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Les vendredis du cow-boy solitaire (LAMONZIE-MONTASTRUC - 24)


western

photo Marie Seillery

Situé à quelques kilomètres de Bergerac, le petit village de Lamonzie-Montastruc héberge un étrange cow-boy, Dominique, charpentier de métier

Lamonzie, ça vous dit ? Lamonzie-Montastruc, en Dordogne. Un bled au milieu de coteaux, de châteaux, en plein cœur de l’histoire de France. Ici vit et travaille un certain Dominique Aymard, charpentier de métier. C’est écrit sur les flancs de sa voiture. Dominique Aymard, tout le monde le connaît, il y a toujours une charpente, un escalier ou un plancher à bricoler par ici. Et tout le monde sait, dans le coin, que s’il est un artisan sérieux, il n’en est pas moins un peu dingo.
Plutôt la folie douce, attention. Dominique Aymard, le vendredi, ne répond plus au téléphone. Il pisse dehors, nettoie ses colts, mange accroupi devant un petit feu surmonté d’un trépied en bois dans des gamelles en ferraille. Au menu ? Chili - « Et pas pour les fillettes, ma p’tite, tu mets un doigt dedans et tu rougis. » Ah oui ! aussi : il porte un chapeau et des bottes à éperons. Et bien entendu, il se fait appeler Jim. Jim le cow-boy.
Jim est un « westerner ». Se dit des gens qui ont la passion des westerns. Pas des films, mais du mode de vie des cow-boys.
Jim, le puriste, un gars sympa. Il a beau posséder deux colts et deux Remington, il ne s’en sert jamais. Chez lui, dans son jardin, tout au fond derrière la jolie maison léchée, il a fabriqué un petit coin de l’Ouest américain, des pionniers, avec saloon, banque et prison.
Ça lui a pris en 2000, alors qu’il commençait à apprendre les danses country avec sa femme, au New Dance Country de Bergerac. Après avoir participé au record du Guinness, à savoir 24 heures et 10 minutes de danse non-stop, il a décidé d’ouvrir un saloon. Il a trouvé des planches, normal, c’est son métier, et à temps perdu il a construit sa cabane chez lui. Pas du bricolage de gosse, mais du costaud qui tient la route. « Je me suis inspiré des vieux westerns, je les regardais en oubliant l’histoire, me concentrant uniquement sur les décors. Quels films ? Sais plus. Mes meilleures sources restent quand même Lucky Luke, la BD et ”La Petite Maison dans la prairie”. »
Plutôt période 1830. Après le saloon, Jim a construit la banque et la prison. Il ne manque rien. John Ford n’aurait pas renié le décorateur. Si vous avez du bol, Jim vous invitera, il y a toujours un bon vieux whisky à boire dans une chope en bois. Et de la musique de bastringue, on n’est pas des chochottes.
Désormais, la passion a pris le dessus. Une fois par semaine, le vendredi, Dominique devient Jim dans une espèce de schizophrénie assumée. Ainsi, le matin, il enlève son pyjama et s’habille en Jim : pantalon en toile qu’il a fait venir des États-Unis, chemise blanche, boutons en nacre, « seulement deux trous et pas quatre, comme à l’époque », gilet de grand-père, ceinturon avec le colt toujours enfourné, chapeau de cow-boy. Jim ne rentre pas à la maison. Il allume son feu, prépare son frichti. « Je vis comme à l’époque, sans fausse note. J’en profite pour améliorer l’habitat, je range. Tiens, aujourd’hui, j’ai nettoyé les pistolets, et après j’ai joué au poker avec Wesley. Wesley, c’est mon voisin. Lui aussi a chopé le virus des westerners. Là, il fait le soldat sudiste. »
Maintenant, Jim participe à des camps de reconstitution, éminent représentant de l’association Fort Rainbow. Sa femme regarde tout ça d’un œil las. Mais comme elle l’aime, elle le suit lors des reconstitutions. Elle s’habille en Calamity Jane, ce qui ne plaît pas aux cow-boys, très pointilleux, qui préfèrent les « vraies » femmes… en robe.
Ce vendredi, Jim a accepté de danser sur le plancher de son saloon, même si « ce n’est pas d’époque, la danse country. Ici, on est autour de 1830, la country vient beaucoup plus tard ». Les pouces enfilés dans le ceinturon, il a fait voler la poussière.

