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Paparazzi : objectif thune (CAP-FERRET - 33)

Si la densité de vedettes au mètre carré n’est pas encore celle de Saint-Tropez, la presse people s’intéresse chaque été davantage aux sauteries du bassin d’Arcachon. Des vocations naissent

paparazziObjectif de paparazzi pour shooter dans les coins. Photo

FRANCK PERROGON

C‘est une bête souvent sale et hirsute à force d’être traquée. Qui dort peu, mange mal et se soulage aux quatre vents. Pris à son propre piège, le paparazzi est devenu plus inaccessible encore que sa proie, « la-vedette-de-la-télé ». Mais, avec un taux de croissance à rendre jaloux les PDG chinois (+ 60 % pour « Voici »), la presse people est désormais pourvoyeuse d’emplois saisonniers au même titre que l’industrie du beignet-chichi.

Ils seraient ainsi cet été une grosse dizaine à frayer entre deux eaux troubles du bassin d’Arcachon, à la recherche de fretin plus ou moins menu : Julien Courbet, Albert de Monaco, PPDA et tant d’autres. Sans atteindre l’intensité tropézienne, le business de l’image volée attire ici chaque été davantage les stars de la profession, autant que leurs avatars « crève-la-dalle », essentiellement des gens du cru plus habitués à tirer le portrait des jeunes mariés que celui des stars. « Nous sommes 90 % de smicards », reconnaît l’un des pionniers de cette ruée vers l’or de gloire. « C’est un métier d’avenir, à condition de bien admettre qu’il n’y a que cinq ou six gros coups à l’année sur le Bassin. » Mais, à 40 000 euros le poster de l’insaisissable Obispo taquinant au Ferret la mimine de la chanteuse Jenifer dans un flou tout sauf artistique, les vocations, pourtant, se multiplient à la vitesse de la lumière des flashs.

En planque, mode d’emploi. « Tout le monde connaît les coins où il faut chercher », poursuit un autre photographe entré en clandestinité. « Sauf que la dernière fois que l’on nous a promis Johnny à table Chez Hortense, j’ai planqué deux jours dans ma bagnole pour rien. » Second spot des people sur le Bassin, la maison de Benoît Bartherotte semble être également devenue le meilleur coin de pêche du littoral atlantique, depuis qu’un certain DiCaprio y a mis ses doigts de pied en éventail. « Là, t’as pas le choix, tu loues un bateau pneumatique et tu te déguises en pêcheur. Après, tu peux aussi t’incruster dans les discothèques à la mode avec un tout petit boîtier, sauf que les patrons sont méfiants, certains même te fouillent à l’entrée. Mais il nous reste encore quelques ruses pour ne pas se faire repérer, notamment la fausse optique-miroir. C’est un truc qui fait croire à ton vis-à-vis que tu photographies la cime d’un arbre alors que tu es en train de faire un gros plan sur son visage. »

Passé millionnaire et maître dans l’art d’être là où, paradoxalement, on l’attend, le plus célèbre des paparazzis tricolores, le sulfureux Jean-Claude Elfassi, ne néglige plus le Bassin. « J’y ai coincé cet été la fille du prince Albert », savoure-t-il. « La dune du Pilat est d’ailleurs un endroit magique. Une fois au sommet, ta victime se retrouve à découvert sur des centaines de mètres. Tu n’as plus qu’à mitrailler. »

Les étrennes du papa. Provocateur en chef de la presse à scandale, Elfassi, cependant, ne va jamais au petit bonheur la chance. « Les trois quarts des reportages sont arrangés avec les people. Pas les miens, mais ils sont rares et très rentables. Même si ce sont bien souvent des proches de la star qui vous filent le tuyau, il faut aussi savoir graisser la patte lorsque l’info est brute. » Qu’il s’agisse de celle de l’agent EDF, de l’hôtesse au sol d’Air France ou du technicien de chez SFR, les étrennes restent ici le premier poste budgétaire, loin devant le matériel de camping pourtant digne d’un agent des forces spéciales. « Lors d’une planque, il ne faut rien laisser au hasard », explique celui qui fait parfois son lit sur le clocher des églises comme dans les conduits d’aération des cliniques. « Jumelles à vision nocturne, fringues de camouflage, de l’eau et des gâteaux secs qui ne risquent pas de tourner au soleil, et puis aussi des petites lingettes de toilette pour bébé. »

Le patron de la rédaction de « Voici » reconnaît enfin un afflux croissant de propositions commerciales sur sa boîte mail, certaines oblitérées du Cap-Ferret. « Avec le numérique, tous les touristes s’y mettent. 80 % de leurs photos de stars n’ont aucun intérêt… Mais 20 %, ça reste énorme, d’autant que leurs tarifs ne sont pas ceux des professionnels », se réjouit ainsi Loïc Sellin.

Sylvain Cottin