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Paparazzi : objectif thune (CAP-FERRET - 33)

Si la densité de vedettes au mètre carré n’est pas encore celle de Saint-Tropez, la presse people s’intéresse chaque été davantage aux sauteries du bassin d’Arcachon. Des vocations naissent

paparazziObjectif de paparazzi pour shooter dans les coins. Photo

FRANCK PERROGON

C‘est une bête souvent sale et hirsute à force d’être traquée. Qui dort peu, mange mal et se soulage aux quatre vents. Pris à son propre piège, le paparazzi est devenu plus inaccessible encore que sa proie, « la-vedette-de-la-télé ». Mais, avec un taux de croissance à rendre jaloux les PDG chinois (+ 60 % pour « Voici »), la presse people est désormais pourvoyeuse d’emplois saisonniers au même titre que l’industrie du beignet-chichi.

Ils seraient ainsi cet été une grosse dizaine à frayer entre deux eaux troubles du bassin d’Arcachon, à la recherche de fretin plus ou moins menu : Julien Courbet, Albert de Monaco, PPDA et tant d’autres. Sans atteindre l’intensité tropézienne, le business de l’image volée attire ici chaque été davantage les stars de la profession, autant que leurs avatars « crève-la-dalle », essentiellement des gens du cru plus habitués à tirer le portrait des jeunes mariés que celui des stars. « Nous sommes 90 % de smicards », reconnaît l’un des pionniers de cette ruée vers l’or de gloire. « C’est un métier d’avenir, à condition de bien admettre qu’il n’y a que cinq ou six gros coups à l’année sur le Bassin. » Mais, à 40 000 euros le poster de l’insaisissable Obispo taquinant au Ferret la mimine de la chanteuse Jenifer dans un flou tout sauf artistique, les vocations, pourtant, se multiplient à la vitesse de la lumière des flashs.

En planque, mode d’emploi. « Tout le monde connaît les coins où il faut chercher », poursuit un autre photographe entré en clandestinité. « Sauf que la dernière fois que l’on nous a promis Johnny à table Chez Hortense, j’ai planqué deux jours dans ma bagnole pour rien. » Second spot des people sur le Bassin, la maison de Benoît Bartherotte semble être également devenue le meilleur coin de pêche du littoral atlantique, depuis qu’un certain DiCaprio y a mis ses doigts de pied en éventail. « Là, t’as pas le choix, tu loues un bateau pneumatique et tu te déguises en pêcheur. Après, tu peux aussi t’incruster dans les discothèques à la mode avec un tout petit boîtier, sauf que les patrons sont méfiants, certains même te fouillent à l’entrée. Mais il nous reste encore quelques ruses pour ne pas se faire repérer, notamment la fausse optique-miroir. C’est un truc qui fait croire à ton vis-à-vis que tu photographies la cime d’un arbre alors que tu es en train de faire un gros plan sur son visage. »

Passé millionnaire et maître dans l’art d’être là où, paradoxalement, on l’attend, le plus célèbre des paparazzis tricolores, le sulfureux Jean-Claude Elfassi, ne néglige plus le Bassin. « J’y ai coincé cet été la fille du prince Albert », savoure-t-il. « La dune du Pilat est d’ailleurs un endroit magique. Une fois au sommet, ta victime se retrouve à découvert sur des centaines de mètres. Tu n’as plus qu’à mitrailler. »

Les étrennes du papa. Provocateur en chef de la presse à scandale, Elfassi, cependant, ne va jamais au petit bonheur la chance. « Les trois quarts des reportages sont arrangés avec les people. Pas les miens, mais ils sont rares et très rentables. Même si ce sont bien souvent des proches de la star qui vous filent le tuyau, il faut aussi savoir graisser la patte lorsque l’info est brute. » Qu’il s’agisse de celle de l’agent EDF, de l’hôtesse au sol d’Air France ou du technicien de chez SFR, les étrennes restent ici le premier poste budgétaire, loin devant le matériel de camping pourtant digne d’un agent des forces spéciales. « Lors d’une planque, il ne faut rien laisser au hasard », explique celui qui fait parfois son lit sur le clocher des églises comme dans les conduits d’aération des cliniques. « Jumelles à vision nocturne, fringues de camouflage, de l’eau et des gâteaux secs qui ne risquent pas de tourner au soleil, et puis aussi des petites lingettes de toilette pour bébé. »

Le patron de la rédaction de « Voici » reconnaît enfin un afflux croissant de propositions commerciales sur sa boîte mail, certaines oblitérées du Cap-Ferret. « Avec le numérique, tous les touristes s’y mettent. 80 % de leurs photos de stars n’ont aucun intérêt… Mais 20 %, ça reste énorme, d’autant que leurs tarifs ne sont pas ceux des professionnels », se réjouit ainsi Loïc Sellin.