Isabelle Castéra

Monsieur et Madame rêvent (MONPAZIER - 24)

CONCERT BASHUNG(4523772)

Photo Marie Seillery

Depuis vingt ans, le festival L’Été musical en Bergerac rassemble amateurs de musique classique, jazz,variété, danse dans des lieux prestigieux. Le château de Biron, la place des Cornières de
Monpazier, le Château Saint-Germain, l’abbatiale de Cadouin ou l’Abbaye de Saint-Avit-Sénieur. Bashung précède le Ballet de l’Opéra du Rhin…

« Moi, je m’appelle Chloé, Chloé Mons. Je ne parle pas pour Bashung. D’ailleurs, je partage la scène avec lui ce soir. Mais lui aussi avec moi. » Chloé garantie pur jus. Du gaz à tous les étages. Les cheveux poussés jusqu’au bas des fesses, des rondeurs plus qu’assumées, la belle blonde vous assomme d’un coup de cil. Pêchue. N’imaginez surtout pas qu’elle assure la déco, le soutien moral de l’artiste. Car ici, l’artiste, c’est elle aussi.

Ici ? Monpazier, cité médiévale du Périgord au milieu des salades de gésiers et du foie gras sous toutes ses formes. Monpazier qui accueille ce soir, au coeur de sa bastide, Alain Bashung et, donc, Chloé Mons. Ou vice versa. À quelques heures du concert, et avant de boire un citron pressé, Chloé cale sa balance avec les musiciens et techniciens. Une meute de grands garçons en tee-shirt noir, armés de boucles d’oreille : on les reconnaît à cet air lunaire de ceux qui sortent du lit. En fin d’après-midi. Chloé, elle, fait claquer ses bottes sur les pavés. « On adore les petits festivals, tout est beaucoup plus simple. Et puis, nous avons des amis en Dordogne. C’est joyeux de chanter sur cette place, non ? Et puis chaleureux aussi. On voit les gens à qui on chante… »

Alain Bashung est fatigué. Maladie. Les rumeurs bruissent sous les cornières. Les fans font triste mine. « Il paraît que… » « Si c’est sûr, tout le monde le sait. »

Chloé impose sa nature, elle pète la santé, pas là pour pleurnicher : « Quoi ? C’est mon mari. On est ravis de partager la scène. On s’aime et on aime chanter ensemble. C’est notre petit rendez-vous à nous. » Ils sont mariés depuis dix ans. Ils s’aiment, ils vont chanter tous les deux. Personne n’attend Chloé, elle le sait et s’en tape. « Moi, je vais assurer une première partie, seule avec mon ukulélé, des titres inédits. » « Calamity Jane », le titre de son album lui colle à la peau. Elle décroche un sourire, remonte sa jupe pile au-dessus des genoux ronds. Les organisateurs du festival, qui en célèbrent la vingtième édition, en vantent l’éclectisme, le côté artisanal tricoté main. À quelques heures du concert, ils apprennent que Bashung sera accompagné par Chloé. OK, tout va bien.

21 heures samedi. La place explose, impossible de rentrer plus de monde. Chloé Mons se plante seule sur la scène comme annoncé. Sur les chaises, on papote pendant qu’elle impose son ukulélé et son culot de fille de cow-boy. J’y suis j’y reste. Et qu’importe ce qu’elle entonne, elle insuffle une décharge de bonne humeur au milieu de tous ces gens consternés. Car lorsque Bashung arrive, le crâne chauve, la démarche traînante, le contraste fait mal.

Et puis il va chanter, des textes crépusculaires, et cette voix qui chauffe jusqu’aux pierres centenaires, et son ombre draculéenne répliquée trois fois sur la vieille grange aux dîmes.

Don d’ubiquité. Ici, tout le monde a envie de chialer. Pas parce qu’il est paraît-il malade, parce que ce moment est pur. Le voilà à l’acmé de son art. Dépouillé de tout le reste. Sec comme un coup de poing que l’on prend en plein coeur. Il dépose là, au milieu des champs de blé, des vergers chargés de fruits, des murs blonds, il dépose à nos pieds tout le reste de son talent. En concentré.

C’est la fin du concert. Chloé revient sur scène chanter avec son mari. Comme prévu. Avec sa main dans la sienne, perfusion de chair et de sang. C’est comme ça quand on s’aime.

