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De quel bois se chauffent-ils ? (LA PALMYRE - 17)

Connue dans toute l’Europe pour être le rendez-vous des coquins, la forêt de la Lède est le théâtre d’un champ de bataille entre exhibitionnistes et gendarmes. Promenons-nous dans le bois…

la palmyrePhoto Xavier LéotyC‘est un maquis de pins maritimes où l’on ne porte pas la cagoule simplement par goût d’anonymat. Une fois la dune franchie, mieux vaut d’ailleurs garder ses yeux derrière la tête si l’on ne veut pas être contraint au jeu de la bête à deux dos. Ici, les attentats ne visent que la pudeur. Par l’entregent d’Internet, ce petit bois où l’on trousse sans chemise est ainsi devenu l’un des carrefours de l’Europe gay et libertine depuis la fin des années 90. Latins, Bataves et Saxons en culottes très, très courtes y butinent chaque été à tire-larigot. Et chaque automne, c’est le même refrain, les feuilles de reproches se ramassent à la pelle dans la boîte aux lettres de monsieur le Maire. « C’est lassant, mais je comprends les jeunes mamans choquées d’avoir croisé la route de ces énergumènes qui ne se cachent même plus. Ils ne doivent pas annexer ma commune », menace Robert Jono. « Voilà six ans que j’ai pris un arrêté interdisant le naturisme dans la forêt, mais rien n’y fait. »

La cavalerie en renfort. Ceinturée par une bonne vieille piste cyclable des familles, cette sulfureuse forêt de la Lède (sur les panneaux, le L est subtilement travesti en P) présente surtout la circonstance aggravante de voisiner le Club Med de La Palmyre, dont on nous dit que les gentils membres aiment désormais à jouer au Scrabble plutôt qu’aux guili-guili dans les arbres. Et ceux-ci ne supportent plus le son des corps le soir au fond des bois. Avec le renfort de la cavalerie, les autorités locales sont donc montées sur leurs grands chevaux afin de bouter les étalons hors des taillis. Six soldats de la maréchaussée envoyés au casse-pipe pour faire feu de tout bois dans ce remake des « Gendarmes de Saint-Tropez », version hard. « À cheval, on avance vite et partout », explique un officier en poste à l’année, hélas à pied. Mais si la faim fait parfois sortir les loups du bois, le flagrant délit reste particulièrement rare. « Le phénomène prend de l’ampleur parce qu’il y a autant de gens qui participent que de gens qui regardent », assure le militaire. « Nous savons aussi que de temps à autre, des femmes sont attachées à des arbres au cours des simulacres. Et ce sont parfois ces mêmes mateurs qui vont jouer les vierges effarouchées à l’Office de tourisme. Plus tard, enfin, ils nous passent un coup de fil, pour nous raconter qu’ils ont vu un grand type bronzé avec un gros truc dans la main. Curieusement, pourtant, ils ne viennent jamais nous le dire en face. »

Faux prétextes. Alors, comme l’avait déjà compris Bourvil, la « taca taca tac tac tique » du gendarme est ici d’être « constamment à cheval sur le règlement », fût-il inspiré par de faux prétextes environnementaux. « Nous avons deux moyens pour les verbaliser. D’abord, lorsqu’ils se promènent dans un espace protégé, et puis, surtout, lorsque nous en attrapons un en train de fumer dans la forêt, ou même seulement avec un mégot à ses pieds. »

À ces deux infractions opportunément vertes, le Code pénal pourrait même s’en offrir une troisième, tant l’humus de La Palmyre ressemble à la piste d’essai d’un manufacturier pneumatique. Jonchée de caoutchouc usagé. Selon l’adage qui veut qu’il n’y ait plus de saisons ma pauvre dame, les échauffourées dans les fourrés se prolongent désormais aux quatre saisons. « L’hiver, nous sommes entre homosexuels, et l’on reste dans nos voitures », confirme celui que tout le monde appelle ici le « commandant ». Plus loin derrière la dune, un certain Jean-Noël se demande à l’inverse comment retrouver une aiguille dans une botte de foin. « L’été, c’est plus compliqué pour se repérer, alors nous accrochons un petit bout de tissu rouge à notre sac à dos ou bien sur le parasol. »

La chasse à cour n’est pas sur le point de s’achever. Si dure à la fesse molle, l’épine de pin devrait donc longtemps encore rester le seul prédateur de l’homme des bois déviant.

Sylvain Cottin

Quand le surf vient aux filles… (LACANAU - 33)

