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Les vendredis du cow-boy solitaire (LAMONZIE-MONTASTRUC - 24)


western

photo Marie Seillery

Situé à quelques kilomètres de Bergerac, le petit village de Lamonzie-Montastruc héberge un étrange cow-boy, Dominique, charpentier de métier

Lamonzie, ça vous dit ? Lamonzie-Montastruc, en Dordogne. Un bled au milieu de coteaux, de châteaux, en plein cœur de l’histoire de France. Ici vit et travaille un certain Dominique Aymard, charpentier de métier. C’est écrit sur les flancs de sa voiture. Dominique Aymard, tout le monde le connaît, il y a toujours une charpente, un escalier ou un plancher à bricoler par ici. Et tout le monde sait, dans le coin, que s’il est un artisan sérieux, il n’en est pas moins un peu dingo.
Plutôt la folie douce, attention. Dominique Aymard, le vendredi, ne répond plus au téléphone. Il pisse dehors, nettoie ses colts, mange accroupi devant un petit feu surmonté d’un trépied en bois dans des gamelles en ferraille. Au menu ? Chili - « Et pas pour les fillettes, ma p’tite, tu mets un doigt dedans et tu rougis. » Ah oui ! aussi : il porte un chapeau et des bottes à éperons. Et bien entendu, il se fait appeler Jim. Jim le cow-boy.
Jim est un « westerner ». Se dit des gens qui ont la passion des westerns. Pas des films, mais du mode de vie des cow-boys.
Jim, le puriste, un gars sympa. Il a beau posséder deux colts et deux Remington, il ne s’en sert jamais. Chez lui, dans son jardin, tout au fond derrière la jolie maison léchée, il a fabriqué un petit coin de l’Ouest américain, des pionniers, avec saloon, banque et prison.
Ça lui a pris en 2000, alors qu’il commençait à apprendre les danses country avec sa femme, au New Dance Country de Bergerac. Après avoir participé au record du Guinness, à savoir 24 heures et 10 minutes de danse non-stop, il a décidé d’ouvrir un saloon. Il a trouvé des planches, normal, c’est son métier, et à temps perdu il a construit sa cabane chez lui. Pas du bricolage de gosse, mais du costaud qui tient la route. « Je me suis inspiré des vieux westerns, je les regardais en oubliant l’histoire, me concentrant uniquement sur les décors. Quels films ? Sais plus. Mes meilleures sources restent quand même Lucky Luke, la BD et ”La Petite Maison dans la prairie”. »
Plutôt période 1830. Après le saloon, Jim a construit la banque et la prison. Il ne manque rien. John Ford n’aurait pas renié le décorateur. Si vous avez du bol, Jim vous invitera, il y a toujours un bon vieux whisky à boire dans une chope en bois. Et de la musique de bastringue, on n’est pas des chochottes.
Désormais, la passion a pris le dessus. Une fois par semaine, le vendredi, Dominique devient Jim dans une espèce de schizophrénie assumée. Ainsi, le matin, il enlève son pyjama et s’habille en Jim : pantalon en toile qu’il a fait venir des États-Unis, chemise blanche, boutons en nacre, « seulement deux trous et pas quatre, comme à l’époque », gilet de grand-père, ceinturon avec le colt toujours enfourné, chapeau de cow-boy. Jim ne rentre pas à la maison. Il allume son feu, prépare son frichti. « Je vis comme à l’époque, sans fausse note. J’en profite pour améliorer l’habitat, je range. Tiens, aujourd’hui, j’ai nettoyé les pistolets, et après j’ai joué au poker avec Wesley. Wesley, c’est mon voisin. Lui aussi a chopé le virus des westerners. Là, il fait le soldat sudiste. »
Maintenant, Jim participe à des camps de reconstitution, éminent représentant de l’association Fort Rainbow. Sa femme regarde tout ça d’un œil las. Mais comme elle l’aime, elle le suit lors des reconstitutions. Elle s’habille en Calamity Jane, ce qui ne plaît pas aux cow-boys, très pointilleux, qui préfèrent les « vraies » femmes… en robe.
Ce vendredi, Jim a accepté de danser sur le plancher de son saloon, même si « ce n’est pas d’époque, la danse country. Ici, on est autour de 1830, la country vient beaucoup plus tard ». Les pouces enfilés dans le ceinturon, il a fait voler la poussière.