Isabelle Castéra

En attendant la Dame blanche (MARQUAY - 24)

Puymartin

Au XVIe siècle, Thérèse de Saint-Clar aurait été enfermée quinze ans, puis emmurée dans un cachot du château de Puymartin. Depuis, cette figure classique de la Dame blanche des châteaux de France est « apparue » à des visiteurs. Suffit-il de croire pour la voir ? Tentative, une nuit auprès de sa porte…

Et voilà comment on se retrouve à attendre un fantôme devant son cachot au sommet d’un château du Périgord noir, à 2 h 30 du matin. Ça commence au détour d’un site fantasmagorique sur Internet : le château de Puymartin et sa Dame blanche, emprisonnée puis emmurée dans sa geôle, est apparue diaphane à ses propriétaires, quatre siècles plus tard. Zombie publicitaire ou fantastique à portée de main ? L’après-2 heures du matin étant son jardin, autant venir camper à sa porte. Et attendre, sans savoir trop quoi (une interview ? une crise cardiaque ? une preuve que la vie existe après mort ?) ni tout à fait qui : Thérèse de Saint-Clar, fantôme sans âge, sans archive ni image, censée nous apparaître à sa façon dans son 2 mètres carrés cylindrique en pierre. Mais au final, rien…

Médium en transe. Peut-être délibérait-elle derrière la porte, mais nous, sur lit pliant dans la salle de garde, face à la cellule, au sommet de la tour nord, on s’est juste revu enfant hésitant à éteindre par peur des monstres de la nuit ; à prendre sa propre respiration pour le ronflement d’un spectre. Silence lourd, à part le vent sur les créneaux et les autos loin par-delà la forêt. « Si vous la voyez, ça me fera plaisir », avait commenté bizarrement le châtelain Xavier de Montbron à l’heure du coucher. La légende de derrière la porte en bois raconte que vers 1560, la jeune Thérèse fut surprise aimant son amant protestant par son catholique de mari rentré de la guerre. Écart charnel, placard éternel : la voilà murée et nourrie par voie de trappe. Puis libérée en vapeur surnaturelle. « Mon père y croyait », explique Xavier de Montbron, fils héritier du mobilier mais pas de la conviction qu’un esprit s’y balade. Quoiqu’un soir, cet oiseau ; et un autre, cet éclair… Le père a vu une silhouette aux traits fins quelques secondes dans l’escalier, une nuit de 1960. Il a eu « peur ». D’autres apparitions ont suivi. Il était « habité » par ça, dit le fils. Lui, sait qu’il n’a pas « l’exclusivité » d’un fantôme en son château. Sa mère avoue un léger « doute » à force de témoignages. Il y a eu un médium en transe, un radiesthésiste convaincu, des gens effrayés par une chouette effraie, une ado quasi évanouie, des halos sur des photos et une collection de mails de visiteurs qui ont « senti des choses » (ombre, brouillard, froid, etc.) Reste une ambiance particulière. « Vous y croyez ? » s’était enquise, la veille, une Parisienne venue tester le fantôme dans une des chambres d’hôte de la tour, en guise de lune de miel. Son mari, que rien n’a réveillé, non.

Mais elle, elle a vu la Dame blanche « en rêve », « rousse », et lui annonçant : « Ton mari n’est pas bienvenu au château. » Elle s’est réveillée chaque soir à 2 h 30, de cri de chouette en portable s’allumant… pour cause en fait de signal de batterie faible. Coïncidence horaire ? Alors ? « Les apparitions sont liées aux activités hypnagogiques (1) », explique Jérôme Noirez, 38 ans, écrivain à Penne (47) et auteur d’une encyclopédie des fantômes (2), qui trouve « formidable que l’esprit engendre de tels fantasmes. Étymologiquement, le fantôme, c’est le double. On y met nos angoisses, nos névroses. »

Universel. Pâle figure, emmurée ou défenestrée (en tout cas malmenée) sur fond de religion : la Dame blanche (3) est un fantôme universel. Comme les ovnis pendant la guerre froide ou Marie apparaissant à Lourdes.

La nôtre aurait son origine dans la mode du roman gothique au XIXe (relire « Le Horla », de Maupassant). D’ailleurs, Henri de Montbron ne sait pas quand la croyance s’est installée dans la généalogie. « Un espace architectural comme un château est une machine à bruits ou phénomènes thermiques et olfactifs, parfois sidérants. » Plus une imagination prolifique pour se prouver que la vie existe malgré la mort. Thérèse n’est que l’émanation psychique de cerveaux vivants, pas de son âme survivante. On le lui aurait bien dit, mais on a dormi. Comme dans une tombe.

(1) Liées à l’endormissement.