Sylvain Cottin

L’été meurtrier des enfants lunes (SAINT-PANDELON - 40)


enfant lune 2

photo David Le Déodic

Si vous râlez dès que le moindre cumulo-nimbus menace votre bronzage, sachez qu’une soixantaine d’enfants en France souffrent d’un mal mortel qui les condamne à ne jamais s’exposer à la lumière du jour. Les beaux jours sont donc aussi les plus tristes pour les jumeaux Vincent et Thomas

Quand le soleil a rendez-vous avec les enfants de la lune, alors l’été devient meurtrier. Pas assez nombreux, toutefois, pour que le présentateur météo ait un quelconque scrupule à se pâmer sans retenue devant ses prévisions flamboyantes, ces petits malades incurables (une soixantaine en France) s’étiolent ainsi à l’ombre de notre eldorado estival. Victimes d’un mal génétique les condamnant au cancer de la peau aussi facilement que le commun des autres mortels attrape un rhume, la moindre exposition à la lumière naturelle - fût-elle assombrie par un ciel d’encre - ne prolongerait pas leur espérance de vie au-delà de l’adolescence.
À 15 ans, Thomas et Vincent sont pourtant des vieillards en pleine forme. À peine saupoudrés de quelques taches de rousseur en apparence bénignes, ces jumeaux landais ont été les premiers enfants de la lune au monde à profiter d’une protection totale dès leur deuxième anniversaire et leur premier cancer. « À l’époque, le pédiatre nous avait dit qu’ils ne vivraient pas plus de huit ans, et qu’il ne fallait donc pas s’embarrasser de précautions pour si peu de temps », frissonnent toujours leurs parents. Têtu plus encore qu’optimiste, le couple se mure aussitôt dans son pavillon dacquois transformé en caverne obscure. Volets fermés, rideaux tirés, une véritable nuit polaire qu’ils ne vont pas longtemps supporter. « On a craqué, mais heureusement nous avons vite pu récupérer des filtres anti-UV transparents qui servent à protéger les tableaux de maître dans les musées. »
Une idée lumineuse et minutieusement appliquée depuis sur les vitres de la maison comme sur celles du collège et de ce camping-car familial que les enfants doivent prestement gagner recouverts d’une combinaison taillée dans les chutes de tissu abandonnées par la Nasa. Étouffante panoplie d’astronaute qui, pourtant, n’empêche pas ces enfants de détester les étés trop indiens pour être honnêtes. « Le changement d’heure au printemps nous plonge dans le moment le plus dur de l’année, il fait jour tout le temps d’avril à octobre », expliquent les jumeaux, contraints, malgré eux, de vivre comme des noctambules. Levés à midi, Thomas et Vincent déjeunent à 16 heures, goûtent à 20 heures et dînent à 22 h 30 avant de pouvoir enfin profiter d’un instant de quartier et d’air libres. Parfois aussi d’un bain, de minuit, forcément.
Bains de minuit. « Dès qu’il fait nuit, c’est énorme, même quand on se contente de faire un tour dans le jardin d’enfants à côté, ou bien simplement de pique-niquer sur un parking. Pour la baignade, nos parents nous emmènent sur la plage de Capbreton, la seule à être éclairée. »
Un voyage jusqu’au bout de la nuit pour mieux repousser l’ennui mortel de ces après-midi d’été et leurs séances d’ordinateur élevées au rang de soins palliatifs. « Au début, nous faisions venir des copains à la maison, mais cela tournait au drame dès que les autres gosses filaient s’amuser dans le jardin », se souvient leur père.
« Pour autant, mes fils ne ressentent pas trop la frustration de l’extérieur, car ils ont totalement oublié les deux premières années de leur vie, lorsqu’ils pouvaient encore vivre au grand jour. Mais, s’ils continuent de respecter à la lettre les consignes de protection, ils commencent à se poser beaucoup de questions sur leur avenir, alors je me méfie un peu de l’adolescence. »
Retenir l’adolescence autant que la nuit, pour prolonger leur espérance de vie et les surprises. « Je n’avais jamais vu aucun intérêt à leur apprendre à faire du vélo. Et puis, un soir, ils se sont mis à pédaler autour de la maison. » L’échappée belle, le temps d’une éclipse d’enfant lune.

Les fêtards sont aussi du matin (BAYONNE - 64)

fete bayonne matin

Pendant la fête, les matinées se déroulent parfois au ralenti, mais toujours avec le sourire. C’est le moment béni où l’on voit certainement le mieux les gens, de toutes conditions et de tous milieux.

Déjà deux heures qu’elle a planté son nez dans la Nive. Sans se défaire d’un sourire énigmatique, Claire, une étudiante parisienne, fixe les poissons sans trop les voir. « Je profite de ce calme passager… avant la tempête du soir », fait-elle. On entend comme un bruissement dans la ville. C’est le matin à Bayonne, pendant la fête. La ronde des engins de nettoyage a fait place aux croissants en terrasse. Les rues s’emplissent peu à peu. Et Damien n’a pas quitté sa position fœtale. « Non, je vous assure que je n’ai pas abusé hier soir, précise ce jeune commerçant lillois. Simplement, on s’est perdus. Il était tard. Et comme je n’ai pas retrouvé le camping, j’ai pris ce banc. » Les passants lui adressent parfois un commentaire amusé. Ce n’est qu’un début. Car le matin déploiera lentement sa bonne humeur, au gré des ruelles. La veille au soir, l’immense entreprise festive avait réveillé la part bestiale de quelques festayres. Au milieu de ces milliers de complices, j’ai aperçu quelques échauffourées. Des gestes isolés dans ce joyeux tumulte de virilité, de séduction rapide et de flamboyance. Mais ce matin, l’atmosphère a changé. Moins expéditive, moins superficielle, plus douce et posée. Un peu comme si Jacques n’avait jamais taché sa chemise. Comme si, en ouvrant son journal ce matin-là, cet assureur breton était en paix avec lui-même. « C’est essentiel pour se sentir à nouveau dans la journée. Les cuivres arriveront bien assez vite pour nous remettre dans le bain. Alors, je savoure. »

