logo

Les trente minutes blondes (SEIGNOSSE - 40)

Ladislas de Hoyos fut la doublure de PPDA au JT de TF1. Avant d’en être éjecté par celui-ci. Avec malice, M. le Maire observe aujourd’hui Laurence Ferrari concurrencer « Mémé-DA »

tele ladislas de hoyosPhoto Xavier Ges

Il n’était pas blonde puisqu’il n’avait déjà plus de cheveux sur le caillou. Pis, il n’a jamais déballé sa poitrine ni ses conquêtes dans les magazines. Et pourtant - c’est incroyable -, Ladislas de Hoyos a présenté le 20 Heures de TF1. Par centaines de fois même (de 1988 à 1991), il joua les doublures de PPDA jusqu’à ce que celui-ci finisse par le trouver un peu moins glamour que Claire Chazal. Mais, alors que son ex-copain de bourreau est à son tour en voie de « martyrisation » massive, transformons donc Ladislas en ménagère de moins de 50 ans. Et regardons ensemble Laurence Ferrari, dont on nous dit que le métier serait le plus beau au monde. « Enfin, vous mettez n’importe qui à l’antenne et vous en faites une star. » Car si Ladislas n’est pas du genre à cracher dans la soupe, faudrait voir à ne pas trop lui pousser l’assiette sous le nez quand même. Que PPDA pourtant se rassure, le temps de régler la mire et quelques comptes, voici pour lui la preuve qu’il y a bien une vie après le 20 Heures. Mais peut-être à condition d’être élu et réélu comme lui maire de Seignosse.

20 heures. Elle dit merci. Lundi, Ladislas de Hoyos aurait dû regarder France 2, parce que « Chazal l’ennuie ». En restant poli. En le restant moins, on apprendrait que sa meilleure ennemie est désormais surnommée « Mémé-DA » dans les murs du maçon. « Ce premier journal de Laurence Ferrari est à mes yeux moins important que le dernier de PPDA. Que j’ai enregistré et regardé deux fois. Il s’en est bien tiré, avec élégance. Sa seule erreur aura été de ne pas avoir senti le vent tourner. Mais bon, avec les casseroles qu’il a eues dans les années 90, il n’aurait pas tenu une minute aux États-Unis. » Une longévité qui aura au moins eu le mérite de retarder la guerre des blondes. « Je suis persuadé qu’il y en a une de trop. Ce soir, Ferrari commence par remercier la rédaction. Ça change. » De ton, mais pas de fond. « Le déroulé des JT de TF1 et de France 2 est identique. C’est pour cela qu’aucun présentateur ne pourra vraiment modifier la formule. De toute façon, l’âge d’or des JT est terminé. La télé à la demande se développe, et il y aura bientôt un Audimat instantané… Vous verrez qu’un jour on coupera des sujets en direct. »

20 h 16. Elle lit. « C’est bien, ce qu’elle fait Ferrari. Elle se penche sur ses papiers et lit le prompteur sans faire bouger ses yeux. Et quand elle interviewe Alain Bernard, elle écoute ses réponses, ce que ne sait pas faire Chazal. » Convaincu qu’il faut avoir entendu siffler les balles de kalachnikov avant de célébrer la grand-messe en tenue de soirée, Ladislas de Hoyos ne pense pas pour autant que les non-filles et les non-blondes sont une espèce en voie de disparition. « Au JT, tout est dans la voix et le regard, PPDA savait d’ailleurs très bien en jouer. Et je suis certain que des Léon Zitrone reviendront un jour à l’écran. » Plus encore que leur couleur, c’est pourtant la densité des cheveux qui semble aujourd’hui en cause. « Je me souviens avoir dit à PPDA que le jour où il serait chauve comme moi il se poserait des questions. Mais il a fait des implants. »

C’est en lisant une brève dans « Le Figaro » que ceux de Ladislas de Hoyos se sont virtuellement dressés sur sa tête. « Un vendredi matin, plus personne ne voulait me prendre au téléphone. Lorsque j’ai fini par croiser Mougeotte, il m’a dit que c’était une rumeur bidon. » PPDA aura beau lui offrir un casse-croûte pour lui dire combien il l’aime, c’est sous les projecteurs de l’ANPE des Yvelines que l’ex-star du JT ira présenter ses hommages. « Les gens pensaient que je faisais un reportage. Je n’étais pas bien… pas bien du tout. Forcément, le 20 Heures, c’est le fauteuil papal. Dix mecs peuvent s’y asseoir parmi les 30 000 journalistes recensés en France. »

