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Vieux, moi ? Jamais ! (BIDART - 64)

Joël de Rosnay, 71 ans, biologiste futurologue, conseil auprès du président de la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette à Paris, livre son carnet de « bien vivre ». Entre deux vagues

rosnayPhoto Sylvain Cazenave

Joël ! Au Bahia Beach de la plage de Parlementia, à Bidart, les serveurs le hèlent. « Un jus d’orange pressé, Joël ? » Il est arrivé en courant, longue silhouette à la crinière blanche, peau tannée par le soleil et Converse aux pieds. Mauricien né en 1937, il est ici chez lui, au cœur de ce spot de surfeurs basques. Joël de Rosnay, biologiste spécialiste en futurologie, docteur ès sciences et conseil auprès du président de la Cité des sciences de la Villette à Paris, surfe tous les jours, à Parlementia. Deux heures le matin, deux heures l’après-midi sur la planche. « Touchez-moi ça ! » ose-t-il. Biceps, triceps et muscles dorsaux : du béton.

Prévention, pas privation. En 1979, avant tout le monde, il écrivait « La Malbouffe » avec sa femme Stella. Depuis l’âge de 30 ans, le scientifique travaille son corps avec une étonnante opiniâtreté. Ce qu’il mange, boit, comment il bouge et pourquoi, la qualité de son stress, celle de son émotion sont guidés par sa main. Aujourd’hui, le résultat laisse rêveur. Joël de Rosnay, à plus de 70 ans, est un magnifique athlète, court le monde, donne des conférences, écrit des bouquins non sur l’art d’être grand-père, mais sur celui de vivre vieux, le mieux possible.

Pour commencer, deux citations. « Ça va vous aider à me comprendre. » Donc : « La vieillesse est si longue qu’il ne faut pas commencer trop tôt », signée Mark Twain. « Plus tu donnes, plus tu restes », de René Berger, philosophe en pleine forme de 84 ans. Lui tout seul, maintenant : « Je parle de vieillir jeune », lâche-t-il. « Je fais la différence entre le bon et le bien vivant à l’aide de quatre clés. » À ce niveau de la conversation, tout le monde, nez levé, attend ces quatre clés. De l’éternelle jeunesse, élixir de jouvence. Pas si simple. Il faut de la pratique, une volonté de fer, une détermination de chaque instant. Mais de ça, il ne parle pas. Quatre clés, donc : nutrition, exercice physique, potentialisation du stress, plaisir. C’est tout ?

« Pourquoi vieillit-on ? » se lance le scientifique. « Parce que le corps s’oxyde et que les tissus s’enflamment. Il faut alors lutter contre l’oxydation et l’inflammation, responsables des maux principaux du corps vieillissant. Regardez, je suis un laboratoire de recherche à moi tout seul. Je mange de façon frugale, ne me ressers jamais deux fois, et je dévore légumes variés et fruits : myrtilles, framboises, fraises, mûres, raisin, pommes avec la peau soigneusement lavée, tous les matins. Le secret ? Manger coloré, le pigment absorbe le rayonnement et suscite une défense naturelle. Le fruit potentiellement le plus intéressant est la grenade. J’en bois deux verres par jour. Antioxydant, il fait baisser la tension, protège contre le cancer de la prostate ; on en trouve dans les magasins bio et les boutiques arméniennes. Deux verres de vin de Bordeaux par jour également, et il faut abuser de curcuma, excellent préventif contre la maladie d’Alzheimer (on en trouve dans le curry). Boire aussi du jus de noni, une plante qui pousse à Hawaii et donne de l’énergie. Pas de graisse, du poisson, des volailles, œufs, fromages secs, noix, noisettes, de l’eau. Et deux carrés de chocolat noir par jour. »

Plaisir et méditation. Chaque matin, au réveil, Joël et Stella pédalent vingt minutes sur un vélo d’appartement. Lui, ajoute dix minutes de musculation et de stretching, un jogging deux ou trois fois par semaine, du surf, de la marche nordique et un peu de yoga. Pour économiser son adrénaline, il potentialise son stress grâce à l’« effet zen » qui fait virer en positif les sentiments négatifs de la vie et ceci, grâce à la méditation. Il pratique dans les embouteillages ou au bureau, yeux fermés, pouce et index bouclés.

La quatrième clé sera celle du plaisir. « Moteur de la vie, il faut le chercher partout. Se faire du bien dans la pratique d’une activité intellectuelle ou physique, le bonheur d’être avec ses enfants ou amoureux sécrètent des endorphines, excellentes pour la peau. Pour optimiser notre capital santé, j’ai inventé le terme de ”bionomie”, management du corps. »

À ses amis bedonnants qui, devant une table riche, se moquent de son ascétisme, le svelte Joël répond qu’il est avant tout un hédoniste qui a plaisir à son corps. Et vous ?

À lire : « Une vie en plus. La longévité, pour quoi faire ? », de Joël de Rosnay, coécrit avec Jean-Louis Servan-Schreiber, Dominique Simonnet et François de Closets. Éd. de Poche.

Isabelle Castéra


Chez Minus, la moule fait aussi de l’esprit (CAPBRETON - 40)

