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L’éternelle fiancée d’Espelette (ESPELETTE - 64)

Le village épicé se situe au pied des premiers contreforts montagneux du Pays basque. Si Arcangues, la voisine, a son Luis Mariano, tombe la plus visitée du coin, Espelette possède désormais celle d’Agnès Souret, élue plus belle femme de France en 1920. Une mémoire réveillée et désormais protégée par André Darraïdou, ancien maire du village et solide restaurateur.

DARRAIDOU Agnes Souret

Evidemment, il est amoureux d’elle. Avec son doigt, André Darraïdou trace les contours de son visage, ses épaules, son corsage. Sur la photo en noir et blanc, elle a 18 ans pour l’éternité. « On n’a pas vu le temps l’abîmer », murmure-t-il. Des cheveux bouclés bruns en cascade dans le cou, des yeux de chatte et cet air langoureux propre aux jeunes filles des années 20. Elle s’appelait Agnès Souret. Et André Darraïdou, ancien maire d’Espelette, ne peut se résoudre à l’abandonner.
Cet été 1920, alors qu’un concours de la plus belle femme de France est organisé à Paris, Agnès Souret, depuis son village d’Espelette, envoie une photo d’elle en communiante, accompagnée de ce petit mot tracé à la plume : « Je n’ai que 17 ans, dites-moi si je dois traverser la France pour courir ma chance ? » Agnès, sélectionnée, fait alors l’objet d’un petit film amateur, projeté, comme celui de centaines d’autres candidates, dans les cinémas des grandes villes, à l’entracte. Le public vote pour elle, avec 114 994 voix très exactement. Car la fille d’Espelette est belle comme le jour.
Devenir actrice de l’écran. Élue plus belle femme de France, elle dut se dévêtir… Un tout petit peu, ainsi que le stipulait le règlement du concours : « On met la splendeur physique au concours, du coup on force la jeune fille à se montrer (rien de méchant, la jeune fille montre ses épaules nues et le tissu de sa robe se révèle un brin léger). Le choix de la majorité des votants indiquera le type instinctif d’une nation. » En réalité, il s’agissait, au-delà de ce premier concours de miss, de dévoiler quel est le type de femme que les Français plébiscitent en 1920.
Agnès rêvait de devenir actrice à l’écran, comme Sarah Bernhardt. Son premier film fut un bide et elle tenta une carrière de modiste chez Madeleine et Madeleine. Pas terrible non plus. Finalement, comme sa mère avant elle, danseuse au ballet de Monte-Carlo, Agnès Souret se tourna vers la scène. La voilà meneuse de revue aux Folies Bergère à Paris. À Espelette, la maison de famille fut rebaptisée Ederrena, « la plus belle ». Agnès, entre ses revues et ses tournées, rentrait parfois au Pays basque. On la croisait sur la croisette de Biarritz, le long de la Grande Plage, avec son chien Cricri ou sur un cheval. Elle buvait le thé dans un service en porcelaine.
En marbre rose. C’est lors d’un voyage en Argentine qu’elle meurt d’une péritonite mal soignée, en 1928. Sans enfant après son petit quart d’heure de gloire. Pour rapatrier le corps en France, sa mère se ruina, vendit la maison Ederrena et fit construire un caveau en marbre rose, gravé à l’effigie de la jeune femme et doté d’un vitrail exceptionnel, dans un coin du petit cimetière d’Espelette. Voilà la triste histoire d’Agnès. André Darraïdou la connaît dans tous ses détails. Alors, encore maire, il invita l’architecte des Bâtiments de France à venir voir la tombe d’Agnès, avec dans l’idée de la faire inscrire à l’inventaire des Monuments historiques, afin de la restaurer. Il ne fallait pas que la mémoire de la belle fille se dissipe. C’est fait. « En 2002, nous avons organisé une petite fête, reprend-il, avec une exposition, un repas, tout bien comme on fait ici. Puis nous avons invité une Miss France, car après tout Agnès fut une espèce de Miss France. Là, on a un peu ramé… Chère, très chère, la Miss France. Donc on a pris une ancienne, une d’il y a dix ans qui rentrait dans nos prix. Les gens ont adoré retrouver cette histoire et, aujourd’hui, nul n’ignore à Espelette qui était Agnès Souret. »
En cette semaine pluvieuse du mois d’août, les touristes se bousculent dans les petites rues du village. Les cabas remplis de piments, ils galopent d’une boutique de spécialités locales à déguster à l’autre. Mitraillent les façades des hautes maisons. Tellement typiques et pittoresques. Sans même se douter qu’au cœur du cimetière, derrière les stèles discoïdales du XVIe siècle, gît une jeune femme dans un tombeau rose.