Des visages. Oui, il déguste. Après sa soirée de la veille, il s’agit maintenant d’un café, assorti d’un dialogue avec son compère de la nuit. « Que j’ai rencontré avec ses collègues hier soir, précise Jacques. Mais aujourd’hui, on peut se poser, ce n’est plus la bousculade. » Il a raison : c’est un instant à part. Un éclairage soudain sur la foule, dont on ignorait les visages hier encore. Car le matin, l’étudiante parisienne côtoie le Basque de souche, le plombier polonais et les autres. Ces messieurs n’ont pas qu’un bon coup de fourchette et ces dames un joli postérieur. Les gens ont des noms, des professions… Et ça se voit.

« Vous venez d’où ? » demande une mamie béarnaise à ses voisins de petit déjeuner. « De Calais. Je suis maçon. Et ma femme ne travaille pas. On ne connaissait pas les fêtes alors on veut en profiter un maximum. » Le couple s’étonnerait presque de constater que Bayonne compte des boutiques. Qu’elle n’est pas uniquement ville bodega. Alors, tandis qu’approche l’heure du déjeuner, ils jettent un œil sur la déambulation des géants. Le matin, c’est au tour des enfants d’être à la fête. Et Bayonne de prendre paisiblement des airs de festival. Ou les « a » de la veille (bodega, sangria, fiesta) font place aux rimes en « eur » : douceur, fraîcheur, candeur…

À leur rythme. « C’est certainement la seule occasion de l’année d’oublier son boulot et de parler aux gens. À ceux qui sont venus avec moi, que je côtoie pourtant toute l’année, puis aux fêtards de toute l’Europe […]. Le moment du petit crème matinal est parfait pour ça. Encore mieux que la fête d’hier soir, parce qu’on est cool pour refaire la soirée tout en se projetant dans la suivante », confie Patricia, Tourangelle adepte des fêtes du Sud-Ouest.

Ça y est. La pendule s’est arrêtée sur midi. Claire a retrouvé toute son acuité visuelle. Elle s’est enfin éloignée de la Nive et peut retrouver une activité normale. Cela devrait prendre plus de temps à Damien, notre fœtus égaré. Mais chacun respectera le biorythme de l’autre. Tel l’instant où, en coulisses, l’on découvre, émerveillé, les visages des comédiens, le matin n’a qu’un temps. Gueules de bois, de travers ou d’amour, elles étaient toutes de sortie. Preuve que les fêtards sont aussi du matin.

Par Thomas Villepreux

1 août 2008 - Aucun commentaire
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Les bergers chantent depuis les sommets (LARUNS-FABRÈGES - 64)

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Une soirée dans les Pyrénées, à 2 000 mètres d’altitude avec des bergers, entre chants béarnais, voie lactée, bouteilles de jurançon et brebis à traire…

Quittons claquettes et calicots pour baskets et tricots : allons à la montagne. Voici le Béarn, les Pyrénées, la station de ski Laruns-Fabrèges, sans neige pour habiller une architecture triste en tôle. Tourniquet de cabines vers les cimes, parking bondé de camping-cars, vététistes qui dévalent la montagne lacérée en sillons et files de touristes au petit train d’Artouste, « le plus haut d’Europe », dixit la réclame. À 2 000 mètres d’altitude, à 7 kilomètres de la station, des brebis serrées et une bicoque mini. On va là. Le scénario : ce soir, des amis viennent passer la soirée avec le berger pour amuser son ermitage. On nous avait dit : ensemble les bergers chantent, il faut voir ça.

Voie lactée. On arrive à cinq en 4 × 4, une caisse de Jurançon (blanc sucré) et une des brebis restées « en bas » pour allaiter. Arrivée potache, pas oisive : ici, on sait ajouter ses bras à la paire du berger. Descendre le lait rafraîchi à la source (y puiser l’eau du pastis, au passage), traire sa part de brebis, lancer la tambouille. Lâcher immédiatement ses yeux vers la montagne, crêtes et flancs, repérer les autres estives, la couleur (orange, mauve) que donne le soleil mourant aux nuages mouvants.

De la montagne, Cédric dit : « Tu la vois tous les jours, tous les jours tu la regardes. C’est jamais pareil. » Puis la brise du soir, le parfum d’herbe mouillée, la Voie lactée comme un plafond au bout des doigts. Les brebis qui bêlent et tintent. Leur odeur de lait, celle de la bougie qui éclaire.

Nous, très naïf urbain, en pleine extase sur un petit tas de (jolies) pierres sur la table. Chapelet religieux des montagnes ? Tellurisme pastoral ? « Non, c’est pour caler les nappes, quand il y a du vent. » Ils sont des enfants de la montagne, tous passés sur son dos pour faire paître des brebis, tous survivants de la civilisation pastorale, ses rites, ses chants, sa voix de rocaille. Cédric (32 ans), ex-berger, éleveur et salarié d’une coopérative, Vincent (30), éducateur en lycée, Jean-Loup (50), éditeur d’affiches vintage et longtemps stagiaire de Simon (50), berger depuis 40 ans, et l’associé de Stéphane (36) qu’on visite.