L’ancien port de pêche, le seul des Landes, futtrès actif à une époque, puisqu’on en partait pour pêcher la morue jusqu’à Terre-Neuve. Capbreton est surtout un port de plaisance, mais quelques bateaux de pêche subsistent. Sardines, bars et daurades sont les poissons fétiches de la côte landaise. A l’arrivée des pêcheurs, sur le port, le public se presse. En face, chez Minus, on préfère les moules…

moulesLa moule de Minus n’est pas un mollusque ordinaire. Il faut oublier dans les tambouilles de nos grands-mères la moule cuite et recuite, flottant dans son jus ail et persil. Oublier l’enfant grimaçant qui pêchait entre le pouce et l’index le jeune crabe oublié dans un coin de coquille. Sur le port de Capbreton, la moule de Minus, bouchot à fond, a de l’esprit, du style, un genre. On la mange avec les doigts, dans des assiettes en carton, sur des tables en bois brut. On en sort satisfait et assez sale. Mais la guinguette du port de Capbreton affiche complet tout le mois d’août. On appelle ça une institution. De la moule.
À l’origine, un ferrailleur argenté venu de Dax. Il s’appelle Bernard Castex, on le dit Minus en raison de sa petite taille. Loin d’en faire un complexe, le Landais se servira de ce sobriquet pour nommer sa petite entreprise. Pas si bête. Un jour, il décide de monter une cabane sur le port de Capbreton, côté Hossegor, afin d’inviter ses amis à goûter ses moules cuites à la plancha.
Jalousie, jalousie. Années 90. La plancha a traversé la frontière espagnole. Minus ajoute à la cuisson un assemblage d’herbes, un mélange de 13 épices dont personne ne sait rien. Les amis des amis s’invitent, suivis de leurs copains et de leurs voisins. Minus ajoute des tables, de 5 il passe à 30, car la bonne société dacquoise se presse dans cette guinguette en bois, se suce les doigts et en redemande.
Lorsque Bernard Castex meurt prématurément, en 2001, l‘entreprise est rattrapée par sa fille, Sabine. Elle vient d’achever des études de commerce international, avec dans l’idée de se frotter aux États-Unis. La moule, a priori, ne l’inspire pas. Enfin, « pas avant 40 ans », répète-t-elle à ses amis. Pourtant.
« On attendait que je me plante, admet la jeune femme. Le succès de papa a suscité pas mal de jalousie autour. Surtout qu’entre-temps, la moule est vraiment devenue à la mode, tout le monde a tenté sa chance. Malgré la concurrence, nous avons continué à réussir, tout étonnés. »
La success story du mollusque s’interrompt au mois d’avril dernier, sinistre 26 avril où la baraque à Minus brûle entièrement. Sabine est réveillée en pleine nuit. « Deux heures la tête dans le seau », se souvient-elle. La journée suivante, tandis qu’elle ramasse les débris, elle voit des gens pleurer derrière les barrières de sécurité. Oui, pleurer. Pour des moules. Il faudra des mois de reconstruction « à l’identique » avant une réouverture le 6 août. « J’avais peur que Minus y perde son âme. »
Rien à jeter. « Le succès tient beaucoup à ce truc imperceptible. Donc, tout est pareil, en mieux, en propre. » Six planchas chauffées à blanc en permanence, des centaines de kilos de bouchot livrées le matin et le soir par une entreprise SPF qui s’est appuyée sur Minus pour exister. Des assiettes en carton, des verres Arcopal, un tour de main.
En moyenne, le client paye 14 euros pour 700 g de moules et 300 g de frites, avec un rince-doigts en sachet. Du boucan en prime et les toilettes à l’extérieur. Les concurrents n’y comprennent rien. Sabine ose une explication : « Les employés sont mes amis, toutes les serveuses sont des filles. » Tu parles. Élisa et Sébastien viennent de Bordeaux pour se salir les doigts chez Minus. « C’est la sauce, introuvable, incomparable, et les moules. Pas une à jeter. Le décor, on s’en fiche. Tout le monde se mélange ici. Le soir, c’est plus snob, évidemment, les gosses de riche aiment bien venir se montrer dans la cabane. Dans la sauce, il y a de l’ail, du thym, du curry et puis… »
Sabine ne dira rien, même sous la torture. Secret de papa. « Du thé vert », finit-elle par lâcher. E t puis…

Isabelle Castéra

A la brigade du stupre, l’été on vous surveille (ARCACHON - 33)

 

C’est un amour de vacances, une histoire sans lendemain ? Pas si sûr : L’été, les détectives du Sud Ouest se font saisonniers en bord de mer. Les couples illégitimes y seraient ainsi particulièrement nombreux, notamment sur le bassin d’Arcachon. Même en maillot de bain, les Big Brothers de l’amour veillent au grain.

détective

Le détective Alain Rousseau. “Les femmes sont plus sentimentales, elles veulent tout connaître de leur rivale” PHOTO PHILIPPE TARIS

