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Gabarret (40). Dans l’arène comme pour un Grand Chelem

carnets3107.jpgFoie gras, omelette aux cèpes, bécasses à la ficelle, crêpes à l’armagnac… Gareth Edwards se souviendra longtemps de l’hospitalité landaise. Hier, l’ancien capitaine du XV du pays de Galles, l’idole de plusieurs générations de rugbymen, achevait sa quête du « French flair » pour la télévision galloise (1) à la mode gauloise. Après avoir visité Espelette, Bayonne, Biarritz, Dax ou encore Mont-de-Marsan, il s’est arrêté à la table de Jean Preignac, à Losse, dans une ferme typiquement landaise non répertoriée dans le carnet d’adresses des plus fins gastronomes. « C’était comme un Grand Chelem », souriait Gareth Edwards, aussi à l’aise pour avaler des palombes, son plat préféré, que pour feinter quinze adversaires, faire une chistera ou marquer un essai de 100 mètres comme il savait le faire, cheveux dans le vent, dans les années 1970.La lettre de Gareth.

A ses côtés, Christian Darrouy, ancien capitaine et ailier de la sélection française, à la taille aussi svelte que lorsqu’il « enrhumait » les défenseurs, n’était pas plus timide devant l’assiette ni pour parler de la chasse à la bécasse avec son hôte britannique. Deux légendes du rugby réunies quarante ans après leur première rencontre. « En 1967, lors du dernier match du Tournoi des Cinq-Nations, France-Galles, Gareth était venu me demander mon maillot. Je ne savais pas qu’il deviendrait le plus fabuleux joueur du monde », confiait le Montois, en montrant la lettre, soigneusement conservée, envoyée à l’époque par un Gareth Edwards visiblement appliqué en remerciement de ce cadeau.

« Avant le match, j’avais demandé à mon entraîneur quelles étaient les consignes. Il m’avait dit : “Ne te pose pas de question, mais quand tu entends le public crier “Allez France !”, cours dans le sens opposé ! » racontait-il, en mimant l’action.

La grande époque.

« Comme c’était mon premier match en équipe nationale, pousuivait-il, j’ai aussi gardé mon maillot. L’ailier Stuart Watkins avait donné le sien à Christian à ma place. J’ai quitté Paris avec deux maillots et le ballon du match que j’ai gardé dans la maison de ma mère », souriait Gareth Edwards, qui avait apporté dans ses bagages le maillot blanc frappé du coq, numéro 11 dans le dos, de Christian Darrouy, très ému par ce geste. En 1967, l’ailier du Stade Montois, de dix ans son aîné, faisait ses adieux au Tournoi avant d’entamer une tournée en Afrique du Sud « moi qui n’aimais pas prendre l’avion » avec le statut de capitaine. Agé de 19 ans, Gareth Edwards écrivait les premières pages de sa légende (2).

« Nous avions perdu ce match 20-14, mais avec de jeunes joueurs et un jeu ambitieux. D’ailleurs, deux semaines plus tard nous avions battu l’Angleterre. C’était le début de notre grande époque. » Et quelle époque : sept Tournois remportés, dont trois Grands Chelems, avec une génération géniale dont les noms, de Phil Bennett à JPR Williams, font encore rêver. Sans oublier l’« essai du siècle » inscrit par Gareth Edwards avec les Barbarians contre les All Blacks en 1973.

Des avants comme des toros.

Pour célébrer les retrouvailles, le réalisateur Jean-Marie Barrère, originaire de Gabarret, a eu l’idée de convier les deux anciens capitaines dans sa ville, pour donner le coup d’envoi d’un France-Galles un peu particulier, avec les joueurs du Gabardan Athletic Sport… dans la coquette arène communale. Avec, en prime, quelques tumades de vaches en bonne forme. Le résultat importait moins que les beaux gestes qu’affectionne particulièrement Gareth Edwards.

« Je comprends maintenant pourquoi les Français sont doués pour éviter les placages. Ils commencent tôt avec les vaches ! » riait-il, en ajoutant sur un ton plus sérieux : « Je me suis souvent retrouvé dans cette situation. En face de nous, les avants français ressemblaient parfois à des toros. »

Par Frédéric Zabalza.