La compétition de surf Lacanau Pro, épreuve du circuit mondial professionnel, s’est achevée hier soir. 192 surfeurs – parmi les meilleurs du moment – étaient présents. Le Lacanau Pro figure parmi les plus anciennes compétitions de surf professionnel en France. L’épreuve féminine n’a duré qu’une petite journée et ne pèse toujours pas son juste poids. De plus en plus de surfeuses commencent cependant à pointer le bout de leur planche. En attendant, le mythe du surfeur tient encore bien la route du côté des filles…


surf filles

photo Jérôme Jamet

A l’Océan, sur le sable de Lacanau, le monde des femmes est binaire. Celles qui surfent et celles qui ne surfent pas. Maïté figure dans la première catégorie. Facile à repérer, elle porte des tongs moches et ne sort de son jeans que pour se glisser dans une combi en Néoprène. Maïté a la dent dure et le sourire carnassier lorsqu’elle raconte ses copines. « Et ça traîne au bord de l’eau, et ça marche en se dandinant, et ça bronze… Le soir ? Alors là, elles commencent à s’animer, elles se douchent, se mettent des belles robes et on les retrouve toutes belles aux soirées VIP, au milieu des surfeurs. Pfff… Au moins, elles ne nous prennent pas la place à l’eau. » Au moins. Même si elles la prennent toute, le soir, dans les bras des surfeurs. La jeune blonde boude : « C’est vrai, y en a qui préfèrent les bimbos du bord de l’eau, disons que ça va avec la panoplie. »
Titi, prof viril au Lacanau Surf Club, approuve l’analyse. Fataliste. « Le surf se démocratise », lâche-t-il. « Disons que les filles y viennent, mais ça reste un sport de mecs. Pour 50 mecs, il y a une fille. C’est quand même très physique. »
Maïté trépigne : « Il y a des filles qui arrachent. Justine Dupont, elle peut battre les garçons, si elle veut. Et l’Hawaïenne Carissa Moore. Et puis, on surfe la même mer, les mêmes conditions avec le même matériel. » Et pan ! sur la planche.
Le mythe du beau gosse. Un peu plus tard, voilà sur le sable une fille de la seconde catégorie. Lydie, qui ne surfe pas. Elle feuillette négligemment une revue de… surf, allongée sur son coude. Et mange des yeux tout ce qui sort de l’eau et n’est pas un poisson. Le Lacanau Pro, elle adore, elle s’est même débrouillée pour obtenir un bracelet en plastique, sésame qui lui donne accès au site. Là où les garçons s’habillent, se déshabillent, décompressent. « Pour moi, le surfeur, c’est un grand beau gosse. Blond, forcément, qui se bat dans les vagues, avec tous ses muscles et le nez qui pèle. Et il n’a pas trop de poils. » Description minutieuse susurrée avec gourmandise et reprise avec malice par sa copine : « Le surfeur est blond, oui, mais à l’intérieur de sa tête aussi. » Avec son index, elle se tape sur la tempe pendant que l’autre hausse les épaules.
La conversation est interrompue par une marque de sodas qui assure sa promotion tous azimuts dans l’air, sur terre et sur mer. Deux avions survolent la compétition pour vanter la fraîcheur de la boisson, des hôtesses distribuent des minicanettes, y compris à ceux qui n’ont pas soif, des beach boys offrent des parasols. Épuisant.
Sur le site, Annabelle assure les interviews des champions pour l’Association des surfeurs professionnels d’Europe (ASP) - à dire en anglais, sinon, ça fait tarte, précise-t-elle. Curieusement, Annabelle ne surfe pas et ne se pâme pas non plus devant les surfeurs. Rencontre en micro-short entre deux micros : « Moi, les surfeurs, c’est pas mon truc. Ils sont juste sympas. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je pose des questions très techniques pour mes interviews, la taille de la vague, les conditions météo, et on analyse tout ça. Ils sont beaux, musclés, oui, mais bon, ça m’agace ce mythe du beau gosse qui drague. N’oublions pas qu’ils sont avant tout de vrais athlètes qui, lorsqu’ils sortent de l’eau, sont vidés. »
Ce soir-là, à Lacanau, la compétition achevée, les vrais athlètes sont montés sur le podium pour recevoir des trophées en la jouant modeste - « Moi, ce que j’aime, c’est d’abord m’amuser dans l’eau. » Trop chou. Puis il y a eu un lancer de tubes de dentifrice qui font les dents blanches, suivi d’un concert de reggae. Des filles qui n’étaient pas sorties de toute la journée ont tenté une percée dans le public, avec du Rimmel sur les cils et du gloss sur les lèvres. Arrêt sur image.

Isabelle Castéra

Les fêtards sont aussi du matin (BAYONNE - 64)

fete bayonne matin

Pendant la fête, les matinées se déroulent parfois au ralenti, mais toujours avec le sourire. C’est le moment béni où l’on voit certainement le mieux les gens, de toutes conditions et de tous milieux.

Déjà deux heures qu’elle a planté son nez dans la Nive. Sans se défaire d’un sourire énigmatique, Claire, une étudiante parisienne, fixe les poissons sans trop les voir. « Je profite de ce calme passager… avant la tempête du soir », fait-elle. On entend comme un bruissement dans la ville. C’est le matin à Bayonne, pendant la fête. La ronde des engins de nettoyage a fait place aux croissants en terrasse. Les rues s’emplissent peu à peu. Et Damien n’a pas quitté sa position fœtale. « Non, je vous assure que je n’ai pas abusé hier soir, précise ce jeune commerçant lillois. Simplement, on s’est perdus. Il était tard. Et comme je n’ai pas retrouvé le camping, j’ai pris ce banc. » Les passants lui adressent parfois un commentaire amusé. Ce n’est qu’un début. Car le matin déploiera lentement sa bonne humeur, au gré des ruelles. La veille au soir, l’immense entreprise festive avait réveillé la part bestiale de quelques festayres. Au milieu de ces milliers de complices, j’ai aperçu quelques échauffourées. Des gestes isolés dans ce joyeux tumulte de virilité, de séduction rapide et de flamboyance. Mais ce matin, l’atmosphère a changé. Moins expéditive, moins superficielle, plus douce et posée. Un peu comme si Jacques n’avait jamais taché sa chemise. Comme si, en ouvrant son journal ce matin-là, cet assureur breton était en paix avec lui-même. « C’est essentiel pour se sentir à nouveau dans la journée. Les cuivres arriveront bien assez vite pour nous remettre dans le bain. Alors, je savoure. »