Au fond de la clairière, soudain, la voiture s’ébranle. Le frein à main, pourtant, est bien serré. Mais c’est de bas en haut qu’elle va et vient. Les amortisseurs souffrent, les passagers soufflent. Et Alain Rousseau respire. Le zoom en bandoulière, il sait que le piège de l’amour vient de se refermer sur sa proie. Bientôt, il enverra l’album et l’addition au cocu. Il est détective.
Mais, à l’instar du CRS qui tombe l’uniforme pour sauver des vies à la plage, le privé doit aussi parfois troquer l’imper contre un slip de bain de camouflage. Quand l’adultère va, tout lui va. 1 500 à 2 000 euros en moyenne le flagrant délit. Après la Saint-Valentin, c’est d’ailleurs en été que la profession enregistre le plus gros chassé-croisé annuel de tourtereaux clandestins. « Au moins une filature par semaine. L’activité se délocalise de Bordeaux vers le littoral, notamment le bassin d’Arcachon. Forcément, il y a des gens fortunés et beaucoup de villégiatures. On m’appelle même de toute la France afin que je prenne en charge monsieur ou madame à sa descente d’avion. » Ainsi, cet empêcheur de tromper en rond délocalise-t-il chaque saison une partie de sa petite entreprise là où le PDG aime à tartiner sa secrétaire au soleil. Scène de crime idéale pour tuer l’amour à la plage, baisers et coquillages. Et pensions alimentaires à la clef. « Le divorce pour faute devient rare, mais la clientèle se diversifie avec de plus en plus de pacsés ou d’homos. Autant d’hommes que de femmes, de 25 à 75 ans. Souvent, le doute naît d’une lettre ou d’un coup de fil anonymes. »
Le voisin, ce prédateur. La filature reste alors le plus sûr chemin pour confondre ceux qui s’aventurent en dehors des liens plus ou moins sacrés du concubinage. C’est-à-dire dans les bois, les restaurants, à l’hôtel, sous les portes cochères, sur la plage et les banquettes arrière, ou bien chez cette supercopine en compagnie de laquelle, Madame, vous aviez juré à votre époux que vous passiez le week-end du 15 août. « Le cinq à sept est toujours un grand classique, surtout avec la multiplication des hôtels où l’on paye sa chambre à un automate », explique Alain Rousseau. Mais la filoche est d’autant moins facile à réaliser que le coureur de jupons est devenu très méfiant, surtout au volant. « Il y a le petit malin qui ralentit pour se faire doubler, l’autre qui fait un tour de rond-point et se retrouve derrière vous, et enfin celui qui vient directement demander si vous n’êtes pas en train de le suivre. Dans ce dernier cas, rarissime, le mieux est encore de nier en jouant les idiots, avant de se faire remplacer par un collègue le lendemain. »
Mais il est pire prédateur encore que le mari volage pour la survie du privé : le voisin. Sournoisement tapi dans sa haie de thuyas, cet animal désœuvré est ainsi considéré comme le plus rapide au monde lorsqu’il s’agit de composer le 17. « À la campagne, le risque numéro un est de passer pour un cambrioleur. Désormais, je préviens systématiquement les gendarmes avant de faire une planque. »
Soirée diapos. Bien qu’assez rentable, la chasse aux peaux des fesses impies n’a pourtant rien d’un safari. « C’est parfois très long d’attendre dans sa voiture en avalant des sandwiches. Mais le plus pénible, c’est de filer un artisan. » Car, à l’inverse du fonctionnaire, dont le cœur bat aussi au rythme de la pendule réglementaire, le plombier peut se faire la belle et sa belle à n’importe quelle heure de la journée. « C’est pour cela qu’il faut toujours avoir le plein d’essence avant de partir au boulot. Avec une ou deux tenues de rechange dans le coffre. »
Au soir de lassitude succède l’heure grave de convier les cornus à la soirée diapos. « Si les maris trompés sont avant tout préoccupés par des questions d’argent, les femmes, en revanche, sont plus jalouses. Elles veulent absolument savoir à quoi ressemble leur rivale. Plus jeune, plus belle ou plus blonde ? »
Allez, Cupidon, remets ta culotte et range donc tes flèches empoisonnées, puisqu’on te dit que tu es dans le viseur de la brigade du stupre.
Sylvain Cottin

L’ado torero face à l’ado toro (Mont-de-Marsan - 40)

dufauPhoto Pascal Bats

A 17ans, Thomas Dufau est torero, encore novice mais avec une pratique assez longue de l’arène et de ses dangers. Encorné à Pâques, il ne lâche pas son rêve d’être un fier matador, malgré l’engagement quasi monacal que cela demande à sa jeunesse…

A l’âge des amours ludiques et des dance-floors tectoniques, Thomas Dufau zigouille des toros. Il a choisi l’arène plutôt que le rugby ou le bronzage. Hier matin, il a entamé son dix-septième été en toréant son vingt-huitième taureau. Il était brun, cornes baladeuses et soubresauts ; 2 ans, un ado aussi. L’ado torero est entré à l’école taurine à 12 ans. Là, il est novice (novillero) et torée des toros de 2 ans ; viendront les 3 ans, puis les 4 et 5 ans s’il devient matador (professionnel, à 18 ans minimum). Thomas est coaché par Richard Millian, matador retiré devenu « apoderado », mi-coach, mi-imprésario. Millian dit d’un jeune torero qu’il est « comme un fruit », qu’il devient matador quand il sera « mûr pour être un homme », puisque la tauromachie a tout à voir avec l’initiatique chemin de l’enfance vers son incarnation plus solide.

Dans l’arène, Thomas est de la catégorie des toreros hiératiques, visage cadenassé, art réservé, technicien ; capable de très belles choses, selon le toro. Hier, c’était joli, parfois osé, parfois brouillon. Il aime ce rôle d’« artiste » emphatique, gestuelle suave, exagérément cambrée et la fierté devant la foule. Sinon, c’est un ado doux, sympa. Il aime les pizzas, les copains, les copines, et aller au ciné.

« C’est un sacerdoce », exagère Richard Millian, très maître Jedi, qui professe que « tomber amoureux d’une petite » est le grand danger du jeune. On comprend mieux son côté sage et philosophe, mature, même s’il tempère en aparté l’aspect monacal du métier. D’ailleurs, ses rêves sont en accord avec ceux de son âge : « Être différent, sortir de l’ordinaire. »

« Super homme ». Le petit homme se destine à être « super homme », comme dit Richard Millian des toreros. Dans leur costume moulant, ils ont le super pouvoir de « faire pétiller les yeux des filles et faire vibrer les hommes ». Être torero, « c’est un état », explique Thomas, « ce n’est pas que dans l’arène » revêtu de l’habit de lumière - le sien est bordeaux, brodé d’or. Un « choix de vie », depuis l’âge de 6 ans, une course à Villeneuve-de-Marsan. Le maestro Manolo Cortes s’habillait et s’entraînait à côté de chez Thomas, frappé par son charisme et « la magie qu’il dégage ». « Comme si un fan de foot regardait Zizou. » Il annonce son projet de devenir torero, que ses parents acceptent, persuadés qu’il se lassera avant de croiser des cornes. Maintenant, ils tremblent souvent.