(2) perso.wanadoo.fr/cocalos

(3) Ne pas confondre avec une autre dame blanche, celle des routes, qui annonce un danger.

Adrien Vergnolle

Un roc endiablé qui balance (SAINT-ESTEPHE - 24)

roc branlant
photo Jean-Christophe Sounalet

En Dordogne, en pleine forêt, un mystérieux rocher «branle» , comme on dit au village, sous une simple pression de la main…

L’odeur du matin dans la forêt, chèvrefeuilles des bois et châtaigniers, le ronflement de la rivière sur les pierres, le chevreuil qui broute sur le chemin et nous, enlacé contre un immense rocher de 50 tonnes, à tenter de le faire bouger. La réclame touristique dit : à la force du bras, le grivoisement nommé roc branlant s’anime comme un Culbuto. Curiosité monolithique et attraction du petit village de Saint-Estèphe, au nombril de la Dordogne, c’est un immense roc rond posé parmi des rochers en cascade sur le ruisseau Doue.

Plus haut qu’un basketteur américain, plus gros que deux sumos qui s’embrassent, il est vissé là, comme s’il avait dévalé la colline et stoppé sa course pile. Mais ce matin-là, on pousse, et rien : Sisyphe en panne. Question de méthode. « Il y a deux côtés pour le branler », enseigne Bernard, 58 ans, patron du club de pétanque, au bar du multiple rural, QG des ébranleurs locaux. « Du côté droit, dos au courant d’eau, avec une main, vous balancez de haut en bas. Ou alors de l’autre côté. Pour le lancer, faut un bon coup de reins, mais après, il prend de l’élan. Mais faut accompagner le mouvement. » L’origine du chapelet de rochers et son roc en équilibre se perd dans l’histoire locale. C’était « avant nos siècles », évalue René Dutin, 74 ans, ex-maire, ex-député, ex-patron du resto de l’Étang mais encore conseiller général, sous la bannière du Parti communiste (un autre roc branlant).

Multiplication des cèpes. La légende officielle raconte que le roc ferme la porte de l’enfer, où le diable a tenté d’y gober les moines du coin, goinfres au point d’utiliser les rochers pour mieux boulotter les châtaignes. « C’est un peu diabolique », déclare Nordine, 72 ans, à l’apéro avec Bernard. Après tout, le roc multiplie les cèpes (« Celui qui n’en trouve pas, c’est qu’il n’y va pas ») et les chevreuils (« il y en a plus que de lapins »). Et à l’époque des concours de pétanque au roc, « on gagnait plus d’argent que là-bas » (le boulodrome). Bernard a fait imprimer une image du roc sur les tee-shirts de la Boule Stéphanoise. C’est, disons, adapté.

Sinon, il y a une explication géologique, débitée par une insupportable voix de dessin animé depuis des bornes installées le long du parcours par la communauté de communes : sol de granit, altération de la roche par l’eau, bref, un caprice de la nature. Dans les années 60, la foule venait déjà, religieusement, s’endiabler au roc. Dans les années 30, une propriétaire voisine a fait protéger le rocher, de peur qu’il soit taillé en pavés pour les villages alentour. Les classes d’écoliers d’antan s’y baladaient une fois par semaine, les anciennes y lavaient le linge, les jeunes mariés y cassaient des assiettes. Les jeunes y vont encore, faire du VTT ou sauter de rocher en rocher. Mais pas organiser de messes sataniques, bien que l’endroit soit tout indiqué : René Dutin pense que le monolithe a reçu des sacrifices druidiques d’animaux. Le seul rituel connu est de placer une pièce sous le roc quand il branle, pour qu’il la plie.

Déréglé. Le roc branle, plie, mais ne rompt pas. C’était en 1999, la grande tempête : un chêne affalé sur le totem local l’a bloqué. Cinq ans plus tard, le maire a organisé l’opération sauvetage, en préférant des chevaux aux tracteurs pour dégager le roc. Le village a retenu son souffle. « On avait peur qu’il se dérègle », dit Bernard. « On était tous à l’affût. » C’était en 2005, au tendre printemps. D’une main tremblante, ils ont essayé. « Et puis ça a marché, et tout le monde était content. »

Adrien Vergnolle


 