Isabelle Castéra

Les nuits blanches du gardien de phare (CORDOUAN - 33)


phare cordouan

photo Claude Petit

Tous les jours, depuis le mois d’avril jusqu’en octobre, des vedettes partent du Verdon-Sur-Mer pour guider des visiteurs vers le phare de Cordouan. Ce bâtiment, toujours habité par un gardien, se dresse majestueusement à l’entrée de l’estuaire de la Gironde.

Serge Andron casse le mythe. Écoutez plutôt : « Je suis un contrôleur des travaux publics de l’État. Écrit sur mon bulletin de salaire. Mais, restons simple, dans la vie appelez-moi le gardien de phare, sans chichi. »
Drôle de mythe, quand même, c’est fou comme on se raconte des histoires… Serge Andron, donc, gardien du phare de Cordouan au large du Verdon-sur-Mer, n’est jamais aussi bien que dans sa cuisine. Où ne traîne ni bouteille de rhum ni pipe en bois, mais plutôt une bonne télé, une machine à laver la vaisselle, un micro-ondes, bref, tout le matos de la ménagère de moins de 50 ans et plus. « Ici, au moins, je me sens relié au monde, admet-il. Avec la télé, la radio marine qui tourne jour et nuit m’informe des naufrages en permanence. Je fais la cuisine et, la nuit, quand les programmes télé sont terminés, je fabrique mes bateaux. » Tranquille, peinard.
Sinon ? Il a même peur de l’orage. Vrai. Serge Andron dirige avec une passion amoureuse ce somptueux phare dressé sous Henri III et Henri IV, puis surélevé sous Louis XVI jusqu’à 65 mètres, car les marins se plaignaient de ne pas le voir. Il passe le balai, change les ampoules, ouvre les fenêtres par beau temps pour assurer la ventilation. Et l’été, il accueille les touristes et fait le guide.
Gardien du patrimoine. Depuis déjà de nombreuses années, l’optique, lanterne, allumage, bref tout le boulot des gardiens de phare est automatisé. En France, il ne reste que six gardiens en tout, les autres ont déserté du milieu des mers. Serge Andron doit être le doyen d’entre eux. Il a débuté en 1973 comme manœuvre dans ce phare, puis il a passé le concours des gardiens de phare à Brest, appris l’électromécanique. Et en plus, la solitude ne l’effraie pas, bien au contraire il la recherche. La moitié de sa vie se déroule ici, à tourner en rond autour du phare et, l’autre moitié, chez lui à terre, par tranches de quinze jours.
Alors, s’il n’a plus à surveiller la lanterne, il sert à quoi désormais, à part balayer et changer les ampoules ? « Je veille sur le phare, je le protège des pirates et des squatteurs. C’est un monument historique. Si, un jour, ce phare devient inhabité, ce sera une catastrophe. »
La nuit, puisqu’il ne dort pas, Serge Andron assure les quarts. Comme un marin. Il vérifie que son phare éclaire l’Océan, que les moteurs des groupes électrogènes ne manquent de rien et ce, malgré les alarmes. Un soir, tard, il a récupéré un guillemot mazouté, échoué sur la plateforme. Il l’a enduit de beurre pour ôter le pétrole, il a téléphoné à ses enfants à terre, le matin. Le guillemot s’est appelé Gaston. « Gaston a partagé ma vie pendant six mois. Il était apprivoisé, comme un chien. Je lui donnais des bouts de poissons que je pêchais. Et quand je rentrais à terre, je l’emmenais. Inséparables. Lorsqu’il a été guéri, j’ai dû lui rendre sa liberté. C’est ma plus belle histoire. »
« Les gens ne savent pas ». Sinon, le gardien monte les 311 marches du phare chaque jour. Plusieurs fois même, s’il a oublié son téléphone en bas. Là-haut, il est bien. Il reste une heure dans la salle de la lanterne. Cette impression de dominer l’Océan, non pour le posséder mais pour l’embrasser tout entier. « Les gens croient que le gardien de phare s’ennuie et qu’il fait un métier monotone. Ils ne savent pas… » murmure-t-il. « La mer, elle n’est jamais comme on l’a déjà vue. Les couleurs, la pression atmosphérique, les marées. Jamais pareil. » Il parle aussi des bancs de sable mouvants que la mer recouvrira la semaine prochaine, il le sait, puis les vents… Il dit qu’il les sent. Là-haut, d’ailleurs, le vent siffle une mélodie échevelée que lui seul déchiffre.