20 h 32. Elle sourit. « Un collier discret, un sourire et une spontanéité qui lui sont propres, elle va donner un coup de vieux à sa collègue. Et puis, surtout, elle n’a pas terminé en nous balançant le fameux “Quant à moi je vous retrouverai, etc.”, façon Chazal justement. »

 

Sylvain Cottin

Et n’oubliez pas la fête des paires ! (Dax - 40)

Seulement appréciés dans l’assiette de quelques privilégiés très discrets, les testicules de toros de combat s’évaporent aussitôt la bête vaincue. Pendant la feria, le commun des aficionados se conselera des ” criadillas ” en consommant des steaks, des rôtis et, surtout, de la daube.

dax couilles de toroSouhaitons d’abord à Juan Bautista qu’il sorte ce soir des arènes de Dax avec les oreilles et la queue de son adversaire. Mais, de grâce, s’il veut éviter d’être à son tour mis à mort, que, surtout, jamais le matador ne touche aux valseuses de l’animal.
Il est ainsi de l’or en berlingots dans la culotte du toro. Denrée d’autant plus rare que la bête féroce n’en porte, hélas ! que deux en sautoir, ses testicules restent le Graal estival d’une poignée d’aficionados au bec fin. Panées ou persillées, ces précieuses sont d’ailleurs si peu ridicules dans l’assiette qu’on se les arrache en douce à même le sol des arènes. Car si le brave, sitôt vaincu, est évacué vers l’abattoir, afin d’y subir une résurrection bouchère, très prisée elle aussi, il est exceptionnel, en revanche, que les bijoux de famille ne soient pas dérobés en chemin par ses proches. « En fait, la plupart du temps, ils sont discrètement coupés par un boucher, avant même que le toro soit chargé dans le camion », avoue un intime. « On en fait ensuite profiter les copains, c’est tellement difficile à trouver, ces couilles de toro. » Ne dit-on pas d’ailleurs que les couilles de toro ne se trouvent pas sous le sabot d’un cheval, fût-il celui du picador ?
Marquons une pause. Même si tout le petit monde des ferias appelle une couille de toro, « une couille de toro », c’était ici la dernière fois - c’est promis - que nous appelions une couille, « une couille ».
Passons plutôt à table. « Ce n’est pas le meilleur truc du monde, mais puisque tu n’en trouves nulle part, c’est un privilège que d’en goûter une fois par an », reconnaît André-Marc Dubos, le rédacteur en chef de « Toromag ». Souvent au menu en Espagne, les fameuses « criadillas » sont, à l’inverse, totalement absentes de la carte des restaurateurs français. « C’est logique, ça serait forcément du marché noir. » Le cours des bourses restera donc clandestin. « Ça ne vaut pas les rognons d’agneau, mais c’est très bon quand même. Elles ne se ressemblent pas toutes ; comme chez l’homme, certaines pendent plus que d’autres mais, une fois pelé, chaque testicule est gros comme un œuf d’oie. » De nobles parties qui tiennent ainsi dans la main, avant de fondre dans la bouche, pour peu que l’on prenne soin de les découper en tranches, sans qu’il soit toutefois nécessaire d’en laisser une tomber dans le potage, comme le prétend la légende (voir recette ci-contre). Certes plus nourrissants que les noyaux de l’agneau, les pruneaux de toro ne seront cependant qu’une grosse centaine à être prélevés pendant la feria de Dax. Pas de quoi, donc, nourrir 700 000 festayres affamés. Alors, si tout est bon dans le cochon, le reste de l’anatomie du cornu vaut-elle un Big Mac ?
Franchissons la porte de la boucherie Aimé, où trois générations déjà y ont taillé la bavette de toro. « C’est plus sauvage, moins persillé et plus ferme que le bœuf, et c’est d’abord par tradition que les gens d’ici en mangent, comme la dinde à Noël », raconte Cathy Aimé. « Notre bœuf de Chalosse, par exemple, doit faisander au moins trois semaines, pour le toro de combat huit jours suffisent. Les bêtes proposées aujourd’hui en rôtis, filets ou entrecôtes viennent des Fêtes de Mont-de-Marsan et d’Orthez, la semaine prochaine nous aurons celles de Dax. »
Mais entre les lignes et ses côtes, il faudra bien finir par lire que le toro de compétition n’est parfois guère plus tendre dans la marmite qu’au combat. A-t-on d’ailleurs jamais vu une tribu cannibale se régaler d’un sprinteur olympique ? C’est en daube, en revanche, que le fauve est le mieux dompté. Oignons, carottes, vin rouge et aromates, pour à peine 10 euros le kilo. Nous ne saurions enfin trop conseiller aux inconditionnels des hum ! hum ! en or de ne point céder à la tentation du braconnage. Gardez plutôt votre chiffon rouge pour aller à la pêche au batracien. Même si les roupettes de la grenouille ne se feront jamais aussi grosses que celles d’un bœuf, au moins la partie ne vous sera pas fatale.