À Pâques, un toro lui a planté ses 40 cm au sommet de la cuisse, l’a soulevé et fait tourner dans un geyser de sang. Thomas aurait pu perdre sa virilité ou la vie. Il dit surtout craindre le handicap. À l’hôpital, ses parents lui ont demandé de réfléchir. Il n’a pas hésité, et a retoréé 15 jours plus tard. La prochaine fois, il veut se relever malgré le sang et le mal, et finir sa corrida comme il a vu faire ses héros. Il a un côté chevalier valeureux, comme ça. La mort ? « On le sait, on essaye d’y penser le moins possible. » Il vibre depuis le début, en « capea » face à une vache fraîche. Jusqu’au « grand jour » de l’habit de lumière, et celui où il a enfin donné la mort, il y a moins d’un an (c’est interdit jusqu’à 16 ans). Le face-à-face dans l’arène, « le moment qu’on attend le plus », car il n’y a pas de répétition à l’entraînement (ça coûte, un toro). Il n’a pas de mot pour quand le toro débarque sur la piste, la rumeur de l’arène, le regard du monstre. Apprécier son galbe et sa force, adapter son rythme, ses distances : « On est dans une bulle. » Il aime autant la (relative) « douceur » d’une faena que la « brutalité » de la mise à mort. Une sorte de « conversation » où l’animal devient « un compagnon ». Tragique opéra des paradoxes, machos déguisés en filles ; toros adulés mais embrochés… Le doux Thomas se transforme à ce moment où il intime l’ordre au toro, blessé, de s’effondrer. Visage profondément colérique. « Il y a de la haine », dit-il, à cet instant. Il entre en première année de bac pro à Aire-sur-Adour, et parfait son espagnol, langue obligée. Cette saison, il a coupé 29 oreilles, ce qui est un beau score. Thomas sera « matador », jure Millian. Il savoure le mot, avec un frisson.

Thomas Dufau, à voir dimanche à Tyrosse, et en août à Riscle (le 2), Villeneuve-de-Marsan (le 5), Malaga, en Espagne (le 7) ou encore à Bayonne (le 10).

Par Adrien Vergnolle

Un rêve de vin sur le sable (CAPBRETON - 40)


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photo Philippe Salvat

Nicolas Tison a planté ses vignes sur une dune de Capbreton où, déjà, des vignerons faisaient du vin au Moyen Âge. Il veut montrer que la plage est aussi un terreau fertile et le« vin de sable », un patrimoine local

Sur la plage abandonnée, coquillages, pinard et crustacés. À Capbreton, il n’y a pas que les baigneurs qui contemplent l’Océan avec les pieds dans le sable ; il y a aussi la vigne. Il faut le voir pour le boire : les pins, le vent marin, le bruit des vagues, au loin, le concert des grillons et, lovés dans cette carte postale des Landes océanes, des ceps de vignes, alignés comme une armée camouflée.

Comme quoi, le vin, comme la vie, trouve un chemin, fût-il ni noble ni argilo-calcaire ; mais inattendu et intime. Nicolas Tison, 43 ans, vigneron des plages, mais pas touriste viticole, exploite son rêve de réhabiliter la dune comme terreau fertile et son « vin de sable », appellation officielle, comme patrimoine local.

Jolies couleurs. Le vin de sable a toujours eu plusieurs exploitants aux alentours, à Messanges, Lit-et-Mixe, Soustons et Vielle-Saint-Girons (plus une coopérative de vinification en Tursan). Tison, lui, a réinvesti le « berceau », Capbreton et sa dune, au plus près de l’Océan. Sable blanc pour rouge de table, un doute s’instille. Pourtant : « Les dunes éoliennes, les successions de graviers et de coquillages font un tout, avec un peu de matières organiques en surface et l’Océan qui apporte son cortège d’embruns », explique Nicolas Tison. Le sable est un milieu « fragile et vivant », où « ça pousse beaucoup, mais ça ne retient rien ». Forts risques de gel au printemps car ce sol refroidit vite ; jolies maturités car il chauffe vite, par réverbération. La vigne est donc amarrée basse.

Le tout fait des jolies couleurs au blanc, rosé et aux deux rouges de la gamme. Des tanins souples, peu acides, fruités (baies noires, mûre, cassis pour le rouge ; agrumes pour le blanc), pour un goût, disons, plus rural que mondain. On a cherché, en vain, un goût d’iode (tant mieux, sûrement), mais les pins protègent du sel. Ce n’est donc pas la mer à boire, mais la possibilité d’un îlot économique. Treize ans : la vigne est jeune, elle peut encore mieux faire. « On ne le confond pas avec quelque chose qu’on connaît », propose Tison.

Cours royales. 4 hectares en production, entre 15 000 et 18 000 bouteilles par an, étiquetées comme vin de terroir landais, sous-titré « Sables de l’Océan », 60 % de vente directe (à des « clients fidèles »), 40 % aux restaurateurs et cavistes alentour : Nicolas Tison refuse le rendement industriel. Et assume l’expérimentation : une de ses parcelles au plus près de l’Océan n’a pas encore de rendement. Il s’accroche à l’archéologie viticole locale : ce vin-là n’est pas vain.

Bordeaux a beau snober la robe des sables, « il y en avait dans les cours royales d’Europe », dit Tison, recherches historiques à l’appui. Elles disent que ce vin était vendu en bouteilles, pas en vrac, donc qu’il voyageait sans se piquer, chose rare. « On disait “du capbreton” comme on dit “du Bordeaux” », explique Nicolas Tison. Les vignes d’antan ont aussi servi à fixer la dune, quand l’homme (et Napoléon III) a façonné les sables mouvants, à force de planches, de pins et donc, parfois, de vin. Au mitan du XIXe, le mildiou a ravagé les exploitations d’un vin devenu moins rentable que les bains, la nouvelle attraction locale. Nicolas Tison n’en vit pas. Ancien ingénieur des techniques agricoles à l’Enita de Bordeaux, reconverti par passion, il enseigne à mi-temps au lycée agricole de Sabres. Il plante ses vignes depuis 1995, sur des parcelles prêtées par la mairie, courtisée par ce passionné.

« Je ne sais pas encore dire si construire un vignoble sur le sable est rentable. » Mais il vénère cette tradition dont il a calqué les techniques de cépages. « Je n’ai jamais réfléchi », dit-il, comme s’il reprenait juste la franchise d’une épopée lointaine qui a déjà tout testé, jusqu’à voir mûrir ici cabernet franc et cabernet sauvignon pour les rouges, chenins pour les blancs. Nicolas Tison cultive sans chimie et slogans. Lui qui est sorti du rang rêve que son vin sorte du lot.