15 juillet 2008 - Comments Off
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Tursac (24). “L’histoire de la torture racontée aux enfants”

torture.jpg Peut-on raconter l’histoire de la torture à un enfant ? Peut-on considérer, sous prétexte qu’il regarde régulièrement les actualités à la télévision, qu’il est déjà passé entre les mains d’un dentiste et qu’il a vécu de l’intérieur le chassé-croisé des estivants sur la nationale 10, qu’un enfant est prêt à découvrir l’usage de l’écrase-pouces, du brise-genou, du collier en barbelé ou de la « cigogne à estropier » ? A suivre la file de visiteurs de l’exposition sur la torture en Europe du Moyen Age à la Révolution, présentée à la maison forte de Reignac, il apparaît que les plus gênés sont les parents. Que répondre en effet à une interrogation pour ne pas dire une question du genre : « Papa, pourquoi la chaise elle a des clous? », ou : « C’est quoi, l’ablation des pieds ? »

« Ca les intéresse beaucoup, ils veulent tout voir et tout savoir », confirme une mère de trois petits curieux qui a du mal à convaincre l’un de ses fils de « ne pas toucher à la grosse hâche ».

« Ca doit faire mal ».

Allison, fillette belge de 6 ans et demi aux boucles blondes, est subjuguée par chacun des instruments contondants et tranchants accrochés au mur, tel le coupe-langue ou le brise-crâne. D’un mot, elle résume sa pensée à la vue de l’outillage soigneusement préservé de la rouille et confirme l’aspect pédagogique de l’exposition : « Ca doit faire mal. » « Nous pensons que l’exposition est déconseillée aux mineurs, à moins qu’ils ne soient accompagnés de leurs parents. Après tout, c’est un devoir de mémoire », souligne Jean-Max Touron, propriétaire de la maison forte de Reignac et du site troglodytique de La Roque-Saint-Christophe, passionné d’histoire, qui a longtemps insisté pour faire venir en Dordogne cette exposition internationale passée par Mexico, Tokyo et San Francisco.

« Nous avons eu 60 000 visiteurs depuis le mois de mai. C’est un tel succès, inattendu je dois le dire, que nous la présenterons encore l’été prochain. Le thème colle à notre époque : regardez le camp de Guantanamo ou le scandale d’Abou Ghraib. Des historiens estiment à environ 500 000 millions le nombre de morts violentes, hors périodes de guerre, au cours du XXe siècle. Cette exposition permet, je crois, de faire le point deux siècles après la Déclaration des droits de l’homme ».

Tête décollée.

Le texte sacrée de la République française orne d’ailleurs la plus célèbre des inventions du Saintais Joseph-Ignace Guillotin. Si les puristes diront qu’elle n’a pas sa place dans une exposition sur la torture elle en est plutôt la conclusion , on apprend toutefois que, suite à des études scientifiques, « la tête sait qu’elle est décollée du corps ».

« Je ne lis pas toutes les explications, pour qu’elle ne comprenne pas », murmure la mère de Lucie, 8 ans. « Oui, mais là, le fauteuil, j’ai compris à quoi il sert », répond cette dernière, espiègle, en montrant du doigt les griffes acérées de la terrifiante chaise d’Inquisition, un des jouets préférés de Torquemada. Alexis, qui fête son septième anniversaire avec le bras gauche dans le plâtre, ne frissonne même pas devant la cage suspendue d’où un faux squelette contemple les visiteurs. Il se demande juste : « Pourquoi il n’a plus de vêtements ? »

Supplice de la chèvre.

Valentin, qui a la chance de savoir lire, ne s’émeut guère plus en apprenant que, coupée dans le sens de la longueur, la tête en bas, « la victime de la scie ne perd connaissance qu’au moment où celle-ci arrive au nombril ». Certains vont même jusqu’à sourire en passant devant le pilori, où, comme Fernandel dans le film « François Ier », les condamnés se faisaient lécher les pieds par une chèvre, quand bien même la notice précise que c’était « jusqu’à l’usure complète de la chair ».

« Il n’y pas de mise en scène. Les détails ne sont pas nécessaires, explique Jean-Max Touron. Il y a juste un fond sonore (1), sinon les gens n’osent pas parler. » Ce serait un comble pour une exposition qui en a les moyens.



Par Frédéric Zabalza.