Isabelle Catéra.



Le silure, requin d’eau douce (TRENTELS - 47)

PECHE AU SILURE(4513183)

photo Thierry Suire

Introduit en catimini en 1992 dans les eaux du Lot, le silure s’est développé jusqu’à souvent mesurer 2 mètres. Vilain, pas bon, la Fédération de pèche du Lot-et-Garonne tente de réhabiliter ce poisson malfamé accusé de dévorer les autres poissons de la rivière. Pèche embarquée

C’est l’histoire d’un monstre visqueux, sans écailles, un long tuyau gras à moustache, avec ses mâchoires dans la gorge et deux petites billes rondes placées aux extrémités d’une bouche béante. Les créateurs de ce Frankenstein d’eau douce étaient des sorciers avides d’avoir un plus gros poisson à pêcher : seize ans après avoir été introduit en catimini dans le Lot, cet habitant du Danube mesure fréquemment jusqu’à 2 mètres, pèse 70 kilos et boulotte tout ce qui bouge sous l’eau. Adulte, le silure n’a d’autre prédateur que l’homme, qui ne l’aime ni dans son assiette (une gélatine insipide, dit-on) ni dans les rivières, où son développement brutal inspire tous les fantasmes de dérèglement de la vie sous l’eau.
Et puis « c’est moche et ça pue », râle Guy Brunet, 64 ans, amateur de cette pêche « sportive », le seul intérêt qu’on trouve à cet impossible poisson. On embarque à Lustrac, commune de Trentels (Lot-et-Garonne), un coin où les peupliers chuchotent par-dessus l’onde calme.
1,70 m en moyenne. Mal fichu, malfamé, le silure partage la famille des pêcheurs. Entre ceux qui s’agacent de ne plus trouver ni sandres ni brochets ailleurs que dans le ventre des silures et ceux qui tempèrent les dégâts et s’emploient à réhabiliter le monstre. Cette entreprise semblait aussi vaine que de mettre un costume à Elephant Man pour l’emmener au bal. Pourtant, depuis deux ans, la Fédération de pêche voit de plus en plus de pêcheurs participer au concours des Silurades (en juin). Le silure, appât à touristes ? La Fédé le pomponne aussi pour la salle à manger, entre guide de recettes et repas-concours de cuisiniers locaux. Il apparaît que la chair grasse du monstre se déguste mieux en pavés marinés qu’au barbecue. À part ça, l’étude du silure en est encore à ses balbutiements. Ils seraient environ 400, selon un comptage de l’échelle à poissons de Golfech. La taille de 1,70 m semble une moyenne admise. Mais sa propension à avaler le reste du zoo aquatique régresse dans les observations des professionnels. « Il y a deux ans, on a eu peur. Là, on dirait que ça se régule », explique Gilbert Toscani, 68 ans, garde-pêche.
Lâchers secrets. Le silure gloutonne aussi ses congénères. « On dit que le silure n’a pas de prédateur. C’est vrai pour les adultes. Mais jeunes, ils ne sont pas invincibles. » Du coup, Guy le spécialiste attrape « des très gros ou bien des petits ». Jeudi matin, on a eu un petit : 3 ans, déjà un bon mètre de long. Quand ils sont immenses, il suffit de les éventrer pour voir apparaître tout un étal de poissonnier dans un seul ventre - brèmes, brochets, poules d’eau, écrevisses, etc. À Lustrac, le mois dernier, Guy a pris « 43 ou 44 » silures, format moyen, en trois jours. Il a deux cannes qui ferrent au vif ou au gros ver de terre.
Quand ça mord, il y a bagarre. « Un combat difficile », juge Guy Brunet, qui préfère le matin tôt ou la soirée, quand l’ignoble est « plus actif ». Quand il est seul au bout de sa canne, il a la patience des pêcheurs, moins pour la lente contemplation des boiseries aquatiques que le goût de « ruser le poisson », quitte à l’attendre des heures.
Le silure est « assez rusé ». Plus qu’avant ? « Il s’éduque, devient plus méfiant. » Le Lot est un nid parfait : température douce, profondeurs, peu fréquenté. Les silures sont chez eux. Gilbert Toscani le savait. Il a participé au premier lâcher secret en Lot-et-Garonne, en juin 1992.
Il s’excuse, presque. « Au départ, c’est un poisson-trophée… » On est loin des 300 kilos pour 5 mètres des pays de l’Est, mais, parfois, Gilbert a un doute. « Quand même, prendre 50 kilos au bout de seize ans… »