À lire : « Vin de sable, vin des dunes », par Jean-Jacques Taillentou (2005).

Adrien Vergnolle

Un Grolandais landais à Hossegor (HOSSEGOR - 40)


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photo Philippe Salvat

Le département des Landes accueille cet été celui qui est probablement le meilleur surfeur du Groland. Une virée avec le complice de Mickael Kael, le journaliste délirant de Canal +

La journée va être longue. Je fais le tour de la famille à Mont-de-Marsan. On se tient au courant. Vive la France ! Gloire à Satan ! » Franck Bellocq et sa planche de surf ne rejoindront pas le très prisé sable d’Hossegor dans les délais imposés par la houle. Il me l’a signifié par SMS. Avec ses mots. Car son langage n’est pas celui de « nous autres, Français ». Huit ans déjà que le trentenaire vit en présipauté grolandaise !

Exilé volontaire dans cette contrée du PAF où les noms de patelins invitent au voyage : Perdrons-la-Louvrette, Chichigneux, Mufflins… C’est ainsi qu’il est devenu Frankiki, stagiaire de Mickael Kael sur Canal+. Pourtant, quand sonne l’heure du « rien foutre » estival à Hossegor, Franck Bellocq suffit. Il vous parlera ici de sa grand-mère, femme de cran habituée aux mises en scène grolandaises… À ces moines mexicains qui, sur Canal, sondèrent en profondeur l’intimité du petit-fils ; ou encore à ces sécrétions naturelles que Frankiki reçut en pleine face pour les besoins du script. Ici, cette carrure bourvilienne aux airs de Jean Yanne jeune vous racontera surtout « ce qui a fait le lien entre Hossegor, Groland et Frankiki ».

Les Soupulls. Il résume : « Après la catastrophe de l’”Erika”, je me suis rendu au siège de Total, à la Défense, pour récupérer 163 millions d’euros avec des amis d’Hossegor, Capbreton et Seignosse. Nous avions créé les Soupulls, la Super Organisation ultrasecrète pour une lutte contre les lobbys. Total nous avait accusés de repérage terroriste. Et nous avions passé l’après-midi en taule avec un commissaire qui s’appelait Moulin… ce qui nous a bien fait marrer. »

La poésie des Soupulls avait frappé Moustic, Gustave de Kervern et consorts en plein cœur. Et en plein foie ! Car une cuite avec Gus allait plonger l’étudiant d’alors (en journalisme) dans la marmite grolandaise… de l’écriture de sketches jusqu’à Frankiki, à assumer devant 1,5 million de téléspectateurs.

Sur la Croisette landaise, il se promène pourtant incognito. Et donne rancard à ses amis. Richard, Claire… ou bien Youenn, qui chambre : « Franck, c’est le renégat parisien ! » Ce traître-là n’a pourtant rien sacrifié de son humilité et de cette conception du surf qui ne colle pas avec les contrastes d’Hossegor la coquette. Où les bars basques sont lounge. Où le Germanique en méduses apprécie la vue des dunes les plus siliconées de la plage. Où la faune à scooter avale sa dose de « junk food » sous les yeux révulsés d’une clientèle BCBG de bandits manchots : « Des frites ? Cela va contraindre mon teint. »

Première pinte. Frankiki résiste, même ici, à la terrasse du café cosy situé au-dessous de son ancien appartement. Pas de Blue Lagoon ni de coucher de soleil au champagne-fraise. Il est 18 h 15. Le Landais grolandais se contentera d’une (première) pinte. Un délice ! Bien davantage que la métamorphose des lieux. « Pour un Grolandais, Hossegor n’est plus ”the place to be”. L’ambiance ”roots” est morte. Ici, c’est Cannes. » Ainsi la compare-t-il à Contis, « moins frime, plus proche de l’esprit originel du surf ». Il cite enfin LA station à découvrir : Quend-Plage (Somme), théâtre du festival de « not’bô pays », le Groland.

Fini le 40. Hossegor lui procure juste sa dose de surf et d’amitié. « Heureusement qu’il y a ça ! lance-t-il. Mais quand on quittera Paris avec Eve (sa compagne, ancienne assistante de production à Groland), on ne s’installera pas à Hossegor. Ce sera sans doute Bordeaux, une vraie ville où il y a un bar tous les 10 mètres. » Frankiki emmènera aussi son rejeton de 3 mois, dont le prénom évoque ce réflexe de post-alcoolisation : « C’est un petit Raoul… Forcément ! »

La présence de Frankiki dans les bureaux interlopes de Groland-Paris n’est donc plus requise, puisque le travail à distance a été inventé. Ainsi se débarrassera-t-il de « cet ignoble 75 ». Or, en attendant, il peste : « À Paname, je m’étais débrouillé pour garder le 40. Et récemment, je n’ai pas pu y couper. » À l’arrière de sa voiture, un autocollant GRD (comme Groland) le blanchit toutefois. Alors il sème, au zinc, stickers et passeports de la présipauté.

Bientôt 2 heures du mat’, dans la nuit de « môrdi » à « credi ». Trois pintes et quelques litres de rouge plus tard, on n’a toujours pas trahi l’esprit grolandais. Banzaï !

Thomas Villepreux


 


Bordeaux-Villenave-d’Ornon (33). “L’autre carrière de Javier Ochoa”

velo.jpgPyrénées de juillet, sommets grouillants de ferveur. Marie-Blanque, Aubisque, Soulor. Et cette montée solitaire sur Hautacam, le tracé zigzagant d’un sillon parmi les hommes et les drapeaux. Au bout du col, les bras levés et 42 secondes préservées sur l’Histoire en marche. Le 10 juillet 2000, Javier Ochoa, un Basque de 26 ans, échappait de justesse au retour de Lance Armstrong, lancé à la conquête du deuxième de ses sept Tours de France victorieux. Le champion américain avait distancé tous ses rivaux et rattrapé un à un tous les échappés du matin. Tous, sauf un. Ochoa remportait ce jour-là la plus belle victoire de sa carrière de cycliste professionnel. La dernière.

