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Monsieur et Madame rêvent (MONPAZIER - 24)

CONCERT BASHUNG(4523772)

Photo Marie Seillery

Depuis vingt ans, le festival L’Été musical en Bergerac rassemble amateurs de musique classique, jazz,variété, danse dans des lieux prestigieux. Le château de Biron, la place des Cornières de
Monpazier, le Château Saint-Germain, l’abbatiale de Cadouin ou l’Abbaye de Saint-Avit-Sénieur. Bashung précède le Ballet de l’Opéra du Rhin…

« Moi, je m’appelle Chloé, Chloé Mons. Je ne parle pas pour Bashung. D’ailleurs, je partage la scène avec lui ce soir. Mais lui aussi avec moi. » Chloé garantie pur jus. Du gaz à tous les étages. Les cheveux poussés jusqu’au bas des fesses, des rondeurs plus qu’assumées, la belle blonde vous assomme d’un coup de cil. Pêchue. N’imaginez surtout pas qu’elle assure la déco, le soutien moral de l’artiste. Car ici, l’artiste, c’est elle aussi.

Ici ? Monpazier, cité médiévale du Périgord au milieu des salades de gésiers et du foie gras sous toutes ses formes. Monpazier qui accueille ce soir, au coeur de sa bastide, Alain Bashung et, donc, Chloé Mons. Ou vice versa. À quelques heures du concert, et avant de boire un citron pressé, Chloé cale sa balance avec les musiciens et techniciens. Une meute de grands garçons en tee-shirt noir, armés de boucles d’oreille : on les reconnaît à cet air lunaire de ceux qui sortent du lit. En fin d’après-midi. Chloé, elle, fait claquer ses bottes sur les pavés. « On adore les petits festivals, tout est beaucoup plus simple. Et puis, nous avons des amis en Dordogne. C’est joyeux de chanter sur cette place, non ? Et puis chaleureux aussi. On voit les gens à qui on chante… »

Alain Bashung est fatigué. Maladie. Les rumeurs bruissent sous les cornières. Les fans font triste mine. « Il paraît que… » « Si c’est sûr, tout le monde le sait. »

Chloé impose sa nature, elle pète la santé, pas là pour pleurnicher : « Quoi ? C’est mon mari. On est ravis de partager la scène. On s’aime et on aime chanter ensemble. C’est notre petit rendez-vous à nous. » Ils sont mariés depuis dix ans. Ils s’aiment, ils vont chanter tous les deux. Personne n’attend Chloé, elle le sait et s’en tape. « Moi, je vais assurer une première partie, seule avec mon ukulélé, des titres inédits. » « Calamity Jane », le titre de son album lui colle à la peau. Elle décroche un sourire, remonte sa jupe pile au-dessus des genoux ronds. Les organisateurs du festival, qui en célèbrent la vingtième édition, en vantent l’éclectisme, le côté artisanal tricoté main. À quelques heures du concert, ils apprennent que Bashung sera accompagné par Chloé. OK, tout va bien.

21 heures samedi. La place explose, impossible de rentrer plus de monde. Chloé Mons se plante seule sur la scène comme annoncé. Sur les chaises, on papote pendant qu’elle impose son ukulélé et son culot de fille de cow-boy. J’y suis j’y reste. Et qu’importe ce qu’elle entonne, elle insuffle une décharge de bonne humeur au milieu de tous ces gens consternés. Car lorsque Bashung arrive, le crâne chauve, la démarche traînante, le contraste fait mal.

Et puis il va chanter, des textes crépusculaires, et cette voix qui chauffe jusqu’aux pierres centenaires, et son ombre draculéenne répliquée trois fois sur la vieille grange aux dîmes.

Don d’ubiquité. Ici, tout le monde a envie de chialer. Pas parce qu’il est paraît-il malade, parce que ce moment est pur. Le voilà à l’acmé de son art. Dépouillé de tout le reste. Sec comme un coup de poing que l’on prend en plein coeur. Il dépose là, au milieu des champs de blé, des vergers chargés de fruits, des murs blonds, il dépose à nos pieds tout le reste de son talent. En concentré.

C’est la fin du concert. Chloé revient sur scène chanter avec son mari. Comme prévu. Avec sa main dans la sienne, perfusion de chair et de sang. C’est comme ça quand on s’aime.

Isabelle Castéra

Les fêtards sont aussi du matin (BAYONNE - 64)

fete bayonne matin

Pendant la fête, les matinées se déroulent parfois au ralenti, mais toujours avec le sourire. C’est le moment béni où l’on voit certainement le mieux les gens, de toutes conditions et de tous milieux.