Légende de la photo : Boucherie Aimé. Puisque votre demande de bourses a peu de chance d’être acceptée, goûtez la daube de toro Photo Philippe Salvat

Sylvain Cottin

Le cri du métal au fond du bois (ONDRES - 40)

ondres

Situé à deux pas de Bayonne, le long de la nationale 10, le village d’Ondres, dans les Landes, à la frontière des Pyrénées-Atlantiques, héberge la famille Duplantier. Le père Dominique, dessinateur-illustrateur, a toujours soutenu avec la mère des enfants la passion de Jo et Mario, tous deux leader du groupe Gojira.

Un chevreuil a continué tranquillement son petit repas, sans broncher. Il doit être sourd. En revanche, les oiseaux ont déserté des chênes. Les écureuils se planquent, on les imagine assez bien les petites pattes vissées sur leurs oreilles duveteuses. Même les poissons du lac à côté ont pris la tangente, plus rien à pêcher. Gojira répète. Dans un nid douillet à deux pas de la nationale 10, au cœur de la forêt landaise, Gojira, groupe de métal mouille le tee-shirt, dézingue les cordes, assomme la grosse caisse, écrase les micros, déchire le silence.
Sur la photo du magazine de rock, ils ont l’air patibulaire. De grands méchants loups, qu’on n’aimerait pas croiser au petit matin dans un coin paumé. Cheveux longs noirs, œil charbonneux, ils font la gueule avec conviction. Et puis là, lorsque, enfin à bout de forces, ils émergent de leur terrier musical, un sourire dévoile leurs fossettes, ils nouent une gentille couette derrière leur nuque et se ruent sur le Nutella et le pâté, à grands coups de dents. Jo Duplantier, son frère Mario, Jean-Michel Labadie et Christian Andreu, quatre garçons dans le bois, les Gojira. Groupe de métal français, plus connu dans le monde que dans l’Hexagone, ils achèvent aujourd’hui le bouclage de leur quatrième album, à la maison. Pas du petit lait, mais du bon rock enragé, bien au-delà du hard rock, Deep Purple peut toujours tenter la première partie de Lorie et Led Zeppelin celle d’Annie Cordy.
On aime les arbres. À 25 ans de moyenne d’âge, ils se préparent à affronter la plus grosse scène de toute leur vie. Le 14 août à Arras, aux côtés du groupe mythique Metallica, devant plus de 25 000 personnes. Un enjeu de taille qui ne leur coupe pas l’appétit. Sous le grand chêne qui les a vus grandir, Jo et Mario Duplantier argumentent : « Le métal c’est l’évolution logique du rock, après le hard rock. Plus sophistiqué, plus technique, plus dur. Le son des guitares métalliques revêt une connotation industrielle, on peut penser au bruit urbain, des grues mécaniques, des transports en commun, des machines. Mais le métal, c’est de la musique pure, sans la rock attitude, sex, drug and rock’n'roll. Nous on est plutôt : eau, légumes vapeurs et chocolat. On a une réflexion philosophique sur la vie et on ne dit pas « fuck off » à la société. Cette musique revendique une forme de colère terrible, mais ça expurge. Dans nos concerts, le public a envie d’être abruti de décibels, comme un défoulement positif. Il n’y a rien de haineux. On se questionne : que peut-on faire avec la colère pour créer quelque chose bien ? On s’inscrit dans le monde, et puis on aime les arbres. »
Soutenus par leurs parents, les Gojira ont monté leur lieu de résidence professionnelle ici, à Ondres, donc dans la forêt. Un studio d’enregistrement, une salle de répétition, des bureaux. Désormais, le groupe compte un agent, un tourneur et des milliers de fans. Oui autant que ça. En ce moment, ils tentent de trouver le son d’une vague qui s’écrase sur les rochers un jour de tempête, guitares et batterie à bloc. « Recherche sonore » signalent-ils. À ceux qui grimacent et se bouchent les oreilles, ils assurent que le métal ne compte que des mélodies. « Il faut dépasser le stade du bruit, le côté radiateur de vieille bagnole, ajoute Mario. Le métal est un vaste monde mélodique, avec des contrepoints, des harmonies. Si t’écoutes un titre quinze fois, tu vas te surprendre à le chanter. »
Certes. Mais les écureuils landais n’ont aucun goût pour la musique. Pas plus que les oiseaux, qui du côté d’Ondres ne chantent toujours pas.