Adrien Vergnolle

Un roc endiablé qui balance (SAINT-ESTEPHE - 24)

roc branlant
photo Jean-Christophe Sounalet

En Dordogne, en pleine forêt, un mystérieux rocher «branle» , comme on dit au village, sous une simple pression de la main…

L’odeur du matin dans la forêt, chèvrefeuilles des bois et châtaigniers, le ronflement de la rivière sur les pierres, le chevreuil qui broute sur le chemin et nous, enlacé contre un immense rocher de 50 tonnes, à tenter de le faire bouger. La réclame touristique dit : à la force du bras, le grivoisement nommé roc branlant s’anime comme un Culbuto. Curiosité monolithique et attraction du petit village de Saint-Estèphe, au nombril de la Dordogne, c’est un immense roc rond posé parmi des rochers en cascade sur le ruisseau Doue.

Plus haut qu’un basketteur américain, plus gros que deux sumos qui s’embrassent, il est vissé là, comme s’il avait dévalé la colline et stoppé sa course pile. Mais ce matin-là, on pousse, et rien : Sisyphe en panne. Question de méthode. « Il y a deux côtés pour le branler », enseigne Bernard, 58 ans, patron du club de pétanque, au bar du multiple rural, QG des ébranleurs locaux. « Du côté droit, dos au courant d’eau, avec une main, vous balancez de haut en bas. Ou alors de l’autre côté. Pour le lancer, faut un bon coup de reins, mais après, il prend de l’élan. Mais faut accompagner le mouvement. » L’origine du chapelet de rochers et son roc en équilibre se perd dans l’histoire locale. C’était « avant nos siècles », évalue René Dutin, 74 ans, ex-maire, ex-député, ex-patron du resto de l’Étang mais encore conseiller général, sous la bannière du Parti communiste (un autre roc branlant).

Multiplication des cèpes. La légende officielle raconte que le roc ferme la porte de l’enfer, où le diable a tenté d’y gober les moines du coin, goinfres au point d’utiliser les rochers pour mieux boulotter les châtaignes. « C’est un peu diabolique », déclare Nordine, 72 ans, à l’apéro avec Bernard. Après tout, le roc multiplie les cèpes (« Celui qui n’en trouve pas, c’est qu’il n’y va pas ») et les chevreuils (« il y en a plus que de lapins »). Et à l’époque des concours de pétanque au roc, « on gagnait plus d’argent que là-bas » (le boulodrome). Bernard a fait imprimer une image du roc sur les tee-shirts de la Boule Stéphanoise. C’est, disons, adapté.

Sinon, il y a une explication géologique, débitée par une insupportable voix de dessin animé depuis des bornes installées le long du parcours par la communauté de communes : sol de granit, altération de la roche par l’eau, bref, un caprice de la nature. Dans les années 60, la foule venait déjà, religieusement, s’endiabler au roc. Dans les années 30, une propriétaire voisine a fait protéger le rocher, de peur qu’il soit taillé en pavés pour les villages alentour. Les classes d’écoliers d’antan s’y baladaient une fois par semaine, les anciennes y lavaient le linge, les jeunes mariés y cassaient des assiettes. Les jeunes y vont encore, faire du VTT ou sauter de rocher en rocher. Mais pas organiser de messes sataniques, bien que l’endroit soit tout indiqué : René Dutin pense que le monolithe a reçu des sacrifices druidiques d’animaux. Le seul rituel connu est de placer une pièce sous le roc quand il branle, pour qu’il la plie.