Déjà deux heures qu’elle a planté son nez dans la Nive. Sans se défaire d’un sourire énigmatique, Claire, une étudiante parisienne, fixe les poissons sans trop les voir. « Je profite de ce calme passager… avant la tempête du soir », fait-elle. On entend comme un bruissement dans la ville. C’est le matin à Bayonne, pendant la fête. La ronde des engins de nettoyage a fait place aux croissants en terrasse. Les rues s’emplissent peu à peu. Et Damien n’a pas quitté sa position fœtale. « Non, je vous assure que je n’ai pas abusé hier soir, précise ce jeune commerçant lillois. Simplement, on s’est perdus. Il était tard. Et comme je n’ai pas retrouvé le camping, j’ai pris ce banc. » Les passants lui adressent parfois un commentaire amusé. Ce n’est qu’un début. Car le matin déploiera lentement sa bonne humeur, au gré des ruelles. La veille au soir, l’immense entreprise festive avait réveillé la part bestiale de quelques festayres. Au milieu de ces milliers de complices, j’ai aperçu quelques échauffourées. Des gestes isolés dans ce joyeux tumulte de virilité, de séduction rapide et de flamboyance. Mais ce matin, l’atmosphère a changé. Moins expéditive, moins superficielle, plus douce et posée. Un peu comme si Jacques n’avait jamais taché sa chemise. Comme si, en ouvrant son journal ce matin-là, cet assureur breton était en paix avec lui-même. « C’est essentiel pour se sentir à nouveau dans la journée. Les cuivres arriveront bien assez vite pour nous remettre dans le bain. Alors, je savoure. »

Des visages. Oui, il déguste. Après sa soirée de la veille, il s’agit maintenant d’un café, assorti d’un dialogue avec son compère de la nuit. « Que j’ai rencontré avec ses collègues hier soir, précise Jacques. Mais aujourd’hui, on peut se poser, ce n’est plus la bousculade. » Il a raison : c’est un instant à part. Un éclairage soudain sur la foule, dont on ignorait les visages hier encore. Car le matin, l’étudiante parisienne côtoie le Basque de souche, le plombier polonais et les autres. Ces messieurs n’ont pas qu’un bon coup de fourchette et ces dames un joli postérieur. Les gens ont des noms, des professions… Et ça se voit.

« Vous venez d’où ? » demande une mamie béarnaise à ses voisins de petit déjeuner. « De Calais. Je suis maçon. Et ma femme ne travaille pas. On ne connaissait pas les fêtes alors on veut en profiter un maximum. » Le couple s’étonnerait presque de constater que Bayonne compte des boutiques. Qu’elle n’est pas uniquement ville bodega. Alors, tandis qu’approche l’heure du déjeuner, ils jettent un œil sur la déambulation des géants. Le matin, c’est au tour des enfants d’être à la fête. Et Bayonne de prendre paisiblement des airs de festival. Ou les « a » de la veille (bodega, sangria, fiesta) font place aux rimes en « eur » : douceur, fraîcheur, candeur…

À leur rythme. « C’est certainement la seule occasion de l’année d’oublier son boulot et de parler aux gens. À ceux qui sont venus avec moi, que je côtoie pourtant toute l’année, puis aux fêtards de toute l’Europe […]. Le moment du petit crème matinal est parfait pour ça. Encore mieux que la fête d’hier soir, parce qu’on est cool pour refaire la soirée tout en se projetant dans la suivante », confie Patricia, Tourangelle adepte des fêtes du Sud-Ouest.

Ça y est. La pendule s’est arrêtée sur midi. Claire a retrouvé toute son acuité visuelle. Elle s’est enfin éloignée de la Nive et peut retrouver une activité normale. Cela devrait prendre plus de temps à Damien, notre fœtus égaré. Mais chacun respectera le biorythme de l’autre. Tel l’instant où, en coulisses, l’on découvre, émerveillé, les visages des comédiens, le matin n’a qu’un temps. Gueules de bois, de travers ou d’amour, elles étaient toutes de sortie. Preuve que les fêtards sont aussi du matin.

Par Thomas Villepreux

1 août 2008 - Aucun commentaire
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Un Grolandais landais à Hossegor (HOSSEGOR - 40)


bellocq

photo Philippe Salvat

Le département des Landes accueille cet été celui qui est probablement le meilleur surfeur du Groland. Une virée avec le complice de Mickael Kael, le journaliste délirant de Canal +

La journée va être longue. Je fais le tour de la famille à Mont-de-Marsan. On se tient au courant. Vive la France ! Gloire à Satan ! » Franck Bellocq et sa planche de surf ne rejoindront pas le très prisé sable d’Hossegor dans les délais imposés par la houle. Il me l’a signifié par SMS. Avec ses mots. Car son langage n’est pas celui de « nous autres, Français ». Huit ans déjà que le trentenaire vit en présipauté grolandaise !

