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Des chanteurs en chantier (LA ROCHELLE - 17)

julien bense

photo Xavier Léoty

Le Chantier du festival des Francofolies, jusqu’à mercredi à La Rochelle, coache une sélection d’artistes. Les vedettes de demain ?

Elle : 24 ans, jolie brindille brune piquante, voix de Mistinguett moderne, chanteuse-comédienne de contes azimutés du quotidien. Lui : 28 ans, mousse de cheveux et barbe, chemise serrée à carreaux, bagouses aux doigts, auteur de mélodies pop-folk très chanson française et très Dylan. Il est niçois monté à Paris, elle est de Lyon.

Voici Carmen Maria Vega et Julien Bensé, deux potentielles vedettes à venir, parmi les 12 artistes du Chantier des Francofolies de La Rochelle, atelier de travail où ils sont couvés, coachés, corrigés durant plusieurs semaines avant de prendre les petites scènes du festival. Demain, ils feront peut-être des Disques d’or, des concerts dingues et reviendront à La Rochelle en haut de l’affiche, sur la Grande Scène de Saint-Jean-d’Acre (10 000 personnes). Ou pas.

Décoller. On les rencontre au bar VIP du festival, microcosmique et en teck, avec des serveuses blondes pour offrir le pastis et tout l’aéropage du métier qui fait ses pronostics. Le but du jeu est désormais de jouer et convaincre festivaliers curieux, journalistes exégètes, bouches et oreilles.

Bensé est déjà encensé. Les camarades de promo, La Maison Tellier, Merlot ou Claire Denamur ont aussi leur buzz. Carmen, autre probable « révélation de l’année », comme dira la réclame, a l’air gourmande de ce qui se trame.

Il y a 12 candidats à cette anti-Star Academy. Tous ont déjà un parcours dans le métier, album, tournées, programmation radio, premières parties parisiennes. Manque le truc qui fait décoller. Comme avoir l’oreille des Francos et (au moins) de ses 70 000 spectateurs. ET surtout celle de Kévin Douvillez, 30 ans, jean-baskets, lunettes à branches noires sur visage rond d’ado. Il est un tiers du trio de programmateurs des Francofolies, missionné pour repérer les artistes naissants. La maternité est Paris, un peu Rennes, un peu Lille, plus rarement ailleurs en province. Il fait son marché dans deux à quatre concerts par soirs à la capitale, qui en propose 60. Paris, c’est « de fait, un passage obligé », explique Kévin Douvillez, qui fait l’inventaire des groupes sur Myspace mais sélectionne surtout en concert.

Les artistes ont un coach pour la présence scénique (« l’incarnation », ils disent), la voix et, pour certains, un coach « personnel ». Un psy dans la couveuse ? « C’est pour aider à se poser les bonnes questions », dit Kévin. Mais le chantier est moins là pour réprimer l’angoisse du mélange rock-alcool-pétage de plombs à venir que fignoler l’existant : « Un leader qui ne s’affirme pas, par exemple, alors qu’il faut quelqu’un pour prendre le pouvoir, incarner le show », explique Kévin. Ou le risque d’en faire trop pour draguer son public. Trop de son, trop de blagues, trop de trop qui flingue un répertoire. C’était un peu ça, pour Carmen Maria Vega. Ses chansons comédies sont super bien troussées, mais elle forçait trop son personnage en scène et y perdait certaines chansons plus sensibles. Kévin Douvillez : « Faire rire, puis faire pleurer, c’est une vraie force dans le métier. C’est le plus dur. » Perdurer aussi. Sur 250 groupes passés au Chantier, le grand public en a retenu une poignée, dont Emily Loizeau, Pauline Croze, Marie Cherrier et Cali.

Au Chantier, Carmen a travaillé à « devenir une vraie interprète, pas juste une nana qui chante bien ». Bensé a travaillé l’ajout d’un violoncelle et ses manières à lui, sur scène : sourire, regarder le public, petites mises en scène avec le reste du groupe. Festival conquis, album remarqué, c’est l’antichambre du succès. Il sera éventuellement dopé (médiatiquement) par son mariage prochain avec la chanteuse Rose, amoureuse éplorée qui l’a précédé dans le Top 50. Elle chante demain soir. Une grande scène de ménage ?