Aucun souvenir.

« J’ai perdu une partie de ma mémoire. Tout ce qui concerne les événements survenus dans les années précédant l’accident… Ma victoire à Hautacam, on me l’a racontée. Ma mère, qui n’avait pas pu venir, l’avait enregistrée. Et c’est seulement de la vidéo que je me souviens. » Javier Ochoa sait qu’il s’est échappé entre Dax et Lourdes avec le Français Jacky Durand et le Belge Nico Mattan, que l’équipe américaine de Lance Armstrong ne s’est pas inquiétée. Qu’il possédait dix minutes d’avance sur le « Boss » avant la dernière ascension, et enfin, cette quarantaine de secondes sur la ligne d’arrivée, une poignée de pépites taillées dans le roc du temps.

Mais Javier Ochoa ne se rappelle rien de tangible de son jour de gloire. Pas une émotion, pas un bruit qui ne lui ait été rendu par un téléviseur. Plus rien depuis le 15 février 2001. Il récite cette phrase trop pleine, trop vide, qu’il a apprivoisée au point d’en faire la porte d’entrée de toute conversation : « Je m’entraînais avec mon frère jumeau, Ricardo, sur une route de la région de Valence, en Espagne. Un monsieur nous a fauchés au volant de sa voiture. Mon frère est mort sur le coup. Moi, j’ai été dans le coma pendant des jours, puis j’ai fait un an et demi de rééducation. »

« Un demi-fils ».

Dans les tribunes du stade vélodrome de Bordeaux, où « Javi » vit ces jours-ci un épisode de sa nouvelle vie de cycliste handisport, sa maman, Maria, témoigne. « Je ne dis pas ça parce que c’est mon fils, mais il était jeune et il avait des capacités exceptionnelles. A l’époque, il n’était qu’équipier, se sacrifiait pour ses leaders et, malgré cela, il commençait à avoir des résultats. Il aurait pu faire une grande carrière », estime-t-elle. Elle sort de son portefeuille un portrait de feu Ricardo, le jumeau, l’absent, qui sourit aussi sur le médaillon accroché à son cou. « Son frère, on ne lui a jamais donné sa chance dans les grandes courses. C’était le même. »

L’entraîneur actuel de Javier Ochoa, Vicente Natividad, raconte : « Sur le tour 2001, il n’aurait plus été le gregario d’Escartin, Heras et Botero, les leaders de la Kelme, son équipe. Ils auraient couru pour lui. » Dans un sourire sans tristesse, Javier reprend : « Mon père a coutume de dire qu’il avait trois fils et qu’il n’a plus qu’un fils et demi. Le fils, c’est notre frère aîné. Le demi, c’est moi. » Les séquelles physiques de l’accident (une côte brisée a touché son poumon gauche) sont à peu près dépassées, mais l’ancien pro est atteint d’une infirmité motrice cérébrale, qui affecte son équilibre, sa mémoire et une partie de ses capacités intellectuelles. Déclaré handicapé à 66 % par l’administration espagnole, l’enfant de Bilbao vit à Màlaga, d’une pension à vie.

Médailles.

Mais il a repris le dessus. En 2003, Javier Ochoa a repris la bicyclette pour une épreuve de cyclisme adapté puis, une semaine après, a fini second du championnat d’Espagne. Des championnats d’Europe de Prague en 2003 aux Mondiaux suisses de 2006, en passant par les JO d’Athènes 2004, il s’est forgé un palmarès parmi les invalides, accumulant l’or et l’argent sur les étagères de Maria. « J’ai l’impression qu’il poursuit sa carrière d’avant sous une autre forme. C’est peut-être plus courageux, ce que font ces sportifs handicapés. Et je pense que son jumeau est quelque part et qu’il l’aide à gagner. »

A chaque évocation de Ricardo, Javier fait un sourire de frère, comme absorbé par un souvenir bien antérieur à l’accident. Un souvenir d’enfance, quand les deux garçons admiraient Fignon, LeMond et Delgado à la télévision.

Par Nicolas Espitalier.

Cap-Ferret (33). “Week-end off-line sur le Bassin”

blog.jpg Le glaçon n’a pas fondu et Fred avait sa place. Dans la blogosphère, le temps et les messages passent vite. « Je connaissais son blog, je savais que j’allais le rencontrer ici. En cinq minutes, c’était fait. On a bu l’apéro, il commence dans deux semaines. »Manuel Diaz est de la race robuste et rare des golden boys limousins. Samedi soir, au Cap-Ferret, dans l’arrière-salle du Pinasse Café, il a recruté Fred le temps d’un verre de garluche. L’heureux embauché, qui précise avoir déjà décroché deux boulots grâce à son blog, fera bientôt partie du groupe Reflect, que Manuel a fondé à l’âge de 18 ans et qui, dix ans après, est coté à l’Euronext. Forte de 230 salariés en Europe, la PME limousine gère la visibilité de grandes marques françaises et internationales sur le Web.« Que fait Loïc ? ».

C’est aussi par Internet interposé que le jeune entrepreneur de Limoges a connu Jacques Froissant, son meilleur sergent-recruteur et accessoirement l’organisateur girondin de Blog on the Beach. « Je réunis une fois par an des copains blogueurs et des lecteurs de mon blog sur le Cap-Ferret. Et on parle blogs toute la soirée ! » sourit ce chasseur de têtes, spécialiste du safari de nouveaux talents dans la jungle du Web.

Morceaux choisis de conversations, entre la papillote de moules aux aiguilles de pin et le filet mignon au caramel. Style comptable : « Eh, t’es bien lu toi, non ?