Isabelle Castéra

Monsieur et Madame rêvent (MONPAZIER - 24)

CONCERT BASHUNG(4523772)

Photo Marie Seillery

Depuis vingt ans, le festival L’Été musical en Bergerac rassemble amateurs de musique classique, jazz,variété, danse dans des lieux prestigieux. Le château de Biron, la place des Cornières de
Monpazier, le Château Saint-Germain, l’abbatiale de Cadouin ou l’Abbaye de Saint-Avit-Sénieur. Bashung précède le Ballet de l’Opéra du Rhin…

« Moi, je m’appelle Chloé, Chloé Mons. Je ne parle pas pour Bashung. D’ailleurs, je partage la scène avec lui ce soir. Mais lui aussi avec moi. » Chloé garantie pur jus. Du gaz à tous les étages. Les cheveux poussés jusqu’au bas des fesses, des rondeurs plus qu’assumées, la belle blonde vous assomme d’un coup de cil. Pêchue. N’imaginez surtout pas qu’elle assure la déco, le soutien moral de l’artiste. Car ici, l’artiste, c’est elle aussi.

Ici ? Monpazier, cité médiévale du Périgord au milieu des salades de gésiers et du foie gras sous toutes ses formes. Monpazier qui accueille ce soir, au coeur de sa bastide, Alain Bashung et, donc, Chloé Mons. Ou vice versa. À quelques heures du concert, et avant de boire un citron pressé, Chloé cale sa balance avec les musiciens et techniciens. Une meute de grands garçons en tee-shirt noir, armés de boucles d’oreille : on les reconnaît à cet air lunaire de ceux qui sortent du lit. En fin d’après-midi. Chloé, elle, fait claquer ses bottes sur les pavés. « On adore les petits festivals, tout est beaucoup plus simple. Et puis, nous avons des amis en Dordogne. C’est joyeux de chanter sur cette place, non ? Et puis chaleureux aussi. On voit les gens à qui on chante… »

Alain Bashung est fatigué. Maladie. Les rumeurs bruissent sous les cornières. Les fans font triste mine. « Il paraît que… » « Si c’est sûr, tout le monde le sait. »

Chloé impose sa nature, elle pète la santé, pas là pour pleurnicher : « Quoi ? C’est mon mari. On est ravis de partager la scène. On s’aime et on aime chanter ensemble. C’est notre petit rendez-vous à nous. » Ils sont mariés depuis dix ans. Ils s’aiment, ils vont chanter tous les deux. Personne n’attend Chloé, elle le sait et s’en tape. « Moi, je vais assurer une première partie, seule avec mon ukulélé, des titres inédits. » « Calamity Jane », le titre de son album lui colle à la peau. Elle décroche un sourire, remonte sa jupe pile au-dessus des genoux ronds. Les organisateurs du festival, qui en célèbrent la vingtième édition, en vantent l’éclectisme, le côté artisanal tricoté main. À quelques heures du concert, ils apprennent que Bashung sera accompagné par Chloé. OK, tout va bien.

21 heures samedi. La place explose, impossible de rentrer plus de monde. Chloé Mons se plante seule sur la scène comme annoncé. Sur les chaises, on papote pendant qu’elle impose son ukulélé et son culot de fille de cow-boy. J’y suis j’y reste. Et qu’importe ce qu’elle entonne, elle insuffle une décharge de bonne humeur au milieu de tous ces gens consternés. Car lorsque Bashung arrive, le crâne chauve, la démarche traînante, le contraste fait mal.

Et puis il va chanter, des textes crépusculaires, et cette voix qui chauffe jusqu’aux pierres centenaires, et son ombre draculéenne répliquée trois fois sur la vieille grange aux dîmes.

Don d’ubiquité. Ici, tout le monde a envie de chialer. Pas parce qu’il est paraît-il malade, parce que ce moment est pur. Le voilà à l’acmé de son art. Dépouillé de tout le reste. Sec comme un coup de poing que l’on prend en plein coeur. Il dépose là, au milieu des champs de blé, des vergers chargés de fruits, des murs blonds, il dépose à nos pieds tout le reste de son talent. En concentré.

C’est la fin du concert. Chloé revient sur scène chanter avec son mari. Comme prévu. Avec sa main dans la sienne, perfusion de chair et de sang. C’est comme ça quand on s’aime.