Monastère des airs. La soirée, les copains d’en bas, le rire sans arrêt, salut contre la solitude ? Non, juste se marrer. « Ici, t’es pas seul, corrige Stéphane. Il y a des gens bien plus seuls en ville. » Il a de quoi faire, dans son monastère des airs. Guider ses 700 brebis vers le pâturage qui fait faire un bon lait (réglisse, fleurs sauvages, « baneish »), traire deux fois par jour (à 21 heures et à 6 h 45). Ermite, OK, mais vrai chef d’entreprise. « Tu fais ton fromage, t’as tes comptes à gérer, tes analyses… Dès que je peux, je prends le portable pour faire un point sur la trésorerie. » Les deux enfants montent parfois le week-end avec maman.

À table, dans la salle à manger (avec paquets de biscottes par 100), sous la lampe à pétrole, on se moque de la mode des « lunettes de mouches » qui prend souvent le train. On rigole des années 70 et de la flopée de hippies venus embrasser la cime mère loin des cités mégères, pour cause de « retour à la terre ». Une époque, disons, gaillarde pour les bergers . Souvenirs, aussi, d’un temps où le métier fut rude : orages à la belle étoile, transhumance quasi annuelle, retour maison vers janvier, quinze jours, à peine le temps de s’aimer (la montagne fête beaucoup d’anniversaires mi-août). À l’époque, le cadet était berger et l’aîné conduisait la ferme (garçon, fille, égal). Aujourd’hui, le berger choisit. Stéphane, 36 ans, a préféré sa montagne après s’être ennuyé dans la maintenance industrielle. Ne pourrait plus s’en passer et ne voit rien qui l’empêcherait d’y passer sa vie.

Jean-Loup : « C’est un métier mythologique. Culturellement, le berger, c’est le roi de la vallée. » Et son chanteur, donc. Des plaintes tonitruantes et polyphoniques, comme une messe païenne. Récit d’amours contrariés, métaphores, poésie des sommets. Il faut voir ces gaillards à paluches fortiches se partager voix basses et contre-hautes. Et, en contrebas, la vallée avaler la voix de ses rois.

Par Adrien Vergnolle

La tribale danse du camping (LACANAU-OCEAN - 33)

tribale danse lacanau

Comment occuper son temps, et surtout ses soirées, quand on est un ado campeur ? Pour le savoir, nous sommes partis à la rencontre d’une petite tribu, au camping Airotel.

Si la tribu est l’état naturel de l’être humain, elle représente a fortiori celui du jeune campeur. Sans elle, il ne survit pas. Et sans élément sacré de type plage ou discothèque, cette existence communautaire ne peut s’organiser. Au camping Airotel de Lacanau, dont l’hymne indique que « l’ambiance est toujours au top niveau », explorons les mœurs d’un sous-groupe d’adolescents, membres d’une plus grande tribu, celle des 2 200 campeurs Airotel.

Devant la piscine en contrebas du restaurant-snack, place au plus symbolique rite nocturne : l’élection de Miss et Mister camping. En lice : Lonni, danseur de salsa de 18 ans « ouvert à toutes propositions » ; Carole, 35 ans, enceinte du n° 5, un futur campeur ; Lise, Charlotte, Daniel et les autres… Puis à la fin, les jeunes Miss et Mister camping qui se frôlent, se trouvent et finiront la soirée collés serrés dans la discothèque… du camping, bien entendu.

Qui dit tribu dit également langage commun : la chorégraphie. Décoiffant ballet que cet exercice synchronisé de 300 hominidés en short et claquettes, sur un tube « dance » de l’été, qui clôture l’élection ! S’ensuit une interminable chenille sonnant l’heure du disco. Et voilà qu’interviennent Xavier, Clément, « Thibault rockeur », « Thibault footeux », Pierre (imitateur de phoque), Camille et les autres. Du haut de leurs 16 ans de moyenne, ils iront bizarrement fredonner les standards des années 80, criant victoire après le coup de fatigue des parents.

Autour des blocs. Ils sont quatre Ch’tis, deux Vichyssois, un Breton et un Caennais à s’être rencontrés ici. Et à s’éclater en boîte autour de Noria, Parisienne et meneuse du groupe de 18 ans… « Une vieille, quoi ! » Tous attendent encore Cyril et Kevin. Eux, sont animateurs et plus âgés, un statut qui liquéfie la moindre campeuse juvénile. Le duo de GO rejoint enfin la grande opération séduction, cette coutume qui fait oublier l’agitation cocasse de fin d’après-midi autour des blocs sanitaires : papier toilette en main, miroirs à portée des pimpantes et gel capillaire sur le crâne des minots.

