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Quand le surf vient aux filles… (LACANAU - 33)

La compétition de surf Lacanau Pro, épreuve du circuit mondial professionnel, s’est achevée hier soir. 192 surfeurs – parmi les meilleurs du moment – étaient présents. Le Lacanau Pro figure parmi les plus anciennes compétitions de surf professionnel en France. L’épreuve féminine n’a duré qu’une petite journée et ne pèse toujours pas son juste poids. De plus en plus de surfeuses commencent cependant à pointer le bout de leur planche. En attendant, le mythe du surfeur tient encore bien la route du côté des filles…


surf filles

photo Jérôme Jamet

A l’Océan, sur le sable de Lacanau, le monde des femmes est binaire. Celles qui surfent et celles qui ne surfent pas. Maïté figure dans la première catégorie. Facile à repérer, elle porte des tongs moches et ne sort de son jeans que pour se glisser dans une combi en Néoprène. Maïté a la dent dure et le sourire carnassier lorsqu’elle raconte ses copines. « Et ça traîne au bord de l’eau, et ça marche en se dandinant, et ça bronze… Le soir ? Alors là, elles commencent à s’animer, elles se douchent, se mettent des belles robes et on les retrouve toutes belles aux soirées VIP, au milieu des surfeurs. Pfff… Au moins, elles ne nous prennent pas la place à l’eau. » Au moins. Même si elles la prennent toute, le soir, dans les bras des surfeurs. La jeune blonde boude : « C’est vrai, y en a qui préfèrent les bimbos du bord de l’eau, disons que ça va avec la panoplie. »
Titi, prof viril au Lacanau Surf Club, approuve l’analyse. Fataliste. « Le surf se démocratise », lâche-t-il. « Disons que les filles y viennent, mais ça reste un sport de mecs. Pour 50 mecs, il y a une fille. C’est quand même très physique. »
Maïté trépigne : « Il y a des filles qui arrachent. Justine Dupont, elle peut battre les garçons, si elle veut. Et l’Hawaïenne Carissa Moore. Et puis, on surfe la même mer, les mêmes conditions avec le même matériel. » Et pan ! sur la planche.
Le mythe du beau gosse. Un peu plus tard, voilà sur le sable une fille de la seconde catégorie. Lydie, qui ne surfe pas. Elle feuillette négligemment une revue de… surf, allongée sur son coude. Et mange des yeux tout ce qui sort de l’eau et n’est pas un poisson. Le Lacanau Pro, elle adore, elle s’est même débrouillée pour obtenir un bracelet en plastique, sésame qui lui donne accès au site. Là où les garçons s’habillent, se déshabillent, décompressent. « Pour moi, le surfeur, c’est un grand beau gosse. Blond, forcément, qui se bat dans les vagues, avec tous ses muscles et le nez qui pèle. Et il n’a pas trop de poils. » Description minutieuse susurrée avec gourmandise et reprise avec malice par sa copine : « Le surfeur est blond, oui, mais à l’intérieur de sa tête aussi. » Avec son index, elle se tape sur la tempe pendant que l’autre hausse les épaules.
La conversation est interrompue par une marque de sodas qui assure sa promotion tous azimuts dans l’air, sur terre et sur mer. Deux avions survolent la compétition pour vanter la fraîcheur de la boisson, des hôtesses distribuent des minicanettes, y compris à ceux qui n’ont pas soif, des beach boys offrent des parasols. Épuisant.
Sur le site, Annabelle assure les interviews des champions pour l’Association des surfeurs professionnels d’Europe (ASP) - à dire en anglais, sinon, ça fait tarte, précise-t-elle. Curieusement, Annabelle ne surfe pas et ne se pâme pas non plus devant les surfeurs. Rencontre en micro-short entre deux micros : « Moi, les surfeurs, c’est pas mon truc. Ils sont juste sympas. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je pose des questions très techniques pour mes interviews, la taille de la vague, les conditions météo, et on analyse tout ça. Ils sont beaux, musclés, oui, mais bon, ça m’agace ce mythe du beau gosse qui drague. N’oublions pas qu’ils sont avant tout de vrais athlètes qui, lorsqu’ils sortent de l’eau, sont vidés. »
Ce soir-là, à Lacanau, la compétition achevée, les vrais athlètes sont montés sur le podium pour recevoir des trophées en la jouant modeste - « Moi, ce que j’aime, c’est d’abord m’amuser dans l’eau. » Trop chou. Puis il y a eu un lancer de tubes de dentifrice qui font les dents blanches, suivi d’un concert de reggae. Des filles qui n’étaient pas sorties de toute la journée ont tenté une percée dans le public, avec du Rimmel sur les cils et du gloss sur les lèvres. Arrêt sur image.