Isabelle Castéra

En attendant la Dame blanche (MARQUAY - 24)

Puymartin

Au XVIe siècle, Thérèse de Saint-Clar aurait été enfermée quinze ans, puis emmurée dans un cachot du château de Puymartin. Depuis, cette figure classique de la Dame blanche des châteaux de France est « apparue » à des visiteurs. Suffit-il de croire pour la voir ? Tentative, une nuit auprès de sa porte…

Et voilà comment on se retrouve à attendre un fantôme devant son cachot au sommet d’un château du Périgord noir, à 2 h 30 du matin. Ça commence au détour d’un site fantasmagorique sur Internet : le château de Puymartin et sa Dame blanche, emprisonnée puis emmurée dans sa geôle, est apparue diaphane à ses propriétaires, quatre siècles plus tard. Zombie publicitaire ou fantastique à portée de main ? L’après-2 heures du matin étant son jardin, autant venir camper à sa porte. Et attendre, sans savoir trop quoi (une interview ? une crise cardiaque ? une preuve que la vie existe après mort ?) ni tout à fait qui : Thérèse de Saint-Clar, fantôme sans âge, sans archive ni image, censée nous apparaître à sa façon dans son 2 mètres carrés cylindrique en pierre. Mais au final, rien…

Médium en transe. Peut-être délibérait-elle derrière la porte, mais nous, sur lit pliant dans la salle de garde, face à la cellule, au sommet de la tour nord, on s’est juste revu enfant hésitant à éteindre par peur des monstres de la nuit ; à prendre sa propre respiration pour le ronflement d’un spectre. Silence lourd, à part le vent sur les créneaux et les autos loin par-delà la forêt. « Si vous la voyez, ça me fera plaisir », avait commenté bizarrement le châtelain Xavier de Montbron à l’heure du coucher. La légende de derrière la porte en bois raconte que vers 1560, la jeune Thérèse fut surprise aimant son amant protestant par son catholique de mari rentré de la guerre. Écart charnel, placard éternel : la voilà murée et nourrie par voie de trappe. Puis libérée en vapeur surnaturelle. « Mon père y croyait », explique Xavier de Montbron, fils héritier du mobilier mais pas de la conviction qu’un esprit s’y balade. Quoiqu’un soir, cet oiseau ; et un autre, cet éclair… Le père a vu une silhouette aux traits fins quelques secondes dans l’escalier, une nuit de 1960. Il a eu « peur ». D’autres apparitions ont suivi. Il était « habité » par ça, dit le fils. Lui, sait qu’il n’a pas « l’exclusivité » d’un fantôme en son château. Sa mère avoue un léger « doute » à force de témoignages. Il y a eu un médium en transe, un radiesthésiste convaincu, des gens effrayés par une chouette effraie, une ado quasi évanouie, des halos sur des photos et une collection de mails de visiteurs qui ont « senti des choses » (ombre, brouillard, froid, etc.) Reste une ambiance particulière. « Vous y croyez ? » s’était enquise, la veille, une Parisienne venue tester le fantôme dans une des chambres d’hôte de la tour, en guise de lune de miel. Son mari, que rien n’a réveillé, non.

Mais elle, elle a vu la Dame blanche « en rêve », « rousse », et lui annonçant : « Ton mari n’est pas bienvenu au château. » Elle s’est réveillée chaque soir à 2 h 30, de cri de chouette en portable s’allumant… pour cause en fait de signal de batterie faible. Coïncidence horaire ? Alors ? « Les apparitions sont liées aux activités hypnagogiques (1) », explique Jérôme Noirez, 38 ans, écrivain à Penne (47) et auteur d’une encyclopédie des fantômes (2), qui trouve « formidable que l’esprit engendre de tels fantasmes. Étymologiquement, le fantôme, c’est le double. On y met nos angoisses, nos névroses. »

Universel. Pâle figure, emmurée ou défenestrée (en tout cas malmenée) sur fond de religion : la Dame blanche (3) est un fantôme universel. Comme les ovnis pendant la guerre froide ou Marie apparaissant à Lourdes.

La nôtre aurait son origine dans la mode du roman gothique au XIXe (relire « Le Horla », de Maupassant). D’ailleurs, Henri de Montbron ne sait pas quand la croyance s’est installée dans la généalogie. « Un espace architectural comme un château est une machine à bruits ou phénomènes thermiques et olfactifs, parfois sidérants. » Plus une imagination prolifique pour se prouver que la vie existe malgré la mort. Thérèse n’est que l’émanation psychique de cerveaux vivants, pas de son âme survivante. On le lui aurait bien dit, mais on a dormi. Comme dans une tombe.

(1) Liées à l’endormissement.

(2) perso.wanadoo.fr/cocalos

(3) Ne pas confondre avec une autre dame blanche, celle des routes, qui annonce un danger.