Des visages. Oui, il déguste. Après sa soirée de la veille, il s’agit maintenant d’un café, assorti d’un dialogue avec son compère de la nuit. « Que j’ai rencontré avec ses collègues hier soir, précise Jacques. Mais aujourd’hui, on peut se poser, ce n’est plus la bousculade. » Il a raison : c’est un instant à part. Un éclairage soudain sur la foule, dont on ignorait les visages hier encore. Car le matin, l’étudiante parisienne côtoie le Basque de souche, le plombier polonais et les autres. Ces messieurs n’ont pas qu’un bon coup de fourchette et ces dames un joli postérieur. Les gens ont des noms, des professions… Et ça se voit.

« Vous venez d’où ? » demande une mamie béarnaise à ses voisins de petit déjeuner. « De Calais. Je suis maçon. Et ma femme ne travaille pas. On ne connaissait pas les fêtes alors on veut en profiter un maximum. » Le couple s’étonnerait presque de constater que Bayonne compte des boutiques. Qu’elle n’est pas uniquement ville bodega. Alors, tandis qu’approche l’heure du déjeuner, ils jettent un œil sur la déambulation des géants. Le matin, c’est au tour des enfants d’être à la fête. Et Bayonne de prendre paisiblement des airs de festival. Ou les « a » de la veille (bodega, sangria, fiesta) font place aux rimes en « eur » : douceur, fraîcheur, candeur…

À leur rythme. « C’est certainement la seule occasion de l’année d’oublier son boulot et de parler aux gens. À ceux qui sont venus avec moi, que je côtoie pourtant toute l’année, puis aux fêtards de toute l’Europe […]. Le moment du petit crème matinal est parfait pour ça. Encore mieux que la fête d’hier soir, parce qu’on est cool pour refaire la soirée tout en se projetant dans la suivante », confie Patricia, Tourangelle adepte des fêtes du Sud-Ouest.

Ça y est. La pendule s’est arrêtée sur midi. Claire a retrouvé toute son acuité visuelle. Elle s’est enfin éloignée de la Nive et peut retrouver une activité normale. Cela devrait prendre plus de temps à Damien, notre fœtus égaré. Mais chacun respectera le biorythme de l’autre. Tel l’instant où, en coulisses, l’on découvre, émerveillé, les visages des comédiens, le matin n’a qu’un temps. Gueules de bois, de travers ou d’amour, elles étaient toutes de sortie. Preuve que les fêtards sont aussi du matin.

Par Thomas Villepreux

1 août 2008 - Aucun commentaire
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Les bergers chantent depuis les sommets (LARUNS-FABRÈGES - 64)

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Une soirée dans les Pyrénées, à 2 000 mètres d’altitude avec des bergers, entre chants béarnais, voie lactée, bouteilles de jurançon et brebis à traire…

Quittons claquettes et calicots pour baskets et tricots : allons à la montagne. Voici le Béarn, les Pyrénées, la station de ski Laruns-Fabrèges, sans neige pour habiller une architecture triste en tôle. Tourniquet de cabines vers les cimes, parking bondé de camping-cars, vététistes qui dévalent la montagne lacérée en sillons et files de touristes au petit train d’Artouste, « le plus haut d’Europe », dixit la réclame. À 2 000 mètres d’altitude, à 7 kilomètres de la station, des brebis serrées et une bicoque mini. On va là. Le scénario : ce soir, des amis viennent passer la soirée avec le berger pour amuser son ermitage. On nous avait dit : ensemble les bergers chantent, il faut voir ça.

Voie lactée. On arrive à cinq en 4 × 4, une caisse de Jurançon (blanc sucré) et une des brebis restées « en bas » pour allaiter. Arrivée potache, pas oisive : ici, on sait ajouter ses bras à la paire du berger. Descendre le lait rafraîchi à la source (y puiser l’eau du pastis, au passage), traire sa part de brebis, lancer la tambouille. Lâcher immédiatement ses yeux vers la montagne, crêtes et flancs, repérer les autres estives, la couleur (orange, mauve) que donne le soleil mourant aux nuages mouvants.

De la montagne, Cédric dit : « Tu la vois tous les jours, tous les jours tu la regardes. C’est jamais pareil. » Puis la brise du soir, le parfum d’herbe mouillée, la Voie lactée comme un plafond au bout des doigts. Les brebis qui bêlent et tintent. Leur odeur de lait, celle de la bougie qui éclaire.

