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Hossegor (40). “Place des Landais, l’adresse du surf”

070824_surf.jpgL’Océan en personne toque à la baie vitrée du Rock Food. Son peuple est déjà à l’intérieur, qui danse et qui surnage, dans l’écume fluorescente des nuits hossegoriennes. Des musclés de l’Atlantide, des sirènes virevoltantes et autres espèces à choisir dans le langage imagé des pêcheurs en haute mer. Vers 1 heures du matin, une ou deux inévitables épaves de galions s’échouent au comptoir, un peu en rade dans une salle bondée, avec des yeux de merlans frits. Et pavoise un poisson roi : le bar. « Le bar le plus connu d’Europe dans le milieu du surf international », selon les termes d’un habitué. « Le Rock Food à Hossegor, on connaît tous ça en Australie », assure David, surfeur de l’autre hémisphère. Il est venu de la Gold Coast pour le Rip Curl Pro, l’épreuve de surf en cours cette semaine, et pour communier dans le temple nocturne de la côte sud des Landes.

Les plus grands surfeurs.

La place des Landais, piétonne depuis 1995, est devenue en moins de vingt ans le centre d’un monde festif et sportif, jouant sur la bisémie des spots, qui sont parfois light, et des tubes, qui peuvent être de l’été. La place, un demi-cercle faisant face à la plage, la rue qui y mène et les places précédentes totalisent 14 licences IV, des restaurants, des sandwicheries, une baraque à glaces et une boîte de nuit sous-terraine, le Bakoua. Prêtre des noces sulfureuses entre le surf et la fête, Roland Calaudi, connu sous son seul prénom des Landes jusqu’à Bali, a créé le Rock Food en 1990 dans un solide bâtiment des années 1930.

« Les plus grands sont venus. Tom Curren et Kelly Slater, bien sûr, et tous les autres. Regardez, ce soir, il y a deux générations qui se rencontrent : les anciens sont là pour fêter la naissance du fils d’un des leurs, Dog Marsh, et il y a les espoirs mondiaux de la discipline, ces jeunes de 20 ans… », s’égosille Roland, qui en a 44. Au plafond sont accrochées des dizaines de planches de surf dédicacées. « Exposer des planches et passer des images de surf sur un écran, ça ne suffit pas à faire un bar de surfeurs. Mais ici, c’en est un; l’esprit y est, pas de doute », souligne Olivier Lemoine, directeur marketing chez Rip Curl. Ses confrères de Billabong et de Quiksilver sont là aussi, comme le responsable national de la plus célèbre bière australienne. « C’est là que ça se passe », explique l’un d’eux.

« Ils sont craquants ».

Les non-surfeurs l’ont compris. Alexandre est descendu de Paris avec deux potes. Il expose sa théorie dans un éclat de rire : « Pour pas mal de filles, ici, si t’es pas blond, si tu fais pas de surf, t’es mort. Mais il y a deux catégories de nanas : celles qui cherchent seulement un surfeur, les groupies, et les filles normales, comme toi et moi, qui sont accessibles aux non-surfeurs. » Bilan de la veille, 66 % de réussite pour les Parisiens : deux des trois copains ne sont pas rentrés seuls. « C’est sûr que certains filles ne sont là que pour ça : le mythe du surfeur, ça marche encore », témoigne une trentenaire landaise sous couvert d’anonymat.

Justine n’a pas 20 ans, et elle demeure en Rhône-Alpes. Elle aborde sans détour le sujet un peu tabou qui sous-tend ce monde de drague, de mode et de beauté des corps. « OK, il faut le dire. Les surfeurs, ils sont trop mignons. Quand ils sortent de l’eau, tout mouillés, qu’ils se repeignent, avec leur combinaison ouverte jusqu’au bas du dos, ils sont tellement craquants… comment leur résister ? J’ai vu une émission où ils disaient que c’était le sport le plus sensuel. » Elle ajoute : « C’est terrible à dire, mais quand on croise un mec mignon, on regarde machinalement si par hasard il ne porte pas le bracelet. » Le bracelet réservé aux compétiteurs du Rip Curl Pro, le supplément de prestige accroché au poignet, un viatique pour passer les frontières de la nuit.

Force d’attraction.

« Aujourd’hui, tout de même, tempère Roland, les nouvelles générations de surfeurs sont plutôt sérieux. Ils ne sortent que quand ils sont éliminés. J’ai connu un temps où certains gars faisaient tellement la fête qu’ils ne se présentaient pas sur les vagues le lendemain matin. C’est une époque un peu révolue. »

Les 140 porteurs de bracelet et leurs glorieux prédécesseurs qui viennent claquer la bise à Roland au comptoir, d’où l’on fait jaillir des flammes, constituent, par leur prestige de sportifs, la force d’attraction du Rock Food et de la place des Landais. Mais les compétiteurs pros sont minoritaires dans cette foule joyeuse qui regarde l’Atlantique et admire ses champions. « Ce que faisait Roland a été décrié au début, explique une commerçante. Mais, avec le Rock Food, il a fait bouger les choses, il a amené du monde. » Et fait d’Hossegor le nouveau rêve californien de toute une jeunesse australienne.

par Nicolas Espitalier.