Disons que ma fréquentation baisse au nombre de pages vues, mais que j’ai un nombre croissant d’abonnés. »

Géographique : « J’étais à Denver en juillet pour un événement Microsoft…

Tiens, moi aussi ! Mais je ne t’ai pas vue. »

People : « Mais que fait Loïc Le Meur à cette heure-ci ?

Attends, je regarde (Manuel sort un portable dernier cri d’agonie du vôtre). Il n’est pas encore à San Francisco. Il dit qu’il passe un premier week-end off-line sans twitter… et il le dit sur son twitter ! »

Lecteurs réciproques.

Evidemment, tout cela est légèrement ésotérique pour qui ignore que Loïc Le Meur est le blogueur le plus éminent du pays et que le twitter est une nouvelle technologie qui permet grosso modo de bloguer sur téléphones mobiles. Carrément incompréhensible pour celles et ceux qui essaient chaque jour de faire des copier-coller avec une paire de ciseaux et de la colle Uhu.

Sur les 18 participants à Blog on the Beach 2007, troisième édition du rendez-vous des copains, beaucoup se rencontrent pour la première fois en chair, en tenue estivale et en os. Beaucoup sont bordelais et/ou ferret-capiens, les autres sont parisiens et/ou limougeauds. Tous ont plaisir à parler technique et/ou passions communes. Tous lisent régulièrement la prose des autres. « Je consulte une centaine de blogs, dont une quinzaine quotidiennement », confie l’un deux.

« Skipper-rédacteur ».

François-Xavier Bodin, « skipper-rédacteur », comme l’indique sa carte de visite, anime les « Chroniques de l’Iboga ». Il raconte : « J’avais créé en 1999 ce qu’on appelait alors un site perso, j’y tenais un carnet de bord de mes sorties en bateau sur le bassin d’Arcachon. C’était déjà une forme de blog… Ce qui est intéressant, c’est le contact que cela permet, les rencontres comme celles de ce soir. Je raconte ce que j’ai fait, les lieux sur lesquels j’ai conduit mon bateau. Je réponds de façon circonstanciée aux questions qui m’intéressent et d’autres, à leur tour, pourront découvrir les sites dont je parle. »

Le même « FX » résume les recettes qui font le succès d’un blog. Option 1 : « Tu fais un blog de niche », c’est-à-dire consacré, comme le sien, à un thème très précis qui rencontre un lectorat de connaisseurs. Option 2 : « Tu montres ton cul. » Option 3 : « Tu balances sur des blogueurs influents en espérant qu’ils te citent et que ça t’amène du monde sur le tien. ». Le succès, quoi qu’il arrive, reste relatif. « Quand on me classe parmi les blogueurs les plus influents, intervient Jacques Froissant, ça me fait plaisir, mais il faut garder la mesure. Je n’ai jamais que 3 200 abonnés. »

Sans compter les lecteurs égarés. « J’appelle ça du marketing aléatoire, sourit “FX”. Par exemple, je m’appelle François-Xavier et j’écris parfois sur Bordeaux. Alors, quand François-Xavier Bordeaux a fait la une de l’actualité, j’ai eu des pics de fréquentation sur mon blog. »

Par Nicolas Espitalier.

Villeneuve-sur-Lot (47). Ils parlent occitan, pourquoi patois ?

patois.jpgLa 33e Ecole occitane d’été, lancée lundi dernier, s’achève ce soir au lycée L’Oustal. On y a pris des cours de languedocien et de bourrée, planché sur la carte détaillée de l’Occitanie et chanté le « Se Canta ». Plongée à froid dans le bain linguistiqueCinc, quatre, tres, dos, un. « Tap tapat taparà, tap pas tapat taparà pas. » Ca veut dire à peu près : « Bouchon bouché, ça bouchera, bouchon pas bouché, ça ne bouchera pas. » Il faut le dire vite. Et le dire vite, c’est même le premier exercice du premier cours d’occitan languedocien pour débutants qu’a dispensé Carolina, lundi matin à 9 heures, en salle 112 du lycée L’Oustal de Villeneuve-sur-Lot.

Diluns, 13 d’Agost.

Devant la jeune enseignante toulousaine, une classe de dix élèves, dont quatre garçons de 15-17 ans qui ont l’habitude d’éteindre leur portable en entrant en classe, et des messieurs-dames un peu moins jeunes qui n’avaient pas de portable à l’époque où ils fréquentaient ce genre d’établissement. La date est écrite sur les feuillets simples perforés, grand format, grands carreaux : « Diluns, 13 d’Agost de 2007. »

Grande carcasse vidée de ses convoyeurs de cartables depuis les derniers examens, le lycée privé des métiers de la vie rurale s’est repeuplé cette semaine. Un peu plus de 150 occitanistes y dorment à l’internat ou dans les tentes plantées au pied des bâtiments, y traînent dans les couloirs en se disant « Adio ! Quo vai ? », courent à leur cours de limousin confirmé, de gascon débutant ou d’histoire de l’Occitanie, font leurs emplettes littéraires dans la librairie de l’Ecole, pour lire « Astérix a l’escola gallesa » à la récré ou « Elena », de Bernard Manciet, entre chien et loup.

L’Estanquet.

« Je viens ici tous les ans. C’est pour l’ambiance, les échanges, et parce que c’est le seul endroit où l’on ne peut parler qu’occitan pendant une semaine », accepte d’expliquer en français Domenge, ex-Francilienne aux cheveux tressés, installée en pays d’oc depuis quelques décennies. Une camarade de classe de Rambouillet vient depuis deux ans avec son mari et ses enfants, lesquels ont un programme d’activités pendant que les parents sont en cours. Elle sourit : « Avec mon mari, on a monté une association d’occitanistes dans le sud-ouest de la région parisienne. Pour l’instant, on n’est que deux ! Alors qu’ici, on est complètement immergés dans le bain linguistique. »

A l’interclasse, on boit et on chante à l’Estanquet. Le Lot-et- Garonnais Jan-Pèir Miner a composé un hymne de l’Escola occitana d’Estiu, qui se chante sur l’air basque de la « Pitxuri », avec une variante possible sur la bourrée « Ai vist lo lop ». Le refrain ne cache pas le fond antijacobin du milieu occitaniste : « Gardarem l’occitan contra Paris. »

Le ministre de la Culture.