Déréglé. Le roc branle, plie, mais ne rompt pas. C’était en 1999, la grande tempête : un chêne affalé sur le totem local l’a bloqué. Cinq ans plus tard, le maire a organisé l’opération sauvetage, en préférant des chevaux aux tracteurs pour dégager le roc. Le village a retenu son souffle. « On avait peur qu’il se dérègle », dit Bernard. « On était tous à l’affût. » C’était en 2005, au tendre printemps. D’une main tremblante, ils ont essayé. « Et puis ça a marché, et tout le monde était content. »

Adrien Vergnolle


 


15 juillet 2008 - Comments Off
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Moncrabeau (47). « Je jure de travestir toute la vérité »

roi-des-menteurs.jpg Moncrabeau est une ville des Alpes néerlandaises. Une mégalopole tentaculaire infestée de mégaloptères, d’au moins 25 millions d’habitants. Noyée sous une fraîche brume caniculaire tous les 36 du mois. Où l’on moissonne des hectares de maïs sur les toits ovoïdes d’immeubles de mille étages. Ou bien, mais cela reste à prouver, c’est un bled paumé dans l’Albret, avec une population évaluée à 800 têtes au dernier recensement. Personne, cependant, ne mettrait la sienne à couper que ce ne sont pas celles de 400 citoyens bicéphales.Moncrabeau, c’est n’importe quoi, tous les ans, le premier dimanche d’août.

Le retour du roi.

« Since 1972 », comme on dit dans l’industrie textile, la vérité y est, chaque été, habillée pour l’hiver. Travestie, maquillée et balancée sur le parvis des halles, devant un millier de curieux. Dimanche après-midi, pour la 35e fois, le titre de « roi des menteurs » a été décerné sur un fauteuil homonyme par une académie homonyme. Et à un type tout sauf anonyme. Du moins en Lot-et-Garonne : Fred Pojurowski, ancien conseiller général, avait déjà été couronné en 1987 puis sacré « roi des rois » en 1992, au terme d’une confrontation « historique » entre les vingt premiers lauréats de cette épreuve, sans autre équivalent dans le monde que sa version jumelle belge, organisée par, je cite, la « Royale Moncrabeau de Namur ».

Le concours des menteurs est l’héritier d’une présumée tradition locale de 1748, qui consistait à raconter sans cesse des histoires invraisemblables, à la seule condition qu’elles soient vraisemblables. « A l’époque, les gens désoeuvrés de Moncrabeau débattaient de l’actualité, causaient de tout et de rien. Quelques chanoines de Condom les rejoignaient en fin d’après-midi. Et lorsque plus personne n’avait d’histoire vraie en mémoire, ils commençaient à en inventer », raconte Gilles Capot, grand maître quatre-vingt-dix d’une cérémonie délicieusement ritualisée.

Certifié Jack-Lang.

Chaque candidat, préinscrit, fend un public d’estivants et entre dans le rectangle solennel des académiciens, vêtus de robes de velours rouge. S’il vient pour la première fois, il doit baiser la pierre de la Vérité, insérée dans le mur des halles, sur la petite place centrale. Et prononcer ce serment millénaire bien qu’imaginé en 1972 : « Je jure de travestir la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. »

Assis sur le fauteuil des menteurs, sous la devise « Vérité travestie, Verve, Joie » et en face de la maison natale de Fujiyo Lapuce (on ne connaît que lui, allons, c’est l’inventeur de l’informatique moderne), l’aspirant roi a quelques minutes pour convaincre l’auditoire du mal-fondé de son récit. Les néo-menteurs reçoivent au passage un « diplôme à bac + 10 certifié Jack-Lang » : la « Lettre-patente de la Très-Véridique Cour de Moncrabeau en forme de Priviliège ».

« Cannes à bisto de nas ».

Après quoi l’on tourne les pages. C’est-à-dire que deux enfants moncrabelais, appelés « les pages », font le tour des quarante académiciens avec un sac, dans lequel les sages versent de plus ou moins grosses cuillerées de sel. C’est le vote : le poids de sel déterminera l’identité du futur roi. C’est en supposant que le sel de l’Académie des menteurs n’est autre que de la cocaïne et en faisant la cocasse démonstration de l’implication des académiciens dans un vil trafic, que Fred Pojurowski a empoché la troisième couronne de sa carrière ainsi que 1,660 kilogramme du sulfureux sel fin.