Isabelle Castéra

Us et coutumes du Moyen Age (MAZERES - 33)

villandraut

photo Philippe Taris

Pendant dix jours, à partir de dimanche, le château de Roquetaillade accueille un camp médiéval reconstitué par des comédiens amateurs et passionnés. Ce genre d’animation se multiplie dans les villages et châteaux de la région. Reportage à Villandraut, lundi dernier.

Lundi matin, Jean-Baptiste a rasé ses cheveux autour des oreilles et la nuque. Ainsi coupé au bol, il a enfilé un gros gilet rembourré, auquel il a lacé un fuseau rouge en laine, comme un porte-jarretelles ; puis des genouillères en ferraille, un plastron en cuir, une écharpe en cote de mailles et une sorte de bonnet péruvien. Sous 35°, c’était pas vraiment pour aller à la plage. Mais faire Guérin, soldat de l’armée du roi, occupé à bouter l’Anglois hors de Guyenne, vers 1460.

Jean-Baptiste a 23 ans, il étudie la physique et ainsi accoutré il marche comme Pinocchio mal graissé. C’est exprès : « Le but est de retrouver les gestes de l’époque. » Les reconstitutions médiévales, il appelle ça l’histoire vivante. On le croisera avec ses amis chevaliers, ribaudes et nobliaux, dimanche au château de Roquetaillade, à Mazères, pour dix jours de vie médiévale jouée par ces amateurs du Ranguier de Bueil. Ils sont venus en voisins lors de la Journée médiévale de Villandraut, lundi, animée par les Bordelais de Graal Production. Ces troupes se multiplient, comme les animations médiévales touristico-patrimoniales avec artisans déguisés et incontournables producteurs d’hydromel.

Cousu main. La bande à Guérin est déguisée (pardon, « costumée ») au détail archéologique près, ceux de Graal Production sont plus patchwork (ou alors on ignorait que Du Guesclin portait des espadrilles). Du coup, Jean-Baptiste chipote devant un soldat : « D’un point de vue logique, ça ne va pas : ton tabar date du XIe ou XIIIe, mais tes espalières sont XVe. » Bon, le plus souvent, ces joyeusetés costumées sont aux livres d’histoire ce qu’un plan drague en boîte est à la déclaration de Cyrano au balcon de Roxane : n’importe quoi. Mais la passion est sincère. Les vêtements sont cousus main, sauf en cas d’achat sur l’Internet (à 300 euros le pourpoint, en effet, ça donne des envies de couture). Au niveau théâtre, ce n’est pas la Comédie-Française. Mais à regarder de près, on s’aperçoit qu’ils jouent leur rôle toute la journée, avec ou sans public, dans un français vaguement ampoulé. « N’auriez-vous donc pas vu ma douce ? » coupe un chevalier quand on discute avec un autre, qui lui répond très sérieusement. Un peu schizophrène. Le goût de se sentir vivre un film, préfère dire un serf en braies gauloises. Déconnexion de l’empire moderne, retour aux alluvions de la consommation ? « Il y a un peu de ça », dit Jean-Baptiste/Guérin.

Caricature. Tous sont fondus de jeux de rôles (parfois grandeur nature), d’épopée gaillarde, de sorcellerie et de petits lutins au fond des bois. Ah, le Moyen Âge, « sa féerie, ses légendes », récite Éric de Graal Production, passionné depuis les scouts. Et ses guerres, sa conception limite de la démocratie participative, sa mortalité infantile… ? « On sait que la période est noire, mais on fait revivre le côté magique. » Les temps obscurs, façon « Visiteurs » : magiciens ténébreux au rire grinçant, saltimbanques qui passent la journée à jongler, combattants à épée et leur sempiternel « je vais t’embrocher, faquin », etc.

Cela dit, ces grands enfants qui ont oublié qu’on pouvait aussi passer le week-end en jean à boire des vodka-Red Bull en draguant les filles au Cap-Ferret assument leur « rêve de gosse ». Et « ça prolonge la recherche », dit l’étudiant en histoire Corentin, 22 ans, alias Roger de Lanthenay, lieutenant du roy au Ranguier de Bueil, buste rembourré qui fait un corps en V, chapeau-sombrero en laine à écharpe intégrée (l’époque est au costume « pour se la péter », analyse-t-il). Il prépare une maîtrise sur… l’armée romaine. Dont les sandalettes en cuir seraient un chouïa plus adaptées à l’été.