Isabelle Castéra

Le cri du métal au fond du bois (ONDRES - 40)

ondres

Situé à deux pas de Bayonne, le long de la nationale 10, le village d’Ondres, dans les Landes, à la frontière des Pyrénées-Atlantiques, héberge la famille Duplantier. Le père Dominique, dessinateur-illustrateur, a toujours soutenu avec la mère des enfants la passion de Jo et Mario, tous deux leader du groupe Gojira.

Un chevreuil a continué tranquillement son petit repas, sans broncher. Il doit être sourd. En revanche, les oiseaux ont déserté des chênes. Les écureuils se planquent, on les imagine assez bien les petites pattes vissées sur leurs oreilles duveteuses. Même les poissons du lac à côté ont pris la tangente, plus rien à pêcher. Gojira répète. Dans un nid douillet à deux pas de la nationale 10, au cœur de la forêt landaise, Gojira, groupe de métal mouille le tee-shirt, dézingue les cordes, assomme la grosse caisse, écrase les micros, déchire le silence.
Sur la photo du magazine de rock, ils ont l’air patibulaire. De grands méchants loups, qu’on n’aimerait pas croiser au petit matin dans un coin paumé. Cheveux longs noirs, œil charbonneux, ils font la gueule avec conviction. Et puis là, lorsque, enfin à bout de forces, ils émergent de leur terrier musical, un sourire dévoile leurs fossettes, ils nouent une gentille couette derrière leur nuque et se ruent sur le Nutella et le pâté, à grands coups de dents. Jo Duplantier, son frère Mario, Jean-Michel Labadie et Christian Andreu, quatre garçons dans le bois, les Gojira. Groupe de métal français, plus connu dans le monde que dans l’Hexagone, ils achèvent aujourd’hui le bouclage de leur quatrième album, à la maison. Pas du petit lait, mais du bon rock enragé, bien au-delà du hard rock, Deep Purple peut toujours tenter la première partie de Lorie et Led Zeppelin celle d’Annie Cordy.
On aime les arbres. À 25 ans de moyenne d’âge, ils se préparent à affronter la plus grosse scène de toute leur vie. Le 14 août à Arras, aux côtés du groupe mythique Metallica, devant plus de 25 000 personnes. Un enjeu de taille qui ne leur coupe pas l’appétit. Sous le grand chêne qui les a vus grandir, Jo et Mario Duplantier argumentent : « Le métal c’est l’évolution logique du rock, après le hard rock. Plus sophistiqué, plus technique, plus dur. Le son des guitares métalliques revêt une connotation industrielle, on peut penser au bruit urbain, des grues mécaniques, des transports en commun, des machines. Mais le métal, c’est de la musique pure, sans la rock attitude, sex, drug and rock’n'roll. Nous on est plutôt : eau, légumes vapeurs et chocolat. On a une réflexion philosophique sur la vie et on ne dit pas « fuck off » à la société. Cette musique revendique une forme de colère terrible, mais ça expurge. Dans nos concerts, le public a envie d’être abruti de décibels, comme un défoulement positif. Il n’y a rien de haineux. On se questionne : que peut-on faire avec la colère pour créer quelque chose bien ? On s’inscrit dans le monde, et puis on aime les arbres. »
Soutenus par leurs parents, les Gojira ont monté leur lieu de résidence professionnelle ici, à Ondres, donc dans la forêt. Un studio d’enregistrement, une salle de répétition, des bureaux. Désormais, le groupe compte un agent, un tourneur et des milliers de fans. Oui autant que ça. En ce moment, ils tentent de trouver le son d’une vague qui s’écrase sur les rochers un jour de tempête, guitares et batterie à bloc. « Recherche sonore » signalent-ils. À ceux qui grimacent et se bouchent les oreilles, ils assurent que le métal ne compte que des mélodies. « Il faut dépasser le stade du bruit, le côté radiateur de vieille bagnole, ajoute Mario. Le métal est un vaste monde mélodique, avec des contrepoints, des harmonies. Si t’écoutes un titre quinze fois, tu vas te surprendre à le chanter. »
Certes. Mais les écureuils landais n’ont aucun goût pour la musique. Pas plus que les oiseaux, qui du côté d’Ondres ne chantent toujours pas.