Dans une semaine à vocation plutôt culturelle, linguistique et consensuelle, les tenants d’un occitanisme politique ont tout de même droit à un stand. Jaque Ressaire, président du Parti de la nation occitane (PNO), vend « Lou Lugar », l’organe de son parti, et quelques rêves autonomistes. Devant la carte de la future fédération occitane, dont les frontières sont dessinées au crayon à papier par-dessus celles des Etats d’aujourd’hui, il a accroché la bannière nationale : le drapeau rouge frappé de la croix des comtes de Toulouse et de l’étoile à sept branches du Félibrige de Frédéric Mistral.

Il expose au président de la « Diaspora occitane », qui demeure dans la Sarthe, une « proposition modélisée pour la Fédération des pays d’oc ». Elle fait de Bordeaux et Auch les capitales de la Gascogne, de Rodez et Bergerac celles de la Guyenne, de Périgueux et Limoges celles du Limousin. Et si les gens du Midi se sentent français ? « C’est une aliénation, le fruit d’une colonisation », rétorque Jaque Ressaire, qui est également ministre de la Culture dans le gouvernement provisoire occitan, proclamé au printemps dernier à Toulouse.

Par Nicolas Espitalier.

Soustons (40). Les Irlandais de Soustons descendent à Bayonne

rugby.jpg Ce soir, Pottoka doit gambader dans les trèfles. Le petit cheval basque, souriante mascotte de l’Aviron Bayonnais rugby, ne se promène jamais qu’à la tête d’un cortège d’allégresse et de chants, tous derrière, tous derrière, et lui devant. Les quelque 1 200 supporters irlandais attendus au stade Jean-Dauger, aujourd’hui, pour le match amical non officiel Aviron-Irlande, ignorent encore tout de l’animal pyrénéen. Du « Vino Griego », le chant têtu dont s’enivrent jusqu’à l’overdose ses admirateurs. De la fierté ombrageuse des Bayonnais, « meilleur public » du rugby français. Du vieux conflit de voisinage qui les unit à ceux d’à-côté, plus étroitement encore que n’importe quel jumelage.L’ambiance du Munster.

Nigel Osborne, lui, sait déjà tout ça. « La vraie équipe de la région, dit-il, c’est Bayonne et pas Biarritz. A Dublin, il y a quelques années, j’ai joué avec un Basque, Eric Olazabal, et il m’a tout expliqué… C’est vrai qu’en Irlande, le Biarritz Olympique est plus connu grâce à ses participations à la Coupe d’Europe, mais le club de Bayonne a derrière lui les spectateurs. J’y ai retrouvé la même ambiance qu’au stade du Munster, à Limerick, où le public est exceptionnel. »

Pour partager cette découverte, mardi après-midi, cet ancien joueur des Dublin Wanderers s’est présenté à la billetterie du club bayonnais et a acheté 145 places pour le match de ce jeudi.

Si le gros des troupes vertes atterrira dans la journée sur le tarmac de Biarritz-Parme, en provenance directe de Shannon ou de Dublin, Nigel et ses 144 compagnons de tribune arriveront en bus. Et seulement de Soustons, à quelques dizaines de kilomètres au nord de Bayonne. Depuis huit ans, l’Irishman aux pectoraux d’acier a fait venir sur les installations du Centre nautique de la cité sud-landaise des milliers de jeunes rugbymen irlandais. « De l’équipe d’Irlande des moins de 20 ans, qui a réalisé au printemps dernier le grand chelem au Tournoi des Six-Nations, huit titulaires sont passés par Soustons quand ils avaient 15 ans », glisse ce Dublinois qui passe « quatre à cinq mois par an » dans le sud-ouest de la France.

Cours de français et de rugby.

Sur la seule année 2007, 900 garçons ont déjà travaillé leur technique rugbystique au bord du lac de Soustons. Cette semaine, Nigel Osborne encadre les stages de préparation d’avant-saison de deux équipes scolaires et un groupe d’élèves inscrits à son French Sports and Language Center : des 11-17 ans qui enchaînent chaque jour quatre heures de cours de français, quatre heures d’entraînement et quelques activités nautiques.

« La plupart ont déjà vu jouer l’équipe nationale irlandaise là-bas. Et nous avons fait venir des joueurs célèbres au centre, comme Brian O’Driscoll ou Gordon D’Arcy, ou encore des gens comme Abdel Benazzi et Richard Pool-Jones. Alors, c’est une chance supplémentaire d’avoir ce rendez-vous à Bayonne pour les voir jouer à quelques semaines de la Coupe du monde », souligne l’homme au nom d’alcool espagnol, qui reviendra « avec des copains » en septembre assister aux matches des Irlandais à Bordeaux contre la Géorgie et la Namibie.

« On battra la France ».

« Pour moi, l’Irlande battra la France dans le match de poule. Chez nous, on connaît déjà le nom des titulaires, alors que les Français en sont encore à chercher leur équipe type », juge Nigel Osborne. Ses jeunes protégés n’en pensent pas moins. Mark, 15 ans, ailier dans l’école dublinoise Saint Andrew, pense que l’Irlandais Hickie est le meilleur ailier du monde. Les Verts accéderont-ils aux quarts de finale ? « Definitely ! (C’est sûr !) » s’écrie Dylan, un flanker de 16 ans. Au bord du terrain d’entraînement, quelques parents en vacances à Labenne encourage les jeunes : « Come on, boys… » C’est poussif, lesdits boys devront faire mieux que ça, ce soir à Jean-Dauger, face au meilleur public de France.

Par Nicolas Espitalier.

16 août 2007 - Aucun commentaire
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