Adrien Vergnolle

Un Grolandais landais à Hossegor (HOSSEGOR - 40)


bellocq

photo Philippe Salvat

Le département des Landes accueille cet été celui qui est probablement le meilleur surfeur du Groland. Une virée avec le complice de Mickael Kael, le journaliste délirant de Canal +

La journée va être longue. Je fais le tour de la famille à Mont-de-Marsan. On se tient au courant. Vive la France ! Gloire à Satan ! » Franck Bellocq et sa planche de surf ne rejoindront pas le très prisé sable d’Hossegor dans les délais imposés par la houle. Il me l’a signifié par SMS. Avec ses mots. Car son langage n’est pas celui de « nous autres, Français ». Huit ans déjà que le trentenaire vit en présipauté grolandaise !

Exilé volontaire dans cette contrée du PAF où les noms de patelins invitent au voyage : Perdrons-la-Louvrette, Chichigneux, Mufflins… C’est ainsi qu’il est devenu Frankiki, stagiaire de Mickael Kael sur Canal+. Pourtant, quand sonne l’heure du « rien foutre » estival à Hossegor, Franck Bellocq suffit. Il vous parlera ici de sa grand-mère, femme de cran habituée aux mises en scène grolandaises… À ces moines mexicains qui, sur Canal, sondèrent en profondeur l’intimité du petit-fils ; ou encore à ces sécrétions naturelles que Frankiki reçut en pleine face pour les besoins du script. Ici, cette carrure bourvilienne aux airs de Jean Yanne jeune vous racontera surtout « ce qui a fait le lien entre Hossegor, Groland et Frankiki ».

Les Soupulls. Il résume : « Après la catastrophe de l’”Erika”, je me suis rendu au siège de Total, à la Défense, pour récupérer 163 millions d’euros avec des amis d’Hossegor, Capbreton et Seignosse. Nous avions créé les Soupulls, la Super Organisation ultrasecrète pour une lutte contre les lobbys. Total nous avait accusés de repérage terroriste. Et nous avions passé l’après-midi en taule avec un commissaire qui s’appelait Moulin… ce qui nous a bien fait marrer. »

La poésie des Soupulls avait frappé Moustic, Gustave de Kervern et consorts en plein cœur. Et en plein foie ! Car une cuite avec Gus allait plonger l’étudiant d’alors (en journalisme) dans la marmite grolandaise… de l’écriture de sketches jusqu’à Frankiki, à assumer devant 1,5 million de téléspectateurs.

Sur la Croisette landaise, il se promène pourtant incognito. Et donne rancard à ses amis. Richard, Claire… ou bien Youenn, qui chambre : « Franck, c’est le renégat parisien ! » Ce traître-là n’a pourtant rien sacrifié de son humilité et de cette conception du surf qui ne colle pas avec les contrastes d’Hossegor la coquette. Où les bars basques sont lounge. Où le Germanique en méduses apprécie la vue des dunes les plus siliconées de la plage. Où la faune à scooter avale sa dose de « junk food » sous les yeux révulsés d’une clientèle BCBG de bandits manchots : « Des frites ? Cela va contraindre mon teint. »

Première pinte. Frankiki résiste, même ici, à la terrasse du café cosy situé au-dessous de son ancien appartement. Pas de Blue Lagoon ni de coucher de soleil au champagne-fraise. Il est 18 h 15. Le Landais grolandais se contentera d’une (première) pinte. Un délice ! Bien davantage que la métamorphose des lieux. « Pour un Grolandais, Hossegor n’est plus ”the place to be”. L’ambiance ”roots” est morte. Ici, c’est Cannes. » Ainsi la compare-t-il à Contis, « moins frime, plus proche de l’esprit originel du surf ». Il cite enfin LA station à découvrir : Quend-Plage (Somme), théâtre du festival de « not’bô pays », le Groland.

Fini le 40. Hossegor lui procure juste sa dose de surf et d’amitié. « Heureusement qu’il y a ça ! lance-t-il. Mais quand on quittera Paris avec Eve (sa compagne, ancienne assistante de production à Groland), on ne s’installera pas à Hossegor. Ce sera sans doute Bordeaux, une vraie ville où il y a un bar tous les 10 mètres. » Frankiki emmènera aussi son rejeton de 3 mois, dont le prénom évoque ce réflexe de post-alcoolisation : « C’est un petit Raoul… Forcément ! »

La présence de Frankiki dans les bureaux interlopes de Groland-Paris n’est donc plus requise, puisque le travail à distance a été inventé. Ainsi se débarrassera-t-il de « cet ignoble 75 ». Or, en attendant, il peste : « À Paname, je m’étais débrouillé pour garder le 40. Et récemment, je n’ai pas pu y couper. » À l’arrière de sa voiture, un autocollant GRD (comme Groland) le blanchit toutefois. Alors il sème, au zinc, stickers et passeports de la présipauté.