« Il faut se rendre à l’évidence, a-t-il notamment déclaré. Nul n’a jamais vu l’ombre d’une canne à sel autour de Moncrabeau, donc point de sel. Par contre, ce que l’on voit à perte de vue, ce sont des champs de cannes à bisto de nas, plus connues sous le nom de cannabis. »

Commentaire de cet héroïque menteur, qui dit tout haut ce que les autres ignorent tout bas : « Certains m’ont mis au défi d’en parler. J’ai répondu “Ah, chiche !”. D’autres m’ont poussé : “Dis-leur, dis-leur !”. »

C’est ce qui l’a conduit tout droit au titre. Comme sur des rails.

Par Nicolas Espitalier.

Bayonne (64). Omelette Gargantua

Au-dessus de sa poêle géante de 2,20 mètres de diamètre, Peyo Indart, le visage rougi par la chaleur, touille vingt kilogrammes de piments doux avec une méga spatule. À côté de lui, ses amis battent énergiquement 2 500 ?ufs dans de grandes marmites.


La scène peut paraître surréaliste. Pourtant, elle se déroulait hier matin au carré des halles. À l’occasion du 4e championnat du monde d’omelette aux piments, les jeunes du comité des fêtes d’Armendarits ont préparé une omelette géante. Ce qui n’était pas une mince affaire : trente petites mains y ont travaillé pendant quatre heures.
Cette idée un peu folle ne date pas d’hier : « Cela fait dix ans qu’on en cuisine sur la place du village », indique Peyo.
À la fin de la matinée, 9 00 parts ont été vendues, au prix de 3 ? pièce. Les bénéfices récoltés sont destinés à l’association Ela (Association européenne contre les leucodystrophies).


Plat traditionnel. À côté d’eux, vingt peñas se disputent la place de champion du monde d’omelette aux piments. Une compétition qui, malgré son nom solennel, ne se prend pas au sérieux. « L’omelette, c’est la fête », s’enthousiaste Jean-Michel, de la peña Lagunekin. Organisé par le syndicat des producteurs de piment doux, ce concours vise à remettre une tradition tombée en désuétude au goût du jour : « Il y a vingt ans, quand on faisait les Fêtes, on mangeait de l’omelette vers 2 ou 3 heures du matin. C’est un plat facile à faire et convivial », assure Koldo Biscay, le président du syndicat.Le concours veut faire taire les « querelles de clochers. Chaque cuisinier a sa petite méthode qu’il juge supérieure. » Le jury, composé de douze personnes dont des cuisiniers, a le dernier mot.
Mais les perdants ne sont pas mauvais joueurs. Après la remise des prix, chaque peña passe dans la foule et propose gentiment une dégustation de leur fameuse omelette.

Par Allison Fernandes.

Devenez mannequin!!!

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Cet été, pourquoi ne pas méler farniente sur la plage et opportunité professionnelle dans la mode? Le “Top Model France Beach Tour 2007″ est organisé sur les plages de notre région, il s’agit d’un casting sauvage donnant l’occasion à des filles et des garçons de 16 à 24 ans de défiler devant un jury de professionnels de la mode. A chacune des étapes de la tournée, des gagnants seront désignés et pourront participer à la demi-finale qui aura lieu à Paris, à la suite de cette demi-finale, 10 garçons et 10 filles seront retenus et participeront à la grande finale qui aura lieu dans Les salons Du Louvre en présence de célèbrités venues en nombre pour l’occasion. A l’issue de cette soirée un garçon et une fille remporteront un contrat dans une agence de mannequins.

La tournée sera présente dans notre région à Saint-Jean-de-Luz le 07 août 2007, à Bidart le 08 août 2007 et les 09 et 10 août 2007 au Cap Ferret. Si vous êtes dans le coin à ces dates profitez-en pour tenter votre chance!

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Pour de plus amples informations : www.casting.fr La video de présentation

24 juillet 2007 - 2 commentaires
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La Truffe de Périgueux (24)

Les sélections du concours de chant la Truffe de Périgueux ont lieu chaque jeudi dans un quartier différent de la ville.

Prochain rendez-vous, place de Verdun, le 26 juillet; à Trélissac le 2 août; sur la place de la Clautre, le 9; à Saint-Georges, le 16 (réservé aux auteurs-compositeurs-interprètes). Truffe des enfants le 6 août sur l’esplanade du théâtre. Finale le 24 août au parc Gamenson.

