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Le bouddhiste est aussi bouliste (LARZAC - 24)


CARNETS D’ETE MAITRE ZE(4457535)

photo Marie Seillery

En été, on pointe et on tire. Rencontre avec un moine bouddhiste amateur de pétanque, convoité par les plus grands champions en quête de « zénitude » sur le boulodrome. Loin de l’image d’Épinal.

En harmonie avec l’univers, je me rends à l’Hermitage du Pic lumineux, où les crânes sont majoritairement rasés.

Bienvenue à Larzac, havre de paix de 116 âmes, dont quelques-unes pratiquent le bouddhisme zen. Au creux de ce Périgord noir japonisant, adieu sandales, bob, anisade ! Chassons de nos esprits gaulois l’image d’Épinal du joueur de pétanque : langage fleuri, accent du Midi et sainte horreur de la fanny. Selon nonne Françoise, les boules peuvent nourrir « l’étude du corps et de l’esprit ». Ici, le champion de la discipline est un grand bonhomme affable, d’origine polonaise : Alain, alias Kaisen de son petit nom de grand moine.

Bouddhiste de 56 ans précédemment installé à Cubjac, il a bâti son second temple voilà trois ans, sur le terrain d’un ancien camping… où la pétanque rythmait les journées. Ça n’a pas beaucoup changé. Ou presque. Si le temps le permet, Kaisen descend quotidiennement sur le boulodrome aménagé en contrebas d’un apaisant jardin entouré de bouddhas. Il tombe alors sa robe de maître zen. Car au même titre qu’on ne plombe pas quand un tir peut rapporter gros, boules et zazen (méditation) ne font pas bon ménage. Ce sera donc casquette, polo blanc et cigarette au bec… Comme un joueur lambda que Kaisen n’est pas. Pas l’ombre d’une faille dans sa concentration, même s’il s’en défend.

Ainsi trouve-t-on la réponse à la question que se pose chacun de nous, petits scarabées de la pétanque en short : pourquoi d’illustres professionnels vouent-ils un tel culte à l’éveil bouliste selon Kaisen ? Car sachez, béotiens de la boule zen, que le multiple champion de France Jean-Luc Robert et Philippe Quintais - douze fois champion du monde - sont de ceux-là !

Une approche zen. « Ils sont venus à l’Hermitage vers la mi-juin, raconte Kaisen. J’ai commenté leur partie pour la radio à cette occasion […]. A l’avenir, je serai sans doute amené à travailler avec Quintais. » Celui qui refuse de souscrire aux obligations de la compétition (« Cette obsession de toujours battre l’autre ») pourrait également enseigner la pétanque aux jeunes. « Ce serait un bon moyen de les protéger de certaines dérives. Car je n’aime pas certaines parties entre amateurs, qui atteignent parfois les plus basses sphères de la pétanque : agressivité, alcool, musique à fond… »

Lui préfère côtoyer les grands. De master en master, où il se rend en spectateur, Kaisen s’est fait un nom. Les champions du monde Fazzino et Foyot font partie de son carnet d’adresses. Il publiera certainement un livre intitulé « L’Esprit de la pétanque » au printemps prochain…

Gravé dans les boules. En retraite à Larzac, le jeune Tomek a tout d’un digne successeur : moine, polonais… et bouliste. Il porte un polo affublé du logo « Masters de pétanque ». Et son nom de moine est gravé dans ses boules ! C’est dans la neige polonaise qu’il a partagé ses première mènes avec Kaisen. Mais le grand maître reste évidemment supérieur, du haut de ses 30 ans de pratique !

« Attention, cela n’aide cependant pas à en apprendre davantage sur la discipline, concède Kaisen. Et puis, j’ai tellement copié les plus grands que j’adopte plusieurs façons de tirer. Parfois, je m’y perds. »

Avant de rejoindre l’autre pays des boulistes, je ferai doublette avec Tomek. En face, Françoise et Kaisen resteront zen. Et surtout très chauds. Tant pis. Oublions vite notre refus de l’échec et méditons, une dernière fois, cette phrase d’un bouddhiste affairé au jardin japonais : « Il faut pratiquer le zen pour ne pas perdre la boule. »

Par Thomas Villepreux