Adrien Vergnolle

Ils carburent à l’huile de friture (Le Château d’Oléron - 17)

roule ma frite Carnets (4473345)

Que deviennent les huiles de friture consommées durant l’été ? Elles sont parfois recyclées pour servir de carburant. Rencontre avec un ancien de Greenpeace qui a pris l’affaire en main.

Ça ne se discute pas, le plat favori des estivants petits et grands c’est l’huile. Engluée autour d’une frite, d’un beignet ou d’un chichi, peu importe ! Elle inonde vos étés. Et vous n’en avez cure, contrairement à Gregory Gendre. Lui, n’ignore rien de la vie des frites et surtout de leur friture : du producteur d’oléagineux jusque dans le caniveau… ou bien le moteur de votre véhicule diesel, dans le meilleur des cas. Ancien militant de Greenpeace, Gregory coordonne depuis un an et demi l’action associative de Roule ma frite 17, sur l’île d’Oléron. Sa mission : récupérer le pire ennemi de votre silhouette et le recycler en carburant (1).

« Une aberration ». « L’été, on réalise avec Laurie Durand (NDLR : sa collaboratrice) 80 % de la “récup” annuelle, note-t-il. Roule ma frite compte 92 adhérents restaurateurs et 89 particuliers ou responsables d’association. » L’opération dégraisse surtout en Pays de Marennes-Oléron, mais gagne actuellement les Pays roche- fortais et royannais… Avec la bénédiction européenne, mais sans l’aval de l’Hexagone, toujours renâclant à l’idée d’inscrire l’huile de friture sur la liste des carburants. « Une aberration », dixit Gregory Gendre, qui roulera sa frite « de façon transparente » malgré les obstacles. Ainsi s’entretient-il avec d’autres huiles : celles de la préfecture, susceptibles d’autoriser le développement du recyclage dans le secteur. « Cela représenterait une première nationale et pourrait faire jurisprudence. »

Sans passer par je ne sais quelle station allemande… et donc en réduisant la polluante route de l’huile.

« Pas du Larzac ». Trentenaire blond sablé aux épaules de rugbyman, lunettes d’intello sur le nez et discours sans fard, le Dolusien Gregory Gendre parle utile. Copieusement diplômé, ce journaliste de formation a commencé par la presse économique et financière, avant de plancher deux ans sur le dossier du « Clemenceau », sous la bannière de Greenpeace, organisation qu’il quitta lors de l’affaire du thon rouge à Marseille. Et c’est en terres phocéennes, où Roule ma frite fut enfantée, qu’il décida d’importer la formule à Oléron. Il convenait ensuite de rassurer les premiers restaurateurs : « En leur prouvant qu’on ne vivait pas sur le plateau du Larzac avec des chèvres. »

À la Cabane bleue du Port du Château-d’Oléron, le coordonnateur enseigne aussi au grand public comment une huile revalorisée équivaut à des émissions de CO2 limitées. Des ors de la République aux campings, où il sensibilise les enfants par le biais de spectacles, il continue d’exposer la réalité de « l’urgence ». Car il s’est trop mazouté les doigts et l’âme en Galice (après le « Prestige »)… Parce qu’il a aussi aiguisé son sens des priorités en envoyant jadis des ordinateurs au Burkina Faso, « où le ministre de l’Information avait touché des pots- de -vin sur le fret du matériel informatique afin d’engraisser le journal du parti… Le prix à payer.

Tache d’huile. La Cotinière et Boyardville. Dans l’île, où le train touristique de Saint-Trojan pourrait bientôt faire le plein de friture, « la connerie » reste heureusement moins prégnante. « Près de 60 % de nos interlocuteurs sont partants, indique l’Oléronais, 20 % refusent le principe… Mais les 20 % restants sont déjà sensibilisés. Il n’y a qu’à voir l’isolation de leurs établissements, l’hygiène, ce souci d’utiliser des ampoules basse tension, etc. À la Cotinière, c’est notamment le cas. » Si bien que 20 000 litres ont été récoltés l’an dernier.. Le discours de Roule ma frite a donc fait tache d’huile … Sauf peut-être dans ce secteur ultrafréquenté qui résiste à l’envahisseur écolo : « Boyardville, où les restaurateurs ne veulent même pas entendre parler de nous. Leur attitude est effarante. Ils balancent leurs huiles n’importe où… et la réutilisent pour gratter du pognon au point qu’elle n’est plus filtrable pour les moteurs. » Et accessoirement chargée de toxines dans votre gamelle. Mais c’est une autre histoire.