Tursac (24). “L’histoire de la torture racontée aux enfants”

torture.jpg Peut-on raconter l’histoire de la torture à un enfant ? Peut-on considérer, sous prétexte qu’il regarde régulièrement les actualités à la télévision, qu’il est déjà passé entre les mains d’un dentiste et qu’il a vécu de l’intérieur le chassé-croisé des estivants sur la nationale 10, qu’un enfant est prêt à découvrir l’usage de l’écrase-pouces, du brise-genou, du collier en barbelé ou de la « cigogne à estropier » ? A suivre la file de visiteurs de l’exposition sur la torture en Europe du Moyen Age à la Révolution, présentée à la maison forte de Reignac, il apparaît que les plus gênés sont les parents. Que répondre en effet à une interrogation pour ne pas dire une question du genre : « Papa, pourquoi la chaise elle a des clous? », ou : « C’est quoi, l’ablation des pieds ? »

« Ca les intéresse beaucoup, ils veulent tout voir et tout savoir », confirme une mère de trois petits curieux qui a du mal à convaincre l’un de ses fils de « ne pas toucher à la grosse hâche ».

« Ca doit faire mal ».

Allison, fillette belge de 6 ans et demi aux boucles blondes, est subjuguée par chacun des instruments contondants et tranchants accrochés au mur, tel le coupe-langue ou le brise-crâne. D’un mot, elle résume sa pensée à la vue de l’outillage soigneusement préservé de la rouille et confirme l’aspect pédagogique de l’exposition : « Ca doit faire mal. » « Nous pensons que l’exposition est déconseillée aux mineurs, à moins qu’ils ne soient accompagnés de leurs parents. Après tout, c’est un devoir de mémoire », souligne Jean-Max Touron, propriétaire de la maison forte de Reignac et du site troglodytique de La Roque-Saint-Christophe, passionné d’histoire, qui a longtemps insisté pour faire venir en Dordogne cette exposition internationale passée par Mexico, Tokyo et San Francisco.

« Nous avons eu 60 000 visiteurs depuis le mois de mai. C’est un tel succès, inattendu je dois le dire, que nous la présenterons encore l’été prochain. Le thème colle à notre époque : regardez le camp de Guantanamo ou le scandale d’Abou Ghraib. Des historiens estiment à environ 500 000 millions le nombre de morts violentes, hors périodes de guerre, au cours du XXe siècle. Cette exposition permet, je crois, de faire le point deux siècles après la Déclaration des droits de l’homme ».

Tête décollée.

Le texte sacrée de la République française orne d’ailleurs la plus célèbre des inventions du Saintais Joseph-Ignace Guillotin. Si les puristes diront qu’elle n’a pas sa place dans une exposition sur la torture elle en est plutôt la conclusion , on apprend toutefois que, suite à des études scientifiques, « la tête sait qu’elle est décollée du corps ».

« Je ne lis pas toutes les explications, pour qu’elle ne comprenne pas », murmure la mère de Lucie, 8 ans. « Oui, mais là, le fauteuil, j’ai compris à quoi il sert », répond cette dernière, espiègle, en montrant du doigt les griffes acérées de la terrifiante chaise d’Inquisition, un des jouets préférés de Torquemada. Alexis, qui fête son septième anniversaire avec le bras gauche dans le plâtre, ne frissonne même pas devant la cage suspendue d’où un faux squelette contemple les visiteurs. Il se demande juste : « Pourquoi il n’a plus de vêtements ? »

Supplice de la chèvre.

Valentin, qui a la chance de savoir lire, ne s’émeut guère plus en apprenant que, coupée dans le sens de la longueur, la tête en bas, « la victime de la scie ne perd connaissance qu’au moment où celle-ci arrive au nombril ». Certains vont même jusqu’à sourire en passant devant le pilori, où, comme Fernandel dans le film « François Ier », les condamnés se faisaient lécher les pieds par une chèvre, quand bien même la notice précise que c’était « jusqu’à l’usure complète de la chair ».

« Il n’y pas de mise en scène. Les détails ne sont pas nécessaires, explique Jean-Max Touron. Il y a juste un fond sonore (1), sinon les gens n’osent pas parler. » Ce serait un comble pour une exposition qui en a les moyens.



Par Frédéric Zabalza.

22 août 2007 - Aucun commentaire
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Reportage Photos: « Je jure de travestir toute la vérité »

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Reportage Photos par J-L Borderie