Isabelle Castéra

Monsieur et Madame rêvent (MONPAZIER - 24)

CONCERT BASHUNG(4523772)

Photo Marie Seillery

Depuis vingt ans, le festival L’Été musical en Bergerac rassemble amateurs de musique classique, jazz,variété, danse dans des lieux prestigieux. Le château de Biron, la place des Cornières de
Monpazier, le Château Saint-Germain, l’abbatiale de Cadouin ou l’Abbaye de Saint-Avit-Sénieur. Bashung précède le Ballet de l’Opéra du Rhin…

« Moi, je m’appelle Chloé, Chloé Mons. Je ne parle pas pour Bashung. D’ailleurs, je partage la scène avec lui ce soir. Mais lui aussi avec moi. » Chloé garantie pur jus. Du gaz à tous les étages. Les cheveux poussés jusqu’au bas des fesses, des rondeurs plus qu’assumées, la belle blonde vous assomme d’un coup de cil. Pêchue. N’imaginez surtout pas qu’elle assure la déco, le soutien moral de l’artiste. Car ici, l’artiste, c’est elle aussi.

Ici ? Monpazier, cité médiévale du Périgord au milieu des salades de gésiers et du foie gras sous toutes ses formes. Monpazier qui accueille ce soir, au coeur de sa bastide, Alain Bashung et, donc, Chloé Mons. Ou vice versa. À quelques heures du concert, et avant de boire un citron pressé, Chloé cale sa balance avec les musiciens et techniciens. Une meute de grands garçons en tee-shirt noir, armés de boucles d’oreille : on les reconnaît à cet air lunaire de ceux qui sortent du lit. En fin d’après-midi. Chloé, elle, fait claquer ses bottes sur les pavés. « On adore les petits festivals, tout est beaucoup plus simple. Et puis, nous avons des amis en Dordogne. C’est joyeux de chanter sur cette place, non ? Et puis chaleureux aussi. On voit les gens à qui on chante… »

Alain Bashung est fatigué. Maladie. Les rumeurs bruissent sous les cornières. Les fans font triste mine. « Il paraît que… » « Si c’est sûr, tout le monde le sait. »

Chloé impose sa nature, elle pète la santé, pas là pour pleurnicher : « Quoi ? C’est mon mari. On est ravis de partager la scène. On s’aime et on aime chanter ensemble. C’est notre petit rendez-vous à nous. » Ils sont mariés depuis dix ans. Ils s’aiment, ils vont chanter tous les deux. Personne n’attend Chloé, elle le sait et s’en tape. « Moi, je vais assurer une première partie, seule avec mon ukulélé, des titres inédits. » « Calamity Jane », le titre de son album lui colle à la peau. Elle décroche un sourire, remonte sa jupe pile au-dessus des genoux ronds. Les organisateurs du festival, qui en célèbrent la vingtième édition, en vantent l’éclectisme, le côté artisanal tricoté main. À quelques heures du concert, ils apprennent que Bashung sera accompagné par Chloé. OK, tout va bien.

21 heures samedi. La place explose, impossible de rentrer plus de monde. Chloé Mons se plante seule sur la scène comme annoncé. Sur les chaises, on papote pendant qu’elle impose son ukulélé et son culot de fille de cow-boy. J’y suis j’y reste. Et qu’importe ce qu’elle entonne, elle insuffle une décharge de bonne humeur au milieu de tous ces gens consternés. Car lorsque Bashung arrive, le crâne chauve, la démarche traînante, le contraste fait mal.

Et puis il va chanter, des textes crépusculaires, et cette voix qui chauffe jusqu’aux pierres centenaires, et son ombre draculéenne répliquée trois fois sur la vieille grange aux dîmes.

Don d’ubiquité. Ici, tout le monde a envie de chialer. Pas parce qu’il est paraît-il malade, parce que ce moment est pur. Le voilà à l’acmé de son art. Dépouillé de tout le reste. Sec comme un coup de poing que l’on prend en plein coeur. Il dépose là, au milieu des champs de blé, des vergers chargés de fruits, des murs blonds, il dépose à nos pieds tout le reste de son talent. En concentré.

C’est la fin du concert. Chloé revient sur scène chanter avec son mari. Comme prévu. Avec sa main dans la sienne, perfusion de chair et de sang. C’est comme ça quand on s’aime.

Isabelle Castéra

Un rêve de vin sur le sable (CAPBRETON - 40)


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photo Philippe Salvat

Nicolas Tison a planté ses vignes sur une dune de Capbreton où, déjà, des vignerons faisaient du vin au Moyen Âge. Il veut montrer que la plage est aussi un terreau fertile et le« vin de sable », un patrimoine local

Sur la plage abandonnée, coquillages, pinard et crustacés. À Capbreton, il n’y a pas que les baigneurs qui contemplent l’Océan avec les pieds dans le sable ; il y a aussi la vigne. Il faut le voir pour le boire : les pins, le vent marin, le bruit des vagues, au loin, le concert des grillons et, lovés dans cette carte postale des Landes océanes, des ceps de vignes, alignés comme une armée camouflée.

