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Un bracelet sur le pied nickelé (LA ROCHELLE - 17)

pied nickele

photo Dominique Jullian

En prison, l’été reste la saison la plus agitée pour des détenus trop nombreux et chauffés à blanc par les fortes chaleurs. D’autres, plus chanceux mais beaucoup plus rares, sont en détention préventive à la maison comme au boulot grâce au bracelet électronique qu’ils portent à la cheville.

David (1) a les jambes à son cou et un drôle de bracelet au pied lorsqu’il s’engouffre dans la cage d’escalier de son HLM. Le soleil, pourtant, brille encore haut dans le ciel de La Rochelle, il est 19 h 58. Sachons donc découvrir la raison d’un tel empressement. a) David a du lait sur le feu. b) David doit mettre du lait sur le feu. c) David est surveillé comme le lait sur le feu depuis que le juge lui a offert un bracelet électronique au printemps. Les plus perspicaces d’entre vous auront donc compris que ce jeune homme de 23 ans, sans être dangereusement hors la loi, n’est pas tout à fait dedans non plus. Et qu’il doit rentrer chaque soir à 20 heures pétantes sous peine de voir son bracelet se transformer en menottes et sa Twingo-citrouille en panier à salade. « J’ai piqué un téléphone portable et fait quelques conneries avant. J’attends mon procès. » Un siècle après que le boulet à chaîne est finalement tombé en désuétude dans les faubourgs de Cayenne, David porte ainsi, comme seulement 3 900 autres de nos compatriotes un peu agités, ce fil à la patte révolutionnaire. Alors, personne ne plaindra David. « Je connais la prison, j’ai une sacrée chance de ne pas y être cet été. C’est la saison la plus dure, celle de tous les dangers. Ça a été pour moi un très mauvais souvenir l’an dernier. Les gars sont surchauffés et cognent vite. »
Gare aux merguez ! Comparons en effet ce qui n’est pas comparable. S’il lui faut parfois à la plage mettre un mouchoir sur sa fierté et une chaussette de tennis sur le mollet - « Les gens me regardent de travers » -, David n’a plus en revanche à partager par 40° à l’ombre sa cellule et les douches avec Jojo le Déglinguo ou Bébert le Pervers. « D’ailleurs, même quand le bracelet se desserre, c’est moi qui appelle la prison pour qu’ils viennent serrer la vis ! La journée, je fais le maçon sur les chantiers. Le soir, je retrouve ma femme et mes deux petites filles à la maison. Et en plus, j’ai même le droit de sortir le samedi entre 7 heures et 20 heures. » Du coup, le couche-tard se lève tôt pour d’autant mieux profiter de la ville et de l’Océan que son big brother borgne est aussi waterproof. « J’y vais de bonne heure, et dans un coin peu fréquenté, parce que je sens bien que les touristes repèrent mon bracelet. Pour le reste, c’est superdiscret. Certains de mes collègues n’ont d’ailleurs toujours pas compris ce que c’était. Je pourrais même leur dire que c’est un truc pour le diabète. »
Au moindre écart, pourtant, David risque le retour au régime sec comme un coup de trique et le pain de la zonzon. L’été est la saison de tous les dangers, bis. Plutôt que d’être délivré du mal par les policiers, le jeune homme préfère ainsi ne pas se soumettre à la tentation des copains. « C’est un peu chaud quand même pendant les vacances. Il fait nuit tard, tes potes font la fête, sortent en ville. Alors, j’ai décidé de ne même plus aller aux apéros. Trop tentant, trop frustrant, c’est un coup à faire le con et ne pas rentrer à l’heure. » Dans sa grande mansuétude ou bien par insuffisance technologique, l’administration pénitentiaire permet tout de même aux porteurs de bracelet de s’évader 40 mètres à la ronde du mouchard. Soit à peu près la distance qui sépare le troisième étage de David du barbecue discrètement installé au pied de l’immeuble. « Parce que le machin calcule aussi les 40 mètres à la verticale. Faut pas le dire, mais parfois ma copine reste à côté du téléphone, au cas où il faille sonner l’alerte, pour que j’aille manger une ou deux saucisses en bas. » C’est aujourd’hui en croquant la merguez que l’homme brise ses chaînes et retrouve ainsi le vrai goût de la liberté. À condition de ne pas trop forcer sur la moutarde quand même.
(1) Le prénom a été modifié.

Sylvain Cottin