Nous, très naïf urbain, en pleine extase sur un petit tas de (jolies) pierres sur la table. Chapelet religieux des montagnes ? Tellurisme pastoral ? « Non, c’est pour caler les nappes, quand il y a du vent. » Ils sont des enfants de la montagne, tous passés sur son dos pour faire paître des brebis, tous survivants de la civilisation pastorale, ses rites, ses chants, sa voix de rocaille. Cédric (32 ans), ex-berger, éleveur et salarié d’une coopérative, Vincent (30), éducateur en lycée, Jean-Loup (50), éditeur d’affiches vintage et longtemps stagiaire de Simon (50), berger depuis 40 ans, et l’associé de Stéphane (36) qu’on visite.

Monastère des airs. La soirée, les copains d’en bas, le rire sans arrêt, salut contre la solitude ? Non, juste se marrer. « Ici, t’es pas seul, corrige Stéphane. Il y a des gens bien plus seuls en ville. » Il a de quoi faire, dans son monastère des airs. Guider ses 700 brebis vers le pâturage qui fait faire un bon lait (réglisse, fleurs sauvages, « baneish »), traire deux fois par jour (à 21 heures et à 6 h 45). Ermite, OK, mais vrai chef d’entreprise. « Tu fais ton fromage, t’as tes comptes à gérer, tes analyses… Dès que je peux, je prends le portable pour faire un point sur la trésorerie. » Les deux enfants montent parfois le week-end avec maman.

À table, dans la salle à manger (avec paquets de biscottes par 100), sous la lampe à pétrole, on se moque de la mode des « lunettes de mouches » qui prend souvent le train. On rigole des années 70 et de la flopée de hippies venus embrasser la cime mère loin des cités mégères, pour cause de « retour à la terre ». Une époque, disons, gaillarde pour les bergers . Souvenirs, aussi, d’un temps où le métier fut rude : orages à la belle étoile, transhumance quasi annuelle, retour maison vers janvier, quinze jours, à peine le temps de s’aimer (la montagne fête beaucoup d’anniversaires mi-août). À l’époque, le cadet était berger et l’aîné conduisait la ferme (garçon, fille, égal). Aujourd’hui, le berger choisit. Stéphane, 36 ans, a préféré sa montagne après s’être ennuyé dans la maintenance industrielle. Ne pourrait plus s’en passer et ne voit rien qui l’empêcherait d’y passer sa vie.

Jean-Loup : « C’est un métier mythologique. Culturellement, le berger, c’est le roi de la vallée. » Et son chanteur, donc. Des plaintes tonitruantes et polyphoniques, comme une messe païenne. Récit d’amours contrariés, métaphores, poésie des sommets. Il faut voir ces gaillards à paluches fortiches se partager voix basses et contre-hautes. Et, en contrebas, la vallée avaler la voix de ses rois.

Par Adrien Vergnolle

Un rêve de vin sur le sable (CAPBRETON - 40)


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photo Philippe Salvat

Nicolas Tison a planté ses vignes sur une dune de Capbreton où, déjà, des vignerons faisaient du vin au Moyen Âge. Il veut montrer que la plage est aussi un terreau fertile et le« vin de sable », un patrimoine local

Sur la plage abandonnée, coquillages, pinard et crustacés. À Capbreton, il n’y a pas que les baigneurs qui contemplent l’Océan avec les pieds dans le sable ; il y a aussi la vigne. Il faut le voir pour le boire : les pins, le vent marin, le bruit des vagues, au loin, le concert des grillons et, lovés dans cette carte postale des Landes océanes, des ceps de vignes, alignés comme une armée camouflée.

Comme quoi, le vin, comme la vie, trouve un chemin, fût-il ni noble ni argilo-calcaire ; mais inattendu et intime. Nicolas Tison, 43 ans, vigneron des plages, mais pas touriste viticole, exploite son rêve de réhabiliter la dune comme terreau fertile et son « vin de sable », appellation officielle, comme patrimoine local.

Jolies couleurs. Le vin de sable a toujours eu plusieurs exploitants aux alentours, à Messanges, Lit-et-Mixe, Soustons et Vielle-Saint-Girons (plus une coopérative de vinification en Tursan). Tison, lui, a réinvesti le « berceau », Capbreton et sa dune, au plus près de l’Océan. Sable blanc pour rouge de table, un doute s’instille. Pourtant : « Les dunes éoliennes, les successions de graviers et de coquillages font un tout, avec un peu de matières organiques en surface et l’Océan qui apporte son cortège d’embruns », explique Nicolas Tison. Le sable est un milieu « fragile et vivant », où « ça pousse beaucoup, mais ça ne retient rien ». Forts risques de gel au printemps car ce sol refroidit vite ; jolies maturités car il chauffe vite, par réverbération. La vigne est donc amarrée basse.

Le tout fait des jolies couleurs au blanc, rosé et aux deux rouges de la gamme. Des tanins souples, peu acides, fruités (baies noires, mûre, cassis pour le rouge ; agrumes pour le blanc), pour un goût, disons, plus rural que mondain. On a cherché, en vain, un goût d’iode (tant mieux, sûrement), mais les pins protègent du sel. Ce n’est donc pas la mer à boire, mais la possibilité d’un îlot économique. Treize ans : la vigne est jeune, elle peut encore mieux faire. « On ne le confond pas avec quelque chose qu’on connaît », propose Tison.