(1) On peut rouler avec environ 40 % d’huile de friture recyclée sans modifier son moteur diesel, et à 100 % d’huile après modification.

Par Thomas Villepreux

Us et coutumes du Moyen Age (MAZERES - 33)

villandraut

photo Philippe Taris

Pendant dix jours, à partir de dimanche, le château de Roquetaillade accueille un camp médiéval reconstitué par des comédiens amateurs et passionnés. Ce genre d’animation se multiplie dans les villages et châteaux de la région. Reportage à Villandraut, lundi dernier.

Lundi matin, Jean-Baptiste a rasé ses cheveux autour des oreilles et la nuque. Ainsi coupé au bol, il a enfilé un gros gilet rembourré, auquel il a lacé un fuseau rouge en laine, comme un porte-jarretelles ; puis des genouillères en ferraille, un plastron en cuir, une écharpe en cote de mailles et une sorte de bonnet péruvien. Sous 35°, c’était pas vraiment pour aller à la plage. Mais faire Guérin, soldat de l’armée du roi, occupé à bouter l’Anglois hors de Guyenne, vers 1460.

Jean-Baptiste a 23 ans, il étudie la physique et ainsi accoutré il marche comme Pinocchio mal graissé. C’est exprès : « Le but est de retrouver les gestes de l’époque. » Les reconstitutions médiévales, il appelle ça l’histoire vivante. On le croisera avec ses amis chevaliers, ribaudes et nobliaux, dimanche au château de Roquetaillade, à Mazères, pour dix jours de vie médiévale jouée par ces amateurs du Ranguier de Bueil. Ils sont venus en voisins lors de la Journée médiévale de Villandraut, lundi, animée par les Bordelais de Graal Production. Ces troupes se multiplient, comme les animations médiévales touristico-patrimoniales avec artisans déguisés et incontournables producteurs d’hydromel.

Cousu main. La bande à Guérin est déguisée (pardon, « costumée ») au détail archéologique près, ceux de Graal Production sont plus patchwork (ou alors on ignorait que Du Guesclin portait des espadrilles). Du coup, Jean-Baptiste chipote devant un soldat : « D’un point de vue logique, ça ne va pas : ton tabar date du XIe ou XIIIe, mais tes espalières sont XVe. » Bon, le plus souvent, ces joyeusetés costumées sont aux livres d’histoire ce qu’un plan drague en boîte est à la déclaration de Cyrano au balcon de Roxane : n’importe quoi. Mais la passion est sincère. Les vêtements sont cousus main, sauf en cas d’achat sur l’Internet (à 300 euros le pourpoint, en effet, ça donne des envies de couture). Au niveau théâtre, ce n’est pas la Comédie-Française. Mais à regarder de près, on s’aperçoit qu’ils jouent leur rôle toute la journée, avec ou sans public, dans un français vaguement ampoulé. « N’auriez-vous donc pas vu ma douce ? » coupe un chevalier quand on discute avec un autre, qui lui répond très sérieusement. Un peu schizophrène. Le goût de se sentir vivre un film, préfère dire un serf en braies gauloises. Déconnexion de l’empire moderne, retour aux alluvions de la consommation ? « Il y a un peu de ça », dit Jean-Baptiste/Guérin.

Caricature. Tous sont fondus de jeux de rôles (parfois grandeur nature), d’épopée gaillarde, de sorcellerie et de petits lutins au fond des bois. Ah, le Moyen Âge, « sa féerie, ses légendes », récite Éric de Graal Production, passionné depuis les scouts. Et ses guerres, sa conception limite de la démocratie participative, sa mortalité infantile… ? « On sait que la période est noire, mais on fait revivre le côté magique. » Les temps obscurs, façon « Visiteurs » : magiciens ténébreux au rire grinçant, saltimbanques qui passent la journée à jongler, combattants à épée et leur sempiternel « je vais t’embrocher, faquin », etc.

Cela dit, ces grands enfants qui ont oublié qu’on pouvait aussi passer le week-end en jean à boire des vodka-Red Bull en draguant les filles au Cap-Ferret assument leur « rêve de gosse ». Et « ça prolonge la recherche », dit l’étudiant en histoire Corentin, 22 ans, alias Roger de Lanthenay, lieutenant du roy au Ranguier de Bueil, buste rembourré qui fait un corps en V, chapeau-sombrero en laine à écharpe intégrée (l’époque est au costume « pour se la péter », analyse-t-il). Il prépare une maîtrise sur… l’armée romaine. Dont les sandalettes en cuir seraient un chouïa plus adaptées à l’été.