Las, Clément a beau s’être tartiné le cuir chevelu, rien n’y fait ! Éconduit par Camille durant la semaine, le benjamin de la bande restera sclérosé devant son ex-promise, qui s’en va demain. « C’est pas grave, glisse-t-il. Moi, je reste encore quelques jours. »

Recrudescence d’ados. Il ne sera certes pas « en rade » de minettes. D’autant que Cyril et Kevin ont remarqué une recrudescence d’ados cet été. « C’est d’ailleurs pour cela que l’on a créé un camp à leur intention pour la première saison, signale le premier. Avec barbecue parties et tout le nécessaire pour favoriser les amitiés au camping. » Il faut dire, pour cause de pilosité déficiente, que nos jeunes sont parfois contraints de gruger pour s’éclater dans les discothèques du front de mer. Alors ils font plage la journée… Et camping le soir. Ici, c’est complet, « contrairement aux appartements locatifs du centre-ville », dixit Kaing Eap, le directeur d’Airotel.

L’attractivité de l’endroit semble donc intacte, tandis que les animateurs redoutaient cette étiquette « de beauf » parfois collée aux clients depuis le film « Camping ». Les jeunes, eux-mêmes, louent, comme Noria, « le côté convivial » de l’endroit et raillent les clichés. Leurs délires ne sont pas « beaufs ». Ils sont juste régis par l’impérieuse loi de l’adolescence, comme le prouve l’entremise d’une copine de Miss Camping : « Dis Bertrand (NDLR, Mister Camping), t’as envie de faire quelque chose avec elle, ce soir ? » L’élection s’est déroulée la veille, mais l’amourette la plus remarquée du camping a presque vécu. Avant de retrouver une activité normale, il est donc temps de passer à l’action. Peut-être… Car la tribu passe parfois avant le flirt.

Par Adrien Vergnolle

29 juillet 2008 - Aucun commentaire
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Ils carburent à l’huile de friture (Le Château d’Oléron - 17)

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Que deviennent les huiles de friture consommées durant l’été ? Elles sont parfois recyclées pour servir de carburant. Rencontre avec un ancien de Greenpeace qui a pris l’affaire en main.

Ça ne se discute pas, le plat favori des estivants petits et grands c’est l’huile. Engluée autour d’une frite, d’un beignet ou d’un chichi, peu importe ! Elle inonde vos étés. Et vous n’en avez cure, contrairement à Gregory Gendre. Lui, n’ignore rien de la vie des frites et surtout de leur friture : du producteur d’oléagineux jusque dans le caniveau… ou bien le moteur de votre véhicule diesel, dans le meilleur des cas. Ancien militant de Greenpeace, Gregory coordonne depuis un an et demi l’action associative de Roule ma frite 17, sur l’île d’Oléron. Sa mission : récupérer le pire ennemi de votre silhouette et le recycler en carburant (1).

« Une aberration ». « L’été, on réalise avec Laurie Durand (NDLR : sa collaboratrice) 80 % de la “récup” annuelle, note-t-il. Roule ma frite compte 92 adhérents restaurateurs et 89 particuliers ou responsables d’association. » L’opération dégraisse surtout en Pays de Marennes-Oléron, mais gagne actuellement les Pays roche- fortais et royannais… Avec la bénédiction européenne, mais sans l’aval de l’Hexagone, toujours renâclant à l’idée d’inscrire l’huile de friture sur la liste des carburants. « Une aberration », dixit Gregory Gendre, qui roulera sa frite « de façon transparente » malgré les obstacles. Ainsi s’entretient-il avec d’autres huiles : celles de la préfecture, susceptibles d’autoriser le développement du recyclage dans le secteur. « Cela représenterait une première nationale et pourrait faire jurisprudence. »

Sans passer par je ne sais quelle station allemande… et donc en réduisant la polluante route de l’huile.

« Pas du Larzac ». Trentenaire blond sablé aux épaules de rugbyman, lunettes d’intello sur le nez et discours sans fard, le Dolusien Gregory Gendre parle utile. Copieusement diplômé, ce journaliste de formation a commencé par la presse économique et financière, avant de plancher deux ans sur le dossier du « Clemenceau », sous la bannière de Greenpeace, organisation qu’il quitta lors de l’affaire du thon rouge à Marseille. Et c’est en terres phocéennes, où Roule ma frite fut enfantée, qu’il décida d’importer la formule à Oléron. Il convenait ensuite de rassurer les premiers restaurateurs : « En leur prouvant qu’on ne vivait pas sur le plateau du Larzac avec des chèvres. »

À la Cabane bleue du Port du Château-d’Oléron, le coordonnateur enseigne aussi au grand public comment une huile revalorisée équivaut à des émissions de CO2 limitées. Des ors de la République aux campings, où il sensibilise les enfants par le biais de spectacles, il continue d’exposer la réalité de « l’urgence ». Car il s’est trop mazouté les doigts et l’âme en Galice (après le « Prestige »)… Parce qu’il a aussi aiguisé son sens des priorités en envoyant jadis des ordinateurs au Burkina Faso, « où le ministre de l’Information avait touché des pots- de -vin sur le fret du matériel informatique afin d’engraisser le journal du parti… Le prix à payer.