Comme quoi, le vin, comme la vie, trouve un chemin, fût-il ni noble ni argilo-calcaire ; mais inattendu et intime. Nicolas Tison, 43 ans, vigneron des plages, mais pas touriste viticole, exploite son rêve de réhabiliter la dune comme terreau fertile et son « vin de sable », appellation officielle, comme patrimoine local.

Jolies couleurs. Le vin de sable a toujours eu plusieurs exploitants aux alentours, à Messanges, Lit-et-Mixe, Soustons et Vielle-Saint-Girons (plus une coopérative de vinification en Tursan). Tison, lui, a réinvesti le « berceau », Capbreton et sa dune, au plus près de l’Océan. Sable blanc pour rouge de table, un doute s’instille. Pourtant : « Les dunes éoliennes, les successions de graviers et de coquillages font un tout, avec un peu de matières organiques en surface et l’Océan qui apporte son cortège d’embruns », explique Nicolas Tison. Le sable est un milieu « fragile et vivant », où « ça pousse beaucoup, mais ça ne retient rien ». Forts risques de gel au printemps car ce sol refroidit vite ; jolies maturités car il chauffe vite, par réverbération. La vigne est donc amarrée basse.

Le tout fait des jolies couleurs au blanc, rosé et aux deux rouges de la gamme. Des tanins souples, peu acides, fruités (baies noires, mûre, cassis pour le rouge ; agrumes pour le blanc), pour un goût, disons, plus rural que mondain. On a cherché, en vain, un goût d’iode (tant mieux, sûrement), mais les pins protègent du sel. Ce n’est donc pas la mer à boire, mais la possibilité d’un îlot économique. Treize ans : la vigne est jeune, elle peut encore mieux faire. « On ne le confond pas avec quelque chose qu’on connaît », propose Tison.

Cours royales. 4 hectares en production, entre 15 000 et 18 000 bouteilles par an, étiquetées comme vin de terroir landais, sous-titré « Sables de l’Océan », 60 % de vente directe (à des « clients fidèles »), 40 % aux restaurateurs et cavistes alentour : Nicolas Tison refuse le rendement industriel. Et assume l’expérimentation : une de ses parcelles au plus près de l’Océan n’a pas encore de rendement. Il s’accroche à l’archéologie viticole locale : ce vin-là n’est pas vain.

Bordeaux a beau snober la robe des sables, « il y en avait dans les cours royales d’Europe », dit Tison, recherches historiques à l’appui. Elles disent que ce vin était vendu en bouteilles, pas en vrac, donc qu’il voyageait sans se piquer, chose rare. « On disait “du capbreton” comme on dit “du Bordeaux” », explique Nicolas Tison. Les vignes d’antan ont aussi servi à fixer la dune, quand l’homme (et Napoléon III) a façonné les sables mouvants, à force de planches, de pins et donc, parfois, de vin. Au mitan du XIXe, le mildiou a ravagé les exploitations d’un vin devenu moins rentable que les bains, la nouvelle attraction locale. Nicolas Tison n’en vit pas. Ancien ingénieur des techniques agricoles à l’Enita de Bordeaux, reconverti par passion, il enseigne à mi-temps au lycée agricole de Sabres. Il plante ses vignes depuis 1995, sur des parcelles prêtées par la mairie, courtisée par ce passionné.

« Je ne sais pas encore dire si construire un vignoble sur le sable est rentable. » Mais il vénère cette tradition dont il a calqué les techniques de cépages. « Je n’ai jamais réfléchi », dit-il, comme s’il reprenait juste la franchise d’une épopée lointaine qui a déjà tout testé, jusqu’à voir mûrir ici cabernet franc et cabernet sauvignon pour les rouges, chenins pour les blancs. Nicolas Tison cultive sans chimie et slogans. Lui qui est sorti du rang rêve que son vin sorte du lot.

À lire : « Vin de sable, vin des dunes », par Jean-Jacques Taillentou (2005).

Adrien Vergnolle

Des chanteurs en chantier (LA ROCHELLE - 17)

julien bense

photo Xavier Léoty

Le Chantier du festival des Francofolies, jusqu’à mercredi à La Rochelle, coache une sélection d’artistes. Les vedettes de demain ?