Cours royales. 4 hectares en production, entre 15 000 et 18 000 bouteilles par an, étiquetées comme vin de terroir landais, sous-titré « Sables de l’Océan », 60 % de vente directe (à des « clients fidèles »), 40 % aux restaurateurs et cavistes alentour : Nicolas Tison refuse le rendement industriel. Et assume l’expérimentation : une de ses parcelles au plus près de l’Océan n’a pas encore de rendement. Il s’accroche à l’archéologie viticole locale : ce vin-là n’est pas vain.

Bordeaux a beau snober la robe des sables, « il y en avait dans les cours royales d’Europe », dit Tison, recherches historiques à l’appui. Elles disent que ce vin était vendu en bouteilles, pas en vrac, donc qu’il voyageait sans se piquer, chose rare. « On disait “du capbreton” comme on dit “du Bordeaux” », explique Nicolas Tison. Les vignes d’antan ont aussi servi à fixer la dune, quand l’homme (et Napoléon III) a façonné les sables mouvants, à force de planches, de pins et donc, parfois, de vin. Au mitan du XIXe, le mildiou a ravagé les exploitations d’un vin devenu moins rentable que les bains, la nouvelle attraction locale. Nicolas Tison n’en vit pas. Ancien ingénieur des techniques agricoles à l’Enita de Bordeaux, reconverti par passion, il enseigne à mi-temps au lycée agricole de Sabres. Il plante ses vignes depuis 1995, sur des parcelles prêtées par la mairie, courtisée par ce passionné.

« Je ne sais pas encore dire si construire un vignoble sur le sable est rentable. » Mais il vénère cette tradition dont il a calqué les techniques de cépages. « Je n’ai jamais réfléchi », dit-il, comme s’il reprenait juste la franchise d’une épopée lointaine qui a déjà tout testé, jusqu’à voir mûrir ici cabernet franc et cabernet sauvignon pour les rouges, chenins pour les blancs. Nicolas Tison cultive sans chimie et slogans. Lui qui est sorti du rang rêve que son vin sorte du lot.

À lire : « Vin de sable, vin des dunes », par Jean-Jacques Taillentou (2005).

Adrien Vergnolle

Bordeaux-Villenave-d’Ornon (33). “L’autre carrière de Javier Ochoa”

velo.jpgPyrénées de juillet, sommets grouillants de ferveur. Marie-Blanque, Aubisque, Soulor. Et cette montée solitaire sur Hautacam, le tracé zigzagant d’un sillon parmi les hommes et les drapeaux. Au bout du col, les bras levés et 42 secondes préservées sur l’Histoire en marche. Le 10 juillet 2000, Javier Ochoa, un Basque de 26 ans, échappait de justesse au retour de Lance Armstrong, lancé à la conquête du deuxième de ses sept Tours de France victorieux. Le champion américain avait distancé tous ses rivaux et rattrapé un à un tous les échappés du matin. Tous, sauf un. Ochoa remportait ce jour-là la plus belle victoire de sa carrière de cycliste professionnel. La dernière.

Aucun souvenir.

« J’ai perdu une partie de ma mémoire. Tout ce qui concerne les événements survenus dans les années précédant l’accident… Ma victoire à Hautacam, on me l’a racontée. Ma mère, qui n’avait pas pu venir, l’avait enregistrée. Et c’est seulement de la vidéo que je me souviens. » Javier Ochoa sait qu’il s’est échappé entre Dax et Lourdes avec le Français Jacky Durand et le Belge Nico Mattan, que l’équipe américaine de Lance Armstrong ne s’est pas inquiétée. Qu’il possédait dix minutes d’avance sur le « Boss » avant la dernière ascension, et enfin, cette quarantaine de secondes sur la ligne d’arrivée, une poignée de pépites taillées dans le roc du temps.

Mais Javier Ochoa ne se rappelle rien de tangible de son jour de gloire. Pas une émotion, pas un bruit qui ne lui ait été rendu par un téléviseur. Plus rien depuis le 15 février 2001. Il récite cette phrase trop pleine, trop vide, qu’il a apprivoisée au point d’en faire la porte d’entrée de toute conversation : « Je m’entraînais avec mon frère jumeau, Ricardo, sur une route de la région de Valence, en Espagne. Un monsieur nous a fauchés au volant de sa voiture. Mon frère est mort sur le coup. Moi, j’ai été dans le coma pendant des jours, puis j’ai fait un an et demi de rééducation. »

« Un demi-fils ».

Dans les tribunes du stade vélodrome de Bordeaux, où « Javi » vit ces jours-ci un épisode de sa nouvelle vie de cycliste handisport, sa maman, Maria, témoigne. « Je ne dis pas ça parce que c’est mon fils, mais il était jeune et il avait des capacités exceptionnelles. A l’époque, il n’était qu’équipier, se sacrifiait pour ses leaders et, malgré cela, il commençait à avoir des résultats. Il aurait pu faire une grande carrière », estime-t-elle. Elle sort de son portefeuille un portrait de feu Ricardo, le jumeau, l’absent, qui sourit aussi sur le médaillon accroché à son cou. « Son frère, on ne lui a jamais donné sa chance dans les grandes courses. C’était le même. »

L’entraîneur actuel de Javier Ochoa, Vicente Natividad, raconte : « Sur le tour 2001, il n’aurait plus été le gregario d’Escartin, Heras et Botero, les leaders de la Kelme, son équipe. Ils auraient couru pour lui. » Dans un sourire sans tristesse, Javier reprend : « Mon père a coutume de dire qu’il avait trois fils et qu’il n’a plus qu’un fils et demi. Le fils, c’est notre frère aîné. Le demi, c’est moi. » Les séquelles physiques de l’accident (une côte brisée a touché son poumon gauche) sont à peu près dépassées, mais l’ancien pro est atteint d’une infirmité motrice cérébrale, qui affecte son équilibre, sa mémoire et une partie de ses capacités intellectuelles. Déclaré handicapé à 66 % par l’administration espagnole, l’enfant de Bilbao vit à Màlaga, d’une pension à vie.