Le concert des lauréats du Chantier, demain mardi 15 juillet, sur la scène de la Motte Rouge, de midi à 17 heures (gratuit). À écouter sur Internet :www.carmenmariavega.com et www.benseonline

Adrien Vergnolle

14 juillet 2008 - Comments Off
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Dax (40). Genèse d’un tube du cuite-parade

chanson.jpgIntérieur, jour. Un homme à la tête penchée. Seul, évidemment. Seul avec une guitare. Grattouillis, murmures, travail obstiné de la mélodie, arcanes de la création. Et puis, violent contraste. Extérieur, nuit. Un chant joyeux sous les lampions, un plaisir collectif qui cogne aux poitrails bombés, une cacophonie grégaire. On est dix, on est mille, on est ensemble et on s’égosille : « C’est nous les méchants piranhas, gnagna »…

Lui, l’homme à la tête penchée, l’homme solitaire qui a créé avec ses petites mains cet air qu’on chante sans soif, bras dessus, bras dessous dans les rues de Dax, lui, c’est comme s’il n’existait pas. Jean-François Grabowski, gersois de naissance, est l’auteur-compositeur de l’un des grands tubes du cuite-parade des ferias, « Piranhas », la création la plus fameuse du groupe lot-et-garonnais Les Astiaous.

Un verre offert.

Il raconte cette anecdote : « Un soir, aux Fêtes de Bayonne, je n’avais plus un rond pour boire un coup. Alors quand, dans le bar où j’étais, ils ont passé ma chanson, j’ai tenté : “C’est moi qui l’ai fait, ça ! C’est moi l’auteur !” J’ai dû leur montrer ma carte d’identité, avec le même nom que sur la pochette du CD, pour qu’ils acceptent finalement de m’offrir un verre. Mais je crois qu’au fond, ils ne m’ont jamais cru. »

En plongeant une histoire de poissons carnivores dans les eaux de la Garonne, Jean-François Grabowski a aussi, sans le vouloir, jeté sa chanson dans l’air du temps. Lequel, imprévisible chahuteur, l’a emportée loin de Toulouse, ville d’adoption du musicien. « J’ai vu des compilations contenant ma chanson, mais ne mentionnant aucun crédit de compositeur. C’était juste écrit “air traditionnel” ! » s’amuse le troubadour.

Il est ainsi devenu le père vénérable d’une chanson folklorique multiséculaire, transmise de génération en génération depuis le fond des âges en passant par le fond des bouteilles. Mais écrite en 1992.

Enregistré en live.

« L’idée m’était venue à la lecture d’un fait divers selon lequel des piranhas avaient été lâchés dans la Garonne », précise celui que tout le monde, de Toulouse à Nogaro, appelle Nounours. « Comme mes copains des Astiaous sont de Port-Sainte-Marie, au bord du fleuve, j’ai situé l’histoire chez Simone, dans le café où ils avaient leurs habitudes. » Et dont le nom, cela n’aura échappé à personne, a la grande qualité de rimer avec Garonne.

Comme « Amsterdam » de Jacques Brel, « Piranhas » a la particularité d’avoir été enregistré en public. « C’était au Florida, à Agen. C’est peut-être cela qui a fait son charme d’emblée, car les spectateurs réagissent sur l’enregistrement original. Ca a dû jouer. En tout cas, je ne l’ai pas fait exprès. Pour moi, c’était une chanson comme une autre et le fait est qu’elle a très bien marché. » De chanson « à texte », à vocation légère et humoristique, le titre est devenu un incontournable des répertoires de banda.

« Pyjama, pyjama ».

« C’est marrant, comment ça se passe. En écrivant le refrain, après “Piranha, Piranha”, je fredonnais “ragnagni et ragnagna”, mais ça n’avait rien de définitif. C’était en attendant de trouver un truc intelligent… Eh bien, disons que… je n’ai rien trouvé », se marre le placide Gersois.

Humble poète et bon vivant, l’ancien joueur de rugby de la Renaissance Sportive Mauvezinoise a redécouvert un jour la plus connue de ses oeuvres traduite dans une langue étrangère. Le belge. « Au Festival de bandas de Dalhem, j’ai entendu un groupe qui avait gardé l’air et changé les paroles. Ils avaient remplacé “Piranha” par “Pyjama”… »

Le genre nocturne et fantaisiste de la chanson festive, peut-être parce qu’il doit être difficile de remplir un relevé Sacem à 4 heures du matin, rapporte peu à ses auteurs. « Piranhas » ne génère que quelques centaines d’euros de droits, « les bonnes années ». Il faut ajouter à cela un verre offert de temps à autre dans une peña. A condition de présenter un titre d’identité valide.

Par Nicolas Espitalier.

Vic-Fezensac (32). Tout le monde aime la salsa tokyoïte

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C’est un pays de moustachus, de maîtres octogénaires, de vieillards vénérés. Un pays d’Afro-Amérique, dont les hymnes innombrables se dansent sur le sable, et où un Porto-Ricain sans âge s’assoit pour jouer du cuatro depuis cinq générations.

