c’est d’abord par tradition que les gens d’ici en mangent, comme la dinde à Noël », raconte Cathy Aimé. « Notre bœuf de Chalosse, par exemple, doit faisander au moins trois semaines, pour le toro de combat huit jours suffisent. Les bêtes proposées aujourd’hui en rôtis, filets ou entrecôtes viennent des Fêtes de Mont-de-Marsan et d’Orthez, la semaine prochaine nous aurons celles de Dax. »
Mais entre les lignes et ses côtes, il faudra bien finir par lire que le toro de compétition n’est parfois guère plus tendre dans la marmite qu’au combat. A-t-on d’ailleurs jamais vu une tribu cannibale se régaler d’un sprinteur olympique ? C’est en daube, en revanche, que le fauve est le mieux dompté. Oignons, carottes, vin rouge et aromates, pour à peine 10 euros le kilo. Nous ne saurions enfin trop conseiller aux inconditionnels des hum ! hum ! en or de ne point céder à la tentation du braconnage. Gardez plutôt votre chiffon rouge pour aller à la pêche au batracien. Même si les roupettes de la grenouille ne se feront jamais aussi grosses que celles d’un bœuf, au moins la partie ne vous sera pas fatale.

Légende de la photo : Boucherie Aimé. Puisque votre demande de bourses a peu de chance d’être acceptée, goûtez la daube de toro Photo Philippe Salvat

Sylvain Cottin

16 aoû