Elle : 24 ans, jolie brindille brune piquante, voix de Mistinguett moderne, chanteuse-comédienne de contes azimutés du quotidien. Lui : 28 ans, mousse de cheveux et barbe, chemise serrée à carreaux, bagouses aux doigts, auteur de mélodies pop-folk très chanson française et très Dylan. Il est niçois monté à Paris, elle est de Lyon.

Voici Carmen Maria Vega et Julien Bensé, deux potentielles vedettes à venir, parmi les 12 artistes du Chantier des Francofolies de La Rochelle, atelier de travail où ils sont couvés, coachés, corrigés durant plusieurs semaines avant de prendre les petites scènes du festival. Demain, ils feront peut-être des Disques d’or, des concerts dingues et reviendront à La Rochelle en haut de l’affiche, sur la Grande Scène de Saint-Jean-d’Acre (10 000 personnes). Ou pas.

Décoller. On les rencontre au bar VIP du festival, microcosmique et en teck, avec des serveuses blondes pour offrir le pastis et tout l’aéropage du métier qui fait ses pronostics. Le but du jeu est désormais de jouer et convaincre festivaliers curieux, journalistes exégètes, bouches et oreilles.

Bensé est déjà encensé. Les camarades de promo, La Maison Tellier, Merlot ou Claire Denamur ont aussi leur buzz. Carmen, autre probable « révélation de l’année », comme dira la réclame, a l’air gourmande de ce qui se trame.

Il y a 12 candidats à cette anti-Star Academy. Tous ont déjà un parcours dans le métier, album, tournées, programmation radio, premières parties parisiennes. Manque le truc qui fait décoller. Comme avoir l’oreille des Francos et (au moins) de ses 70 000 spectateurs. ET surtout celle de Kévin Douvillez, 30 ans, jean-baskets, lunettes à branches noires sur visage rond d’ado. Il est un tiers du trio de programmateurs des Francofolies, missionné pour repérer les artistes naissants. La maternité est Paris, un peu Rennes, un peu Lille, plus rarement ailleurs en province. Il fait son marché dans deux à quatre concerts par soirs à la capitale, qui en propose 60. Paris, c’est « de fait, un passage obligé », explique Kévin Douvillez, qui fait l’inventaire des groupes sur Myspace mais sélectionne surtout en concert.

Les artistes ont un coach pour la présence scénique (« l’incarnation », ils disent), la voix et, pour certains, un coach « personnel ». Un psy dans la couveuse ? « C’est pour aider à se poser les bonnes questions », dit Kévin. Mais le chantier est moins là pour réprimer l’angoisse du mélange rock-alcool-pétage de plombs à venir que fignoler l’existant : « Un leader qui ne s’affirme pas, par exemple, alors qu’il faut quelqu’un pour prendre le pouvoir, incarner le show », explique Kévin. Ou le risque d’en faire trop pour draguer son public. Trop de son, trop de blagues, trop de trop qui flingue un répertoire. C’était un peu ça, pour Carmen Maria Vega. Ses chansons comédies sont super bien troussées, mais elle forçait trop son personnage en scène et y perdait certaines chansons plus sensibles. Kévin Douvillez : « Faire rire, puis faire pleurer, c’est une vraie force dans le métier. C’est le plus dur. » Perdurer aussi. Sur 250 groupes passés au Chantier, le grand public en a retenu une poignée, dont Emily Loizeau, Pauline Croze, Marie Cherrier et Cali.

Au Chantier, Carmen a travaillé à « devenir une vraie interprète, pas juste une nana qui chante bien ». Bensé a travaillé l’ajout d’un violoncelle et ses manières à lui, sur scène : sourire, regarder le public, petites mises en scène avec le reste du groupe. Festival conquis, album remarqué, c’est l’antichambre du succès. Il sera éventuellement dopé (médiatiquement) par son mariage prochain avec la chanteuse Rose, amoureuse éplorée qui l’a précédé dans le Top 50. Elle chante demain soir. Une grande scène de ménage ?

Le concert des lauréats du Chantier, demain mardi 15 juillet, sur la scène de la Motte Rouge, de midi à 17 heures (gratuit). À écouter sur Internet :www.carmenmariavega.com et www.benseonline

Adrien Vergnolle

14 juillet 2008 - Comments Off
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Luxey (40). Relâche d’artistes sous la pinède


artsite.jpg Petite musique de la brise dans les branches, chant des cigales en stéréo, corps allongés au pied des arbres. Le temps s’arrête sous la pinède de Luxey, à la sortie du village, où sont accueillis avec toute la chaleur landaise les chanteurs, musiciens et comédiens de Musicalarue.Artistes de rue et têtes d’affiche se croisent le temps d’un café ou d’un interview à l’ombre des pins maritimes, où il est « interdit de mettre le feu», mais où il est chaudement recommandé d’enflammer les nombreuses scènes du festival.