Alors, quand une cavalerie d’amazones en kimono à fleurs traverse ce petit monde au galop, ça fait du grabuge à Latino-City. Le groupe Son Reinas, composé de dix femmes, toutes japonaises et pour la plupart trentenaires, est un phénomène unique et détonant. Arrivé de Tokyo vendredi, le groupe a passé le week-end à Tempo Latino, à Vic-Fezensac, avant de partir pour Milan.

Le « banc de sushis ».

« Elles étaient déjà venues une première fois il y a deux ans, s’amuse une bénévole. Elles sont incroyables, gentilles et drôles. On leur avait servi du vin et du café et elles avaient bu les deux mélangés. »

Le choc des cultures entre les salseras d’Extrême-Orient et la population de Proche-Gascogne induit mille scènes désopilantes des deux côtés de la barrière de la langue. « Elles photographient tout, le ca

ssoulet, les parasols Kronenbourg », s’étonne une autre bénévole, qui a forgé pour désigner les musiciennes nippones cette expression très classe, très pêche : « le banc de sushis ».

Pendant la balance du spectacle du samedi soir, le président du festival, Eric Duffau, leur propose de faire leur entrée sur « La Panthère rose ». Les « Reines » n’ont que quelques minutes pour mettre au point l’exercice de style mais s’y plient de bon coeur. Lorsqu’on lui propose de « dire bonjour en japonais » au micro, la chanteuse Izumi Muramatsu, n’hésite pas et répète, en français : « Bon-jour-en-ja-po-nais ! » Autour de la bande, les techniciens ont des sourires émus de jeunes parents. De temps en temps, les artistes éclatent de rire et applaudissent leur interlocuteurs.

L’idéal américain.

Une demi-heure avant d’entrer en scène, chacune veut apprendre une phrase en français. Les saillies drôlatiques du concert de 2005 (« Où sont les toilettes ? », avec l’accent) sont entrées dans la mythologie festivalière. Ali et Laurence, bénévoles gersois et anges gardiens des dix Tokyoïtes pendant leur séjour dans le Gers, les aident à réciter phonétiquement leurs bons mots du soir.

Tomoko, aux bongos, articule avec ravissement : « J’aime… la… pastèque ! » Miki, à la trompette, va faire un carton dans des arènes conquises : « Voulez-vous coucher avec moi ? » Plus pragmatique, Akiko Oki, qui joue de la conga, a choisi quelque chose qu’elle peut utiliser midi et soir : « J’ai faim, je mange tout. »

Seules deux des filles se débrouillent un peu en anglais et une troisième en castillan. « Leurs chansons sont en espagnol, elles les ont apprises phonétiquement », sourit le manager new-yorkais Xavier Colon, qui leur a fait visiter tous les clubs latinos du Spanish Harlem.

« Nous apprenons beaucoup des musiciens américains. La salsa, c’est leur musique, et jouer comme eux constitue notre idéal. Pour nous, ce sont des stars », explique en anglais la pianiste Akiko Yamada. « Nous entendons jouer la musique latine sans la dénaturer. En revanche, dans le show et dans les costumes, nous voulons rester japonaises : nous portons toutes un kimono de la même étoffe, mais chacune l’a arrangé à sa façon », poursuit-elle.

Hommages.

La transformation, juste avant le spectacle, est impressionnante. Couettes, longs cils noirs, tournesols gersois dans les cheveux, talons compensés ou kimonos taillés en minijupe, les Son Reinas inspirent cette réflexion en coulisse : « Ce sont des personnages de manga ! »

Une heure de scène plus tard, les gradins de Vic ont succombé à leur son orthodoxe et à leur mise en scène audacieuse. Le Porto-Ricain Yomo Toro, cinquante ans de scène, rend hommage à ses jeunes consoeurs asiatiques. Le Cubain Israel « Cachao » Lopez, quatre-vingts ans de carrière, applaudit de bon coeur. L’un de ses musiciens, Federico, commente : « C’est un peu commercial pour moi, mais ça reste de la bonne musique. Elles font ça avec tellement de goût et d’enthousiasme que tout le monde les aime ! »

Par Nicolas Espitalier.

La Truffe de Périgueux (24)

Les sélections du concours de chant la Truffe de Périgueux ont lieu chaque jeudi dans un quartier différent de la ville.

