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En attendant la Dame blanche (MARQUAY - 24)

Puymartin

Au XVIe siècle, Thérèse de Saint-Clar aurait été enfermée quinze ans, puis emmurée dans un cachot du château de Puymartin. Depuis, cette figure classique de la Dame blanche des châteaux de France est « apparue » à des visiteurs. Suffit-il de croire pour la voir ? Tentative, une nuit auprès de sa porte…

Et voilà comment on se retrouve à attendre un fantôme devant son cachot au sommet d’un château du Périgord noir, à 2 h 30 du matin. Ça commence au détour d’un site fantasmagorique sur Internet : le château de Puymartin et sa Dame blanche, emprisonnée puis emmurée dans sa geôle, est apparue diaphane à ses propriétaires, quatre siècles plus tard. Zombie publicitaire ou fantastique à portée de main ? L’après-2 heures du matin étant son jardin, autant venir camper à sa porte. Et attendre, sans savoir trop quoi (une interview ? une crise cardiaque ? une preuve que la vie existe après mort ?) ni tout à fait qui : Thérèse de Saint-Clar, fantôme sans âge, sans archive ni image, censée nous apparaître à sa façon dans son 2 mètres carrés cylindrique en pierre. Mais au final, rien…

Médium en transe. Peut-être délibérait-elle derrière la porte, mais nous, sur lit pliant dans la salle de garde, face à la cellule, au sommet de la tour nord, on s’est juste revu enfant hésitant à éteindre par peur des monstres de la nuit ; à prendre sa propre respiration pour le ronflement d’un spectre. Silence lourd, à part le vent sur les créneaux et les autos loin par-delà la forêt. « Si vous la voyez, ça me fera plaisir », avait commenté bizarrement le châtelain Xavier de Montbron à l’heure du coucher. La légende de derrière la porte en bois raconte que vers 1560, la jeune Thérèse fut surprise aimant son amant protestant par son catholique de mari rentré de la guerre. Écart charnel, placard éternel : la voilà murée et nourrie par voie de trappe. Puis libérée en vapeur surnaturelle. « Mon père y croyait », explique Xavier de Montbron, fils héritier du mobilier mais pas de la conviction qu’un esprit s’y balade. Quoiqu’un soir, cet oiseau ; et un autre, cet éclair… Le père a vu une silhouette aux traits fins quelques secondes dans l’escalier, une nuit de 1960. Il a eu « peur ». D’autres apparitions ont suivi. Il était « habité » par ça, dit le fils. Lui, sait qu’il n’a pas « l’exclusivité » d’un fantôme en son château. Sa mère avoue un léger « doute » à force de témoignages. Il y a eu un médium en transe, un radiesthésiste convaincu, des gens effrayés par une chouette effraie, une ado quasi évanouie, des halos sur des photos et une collection de mails de visiteurs qui ont « senti des choses » (ombre, brouillard, froid, etc.) Reste une ambiance particulière. « Vous y croyez ? » s’était enquise, la veille, une Parisienne venue tester le fantôme dans une des chambres d’hôte de la tour, en guise de lune de miel. Son mari, que rien n’a réveillé, non.

Mais elle, elle a vu la Dame blanche « en rêve », « rousse », et lui annonçant : « Ton mari n’est pas bienvenu au château. » Elle s’est réveillée chaque soir à 2 h 30, de cri de chouette en portable s’allumant… pour cause en fait de signal de batterie faible. Coïncidence horaire ? Alors ? « Les apparitions sont liées aux activités hypnagogiques (1) », explique Jérôme Noirez, 38 ans, écrivain à Penne (47) et auteur d’une encyclopédie des fantômes (2), qui trouve « formidable que l’esprit engendre de tels fantasmes. Étymologiquement, le fantôme, c’est le double. On y met nos angoisses, nos névroses. »

Universel. Pâle figure, emmurée ou défenestrée (en tout cas malmenée) sur fond de religion : la Dame blanche (3) est un fantôme universel. Comme les ovnis pendant la guerre froide ou Marie apparaissant à Lourdes.

La nôtre aurait son origine dans la mode du roman gothique au XIXe (relire « Le Horla », de Maupassant). D’ailleurs, Henri de Montbron ne sait pas quand la croyance s’est installée dans la généalogie. « Un espace architectural comme un château est une machine à bruits ou phénomènes thermiques et olfactifs, parfois sidérants. » Plus une imagination prolifique pour se prouver que la vie existe malgré la mort. Thérèse n’est que l’émanation psychique de cerveaux vivants, pas de son âme survivante. On le lui aurait bien dit, mais on a dormi. Comme dans une tombe.

(1) Liées à l’endormissement.

(2) perso.wanadoo.fr/cocalos

(3) Ne pas confondre avec une autre dame blanche, celle des routes, qui annonce un danger.

Adrien Vergnolle