Sortant d’une douce sieste, Philippe Bayle, musicien du jazzman girondin Pascal Lamige, s’étire dans la torpeur de l’après-midi. « C’est important de récupérer. J’ai joué tout à l’heure dans le village avec lui et lui », dit-il à voix basse en désignant ses deux compagnons de sommeil.

Répétition sous les pins.

Plus loin, Hélène, de la troupe bretonne Cirkatomic, en provenance du camping naturiste d’Arnaoutchot, à Vielle-sur-Gironde, déjeune en famille sur une table en bois. « On est très bien installés. Il y a juste un chien féroce dans le coin, mais il a disparu. Ca nous fait tout drôle d’être ici, on est loin de tout. Il n’y a même pas de ligne blanche sur la route ! » s’étonne-t-elle.

Avant de monter sur « la scène des peupliers », le guitariste Thierry « Titi » Robin répète avec son accordéoniste et son percussionniste sous une pluie d’aiguilles de pin, devant un parterre de petits chênes. « Je voulais un endroit calme pour répéter. Ici, c’est idéal. C’est très agréable, mais en même temps je reste concentré. J’ai envie d’être à la hauteur, il y a des gens qui viennent de loin pour nous voir », remarque-t-il.

« Ca sent bon ».

La pinède de Luxey a toutefois des vertus apaisantes que les grandes industries pharmaceutiques ne pourront jamais reproduire en laboratoire. Sorti un poil tendu de son concert landais lundi soir, le slameur Abd Al Malik a goûté le calme nocturne du site plus longtemps que prévu (une grosse demi-heure), avant de repartir sur les routes, totalement zen.

« Les artistes ont un circuit formaté, j’oserais dire plastique. Ici, il y a la sève, la résine de pin. C’est consistant, ça attache, ça sent bon. Tous ces gens de talent ont le temps de se rencontrer. Luxey n’a pas la pression des grands festivals », assure François Garrain, le président de Musicalarue.

Grégoire, chanteur des Têtes raides et du groupe Lombric, qui avait organisé aux Francofolies de La Rochelle une rencontre entre les ânes du Berry et les baudets de l’île de Ré, profite de ce moment de détente.

Vertus apaisantes.

« On sort de trois mois de marche avec les ânes, on les a laissés au repos, il n’y a que la charrette à Luxey », sourit-il, en surveillant ses enfants en train de jouer entre les pins. « C’est important de rester trois jours, ça nous permet de croiser des gens, de faire un peu plus que ce pourquoi on est là. »

C’est peut-être pour ses vertus apaisantes que certains artistes sont prêts à tout pour venir à Musicalarue. Comme le groupe Saint-Sauveur, parti en car de Montpellier il y a quelques années. Après une première panne, les musiciens avaient loué un autre car, qui rendit l’âme une centaine de kilomètres plus loin. Le taxi qu’ils prirent ensuite fut victime d’un accident. C’est finalement en ambulance que le groupe arriva à Luxey.

Par Frédéric Zabalza.

“Piranhas”, le couplet inédit

L’enregistrement original par les Astiaous de leur chanson “Piranhas” s’est fait en public, dans les années 1990, au Florida d’Agen. Or un malencontreux incident technique a fait disparaître le premier couplet qui est, du coup, absent du montage final et donc beaucoup moins connu que les suivants. Son auteur, Jean-François Grabowski, rencontré par un bel après-midi au Matin, un bar toulousain du quartier des Carmes, a bien voulu nous en donner le texte (ce qui rend un peu plus facile la compréhension de la chanson).

Y a des piranhas dans la Garonne

Et ça c’est pas des poissons autochtones

Nous on préfère carpes et brochets

Plutôt que de se faire accrocher

Par ces piranhas de la Garonne

Qui ont perdu le chemin de l’Amazone.

S’y tremper les pieds c’était déjà dégueu

Mais maintenant, c’est dangereux.