Prochain rendez-vous, place de Verdun, le 26 juillet; à Trélissac le 2 août; sur la place de la Clautre, le 9; à Saint-Georges, le 16 (réservé aux auteurs-compositeurs-interprètes). Truffe des enfants le 6 août sur l’esplanade du théâtre. Finale le 24 août au parc Gamenson.

Plus d’infos sur le site de la mairie www.perigueux.fr

Perigueux(24). « Tu te rappelles ce que disait Piaf ? »

Dans le paddock des lèvres tremblantes, on ne joue pas du lasso avec ses cordes vocales. On économise sa voix. On attend son heure. Chaque jeudi soir d’été, depuis le premier siècle avant Nikos Aliagas, les candidats de la Truffe de Périgueux ne s’égosillent jamais en back-stage avant leur entrée en scène. Plutôt que strass et paillettes, c’est stress et patience.

Boulay et Cherhal.

« Ne buvez pas cette eau, elle est glacée. Ce n’est pas le moment d’abîmer votre voix. Et puis, surtout, ne stressez pas, vous êtes là pour prendre du plaisir… Ah, attention, Renée. Lève-toi, ça va être à toi », intervient Jean-Luc Bacou, mère poule qui volette en coulisses et régisseur agissant de ce concours de chant, l’un des plus connus et des plus anciens de la région.

Les sept chanteurs en lice de ce jeudi soir ont été sélectionnés dans l’après-midi parmi une douzaine d’amateurs, sur la scène de quartier du Gour-de-l’Arche. Exercice à haut risque : le public diurne compte quelques fanatiques des ustensiles ménagers. Ceux-là viennent dans l’espoir d’entendre des voix de casseroles ou d’assister à des gamelles. Ils savent combien la cuisine de la truffe est un art subtil, et ils s’en régalent.

Passé ce premier écueil, choisis par le jury à l’heure du goûter, les chanteurs qui atteignent le show nocturne sont les meilleurs de la semaine. Ils se disputent alors une place, une seule chaque jeudi, pour la finale du 24 août. Soir d’apothéose où les vainqueurs dans les deux catégories, interprètes et auteurs-compositeurs-interprètes, inscriront leurs noms à un palmarès national plutôt prestigieux, sur lequel figurent notamment Isabelle Boulay (1993) et Jeanne Cherhal (2000).

Un gros blanc.

« Moi, je suis là pour le plaisir de chanter en public. J’adore ça. La semaine passée, je suis venue avec une chanson que j’avais bien potassée, “le Blues du businessman”, et je n’ai pas été retenue. Cette fois, j’ai appris le texte en une demi-heure de “Aïe, tu me plais”, de Marie Laforêt, et je suis passée ! » sourit la première candidate, Françoise, une agente immobilière ribéracoise de 47 ans. Prestation correcte sous les platanes.

Deuxième à passer, Renée connaît la maison. Ancienne Super-Mamie de Poitou-Charentes, cette retraitée angoumoisine de 66 ans a déjà goûté plusieurs fois aux ovations pétrocoriennes. Pendant son interprétation de la chanson de Patricia Kaas, « D’Allemagne », elle s’interrompt une fois. « Un gros blanc de 10 secondes », s’inquiète Jean-Luc Bacou, au pied de la scène. Mais Renée a du coffre et des ressources. Elle reprend le dessus, son triomphe est proche.

Jean-Luc Bacou rassure les candidats suivants. A Céline, lot-et-garonnaise et ancienne comédienne des Baladins de Monclar-d’Agenais, le régisseur demande : « Tu te rappelles ce que disait Piaf ? Si t’as pas le trac…

C’est que t’es pas bon », complète la jeune fille.

Le jury hué.

A 22 h 15, le jury livre son verdict, candidat par candidat. Rituel immuable, à un moment ou à un autre, les jurés sont hués par la foule en colère. Ce soir, c’est sur le cas de Marlène que les tribuns et la plèbe se déchirent. L’étudiante, qui vient de Saint-Jean-Pied-de-Port (64) et ne perd pas le nord, a chanté « Je viens du Sud ». Le jury la saque, c’est la bronca. « Je suis dégoûté pour toi, je te jure. Tu as super bien chanté », vient glisser Steve à Marlène.

Steve est le petit-fils de Renée, il obtiendra le prix du public à l’applaudimètre, et sa grand-mère la qualification pour la finale. Ils se tombent dans les bras en coulisses. « Je n’y crois pas, je n’étais venue que pour amener mes petits-enfants », s’émeut l’aïeule. « Pour le chant, on te doit tout, tu le mérites », lui retourne Steve.

Par Nicolas Espitalier.

Plus d’infos sur www.perigueux.fr

21 juillet 2007 - Aucun commentaire
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