Gironde : le jour le plus long des ondes courtes
La tourterelle roucoule, la mésange zinzinule et le radioamateur émet. Les ondes, qui traversent le ciel et l’atmosphère sans déranger le vol des oiseaux, sont leurs amies. Elles se posent sur leurs antennes perchées en haut de pylônes et repartent aussitôt vers un autre pays, un autre continent. On voit par là combien l’organisation d’un championnat des radioamateurs à l’échelle mondiale est légitime.
Son édition 2007 s’est déroulée le week-end dernier dans la plus grande indifférence médiatique. L’équipe de France, pour couvrir un large territoire, était répartie en six sites. L’une des plus importantes stations, et la seule dans le sud du pays, se trouvait en Gironde, à cheval sur trois communes de l’Entre-deux-Mers : Cursan, Camiac-Saint-Denis et Baron. Au sommet d’une colline qui culmine à 110 mètres, entourée des vignobles de Bordeaux supérieur. « C’est l’un des points culminants de Gironde », observe Michel Rousselet, propriétaire du terrain de jeu de 5 hectares des radioamateurs locaux du club F6KNB, plusieurs fois champions de France et bien placés au niveau européen.
Vive la TM0HQ !
Outre qu’ils utilisent un sabir compréhensible d’eux seuls, les radioamateurs sont affublés d’un indicatif. C’est ainsi que Michel Rousselet, alias F5FLN, nomme Gilles Desansac F6IRA, qui appelle Michel Batbie F5EOT. Samedi, jour de la Fête nationale, même la France était rebaptisée TM0HQ.
Lors d’un championnat du monde des radioamateurs, l’objectif est simple, pour ne pas dire enfantin : marquer plus de points que les autres. « Le monde est découpé en zones par l’Organisation internationale des télécommunications, basée à Genève », nous apprend Michel Rousselet. « Si on contacte une station située dans notre zone, on marque un point. Une station hors de notre zone, trois points; hors continent, six points. »
C’est ainsi que la Russie, à cheval sur plusieurs continents, était championne du monde en titre. La France, elle, avait obtenu l’an dernier la troisième place, derrière l’Allemagne. « On n’a jamais réussi à battre les Allemands, c’est notre objectif cette année », avoue Michel Rousselet.
Pour ce faire, la dizaine de Girondins réunie à Cursan devait se relayer nuit et jour, pendant les 24 heures que dure la compétition, pour contacter le plus de radioamateurs sur la planète. Huit pylônes montés pour l’occasion, dont un qui atteint presque 30 mètres, les aidaient à lancer et à attraper au vol les ondes portant la bonne parole.
De Juan Carlos à Marlon Brando.
Dans un parfait accent anglais, David Bamba répétait « Tango Mike Zero Hotel Quebec », l’indicatif français, avec le débit du péage de Virsac le jour des départs en vacances. A 23 ans, ce chauffeur-livreur est de loin le plus jeune de l’équipe. « Je faisais de la CB avant de venir vers la radio. J’ai pris quelques cours au Radio Club de Cestas, j’ai appris les formules d’électricité et la réglementation pour passer ma licence à 18 ans. C’est une passion difficile à expliquer. Ce n’est déjà pas facile avec ma copine… »
« C’est un milieu relativement âgé. Il y a de moins en moins de jeunes. Aujourd’hui, ils ont le portable, Internet, la messagerie MSN… Contacter des gens à l’autre bout de la planète n’a plus rien d’exceptionnel pour eux », reconnaît Jacky Gargot, dit F5OIU. A l’époque de l’âge d’or, les radioamateurs pouvaient échanger leur indicatif avec le roi d’Espagne Juan Carlos, le roi du Maroc Hassan II ou Marlon Brando. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 20 000 en France, repérables aux antennes qui fleurissent dans leur jardin ou sur leur toit. Mais la qualité est au rendez-vous. Ce week-end, le club F6KNB a « explosé les compteurs » en inscrivant plusieurs millions de points ! De quoi, peut-être, battre enfin l’Allemagne. Réponse dans trois mois, après que l’Union internationale des radioamateurs aura pris son temps pour établir le nouveau classement mondial.
Article de Frédéric Zabalza