22 août 2007 - Aucun commentaire
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Perigueux et Trélissac (24). Espace des tentes pour cyclotouristes

cyclocamping.jpg Entre la rue Salvador-Allende et le concessionnaire Peugeot, la France est un puzzle de 13 hectares sur un champ de maïs en jachère. La Champagne s’y trouve à l’ouest de la buvette, sous le logo sang et or du Club cyclotouriste rémois. La Bretagne, même à l’est, reste identifiable à son « Gwenn ha du », la bannière blanche et noire aux mouchetures d’hermine, plantée en plusieurs exemplaires au-dessus des tentes par les sociétaires du club de Saint-Gilles, à côté de Rennes. Aux hampes des drapeaux, en plus des fiertés locales et des couleurs identitaires, on attache des milliers de vélos.La Haute-Patate.

Le « camping nø 1 », situé à Trélissac, est le plus gros dortoir de la Semaine fédérale cyclotouriste. Il réunit chaque nuit 4 000 des 15 000 sportifs amateurs qui passent leurs journées sur les routes de Dordogne. La géographie désordonnée de ce pays provisoire est celle des plaques minéralogiques et des accents régionaux. « Nous, on est d’la Haute-Patate », commence Roland, immatriculé 70 (la Haute-Saône, donc), qui roule huit heures par jour, les « r » et jamais des mécaniques.

« Le vélo, c’est une saine distraction. Je vois plein de gens qui s’ennuient et je me dis que s’ils faisaient du vélo, eh bien, ils ne s’ennuieraient pas », avance ce retraité de 64 ans. Il en fait presque dix de moins. Il a laissé un doigt et cotisé ce qu’il faut de trimestres dans la menuiserie. « Maintenant, je collectionne les cols », reprend-il. Cette semaine, il grimpe ce que le Périgord vallonné propose de mieux en la matière. Rien de bien alpestre, certes : le point culminant du département ne s’élève qu’à 478 mètres, sur la branche la plus haute de l’arbre le plus haut de la forêt de Vieillecour.

Le « col » d’Atur.

« Moi qui suis habitué aux grands cols, ça me semble accessible », se marre Roland en évocant ce que les Périgourdins appellent le « col » d’Atur, dénivelé casse-pattes près de Périgueux, Tourmalet light des autochtones. Mardi, les cyclos ayant opté pour le plus grand circuit du jour ont dévalé à contre-sens la côte de Vergt. « Ca descendait pas mal par là, ça doit être quelque chose en montée ? », s’interroge Roland, en caressant la carte routière.

Bien vu, Roland : c’est dans ce remous fraisicole qu’un soir d’été, un Navarrais aux capacités pulmonaires de 7,8 litres avait pris définitivement le maillot jaune du Tour de France 1994. L’étape reliait Périgueux à Bergerac, le vainqueur s’appelait Miguel Indurain. Or, la veille, à Trélissac, pour l’arrivée du Tour au pays du foie gras, l’étape avait été remportée par un certain Bo Hamburger. O, ingratitude, ô oublieuse mémoire du cyclotouriste, qui refuse de charger ses sacoches de nostalgie : treize ans après, sur la même commune, il ne rend pas l’ombre d’un hommage au Danois si bien nommé, et mange de l’anchaud de porc et du haricot-couenne sous chapiteau.

Scottish et gigouillettes.

« On fait 430 couverts tous les soirs. C’est tellement sympa que les bénévoles en redemandent », sourient Laurence Liangeaud et Nicolas Herpin, les deux responsables associatifs qui ont pris l’initative d’encadrer le camping nø 1. « On est accueillis dans une ambiance exceptionnelle », jugent Joël et Michèle, du très voyant club de Reims. Le terrain est prêté par la mairie et les 80 bénévoles, essentiellement issus des services de la Ville de Trélissac, s’y activent nuit et jour.

« Je bosse de 6 heures à 13 h 15 le matin, je me repose un peu et je viens bosser ici », précise Sébastien, derrière le comptoir de la buvette. Christian, un retraité normand, y raconte comment il devint tétraplégique pour plusieurs mois, à 30 ans, après une chute d’alpinisme. Comment il a trouvé dans le vélo la meilleure des rééducations. A côté de lui, un musicien est monté sur scène et enchaîne à l’accordéon des danses bretonnes, scottish et gigouillettes, pour faire danser la délégation d’Ille-et-Vilaine. La journée, ils ont des jambes épilées et des casques profilés. Le soir, les guibolles endiablées et des chapeaux ronds.

Par Nicolas Espitalier.

Mainfonds-Aubeville (16). Laurent Cochon, fondu de ballon

Debout dans la nacelle d’osier, encore en contact avec le sol, Laurent Cochon actionne le brûleur sans quitter des yeux l’immense toile en train de s’élever doucement au-dessus du champ. Une manoeuvre effectuée avec beaucoup de doigté et de précaution.