Médailles.

Mais il a repris le dessus. En 2003, Javier Ochoa a repris la bicyclette pour une épreuve de cyclisme adapté puis, une semaine après, a fini second du championnat d’Espagne. Des championnats d’Europe de Prague en 2003 aux Mondiaux suisses de 2006, en passant par les JO d’Athènes 2004, il s’est forgé un palmarès parmi les invalides, accumulant l’or et l’argent sur les étagères de Maria. « J’ai l’impression qu’il poursuit sa carrière d’avant sous une autre forme. C’est peut-être plus courageux, ce que font ces sportifs handicapés. Et je pense que son jumeau est quelque part et qu’il l’aide à gagner. »

A chaque évocation de Ricardo, Javier fait un sourire de frère, comme absorbé par un souvenir bien antérieur à l’accident. Un souvenir d’enfance, quand les deux garçons admiraient Fignon, LeMond et Delgado à la télévision.

Par Nicolas Espitalier.

Cap-Ferret (33). “Week-end off-line sur le Bassin”

blog.jpg Le glaçon n’a pas fondu et Fred avait sa place. Dans la blogosphère, le temps et les messages passent vite. « Je connaissais son blog, je savais que j’allais le rencontrer ici. En cinq minutes, c’était fait. On a bu l’apéro, il commence dans deux semaines. »Manuel Diaz est de la race robuste et rare des golden boys limousins. Samedi soir, au Cap-Ferret, dans l’arrière-salle du Pinasse Café, il a recruté Fred le temps d’un verre de garluche. L’heureux embauché, qui précise avoir déjà décroché deux boulots grâce à son blog, fera bientôt partie du groupe Reflect, que Manuel a fondé à l’âge de 18 ans et qui, dix ans après, est coté à l’Euronext. Forte de 230 salariés en Europe, la PME limousine gère la visibilité de grandes marques françaises et internationales sur le Web.« Que fait Loïc ? ».

C’est aussi par Internet interposé que le jeune entrepreneur de Limoges a connu Jacques Froissant, son meilleur sergent-recruteur et accessoirement l’organisateur girondin de Blog on the Beach. « Je réunis une fois par an des copains blogueurs et des lecteurs de mon blog sur le Cap-Ferret. Et on parle blogs toute la soirée ! » sourit ce chasseur de têtes, spécialiste du safari de nouveaux talents dans la jungle du Web.

Morceaux choisis de conversations, entre la papillote de moules aux aiguilles de pin et le filet mignon au caramel. Style comptable : « Eh, t’es bien lu toi, non ?

Disons que ma fréquentation baisse au nombre de pages vues, mais que j’ai un nombre croissant d’abonnés. »

Géographique : « J’étais à Denver en juillet pour un événement Microsoft…

Tiens, moi aussi ! Mais je ne t’ai pas vue. »

People : « Mais que fait Loïc Le Meur à cette heure-ci ?

Attends, je regarde (Manuel sort un portable dernier cri d’agonie du vôtre). Il n’est pas encore à San Francisco. Il dit qu’il passe un premier week-end off-line sans twitter… et il le dit sur son twitter ! »

Lecteurs réciproques.

Evidemment, tout cela est légèrement ésotérique pour qui ignore que Loïc Le Meur est le blogueur le plus éminent du pays et que le twitter est une nouvelle technologie qui permet grosso modo de bloguer sur téléphones mobiles. Carrément incompréhensible pour celles et ceux qui essaient chaque jour de faire des copier-coller avec une paire de ciseaux et de la colle Uhu.

Sur les 18 participants à Blog on the Beach 2007, troisième édition du rendez-vous des copains, beaucoup se rencontrent pour la première fois en chair, en tenue estivale et en os. Beaucoup sont bordelais et/ou ferret-capiens, les autres sont parisiens et/ou limougeauds. Tous ont plaisir à parler technique et/ou passions communes. Tous lisent régulièrement la prose des autres. « Je consulte une centaine de blogs, dont une quinzaine quotidiennement », confie l’un deux.

« Skipper-rédacteur ».