Adrien Vergnolle

Jeu : “La Région vue du Ciel” (14/14)

Rendez-vous tout l’été, pour jouer avec le blog “Sur La Route” : reconnaissez une ville, un site ou un lieu emblématique de la région, à partir d’une vue aérienne de Google Map

Etape mystère n°14. En Gironde, sur ce domaine, le raisin ne se transforme pas seulement en grand cru classé. De quel château s’agit-il ?

Si vous connaissez la réponse, déposez-la dans les commentaires ci-dessous.

En Gironde, sur ce domaine le raisin ne se trouve pas que dans les verres. De quel château s'agit-il?

30 août 2007 - 2 commentaires
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Gironde (33). Ma ciste contre le Passager du vent

ciste.jpg L’aventure au bout du jardin, entre la murette en pierre et le rhododendron. Derrière la dune ou le long de la haie, face au château.Sans le savoir, vous marchez peut-être tout près d’un trésor. Un trésor qui n’a pas l’apparence d’un coffre en bois du XVIIe siècle laissant entrevoir des pièces d’or, mais celle d’une petite boîte en plastique, du genre Tupperware, contenant des objets sans valeur tels qu’un porte-clés, une figurine ou une bille. Ce que des milliers d’internautes dans le monde nomment une ciste.

Créé en 2002 par le mystérieux Max Valentin (1), qui n’a jamais révélé sa véritable identité, le site français Cistes.net met en ligne, chaque jour, des énigmes composées par des « cisteurs cacheurs » qui s’adressent à des « cisteurs trouveurs ». Près de 54 000 membres sont déjà inscrits, et la passion des cistes a conquis de nouveaux continents.

2 000 cistes dans la région. Dans le Sud-Ouest, de la Charente-Maritime aux Pyrénées, plus de 2 000 cistes attendent dans l’ombre la main tremblante d’émotion qui les mettra au jour. L’une d’elles, la ciste du Capitaine, a été déposée la semaine dernière par Céline Grenier, alias Sweetamanit, à l’ouest de la Gironde, spécialement pour les lecteurs de « Sud Ouest » dans un endroit que nous tiendrons secret (lire l’énigme ci-contre).

« Pour nous, les cisteurs, c’est une vraie chasse au trésor. La ciste a une grande valeur. J’ai découvert ce jeu par l’intermédiaire d’un ami, en octobre dernier. Ma première ciste, la plus belle, je l’ai trouvée en Crète, pendant mes vacances. Elle reposait dans un cadre superbe, au pied d’un olivier millénaire, l’un des trois plus gros de Grèce, qui a servi à tresser les couronnes des Jeux olympiques d’Athènes en 2004. »

D’abord chercheuse, Céline Grenier a vite pris goût à la composition d’énigmes. Elle a caché une bonne cinquantaine de cistes depuis six mois, de l’Aquitaine jusqu’à la Corse.

« Au gré de mes balades, si l’endroit me plaît, il m’arrive de déposer une boîte. Puis je fais des recherches à l’Office de tourisme et sur Internet pour écrire l’énigme. Chacun a ses spécialités et ses préférences. Mon but est de faire découvrir des sites insolites. C’est totalement subjectif », explique-t-elle.

L’éthique des cisteurs. Pour lire une énigme, tout nouveau chercheur doit d’abord s’inscrire sur Cistes.net et s’engager à respecter l’éthique des cisteurs.

« Il faut rester discret quand on arrive sur un spot, l’endroit où est cachée une ciste, pour ne pas attirer les regards. Quand on procède à l’échange d’un objet, pour prouver qu’on a trouvé la ciste, il faut l’enregistrer au plus vite sur le site Internet. Les objets périssables ou dangereux sont d’ailleurs à proscrire. Enfin, il faut toujours replacer la ciste au même endroit. Il n’y a rien de plus énervant qu’une ciste perdue ou pillée », peste Céline Grenier.

Les deux plus grands chercheurs en France affichent plus de 3 000 cistes à leur palmarès. Céline Grenier, modestement, en affiche 240.

En Gironde, nulle ciste ne résiste bien longtemps au Passager du vent, le chercheur le plus efficace et le plus rapide du Sud-Ouest, que les cacheurs aiment mettre au défi. Côté cache, les nombreuses énigmes de Scytale, féru d’histoire et d’architecture, remportent tous les suffrages.