Tache d’huile. La Cotinière et Boyardville. Dans l’île, où le train touristique de Saint-Trojan pourrait bientôt faire le plein de friture, « la connerie » reste heureusement moins prégnante. « Près de 60 % de nos interlocuteurs sont partants, indique l’Oléronais, 20 % refusent le principe… Mais les 20 % restants sont déjà sensibilisés. Il n’y a qu’à voir l’isolation de leurs établissements, l’hygiène, ce souci d’utiliser des ampoules basse tension, etc. À la Cotinière, c’est notamment le cas. » Si bien que 20 000 litres ont été récoltés l’an dernier.. Le discours de Roule ma frite a donc fait tache d’huile … Sauf peut-être dans ce secteur ultrafréquenté qui résiste à l’envahisseur écolo : « Boyardville, où les restaurateurs ne veulent même pas entendre parler de nous. Leur attitude est effarante. Ils balancent leurs huiles n’importe où… et la réutilisent pour gratter du pognon au point qu’elle n’est plus filtrable pour les moteurs. » Et accessoirement chargée de toxines dans votre gamelle. Mais c’est une autre histoire.

(1) On peut rouler avec environ 40 % d’huile de friture recyclée sans modifier son moteur diesel, et à 100 % d’huile après modification.

Par Thomas Villepreux

Moi et mon corps au camping (MESCHERS - 17)

Meschers

photo Samuel Honoré

Depuis 31 ans, L’Espace des possibles explore le concept de « temps libre », ou comment passer ses vacances à la recherche de soi même. Visite dans un camping existentiel…

À Meschers, dans un camping, nous avons abandonné notre corps à un homme d’une quarantaine d’années, dans une piscine chauffée à 34 degrés. Philippe berce dans l’eau, comme on ferait avec un bébé. Pendant quarante-cinq minutes, l’idée est de ressentir le moindre millimètre de son corps et d’épouser un peu tous les éléments. On s’endort, aussi. « Vous avez reçu un watsu ? Vous avez de la chance… », jalouse une quinqua blonde en maillot qui sort de l’atelier massages. Nous, après, on a atelier shiatsu du visage, sur l’autre colline du camping.

Dehors, en cercle, le groupe de discussion sur l’amour a débuté. À l’étage, c’est qi gong, sorte de judo dansé lentement, comme s’il fallait imiter une plante qui pousse et où, d’ailleurs, il est question d’« utiliser son corps, mais pas de façon utile ». Dans les autres salles, la sieste méditative, l’atelier de communication non violente ou d’art-thérapie (dessiner un arbre reflète nos humeurs : « Tu vois, là, le tronc n’a pas de racines »).

13 hectares de pins, sapins ou bambous, vallonnés, verts, enclavés du reste de la petite station balnéaire pépère : L’Espace des possibles est un camping, mais pas vraiment des Flots Bleus avec engueulades polyphoniques, pastis rituel et pétanque liturgique. Plutôt les vacances du retour à soi, à ce bon vieux corps qu’on néglige tant l’année pendant que le stress nous gifle l’âme.

Psychosociologie. Création, expression, développement personnel : les activités sont à la carte. Classiques (massage, qi gong, arts plastiques) ou ébaudissements ésotériques (l’atelier « position idéale parallèle au sable », conférence sur le chamanisme…), il y a jusqu’à 100 activités par jour. Alors qu’à la base, les vacances, c’est se dorer la pilule après avoir éteint son cerveau, non ? « Il y a la culture vacances TF1, sourit Yves Donnars, fondateur du lieu. Et il y a le temps non contraint qui peut servir à se retrouver, se rechallenger. » Donnars n’en finit pas de théoriser l’endroit qu’il a créé il y a trente et un ans pour concrétiser la psychologie humaniste qu’il a découverte en Californie dans les années 70. « Un lieu de vacances expérimentales » sans animateurs (« les gens ne sont pas inanimés ») mais des « proposants » qui « partagent » leur savoir dans des ateliers. Et où les campeurs peuvent s’épancher sur leurs malheurs auprès d’autres campeurs spécialisés dans l’écoute (les « grandes oreilles »).

Monique, 55 ans, adore. Elle dit que c’est une autre découverte de soi. Pour « lever des blocages, se sentir mieux, évoluer. » Jeanne, 26 ans, aime les « sensations physiques » du shiatsu ou des massages. Odile, elle, dit avoir hâte de ressentir l’« énergie » des arbres. Yves Donnars dit qu’il calme ce genre d’ardeurs telluriques. Les « espaciens », comme ils s’appellent, disent qu’ils vont mieux quand ils sont là. Ils en ont l’air. Comme Michel, banquier qui sort d’une année à « nourrir les actionnaires avec toujours moins de moyens et une pression folle ». Là, il se « recentre », et ça fait du bien. C’est sa première fois ici. D’habitude, il fait du sport.

Plus bobo que baba. Outre la sculpture sur pierre, l’analyse transactionnelle et la danse bio, pour se décomplexer des censures intimes, il y a le naturisme. C’est le matin, à la piscine. Il y a dix ans, c’était un peu partout. Ça joue dans la réputation du lieu : une communauté baba cool. Voire « hédoniste et libertaire », remplie de dépressifs « karmiques », selon l’écrivain Michel Houellebecq (« Les Particules élémentaires »). L’Espace a gagné son procès. Mais doit, depuis, démystifier : pas de connotations sexuelles dans les massages, pas de prosélytisme, ni bio ni psy. Quant à passer pour des hippies… À 28 euros par jour, on y est plus bobo que baba, chefs d’entreprise, enseignants, ou même rentier de l’immobilier. Ils disent : les gens ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas. Que faire du qi gong le matin dans la verdure, c’est une aventure incroyable. Qu’être écouté par son voisin, aussi. « On est en manque total d’écoute », dit Nicole, 63 ans. Depuis qu’elle est là, elle ne voit « que des sourires ». Ça la change.