Dax (40). Genèse d’un tube du cuite-parade

chanson.jpgIntérieur, jour. Un homme à la tête penchée. Seul, évidemment. Seul avec une guitare. Grattouillis, murmures, travail obstiné de la mélodie, arcanes de la création. Et puis, violent contraste. Extérieur, nuit. Un chant joyeux sous les lampions, un plaisir collectif qui cogne aux poitrails bombés, une cacophonie grégaire. On est dix, on est mille, on est ensemble et on s’égosille : « C’est nous les méchants piranhas, gnagna »…

Lui, l’homme à la tête penchée, l’homme solitaire qui a créé avec ses petites mains cet air qu’on chante sans soif, bras dessus, bras dessous dans les rues de Dax, lui, c’est comme s’il n’existait pas. Jean-François Grabowski, gersois de naissance, est l’auteur-compositeur de l’un des grands tubes du cuite-parade des ferias, « Piranhas », la création la plus fameuse du groupe lot-et-garonnais Les Astiaous.

Un verre offert.

Il raconte cette anecdote : « Un soir, aux Fêtes de Bayonne, je n’avais plus un rond pour boire un coup. Alors quand, dans le bar où j’étais, ils ont passé ma chanson, j’ai tenté : “C’est moi qui l’ai fait, ça ! C’est moi l’auteur !” J’ai dû leur montrer ma carte d’identité, avec le même nom que sur la pochette du CD, pour qu’ils acceptent finalement de m’offrir un verre. Mais je crois qu’au fond, ils ne m’ont jamais cru. »

En plongeant une histoire de poissons carnivores dans les eaux de la Garonne, Jean-François Grabowski a aussi, sans le vouloir, jeté sa chanson dans l’air du temps. Lequel, imprévisible chahuteur, l’a emportée loin de Toulouse, ville d’adoption du musicien. « J’ai vu des compilations contenant ma chanson, mais ne mentionnant aucun crédit de compositeur. C’était juste écrit “air traditionnel” ! » s’amuse le troubadour.

Il est ainsi devenu le père vénérable d’une chanson folklorique multiséculaire, transmise de génération en génération depuis le fond des âges en passant par le fond des bouteilles. Mais écrite en 1992.

Enregistré en live.

« L’idée m’était venue à la lecture d’un fait divers selon lequel des piranhas avaient été lâchés dans la Garonne », précise celui que tout le monde, de Toulouse à Nogaro, appelle Nounours. « Comme mes copains des Astiaous sont de Port-Sainte-Marie, au bord du fleuve, j’ai situé l’histoire chez Simone, dans le café où ils avaient leurs habitudes. » Et dont le nom, cela n’aura échappé à personne, a la grande qualité de rimer avec Garonne.

Comme « Amsterdam » de Jacques Brel, « Piranhas » a la particularité d’avoir été enregistré en public. « C’était au Florida, à Agen. C’est peut-être cela qui a fait son charme d’emblée, car les spectateurs réagissent sur l’enregistrement original. Ca a dû jouer. En tout cas, je ne l’ai pas fait exprès. Pour moi, c’était une chanson comme une autre et le fait est qu’elle a très bien marché. » De chanson « à texte », à vocation légère et humoristique, le titre est devenu un incontournable des répertoires de banda.

« Pyjama, pyjama ».

« C’est marrant, comment ça se passe. En écrivant le refrain, après “Piranha, Piranha”, je fredonnais “ragnagni et ragnagna”, mais ça n’avait rien de définitif. C’était en attendant de trouver un truc intelligent… Eh bien, disons que… je n’ai rien trouvé », se marre le placide Gersois.

Humble poète et bon vivant, l’ancien joueur de rugby de la Renaissance Sportive Mauvezinoise a redécouvert un jour la plus connue de ses oeuvres traduite dans une langue étrangère. Le belge. « Au Festival de bandas de Dalhem, j’ai entendu un groupe qui avait gardé l’air et changé les paroles. Ils avaient remplacé “Piranha” par “Pyjama”… »

Le genre nocturne et fantaisiste de la chanson festive, peut-être parce qu’il doit être difficile de remplir un relevé Sacem à 4 heures du matin, rapporte peu à ses auteurs. « Piranhas » ne génère que quelques centaines d’euros de droits, « les bonnes années ». Il faut ajouter à cela un verre offert de temps à autre dans une peña. A condition de présenter un titre d’identité valide.

Par Nicolas Espitalier.

Vic-Fezensac (32). Tout le monde aime la salsa tokyoïte

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C’est un pays de moustachus, de maîtres octogénaires, de vieillards vénérés. Un pays d’Afro-Amérique, dont les hymnes innombrables se dansent sur le sable, et où un Porto-Ricain sans âge s’assoit pour jouer du cuatro depuis cinq générations.

