logo

Les Dacquois, les doigts dans la fête (DAX - 40)

dax preparatifs

Derniers préparatifs sous un ciel menaçant…

Photo David Le Déodic

La semaine va être chaude, une chaleur sans aucun rapport avec ses eaux thermales. D’ailleurs, il paraît que les curistes ne sont pas nombreux à cette époque. La feria débute demain par la journée landaise pour s’achever dimanche par l’adichats. Au milieu, une grande liesse collective propre à rassembler toutes les générations la journée, et les plus jeunes la nuit.

« Il va te faire une choure ! » La fille qui s’exclame ainsi est jolie. Ses copines dotées des mêmes prunelles n’ont rien à lui envier. Toutes grimacent en regardant le ciel menaçant, une main en casquette au-dessus de leurs yeux noirs. De Dacquoises. Elle est ainsi, la Dacquoise, belle mais inquiète quand vient l’orage au-dessus de l’Adour. La choure, donc, pour les non-indigènes, c’est l’averse, le grain, la saucée. Les filles trépignent sous le pont de Dax, les éclairs commencent à s’attaquer à leurs nerfs. Pourtant, elles devront écouter les consignes jusqu’au bout, et prendre des notes par-dessus le marché.
Il s’agit de s’intéresser à l’ordre des défilés des groupes folkloriques pendant les fêtes de Dax, un ordre quasi militaire au timing plus que pointilleux. Il ne s’agit pas de perdre un groupe de Chinois ou d’ignorer les Bulgares. Ils pourraient se vexer. La commission des fêtes populaires de Dax tient ce soir son ultime réunion avant le 12 août, date d’ouverture des fêtes. On ne rigole pas, car, à Dax, il y a une vie avant les fêtes et une vie après les fêtes. Ces bénévoles bossent à l’organisation depuis six mois. La commission a déjà vêtu l’uniforme pour se mettre en jambes. Rouge et blanc, désormais monomaniaque costume des joyeux fêtards du Sud-Ouest depuis Pampelune jusqu’à Naboude. Une commission qui serre les fesses : pour elle, ces fêtes seront les premières de la nouvelle équipe politique municipale basculée à gauche. Bref, sur les 30 fidèles que comptait la commission, 20 ont quitté le navire, 20 nouveaux sont entrés et 10 sont restés. Les jolies filles aux vives prunelles, elles, viennent d’arriver.
Pourvu qu’elle soit belle. Parmi les dix « anciens », il y a Jean-Christophe. Aujourd’hui proclamé coprésident, il sait tout sur les fêtes. Presque, il en aurait fait son métier. Il dit qu’il est resté parce que la politique il s’en fiche, que lui son truc c’est les fêtes et point à la ligne. Ne cherchez pas derrière le point, il bloque. Voilà son credo : « On est là pour notre ville, nos fêtes. Faire qu’elles soient de plus en plus belles. » Les autres en rouge et blanc applaudissent en buvant de la soupe de champagne. Si on cherche à savoir comment ils fabriquent cette soupe dans leur QG de faiseurs de fête, on peut toujours rêver. Donc, en cette ultime réunion d’avant-fêtes, tous les membres reçoivent leurs petits cadeaux, histoire de se mettre dans l’ambiance et de se donner du cœur à l’ouvrage. Une chemise blanche et… rouge pour qu’ils se reconnaissent entre eux, car on attend quand même à Dax, ville thermale, pas moins de 800 000 personnes. Une lithographie de l’affiche des fêtes 2008 à garder précieusement et des places de corridas. « On peut amener madame, si ça lui plaît », précise Jean-Christophe. Personne ne demande si on peut aussi parfois amener monsieur. Le Dacquois n’est pas taquin.
« Putain ! Jean-Paul, t’écoutes ? » Jean-Christophe a passé la main pour aller s’en griller une dans le patio de caballo. Rémi, pédagogue, commente, apporte aux bleus des conseils de vieux, tandis que la soupe de champagne commence à chauffer les oreilles. Très carré, primo, deuxio, tertio, il cite les trois moments importants de la commission, les incontournables : « D’abord, le samedi 9, on vient découvrir les toros à l’invitation de la commission taurine. Le 11 sera la soirée des partenaires de la feria. Venez avec vos épouses, c’est le moment de s’approprier du local et, pour les femmes, de voir les toros de près (sic !). Le 12 ? Hé bé, les enfants, on y est ! » Autour de la table, ça piaille dans tous les sens. « Putain ! Jean-Paul, t’écoutes, oui ? » La tension monte un peu. Les filles reprennent de la soupe, on va servir un repas chaud sous les arènes, les coudes plantés dans les feuilles photocopiées. Les épouses attendront ce soir, mais le 11, les veinardes auront droit d’approcher les toros de près.

Isabelle Castéra