Adrien Vergnolle



Le bouddhiste est aussi bouliste (LARZAC - 24)


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photo Marie Seillery

En été, on pointe et on tire. Rencontre avec un moine bouddhiste amateur de pétanque, convoité par les plus grands champions en quête de « zénitude » sur le boulodrome. Loin de l’image d’Épinal.

En harmonie avec l’univers, je me rends à l’Hermitage du Pic lumineux, où les crânes sont majoritairement rasés.

Bienvenue à Larzac, havre de paix de 116 âmes, dont quelques-unes pratiquent le bouddhisme zen. Au creux de ce Périgord noir japonisant, adieu sandales, bob, anisade ! Chassons de nos esprits gaulois l’image d’Épinal du joueur de pétanque : langage fleuri, accent du Midi et sainte horreur de la fanny. Selon nonne Françoise, les boules peuvent nourrir « l’étude du corps et de l’esprit ». Ici, le champion de la discipline est un grand bonhomme affable, d’origine polonaise : Alain, alias Kaisen de son petit nom de grand moine.

Bouddhiste de 56 ans précédemment installé à Cubjac, il a bâti son second temple voilà trois ans, sur le terrain d’un ancien camping… où la pétanque rythmait les journées. Ça n’a pas beaucoup changé. Ou presque. Si le temps le permet, Kaisen descend quotidiennement sur le boulodrome aménagé en contrebas d’un apaisant jardin entouré de bouddhas. Il tombe alors sa robe de maître zen. Car au même titre qu’on ne plombe pas quand un tir peut rapporter gros, boules et zazen (méditation) ne font pas bon ménage. Ce sera donc casquette, polo blanc et cigarette au bec… Comme un joueur lambda que Kaisen n’est pas. Pas l’ombre d’une faille dans sa concentration, même s’il s’en défend.

Ainsi trouve-t-on la réponse à la question que se pose chacun de nous, petits scarabées de la pétanque en short : pourquoi d’illustres professionnels vouent-ils un tel culte à l’éveil bouliste selon Kaisen ? Car sachez, béotiens de la boule zen, que le multiple champion de France Jean-Luc Robert et Philippe Quintais - douze fois champion du monde - sont de ceux-là !

Une approche zen. « Ils sont venus à l’Hermitage vers la mi-juin, raconte Kaisen. J’ai commenté leur partie pour la radio à cette occasion […]. A l’avenir, je serai sans doute amené à travailler avec Quintais. » Celui qui refuse de souscrire aux obligations de la compétition (« Cette obsession de toujours battre l’autre ») pourrait également enseigner la pétanque aux jeunes. « Ce serait un bon moyen de les protéger de certaines dérives. Car je n’aime pas certaines parties entre amateurs, qui atteignent parfois les plus basses sphères de la pétanque : agressivité, alcool, musique à fond… »

Lui préfère côtoyer les grands. De master en master, où il se rend en spectateur, Kaisen s’est fait un nom. Les champions du monde Fazzino et Foyot font partie de son carnet d’adresses. Il publiera certainement un livre intitulé « L’Esprit de la pétanque » au printemps prochain…

Gravé dans les boules. En retraite à Larzac, le jeune Tomek a tout d’un digne successeur : moine, polonais… et bouliste. Il porte un polo affublé du logo « Masters de pétanque ». Et son nom de moine est gravé dans ses boules ! C’est dans la neige polonaise qu’il a partagé ses première mènes avec Kaisen. Mais le grand maître reste évidemment supérieur, du haut de ses 30 ans de pratique !

« Attention, cela n’aide cependant pas à en apprendre davantage sur la discipline, concède Kaisen. Et puis, j’ai tellement copié les plus grands que j’adopte plusieurs façons de tirer. Parfois, je m’y perds. »

Avant de rejoindre l’autre pays des boulistes, je ferai doublette avec Tomek. En face, Françoise et Kaisen resteront zen. Et surtout très chauds. Tant pis. Oublions vite notre refus de l’échec et méditons, une dernière fois, cette phrase d’un bouddhiste affairé au jardin japonais : « Il faut pratiquer le zen pour ne pas perdre la boule. »

Par Thomas Villepreux

Luxey (40). Relâche d’artistes sous la pinède


artsite.jpg Petite musique de la brise dans les branches, chant des cigales en stéréo, corps allongés au pied des arbres. Le temps s’arrête sous la pinède de Luxey, à la sortie du village, où sont accueillis avec toute la chaleur landaise les chanteurs, musiciens et comédiens de Musicalarue.Artistes de rue et têtes d’affiche se croisent le temps d’un café ou d’un interview à l’ombre des pins maritimes, où il est « interdit de mettre le feu», mais où il est chaudement recommandé d’enflammer les nombreuses scènes du festival.