Alors, quand une cavalerie d’amazones en kimono à fleurs traverse ce petit monde au galop, ça fait du grabuge à Latino-City. Le groupe Son Reinas, composé de dix femmes, toutes japonaises et pour la plupart trentenaires, est un phénomène unique et détonant. Arrivé de Tokyo vendredi, le groupe a passé le week-end à Tempo Latino, à Vic-Fezensac, avant de partir pour Milan.

Le « banc de sushis ».

« Elles étaient déjà venues une première fois il y a deux ans, s’amuse une bénévole. Elles sont incroyables, gentilles et drôles. On leur avait servi du vin et du café et elles avaient bu les deux mélangés. »

Le choc des cultures entre les salseras d’Extrême-Orient et la population de Proche-Gascogne induit mille scènes désopilantes des deux côtés de la barrière de la langue. « Elles photographient tout, le ca

ssoulet, les parasols Kronenbourg », s’étonne une autre bénévole, qui a forgé pour désigner les musiciennes nippones cette expression très classe, très pêche : « le banc de sushis ».

Pendant la balance du spectacle du samedi soir, le président du festival, Eric Duffau, leur propose de faire leur entrée sur « La Panthère rose ». Les « Reines » n’ont que quelques minutes pour mettre au point l’exercice de style mais s’y plient de bon coeur. Lorsqu’on lui propose de « dire bonjour en japonais » au micro, la chanteuse Izumi Muramatsu, n’hésite pas et répète, en français : « Bon-jour-en-ja-po-nais ! » Autour de la bande, les techniciens ont des sourires émus de jeunes parents. De temps en temps, les artistes éclatent de rire et applaudissent leur interlocuteurs.

L’idéal américain.

Une demi-heure avant d’entrer en scène, chacune veut apprendre une phrase en français. Les saillies drôlatiques du concert de 2005 (« Où sont les toilettes ? », avec l’accent) sont entrées dans la mythologie festivalière. Ali et Laurence, bénévoles gersois et anges gardiens des dix Tokyoïtes pendant leur séjour dans le Gers, les aident à réciter phonétiquement leurs bons mots du soir.

Tomoko, aux bongos, articule avec ravissement : « J’aime… la… pastèque ! » Miki, à la trompette, va faire un carton dans des arènes conquises : « Voulez-vous coucher avec moi ? » Plus pragmatique, Akiko Oki, qui joue de la conga, a choisi quelque chose qu’elle peut utiliser midi et soir : « J’ai faim, je mange tout. »

Seules deux des filles se débrouillent un peu en anglais et une troisième en castillan. « Leurs chansons sont en espagnol, elles les ont apprises phonétiquement », sourit le manager new-yorkais Xavier Colon, qui leur a fait visiter tous les clubs latinos du Spanish Harlem.

« Nous apprenons beaucoup des musiciens américains. La salsa, c’est leur musique, et jouer comme eux constitue notre idéal. Pour nous, ce sont des stars », explique en anglais la pianiste Akiko Yamada. « Nous entendons jouer la musique latine sans la dénaturer. En revanche, dans le show et dans les costumes, nous voulons rester japonaises : nous portons toutes un kimono de la même étoffe, mais chacune l’a arrangé à sa façon », poursuit-elle.

Hommages.

La transformation, juste avant le spectacle, est impressionnante. Couettes, longs cils noirs, tournesols gersois dans les cheveux, talons compensés ou kimonos taillés en minijupe, les Son Reinas inspirent cette réflexion en coulisse : « Ce sont des personnages de manga ! »

Une heure de scène plus tard, les gradins de Vic ont succombé à leur son orthodoxe et à leur mise en scène audacieuse. Le Porto-Ricain Yomo Toro, cinquante ans de scène, rend hommage à ses jeunes consoeurs asiatiques. Le Cubain Israel « Cachao » Lopez, quatre-vingts ans de carrière, applaudit de bon coeur. L’un de ses musiciens, Federico, commente : « C’est un peu commercial pour moi, mais ça reste de la bonne musique. Elles font ça avec tellement de goût et d’enthousiasme que tout le monde les aime ! »

Par Nicolas Espitalier.

La Truffe de Périgueux (24)

Les sélections du concours de chant la Truffe de Périgueux ont lieu chaque jeudi dans un quartier différent de la ville.

Prochain rendez-vous, place de Verdun, le 26 juillet; à Trélissac le 2 août; sur la place de la Clautre, le 9; à Saint-Georges, le 16 (réservé aux auteurs-compositeurs-interprètes). Truffe des enfants le 6 août sur l’esplanade du théâtre. Finale le 24 août au parc Gamenson.

Plus d’infos sur le site de la mairie www.perigueux.fr