Bientôt 2 heures du mat’, dans la nuit de « môrdi » à « credi ». Trois pintes et quelques litres de rouge plus tard, on n’a toujours pas trahi l’esprit grolandais. Banzaï !

Thomas Villepreux


 


Soustons (40). Les Irlandais de Soustons descendent à Bayonne

rugby.jpg Ce soir, Pottoka doit gambader dans les trèfles. Le petit cheval basque, souriante mascotte de l’Aviron Bayonnais rugby, ne se promène jamais qu’à la tête d’un cortège d’allégresse et de chants, tous derrière, tous derrière, et lui devant. Les quelque 1 200 supporters irlandais attendus au stade Jean-Dauger, aujourd’hui, pour le match amical non officiel Aviron-Irlande, ignorent encore tout de l’animal pyrénéen. Du « Vino Griego », le chant têtu dont s’enivrent jusqu’à l’overdose ses admirateurs. De la fierté ombrageuse des Bayonnais, « meilleur public » du rugby français. Du vieux conflit de voisinage qui les unit à ceux d’à-côté, plus étroitement encore que n’importe quel jumelage.L’ambiance du Munster.

Nigel Osborne, lui, sait déjà tout ça. « La vraie équipe de la région, dit-il, c’est Bayonne et pas Biarritz. A Dublin, il y a quelques années, j’ai joué avec un Basque, Eric Olazabal, et il m’a tout expliqué… C’est vrai qu’en Irlande, le Biarritz Olympique est plus connu grâce à ses participations à la Coupe d’Europe, mais le club de Bayonne a derrière lui les spectateurs. J’y ai retrouvé la même ambiance qu’au stade du Munster, à Limerick, où le public est exceptionnel. »

Pour partager cette découverte, mardi après-midi, cet ancien joueur des Dublin Wanderers s’est présenté à la billetterie du club bayonnais et a acheté 145 places pour le match de ce jeudi.

Si le gros des troupes vertes atterrira dans la journée sur le tarmac de Biarritz-Parme, en provenance directe de Shannon ou de Dublin, Nigel et ses 144 compagnons de tribune arriveront en bus. Et seulement de Soustons, à quelques dizaines de kilomètres au nord de Bayonne. Depuis huit ans, l’Irishman aux pectoraux d’acier a fait venir sur les installations du Centre nautique de la cité sud-landaise des milliers de jeunes rugbymen irlandais. « De l’équipe d’Irlande des moins de 20 ans, qui a réalisé au printemps dernier le grand chelem au Tournoi des Six-Nations, huit titulaires sont passés par Soustons quand ils avaient 15 ans », glisse ce Dublinois qui passe « quatre à cinq mois par an » dans le sud-ouest de la France.

Cours de français et de rugby.

Sur la seule année 2007, 900 garçons ont déjà travaillé leur technique rugbystique au bord du lac de Soustons. Cette semaine, Nigel Osborne encadre les stages de préparation d’avant-saison de deux équipes scolaires et un groupe d’élèves inscrits à son French Sports and Language Center : des 11-17 ans qui enchaînent chaque jour quatre heures de cours de français, quatre heures d’entraînement et quelques activités nautiques.

« La plupart ont déjà vu jouer l’équipe nationale irlandaise là-bas. Et nous avons fait venir des joueurs célèbres au centre, comme Brian O’Driscoll ou Gordon D’Arcy, ou encore des gens comme Abdel Benazzi et Richard Pool-Jones. Alors, c’est une chance supplémentaire d’avoir ce rendez-vous à Bayonne pour les voir jouer à quelques semaines de la Coupe du monde », souligne l’homme au nom d’alcool espagnol, qui reviendra « avec des copains » en septembre assister aux matches des Irlandais à Bordeaux contre la Géorgie et la Namibie.

« On battra la France ».

« Pour moi, l’Irlande battra la France dans le match de poule. Chez nous, on connaît déjà le nom des titulaires, alors que les Français en sont encore à chercher leur équipe type », juge Nigel Osborne. Ses jeunes protégés n’en pensent pas moins. Mark, 15 ans, ailier dans l’école dublinoise Saint Andrew, pense que l’Irlandais Hickie est le meilleur ailier du monde. Les Verts accéderont-ils aux quarts de finale ? « Definitely ! (C’est sûr !) » s’écrie Dylan, un flanker de 16 ans. Au bord du terrain d’entraînement, quelques parents en vacances à Labenne encourage les jeunes : « Come on, boys… » C’est poussif, lesdits boys devront faire mieux que ça, ce soir à Jean-Dauger, face au meilleur public de France.

Par Nicolas Espitalier.