Sortant d’une douce sieste, Philippe Bayle, musicien du jazzman girondin Pascal Lamige, s’étire dans la torpeur de l’après-midi. « C’est important de récupérer. J’ai joué tout à l’heure dans le village avec lui et lui », dit-il à voix basse en désignant ses deux compagnons de sommeil.

Répétition sous les pins.

Plus loin, Hélène, de la troupe bretonne Cirkatomic, en provenance du camping naturiste d’Arnaoutchot, à Vielle-sur-Gironde, déjeune en famille sur une table en bois. « On est très bien installés. Il y a juste un chien féroce dans le coin, mais il a disparu. Ca nous fait tout drôle d’être ici, on est loin de tout. Il n’y a même pas de ligne blanche sur la route ! » s’étonne-t-elle.

Avant de monter sur « la scène des peupliers », le guitariste Thierry « Titi » Robin répète avec son accordéoniste et son percussionniste sous une pluie d’aiguilles de pin, devant un parterre de petits chênes. « Je voulais un endroit calme pour répéter. Ici, c’est idéal. C’est très agréable, mais en même temps je reste concentré. J’ai envie d’être à la hauteur, il y a des gens qui viennent de loin pour nous voir », remarque-t-il.

« Ca sent bon ».

La pinède de Luxey a toutefois des vertus apaisantes que les grandes industries pharmaceutiques ne pourront jamais reproduire en laboratoire. Sorti un poil tendu de son concert landais lundi soir, le slameur Abd Al Malik a goûté le calme nocturne du site plus longtemps que prévu (une grosse demi-heure), avant de repartir sur les routes, totalement zen.

« Les artistes ont un circuit formaté, j’oserais dire plastique. Ici, il y a la sève, la résine de pin. C’est consistant, ça attache, ça sent bon. Tous ces gens de talent ont le temps de se rencontrer. Luxey n’a pas la pression des grands festivals », assure François Garrain, le président de Musicalarue.

Grégoire, chanteur des Têtes raides et du groupe Lombric, qui avait organisé aux Francofolies de La Rochelle une rencontre entre les ânes du Berry et les baudets de l’île de Ré, profite de ce moment de détente.

Vertus apaisantes.

« On sort de trois mois de marche avec les ânes, on les a laissés au repos, il n’y a que la charrette à Luxey », sourit-il, en surveillant ses enfants en train de jouer entre les pins. « C’est important de rester trois jours, ça nous permet de croiser des gens, de faire un peu plus que ce pourquoi on est là. »

C’est peut-être pour ses vertus apaisantes que certains artistes sont prêts à tout pour venir à Musicalarue. Comme le groupe Saint-Sauveur, parti en car de Montpellier il y a quelques années. Après une première panne, les musiciens avaient loué un autre car, qui rendit l’âme une centaine de kilomètres plus loin. Le taxi qu’ils prirent ensuite fut victime d’un accident. C’est finalement en ambulance que le groupe arriva à Luxey.

Par Frédéric Zabalza.

Perigueux et Trélissac (24). Espace des tentes pour cyclotouristes

cyclocamping.jpg Entre la rue Salvador-Allende et le concessionnaire Peugeot, la France est un puzzle de 13 hectares sur un champ de maïs en jachère. La Champagne s’y trouve à l’ouest de la buvette, sous le logo sang et or du Club cyclotouriste rémois. La Bretagne, même à l’est, reste identifiable à son « Gwenn ha du », la bannière blanche et noire aux mouchetures d’hermine, plantée en plusieurs exemplaires au-dessus des tentes par les sociétaires du club de Saint-Gilles, à côté de Rennes. Aux hampes des drapeaux, en plus des fiertés locales et des couleurs identitaires, on attache des milliers de vélos.La Haute-Patate.

Le « camping nø 1 », situé à Trélissac, est le plus gros dortoir de la Semaine fédérale cyclotouriste. Il réunit chaque nuit 4 000 des 15 000 sportifs amateurs qui passent leurs journées sur les routes de Dordogne. La géographie désordonnée de ce pays provisoire est celle des plaques minéralogiques et des accents régionaux. « Nous, on est d’la Haute-Patate », commence Roland, immatriculé 70 (la Haute-Saône, donc), qui roule huit heures par jour, les « r » et jamais des mécaniques.

« Le vélo, c’est une saine distraction. Je vois plein de gens qui s’ennuient et je me dis que s’ils faisaient du vélo, eh bien, ils ne s’ennuieraient pas », avance ce retraité de 64 ans. Il en fait presque dix de moins. Il a laissé un doigt et cotisé ce qu’il faut de trimestres dans la menuiserie. « Maintenant, je collectionne les cols », reprend-il. Cette semaine, il grimpe ce que le Périgord vallonné propose de mieux en la matière. Rien de bien alpestre, certes : le point culminant du département ne s’élève qu’à 478 mètres, sur la branche la plus haute de l’arbre le plus haut de la forêt de Vieillecour.

Le « col » d’Atur.

« Moi qui suis habitué aux grands cols, ça me semble accessible », se marre Roland en évocant ce que les Périgourdins appellent le « col » d’Atur, dénivelé casse-pattes près de Périgueux, Tourmalet light des autochtones. Mardi, les cyclos ayant opté pour le plus grand circuit du jour ont dévalé à contre-sens la côte de Vergt. « Ca descendait