François-Xavier Bodin, « skipper-rédacteur », comme l’indique sa carte de visite, anime les « Chroniques de l’Iboga ». Il raconte : « J’avais créé en 1999 ce qu’on appelait alors un site perso, j’y tenais un carnet de bord de mes sorties en bateau sur le bassin d’Arcachon. C’était déjà une forme de blog… Ce qui est intéressant, c’est le contact que cela permet, les rencontres comme celles de ce soir. Je raconte ce que j’ai fait, les lieux sur lesquels j’ai conduit mon bateau. Je réponds de façon circonstanciée aux questions qui m’intéressent et d’autres, à leur tour, pourront découvrir les sites dont je parle. »

Le même « FX » résume les recettes qui font le succès d’un blog. Option 1 : « Tu fais un blog de niche », c’est-à-dire consacré, comme le sien, à un thème très précis qui rencontre un lectorat de connaisseurs. Option 2 : « Tu montres ton cul. » Option 3 : « Tu balances sur des blogueurs influents en espérant qu’ils te citent et que ça t’amène du monde sur le tien. ». Le succès, quoi qu’il arrive, reste relatif. « Quand on me classe parmi les blogueurs les plus influents, intervient Jacques Froissant, ça me fait plaisir, mais il faut garder la mesure. Je n’ai jamais que 3 200 abonnés. »

Sans compter les lecteurs égarés. « J’appelle ça du marketing aléatoire, sourit “FX”. Par exemple, je m’appelle François-Xavier et j’écris parfois sur Bordeaux. Alors, quand François-Xavier Bordeaux a fait la une de l’actualité, j’ai eu des pics de fréquentation sur mon blog. »

Par Nicolas Espitalier.

Soustons (40). Les Irlandais de Soustons descendent à Bayonne

rugby.jpg Ce soir, Pottoka doit gambader dans les trèfles. Le petit cheval basque, souriante mascotte de l’Aviron Bayonnais rugby, ne se promène jamais qu’à la tête d’un cortège d’allégresse et de chants, tous derrière, tous derrière, et lui devant. Les quelque 1 200 supporters irlandais attendus au stade Jean-Dauger, aujourd’hui, pour le match amical non officiel Aviron-Irlande, ignorent encore tout de l’animal pyrénéen. Du « Vino Griego », le chant têtu dont s’enivrent jusqu’à l’overdose ses admirateurs. De la fierté ombrageuse des Bayonnais, « meilleur public » du rugby français. Du vieux conflit de voisinage qui les unit à ceux d’à-côté, plus étroitement encore que n’importe quel jumelage.L’ambiance du Munster.

Nigel Osborne, lui, sait déjà tout ça. « La vraie équipe de la région, dit-il, c’est Bayonne et pas Biarritz. A Dublin, il y a quelques années, j’ai joué avec un Basque, Eric Olazabal, et il m’a tout expliqué… C’est vrai qu’en Irlande, le Biarritz Olympique est plus connu grâce à ses participations à la Coupe d’Europe, mais le club de Bayonne a derrière lui les spectateurs. J’y ai retrouvé la même ambiance qu’au stade du Munster, à Limerick, où le public est exceptionnel. »

Pour partager cette découverte, mardi après-midi, cet ancien joueur des Dublin Wanderers s’est présenté à la billetterie du club bayonnais et a acheté 145 places pour le match de ce jeudi.

Si le gros des troupes vertes atterrira dans la journée sur le tarmac de Biarritz-Parme, en provenance directe de Shannon ou de Dublin, Nigel et ses 144 compagnons de tribune arriveront en bus. Et seulement de Soustons, à quelques dizaines de kilomètres au nord de Bayonne. Depuis huit ans, l’Irishman aux pectoraux d’acier a fait venir sur les installations du Centre nautique de la cité sud-landaise des milliers de jeunes rugbymen irlandais. « De l’équipe d’Irlande des moins de 20 ans, qui a réalisé au printemps dernier le grand chelem au Tournoi des Six-Nations, huit titulaires sont passés par Soustons quand ils avaient 15 ans », glisse ce Dublinois qui passe « quatre à cinq mois par an » dans le sud-ouest de la France.

Cours de français et de rugby.

Sur la seule année 2007, 900 garçons ont déjà travaillé leur technique rugbystique au bord du lac de Soustons. Cette semaine, Nigel Osborne encadre les stages de préparation d’avant-saison de deux équipes scolaires et un groupe d’élèves inscrits à son French Sports and Language Center : des 11-17 ans qui enchaînent chaque jour quatre heures de cours de français, quatre heures d’entraînement et quelques activités nautiques.

« La plupart ont déjà vu jouer l’équipe nationale irlandaise là-bas. Et nous avons fait venir des joueurs célèbres au centre, comme Brian O’Driscoll ou Gordon D’Arcy, ou encore des gens comme Abdel Benazzi et Richard Pool-Jones. Alors, c’est une chance supplémentaire d’avoir ce rendez-vous à Bayonne pour les voir jouer à quelques semaines de la Coupe du monde », souligne l’homme au nom d’alcool espagnol, qui reviendra « avec des copains » en septembre assister aux matches des Irlandais à Bordeaux contre la Géorgie et la Namibie.

« On battra la France ».

« Pour moi, l’Irlande battra la France dans le match de poule. Chez nous, on connaît déjà le nom des titulaires, alors que les Français en sont encore à chercher leur équipe type », juge Nigel Osborne. Ses jeunes protégés n’en pensent pas moins. Mark, 15 ans, ailier dans l’école dublinoise Saint Andrew, pense que l’Irlandais Hickie est le meilleur ailier du monde. Les Verts accéderont-ils aux quarts de finale ? « Definitely ! (C’est sûr !) » s’écrie Dylan, un flanker de 16 ans. Au bord du terrain d’entraînement, quelques parents en vacances à Labenne encourage les jeunes : « Come on, boys… » C’est poussif, lesdits boys devront faire mieux que ça, ce soir à Jean-Dauger, face au meilleur public de France.