Plus d’infos sur le site de la mairie www.perigueux.fr

Perigueux(24). « Tu te rappelles ce que disait Piaf ? »

Dans le paddock des lèvres tremblantes, on ne joue pas du lasso avec ses cordes vocales. On économise sa voix. On attend son heure. Chaque jeudi soir d’été, depuis le premier siècle avant Nikos Aliagas, les candidats de la Truffe de Périgueux ne s’égosillent jamais en back-stage avant leur entrée en scène. Plutôt que strass et paillettes, c’est stress et patience.

Boulay et Cherhal.

« Ne buvez pas cette eau, elle est glacée. Ce n’est pas le moment d’abîmer votre voix. Et puis, surtout, ne stressez pas, vous êtes là pour prendre du plaisir… Ah, attention, Renée. Lève-toi, ça va être à toi », intervient Jean-Luc Bacou, mère poule qui volette en coulisses et régisseur agissant de ce concours de chant, l’un des plus connus et des plus anciens de la région.

Les sept chanteurs en lice de ce jeudi soir ont été sélectionnés dans l’après-midi parmi une douzaine d’amateurs, sur la scène de quartier du Gour-de-l’Arche. Exercice à haut risque : le public diurne compte quelques fanatiques des ustensiles ménagers. Ceux-là viennent dans l’espoir d’entendre des voix de casseroles ou d’assister à des gamelles. Ils savent combien la cuisine de la truffe est un art subtil, et ils s’en régalent.

Passé ce premier écueil, choisis par le jury à l’heure du goûter, les chanteurs qui atteignent le show nocturne sont les meilleurs de la semaine. Ils se disputent alors une place, une seule chaque jeudi, pour la finale du 24 août. Soir d’apothéose où les vainqueurs dans les deux catégories, interprètes et auteurs-compositeurs-interprètes, inscriront leurs noms à un palmarès national plutôt prestigieux, sur lequel figurent notamment Isabelle Boulay (1993) et Jeanne Cherhal (2000).

Un gros blanc.

« Moi, je suis là pour le plaisir de chanter en public. J’adore ça. La semaine passée, je suis venue avec une chanson que j’avais bien potassée, “le Blues du businessman”, et je n’ai pas été retenue. Cette fois, j’ai appris le texte en une demi-heure de “Aïe, tu me plais”, de Marie Laforêt, et je suis passée ! » sourit la première candidate, Françoise, une agente immobilière ribéracoise de 47 ans. Prestation correcte sous les platanes.

Deuxième à passer, Renée connaît la maison. Ancienne Super-Mamie de Poitou-Charentes, cette retraitée angoumoisine de 66 ans a déjà goûté plusieurs fois aux ovations pétrocoriennes. Pendant son interprétation de la chanson de Patricia Kaas, « D’Allemagne », elle s’interrompt une fois. « Un gros blanc de 10 secondes », s’inquiète Jean-Luc Bacou, au pied de la scène. Mais Renée a du coffre et des ressources. Elle reprend le dessus, son triomphe est proche.

Jean-Luc Bacou rassure les candidats suivants. A Céline, lot-et-garonnaise et ancienne comédienne des Baladins de Monclar-d’Agenais, le régisseur demande : « Tu te rappelles ce que disait Piaf ? Si t’as pas le trac…

C’est que t’es pas bon », complète la jeune fille.

Le jury hué.

A 22 h 15, le jury livre son verdict, candidat par candidat. Rituel immuable, à un moment ou à un autre, les jurés sont hués par la foule en colère. Ce soir, c’est sur le cas de Marlène que les tribuns et la plèbe se déchirent. L’étudiante, qui vient de Saint-Jean-Pied-de-Port (64) et ne perd pas le nord, a chanté « Je viens du Sud ». Le jury la saque, c’est la bronca. « Je suis dégoûté pour toi, je te jure. Tu as super bien chanté », vient glisser Steve à Marlène.

Steve est le petit-fils de Renée, il obtiendra le prix du public à l’applaudimètre, et sa grand-mère la qualification pour la finale. Ils se tombent dans les bras en coulisses. « Je n’y crois pas, je n’étais venue que pour amener mes petits-enfants », s’émeut l’aïeule. « Pour le chant, on te doit tout, tu le mérites », lui retourne Steve.

Par Nicolas Espitalier.

Plus d’infos sur www.perigueux.fr

21 juillet 2007 - Aucun commentaire
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