« On discute ensemble via le forum de Cistes.net. Il y a un côté énigmatique, car personne ne connaît l’identité de l’autre. En avril dernier, j’ai invité plusieurs cisteurs à participer à un rallye sur le bassin d’Arcachon. On était une quinzaine, c’était très sympa. »

Le Passager du vent n’était pas de la fête, préférant se pencher sur de nouvelles énigmes. D’ailleurs, la ciste du Capitaine ne lui a pas résisté bien longtemps. Il l’a découverte en début de semaine. Saurez-vous la trouver vous aussi ?

(1) Max Valentin est célèbre en France et à l’étranger pour avoir créé, en 1993, la première grande chasse au trésor d’ampleur nationale, « Sur la trace de la Chouette d’or » (www.maxvalentin.com).

« Pour nous, les cisteurs, c’est une vraie chasse au trésor. Ma première ciste, la plus belle, je l’ai trouvée en Crète ».

Par Frédéric Zabalza

Mainfonds-Aubeville (16). Laurent Cochon, fondu de ballon

Debout dans la nacelle d’osier, encore en contact avec le sol, Laurent Cochon actionne le brûleur sans quitter des yeux l’immense toile en train de s’élever doucement au-dessus du champ. Une manoeuvre effectuée avec beaucoup de doigté et de précaution.

Un peu plus cher qu’une robe de grand couturier parisien, ce genre de tissu est tout aussi précieux. Pour l’acheter, le Foyer rural de Mainfonds-Aubeville, qui organise depuis hier en Charente la 15e édition de la Coupe d’Europe de montgolfières, a dû solliciter des partenaires financiers. A présent, les bénévoles du club n’ont plus besoin de regarder les clichés de Yann Arthus-Bertrand pour voir leur terre de vignobles et de champs depuis les cieux. Le Foyer rural compte même trois pilotes : Didier Tard, Kévin Allemand (lire ci-contre) et Laurent Cochon.

Ferronnier d’art, ce dernier est revenu dans le Sud-Ouest, en Dordogne, après un séjour en Champagne qui lui a permis de restaurer les grilles du château de Versailles et de passer, en 2003, son brevet de pilotage de montgolfière.

Indirigeable.

« Comme pour un avion, il faut un brevet. Ca demande des connaissances aéronautiques. Il faut, par exemple, savoir gérer l’inertie qui fait monter ou descendre le ballon. Le ciel est aussi très réglementé : on a toujours une radio à bord pour contacter les tours de contrôle. Comme on ne se dirige pas… »

C’est là la grande différence de la montgolfière, et ce qui fait son charme, avec les autres objets volants identifiés : on sait d’où on part, pas forcément où on atterrit.

« Avant de décoller, on lâche un ballon gonflé à l’hélium pour connaître le sens du vent et sa vitesse. Tout le travail du pilote consiste à bien choisir le lieu de décollage. Généralement, on arrive à se poser à l’endroit où l’on a décidé », assure Laurent Cochon, qui, en bon pilote, se lève tôt et se couche tard pour assouvir sa passion.

« Il faut en moyenne un écart de 70 degrés Celsius entre l’intérieur et l’extérieur du ballon, sachant que la température peut monter jusqu’à 105 degrés dans l’enveloppe. Il faut donc décoller quand la température extérieure est stable, en début ou en fin de journée », explique-t-il.

« Descente froide ».

Moins spectaculaire en apparence que le parapente ou le deltaplane, le vol en montgolfière peut donner quelques frissons. Comme lors d’une « descente froide ».

« L’autre jour, j’ai chauffé le ballon pour monter à 1 300 mètres de manière à revenir en arrière. Puis j’ai relâché l’air chaud. Le ballon est descendu très vite, à 4 mètres par seconde. Ca impressionne les gens au sol, parce que le ballon se déforme. Mais dans la nacelle on ne sent rien », rassure Laurent Cochon.

Le sens de la navigation des pilotes est mis à l’épreuve lors de la Coupe d’Europe de montgolfières, sous forme de jeux d’adresse tels que la poursuite d’un ballon-renard ou le lâcher de lests sur des cibles au sol.

« Il y a trente-cinq ans, nous avons voulu organiser une Fête de l’air », raconte Jean-Pierre Barbot, président du Foyer rural. « Au cours de la première édition, le public aurait dû assister à un largage de parachutes, mais notre contact avait oublié de commander l’avion… Il y a vingt ans, le pilote Jacques Bernardin est venu pour la première fois avec sa montgolfière. Il nous a proposé d’organiser un championnat de France, mais on a été devancés par Tarbes. Comme elle n’existait pas, on a créé la Coupe d’Europe. »

Calme.