Mainfonds-Aubeville (16). Laurent Cochon, fondu de ballon

Debout dans la nacelle d’osier, encore en contact avec le sol, Laurent Cochon actionne le brûleur sans quitter des yeux l’immense toile en train de s’élever doucement au-dessus du champ. Une manoeuvre effectuée avec beaucoup de doigté et de précaution.

Un peu plus cher qu’une robe de grand couturier parisien, ce genre de tissu est tout aussi précieux. Pour l’acheter, le Foyer rural de Mainfonds-Aubeville, qui organise depuis hier en Charente la 15e édition de la Coupe d’Europe de montgolfières, a dû solliciter des partenaires financiers. A présent, les bénévoles du club n’ont plus besoin de regarder les clichés de Yann Arthus-Bertrand pour voir leur terre de vignobles et de champs depuis les cieux. Le Foyer rural compte même trois pilotes : Didier Tard, Kévin Allemand (lire ci-contre) et Laurent Cochon.

Ferronnier d’art, ce dernier est revenu dans le Sud-Ouest, en Dordogne, après un séjour en Champagne qui lui a permis de restaurer les grilles du château de Versailles et de passer, en 2003, son brevet de pilotage de montgolfière.

Indirigeable.

« Comme pour un avion, il faut un brevet. Ca demande des connaissances aéronautiques. Il faut, par exemple, savoir gérer l’inertie qui fait monter ou descendre le ballon. Le ciel est aussi très réglementé : on a toujours une radio à bord pour contacter les tours de contrôle. Comme on ne se dirige pas… »

C’est là la grande différence de la montgolfière, et ce qui fait son charme, avec les autres objets volants identifiés : on sait d’où on part, pas forcément où on atterrit.

« Avant de décoller, on lâche un ballon gonflé à l’hélium pour connaître le sens du vent et sa vitesse. Tout le travail du pilote consiste à bien choisir le lieu de décollage. Généralement, on arrive à se poser à l’endroit où l’on a décidé », assure Laurent Cochon, qui, en bon pilote, se lève tôt et se couche tard pour assouvir sa passion.

« Il faut en moyenne un écart de 70 degrés Celsius entre l’intérieur et l’extérieur du ballon, sachant que la température peut monter jusqu’à 105 degrés dans l’enveloppe. Il faut donc décoller quand la température extérieure est stable, en début ou en fin de journée », explique-t-il.

« Descente froide ».

Moins spectaculaire en apparence que le parapente ou le deltaplane, le vol en montgolfière peut donner quelques frissons. Comme lors d’une « descente froide ».

« L’autre jour, j’ai chauffé le ballon pour monter à 1 300 mètres de manière à revenir en arrière. Puis j’ai relâché l’air chaud. Le ballon est descendu très vite, à 4 mètres par seconde. Ca impressionne les gens au sol, parce que le ballon se déforme. Mais dans la nacelle on ne sent rien », rassure Laurent Cochon.

Le sens de la navigation des pilotes est mis à l’épreuve lors de la Coupe d’Europe de montgolfières, sous forme de jeux d’adresse tels que la poursuite d’un ballon-renard ou le lâcher de lests sur des cibles au sol.

« Il y a trente-cinq ans, nous avons voulu organiser une Fête de l’air », raconte Jean-Pierre Barbot, président du Foyer rural. « Au cours de la première édition, le public aurait dû assister à un largage de parachutes, mais notre contact avait oublié de commander l’avion… Il y a vingt ans, le pilote Jacques Bernardin est venu pour la première fois avec sa montgolfière. Il nous a proposé d’organiser un championnat de France, mais on a été devancés par Tarbes. Comme elle n’existait pas, on a créé la Coupe d’Europe. »

Calme.

Laurent Cochon et le ballon du Foyer rural de Mainfonds-Aubeville feront partie cette année de la flotte de montgolfières venues de Pologne, de Croatie, d’Italie ou d’Allemagne.

Une concentration qui ne gâchera pas le calme du ciel. « Une fois là-haut, dans la nacelle, on n’entend plus que le bruit du brûleur, par à-coups. Il y a une grande quiétude. Et on voit des paysages magnifiques, que ce soit au-dessus de la Champagne ou de la Charente. Un vol ne ressemble jamais à un autre », confie Laurent Cochon.