Un peu plus cher qu’une robe de grand couturier parisien, ce genre de tissu est tout aussi précieux. Pour l’acheter, le Foyer rural de Mainfonds-Aubeville, qui organise depuis hier en Charente la 15e édition de la Coupe d’Europe de montgolfières, a dû solliciter des partenaires financiers. A présent, les bénévoles du club n’ont plus besoin de regarder les clichés de Yann Arthus-Bertrand pour voir leur terre de vignobles et de champs depuis les cieux. Le Foyer rural compte même trois pilotes : Didier Tard, Kévin Allemand (lire ci-contre) et Laurent Cochon.

Ferronnier d’art, ce dernier est revenu dans le Sud-Ouest, en Dordogne, après un séjour en Champagne qui lui a permis de restaurer les grilles du château de Versailles et de passer, en 2003, son brevet de pilotage de montgolfière.

Indirigeable.

« Comme pour un avion, il faut un brevet. Ca demande des connaissances aéronautiques. Il faut, par exemple, savoir gérer l’inertie qui fait monter ou descendre le ballon. Le ciel est aussi très réglementé : on a toujours une radio à bord pour contacter les tours de contrôle. Comme on ne se dirige pas… »

C’est là la grande différence de la montgolfière, et ce qui fait son charme, avec les autres objets volants identifiés : on sait d’où on part, pas forcément où on atterrit.

« Avant de décoller, on lâche un ballon gonflé à l’hélium pour connaître le sens du vent et sa vitesse. Tout le travail du pilote consiste à bien choisir le lieu de décollage. Généralement, on arrive à se poser à l’endroit où l’on a décidé », assure Laurent Cochon, qui, en bon pilote, se lève tôt et se couche tard pour assouvir sa passion.

« Il faut en moyenne un écart de 70 degrés Celsius entre l’intérieur et l’extérieur du ballon, sachant que la température peut monter jusqu’à 105 degrés dans l’enveloppe. Il faut donc décoller quand la température extérieure est stable, en début ou en fin de journée », explique-t-il.

« Descente froide ».

Moins spectaculaire en apparence que le parapente ou le deltaplane, le vol en montgolfière peut donner quelques frissons. Comme lors d’une « descente froide ».

« L’autre jour, j’ai chauffé le ballon pour monter à 1 300 mètres de manière à revenir en arrière. Puis j’ai relâché l’air chaud. Le ballon est descendu très vite, à 4 mètres par seconde. Ca impressionne les gens au sol, parce que le ballon se déforme. Mais dans la nacelle on ne sent rien », rassure Laurent Cochon.

Le sens de la navigation des pilotes est mis à l’épreuve lors de la Coupe d’Europe de montgolfières, sous forme de jeux d’adresse tels que la poursuite d’un ballon-renard ou le lâcher de lests sur des cibles au sol.

« Il y a trente-cinq ans, nous avons voulu organiser une Fête de l’air », raconte Jean-Pierre Barbot, président du Foyer rural. « Au cours de la première édition, le public aurait dû assister à un largage de parachutes, mais notre contact avait oublié de commander l’avion… Il y a vingt ans, le pilote Jacques Bernardin est venu pour la première fois avec sa montgolfière. Il nous a proposé d’organiser un championnat de France, mais on a été devancés par Tarbes. Comme elle n’existait pas, on a créé la Coupe d’Europe. »

Calme.

Laurent Cochon et le ballon du Foyer rural de Mainfonds-Aubeville feront partie cette année de la flotte de montgolfières venues de Pologne, de Croatie, d’Italie ou d’Allemagne.

Une concentration qui ne gâchera pas le calme du ciel. « Une fois là-haut, dans la nacelle, on n’entend plus que le bruit du brûleur, par à-coups. Il y a une grande quiétude. Et on voit des paysages magnifiques, que ce soit au-dessus de la Champagne ou de la Charente. Un vol ne ressemble jamais à un autre », confie Laurent Cochon.

Jeu : “La Région vue du Ciel” (05/14)

Rendez-vous tout l’été, pour jouer avec le blog “Sur La Route” : reconnaissez une ville, un site ou un lieu emblématique de la région, à partir d’une vue aérienne de Geoportail.fr

Etape mystère n°05. Au cours des siècles, Celtes, Bénédictins et Réformés se sont croisés sur les berges de cet îlot posé le long de la Dronne. De quelle ville s’agit-il ?