Laurent Cochon et le ballon du Foyer rural de Mainfonds-Aubeville feront partie cette année de la flotte de montgolfières venues de Pologne, de Croatie, d’Italie ou d’Allemagne.

Une concentration qui ne gâchera pas le calme du ciel. « Une fois là-haut, dans la nacelle, on n’entend plus que le bruit du brûleur, par à-coups. Il y a une grande quiétude. Et on voit des paysages magnifiques, que ce soit au-dessus de la Champagne ou de la Charente. Un vol ne ressemble jamais à un autre », confie Laurent Cochon.

Reportage photos : le vieil homme et ses pierres

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Photos de Emilie Drouinaud.

La Roque-Gageac (24). Le vieil homme et ses pierres

vieux4.jpg Il existe une grande variété de lieux où l’homme moderne aime occuper son temps libre. De la palombière à la cabane de pêche, du cybercafé à la cabine d’essayage des magasins de vêtements. René Deuscher passe le sien dans un fort. Le fort troglodytique de La Roque-Gageac, près de Sarlat, qui s’accroche avec peine, depuis le XIIe siècle, à une falaise de calcaire surplombant le village et la rivière Dordogne.

Plombier devenu châtelain.

« Il paraît qu’on m’appelle parfois le châtelain. Ca ne me fait pas déplaisir, c’est un joli titre », sourit ce Périgourdin au sang alsacien, né il y a soixante-dix ans (« Tout le monde m’en donne 80 ! ») dans le petit village voisin de Daglan, « sur un coteau entouré de genévriers et de cabanes ».

De châtelain, René Deuscher, dont la silhouette évoque Haroun Tazieff arpentant l’Etna, n’en a pas vraiment les origines. Ses trois frères peuvent en témoigner. Jusqu’en 1972, c’est dans les chantiers, aux alentours de Sarlat, qu’il passait ses journées à exercer ses talents de plombier spécialisé dans le montage de chauffage central, « l’élite de la profession ! ».

Passionné de spéléologie et d’archéologie, il a délaissé l’obscurité des profondeurs pour la vue imprenable des falaises troglodytiques. « Je me posais la question : nom de Dieu, comment des hommes ont pu s’y prendre pour monter là-haut ? Un jour, un copain, clerc de notaire, m’a conseillé de répondre à une petite annonce de l’Office de tourisme de la Dordogne, qui louait à Tursac le site de La Madeleine c’est lui qui a donné son nom à la période magdalénienne. Je voulais le faire revivre pour le présenter au public. »

Voleurs de pierres.

A peu près à l’époque de sa reconversion, René fit l’acquisition, « pour une bouchée de pain disent les gens », du fort de La Roque-Gageac, en ruines. « Je l’ai laissé tranquille tout en continuant à travailler à La Madeleine. Et puis je m’en suis lassé, je l’ai même mis en vente au bout de douze ans. Finalement, je l’ai ouvert au public en 1992, après avoir créé une SARL (1) avec mon fils Raphaël et ma fille Stéphanie. J’avais mis des guides au début, mais ils ne voulaient pas monter les escaliers plusieurs fois par jour… »

Depuis 1992, le vaillant René Deuscher a donc entrepris de restaurer le site pierre par pierre. Sur ses fonds propres. En quinze ans, il n’a reçu qu’une seule subvention, de la part du Conseil général de la Dordogne. Il n’en tire aucune amertume et éprouve plutôt un sentiment de liberté. « Avec entre 25 000 et 30 000 visiteurs par an, c’est le site qui marche le plus mal en Dordogne. Mais je ne suis pas gourmand », assure René Deuscher, qui ne prend pas de gants pour dire sa façon de penser à une touriste qui discute le prix d’entrée. Ou pour fustiger ceux qui « empruntent » les pierres de l’ancien château de La Roque-Gageac, rasé au XVIIIe siècle, pour décorer leur jardin.

« Ca peut tomber ».

Il sait aussi accueillir les touristes avec humour, voire facétie, comme lorsqu’il se fait passer pour un visiteur mécontent, avec la complicité de son ami d’enfance Claude Maraden, qui donne un coup de main à la billetterie.

En début d’année, les Laroquois ont célébré le cinquantenaire du « grand éboulement », qui fit trois morts. Malgré les filets de protection tendus le long de la falaise, René Deuscher convient que le risque est toujours présent : « Ca peut tomber dans quinze jours comme dans mille ans. »

Par Frédéric Zabalza.