Par Nicolas Espitalier.

Mainfonds-Aubeville (16). Laurent Cochon, fondu de ballon

Debout dans la nacelle d’osier, encore en contact avec le sol, Laurent Cochon actionne le brûleur sans quitter des yeux l’immense toile en train de s’élever doucement au-dessus du champ. Une manoeuvre effectuée avec beaucoup de doigté et de précaution.

Un peu plus cher qu’une robe de grand couturier parisien, ce genre de tissu est tout aussi précieux. Pour l’acheter, le Foyer rural de Mainfonds-Aubeville, qui organise depuis hier en Charente la 15e édition de la Coupe d’Europe de montgolfières, a dû solliciter des partenaires financiers. A présent, les bénévoles du club n’ont plus besoin de regarder les clichés de Yann Arthus-Bertrand pour voir leur terre de vignobles et de champs depuis les cieux. Le Foyer rural compte même trois pilotes : Didier Tard, Kévin Allemand (lire ci-contre) et Laurent Cochon.

Ferronnier d’art, ce dernier est revenu dans le Sud-Ouest, en Dordogne, après un séjour en Champagne qui lui a permis de restaurer les grilles du château de Versailles et de passer, en 2003, son brevet de pilotage de montgolfière.

Indirigeable.

« Comme pour un avion, il faut un brevet. Ca demande des connaissances aéronautiques. Il faut, par exemple, savoir gérer l’inertie qui fait monter ou descendre le ballon. Le ciel est aussi très réglementé : on a toujours une radio à bord pour contacter les tours de contrôle. Comme on ne se dirige pas… »

C’est là la grande différence de la montgolfière, et ce qui fait son charme, avec les autres objets volants identifiés : on sait d’où on part, pas forcément où on atterrit.

« Avant de décoller, on lâche un ballon gonflé à l’hélium pour connaître le sens du vent et sa vitesse. Tout le travail du pilote consiste à bien choisir le lieu de décollage. Généralement, on arrive à se poser à l’endroit où l’on a décidé », assure Laurent Cochon, qui, en bon pilote, se lève tôt et se couche tard pour assouvir sa passion.

« Il faut en moyenne un écart de 70 degrés Celsius entre l’intérieur et l’extérieur du ballon, sachant que la température peut monter jusqu’à 105 degrés dans l’enveloppe. Il faut donc décoller quand la température extérieure est stable, en début ou en fin de journée », explique-t-il.

« Descente froide ».

Moins spectaculaire en apparence que le parapente ou le deltaplane, le vol en montgolfière peut donner quelques frissons. Comme lors d’une « descente froide ».

« L’autre jour, j’ai chauffé le ballon pour monter à 1 300 mètres de manière à revenir en arrière. Puis j’ai relâché l’air chaud. Le ballon est descendu très vite, à 4 mètres par seconde. Ca impressionne les gens au sol, parce que le ballon se déforme. Mais dans la nacelle on ne sent rien », rassure Laurent Cochon.

Le sens de la navigation des pilotes est mis à l’épreuve lors de la Coupe d’Europe de montgolfières, sous forme de jeux d’adresse tels que la poursuite d’un ballon-renard ou le lâcher de lests sur des cibles au sol.

« Il y a trente-cinq ans, nous avons voulu organiser une Fête de l’air », raconte Jean-Pierre Barbot, président du Foyer rural. « Au cours de la première édition, le public aurait dû assister à un largage de parachutes, mais notre contact avait oublié de commander l’avion… Il y a vingt ans, le pilote Jacques Bernardin est venu pour la première fois avec sa montgolfière. Il nous a proposé d’organiser un championnat de France, mais on a été devancés par Tarbes. Comme elle n’existait pas, on a créé la Coupe d’Europe. »

Calme.

Laurent Cochon et le ballon du Foyer rural de Mainfonds-Aubeville feront partie cette année de la flotte de montgolfières venues de Pologne, de Croatie, d’Italie ou d’Allemagne.

Une concentration qui ne gâchera pas le calme du ciel. « Une fois là-haut, dans la nacelle, on n’entend plus que le bruit du brûleur, par à-coups. Il y a une grande quiétude. Et on voit des paysages magnifiques, que ce soit au-dessus de la Champagne ou de la Charente. Un vol ne ressemble jamais à un autre », confie Laurent Cochon.

15ème Coupe d’Europe de Montgolfières en Charente !

Voici une idée originale de sortie pour ce week-end. La 15 ème coupe d’europe de Montgolfières se tiendra toute cette fin de semaine dans plusieures villes de Charente. La fête sera d’autant plus belle qu’un meeting aérien est prévu sur le domaine de MainfondsAubeville avec la patrouille de France et un champion du monde de voltige ! Vous pourrez aussi y admirer de nombreux avions et hélicoptères prestigigieux.

Ca se passe donc en Charente du 2 au 5 août 2007 . Toutes les dates et les lieux sur le site officiel http://www.hotairballooneuropeancup.com/