Si vous connaissez la réponse, déposez-la dans les commentaires ci-dessous. Prochaine étape jeudi 02 août.

Au cours des siècles, Celtes, Bénédictins et Réformés se sont croisés sur les berges de cet îlot posé le long de la Dronne. De quelle ville s'agit-il ?

30 juillet 2007 - 2 commentaires
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Reportage photos : le vieil homme et ses pierres

vieillepierre1.jpg vieillepierre2.jpg vieillepierre3.jpg vieillepierre41.jpg lacfort.jpg vieillepierre7.jpg vieillepierre5.jpg vieillepierre6.jpg

 

Photos de Emilie Drouinaud.

La Roque-Gageac (24). Le vieil homme et ses pierres

vieux4.jpg Il existe une grande variété de lieux où l’homme moderne aime occuper son temps libre. De la palombière à la cabane de pêche, du cybercafé à la cabine d’essayage des magasins de vêtements. René Deuscher passe le sien dans un fort. Le fort troglodytique de La Roque-Gageac, près de Sarlat, qui s’accroche avec peine, depuis le XIIe siècle, à une falaise de calcaire surplombant le village et la rivière Dordogne.

Plombier devenu châtelain.

« Il paraît qu’on m’appelle parfois le châtelain. Ca ne me fait pas déplaisir, c’est un joli titre », sourit ce Périgourdin au sang alsacien, né il y a soixante-dix ans (« Tout le monde m’en donne 80 ! ») dans le petit village voisin de Daglan, « sur un coteau entouré de genévriers et de cabanes ».

De châtelain, René Deuscher, dont la silhouette évoque Haroun Tazieff arpentant l’Etna, n’en a pas vraiment les origines. Ses trois frères peuvent en témoigner. Jusqu’en 1972, c’est dans les chantiers, aux alentours de Sarlat, qu’il passait ses journées à exercer ses talents de plombier spécialisé dans le montage de chauffage central, « l’élite de la profession ! ».

Passionné de spéléologie et d’archéologie, il a délaissé l’obscurité des profondeurs pour la vue imprenable des falaises troglodytiques. « Je me posais la question : nom de Dieu, comment des hommes ont pu s’y prendre pour monter là-haut ? Un jour, un copain, clerc de notaire, m’a conseillé de répondre à une petite annonce de l’Office de tourisme de la Dordogne, qui louait à Tursac le site de La Madeleine c’est lui qui a donné son nom à la période magdalénienne. Je voulais le faire revivre pour le présenter au public. »

Voleurs de pierres.

A peu près à l’époque de sa reconversion, René fit l’acquisition, « pour une bouchée de pain disent les gens », du fort de La Roque-Gageac, en ruines. « Je l’ai laissé tranquille tout en continuant à travailler à La Madeleine. Et puis je m’en suis lassé, je l’ai même mis en vente au bout de douze ans. Finalement, je l’ai ouvert au public en 1992, après avoir créé une SARL (1) avec mon fils Raphaël et ma fille Stéphanie. J’avais mis des guides au début, mais ils ne voulaient pas monter les escaliers plusieurs fois par jour… »

Depuis 1992, le vaillant René Deuscher a donc entrepris de restaurer le site pierre par pierre. Sur ses fonds propres. En quinze ans, il n’a reçu qu’une seule subvention, de la part du Conseil général de la Dordogne. Il n’en tire aucune amertume et éprouve plutôt un sentiment de liberté. « Avec entre 25 000 et 30 000 visiteurs par an, c’est le site qui marche le plus mal en Dordogne. Mais je ne suis pas gourmand », assure René Deuscher, qui ne prend pas de gants pour dire sa façon de penser à une touriste qui discute le prix d’entrée. Ou pour fustiger ceux qui « empruntent » les pierres de l’ancien château de La Roque-Gageac, rasé au XVIIIe siècle, pour décorer leur jardin.

« Ca peut tomber ».

Il sait aussi accueillir les touristes avec humour, voire facétie, comme lorsqu’il se fait passer pour un visiteur mécontent, avec la complicité de son ami d’enfance Claude Maraden, qui donne un coup de main à la billetterie.

En début d’année, les Laroquois ont célébré le cinquantenaire du « grand éboulement », qui fit trois morts. Malgré les filets de protection tendus le long de la falaise, René Deuscher convient que le risque est toujours présent : « Ca peut tomber dans quinze jours comme dans mille ans. »

Par Frédéric Zabalza.