Orthez (64). De la tête de veau au petit déjeuner

orthez.jpg « Aujourd’hui, mardi 31 juillet, c’est langue de boeuf, tête de veau ou entrecôte. Alors, qu’est-ce que je vous sers ? » Il est 7 h 30, heure de convergence impressionniste des cheveux mouillés du matin et des tee-shirts de la veille. Le café, c’est non. Le croissant, c’est non. Même l’ami du petit déjeuner, contrôlé positif à la poudre de chicorée, encourt une grosse journée de suspension si, d’aventure, il rechigne à laisser le bol et les tartines au vestiaire.Car il n’y a jamais eu qu’un seul chemin praticable pour entrer comme il se doit dans le dernier mardi de juillet, ultime jour des fêtes d’Orthez : la descente en rappel, dès l’aube, harnaché à ses propres intestins. En espérant qu’ils soient assez solides pour tenir jusqu’au fromage et ne pas casser au digestif.

« Incontournable ».

En Béarn, les petits déjeuners à la fourchette ont survécu à l’exode rural et au McMorning, aux indigestions de choix de Bruxelles et à l’entrée des machines à café automatiques dans les bureaux. Ces copieux repas matinaux à l’attention des ouvriers et paysans restent une réalité hebdomadaire dans les établissements familiaux les plus connus de la place orthézienne : on en mitonne encore chez Mantète, chez Moulia, chez Cabeillou… Fondé dans les années 1930 et situé rue Saint-Pierre, à deux pas du marché, le dernier nommé est ce qu’on pourrait appeler un haut lieu commun.

Chaque mardi, jour de marché, les travailleurs y gueuletonnent entre la mise en place des stands et l’arrivée des chalands. Une fois par an, à la fin juillet, ces habitués ne sont plus seuls. « Nous, on ne peut pas venir tous les mardis de l’année parce que notre travail ne nous le permet pas. Par contre, le petit déjeuner à la fourchette le mardi des fêtes, c’est mythique. Incontournable ! On est toute une bande de copains de 40 à 80 ans et on est toujours là », se marre Joss.

Toiles cirées.

« Chez Cabeillou, poursuit-il, c’est un lieu privilégié d’Orthez, tout le monde y passe, tout le monde connaît. Les politiques y font des apparitions, en général, à l’approche des élections ! Par-dessus le marché, on y mange bien, et la famille qui tient le restaurant, ce sont des gens humbles et discrets. »

Josette et Piteu ont beau être connus de toute la ville, ni eux, ni leur fille Nathalie, désormais patronne, ne cherchent à se mettre en avant. L’enseigne ne se voit qu’à peine de la rue et ne porte aucun nom, juste les mots « Bar Restaurant ». « Ils pourraient enlever la pancarte, il y aurait toujours du monde », commente un rugbyman de Navarrenx. « Les fêtes, c’est ici. Faire les ferias d’Orthez sans passer par Chez Moulia ou Chez Cabeillou, c’est sacrilège », glisse Frisou.

A 7 h 30, des centaines de coudes s’abattent sur les toiles cirées à carreaux. De longues tables ont été dressées dans la cour intérieure. Deux ou trois salles à manger attenantes sont garnies de convives.

La jeune garde, nuit blanche et foulard rouge, cheveu hirsute, réussit à échouer ici après une longue fête. Elle cherche avec les yeux fermés ces copains qui n’arriveront qu’à midi. A la « table des jardiniers », rendez-vous annuel des paysagistes de la région, auxquels se sont joints aujourd’hui des représentants du club de basket de Bonnut, ce sera douze têtes de veau et le corbières de circonstance.

Deux plats d’affilée.

« Et après ça ? » Douze entrecôtes, tiens. Un deuxième plat dans la foulée, accompagné de flageolets : ce ne sera pas la peine de remanger avant le milieu ou la fin d’après-midi. La viande est tendre, sa cuisson ne fait pas l’objet de questions inutiles. D’autorité, c’est servi saignant et ça se coupe presque comme on déjeune : à la fourchette.

On cause palombes et basket. Parmi les festayres aux yeux cernés, le manque de sommeil fait le lit des grandes phrases. Celle-ci est de Guillaume : « Ce matin, j’ai vu écrit “trente et un sept”. Je me suis dit qu’il allait faire chaud. Et puis je me suis rendu compte qu’en fait, c’était la date. »

Par Nicolas Espitalier.

15ème Coupe d’Europe de Montgolfières en Charente !

Voici une idée originale de sortie pour ce week-end. La 15 ème coupe d’europe de Montgolfières se tiendra toute cette fin de semaine dans plusieures villes de Charente. La fête sera d’autant plus belle qu’un meeting aérien est prévu sur le domaine de MainfondsAubeville avec la patrouille de France et un champion du monde de voltige ! Vous pourrez aussi y admirer de nombreux avions et hélicoptères prestigigieux.

Ca se passe donc en Charente du 2 au 5 août 2007 . Toutes les dates et les lieux sur le site officiel http://www.hotairballooneuropeancup.com/