Exilé volontaire dans cette contrée du PAF où les noms de patelins invitent au voyage : Perdrons-la-Louvrette, Chichigneux, Mufflins… C’est ainsi qu’il est devenu Frankiki, stagiaire de Mickael Kael sur Canal+. Pourtant, quand sonne l’heure du « rien foutre » estival à Hossegor, Franck Bellocq suffit. Il vous parlera ici de sa grand-mère, femme de cran habituée aux mises en scène grolandaises… À ces moines mexicains qui, sur Canal, sondèrent en profondeur l’intimité du petit-fils ; ou encore à ces sécrétions naturelles que Frankiki reçut en pleine face pour les besoins du script. Ici, cette carrure bourvilienne aux airs de Jean Yanne jeune vous racontera surtout « ce qui a fait le lien entre Hossegor, Groland et Frankiki ».

Les Soupulls. Il résume : « Après la catastrophe de l’”Erika”, je me suis rendu au siège de Total, à la Défense, pour récupérer 163 millions d’euros avec des amis d’Hossegor, Capbreton et Seignosse. Nous avions créé les Soupulls, la Super Organisation ultrasecrète pour une lutte contre les lobbys. Total nous avait accusés de repérage terroriste. Et nous avions passé l’après-midi en taule avec un commissaire qui s’appelait Moulin… ce qui nous a bien fait marrer. »

La poésie des Soupulls avait frappé Moustic, Gustave de Kervern et consorts en plein cœur. Et en plein foie ! Car une cuite avec Gus allait plonger l’étudiant d’alors (en journalisme) dans la marmite grolandaise… de l’écriture de sketches jusqu’à Frankiki, à assumer devant 1,5 million de téléspectateurs.

Sur la Croisette landaise, il se promène pourtant incognito. Et donne rancard à ses amis. Richard, Claire… ou bien Youenn, qui chambre : « Franck, c’est le renégat parisien ! » Ce traître-là n’a pourtant rien sacrifié de son humilité et de cette conception du surf qui ne colle pas avec les contrastes d’Hossegor la coquette. Où les bars basques sont lounge. Où le Germanique en méduses apprécie la vue des dunes les plus siliconées de la plage. Où la faune à scooter avale sa dose de « junk food » sous les yeux révulsés d’une clientèle BCBG de bandits manchots : « Des frites ? Cela va contraindre mon teint. »

Première pinte. Frankiki résiste, même ici, à la terrasse du café cosy situé au-dessous de son ancien appartement. Pas de Blue Lagoon ni de coucher de soleil au champagne-fraise. Il est 18 h 15. Le Landais grolandais se contentera d’une (première) pinte. Un délice ! Bien davantage que la métamorphose des lieux. « Pour un Grolandais, Hossegor n’est plus ”the place to be”. L’ambiance ”roots” est morte. Ici, c’est Cannes. » Ainsi la compare-t-il à Contis, « moins frime, plus proche de l’esprit originel du surf ». Il cite enfin LA station à découvrir : Quend-Plage (Somme), théâtre du festival de « not’bô pays », le Groland.

Fini le 40. Hossegor lui procure juste sa dose de surf et d’amitié. « Heureusement qu’il y a ça ! lance-t-il. Mais quand on quittera Paris avec Eve (sa compagne, ancienne assistante de production à Groland), on ne s’installera pas à Hossegor. Ce sera sans doute Bordeaux, une vraie ville où il y a un bar tous les 10 mètres. » Frankiki emmènera aussi son rejeton de 3 mois, dont le prénom évoque ce réflexe de post-alcoolisation : « C’est un petit Raoul… Forcément ! »

La présence de Frankiki dans les bureaux interlopes de Groland-Paris n’est donc plus requise, puisque le travail à distance a été inventé. Ainsi se débarrassera-t-il de « cet ignoble 75 ». Or, en attendant, il peste : « À Paname, je m’étais débrouillé pour garder le 40. Et récemment, je n’ai pas pu y couper. » À l’arrière de sa voiture, un autocollant GRD (comme Groland) le blanchit toutefois. Alors il sème, au zinc, stickers et passeports de la présipauté.

Bientôt 2 heures du mat’, dans la nuit de « môrdi » à « credi ». Trois pintes et quelques litres de rouge plus tard, on n’a toujours pas trahi l’esprit grolandais. Banzaï !

Thomas Villepreux


 


Des chanteurs en chantier (LA ROCHELLE - 17)

julien bense

photo Xavier Léoty

Le Chantier du festival des Francofolies, jusqu’à mercredi à La Rochelle, coache une sélection d’artistes. Les vedettes de demain ?

Elle : 24 ans, jolie brindille brune piquante, voix de Mistinguett moderne, chanteuse-comédienne de contes azimutés du quotidien. Lui : 28 ans, mousse de cheveux et barbe, chemise serrée à carreaux, bagouses aux doigts, auteur de mélodies pop-folk très chanson française et très Dylan. Il est niçois monté à Paris, elle est de Lyon.

Voici Carmen Maria Vega et Julien Bensé, deux potentielles vedettes à venir, parmi les 12 artistes du Chantier des Francofolies de La Rochelle, atelier de travail où ils sont couvés, coachés, corrigés durant plusieurs semaines avant de prendre les petites scènes du festival. Demain, ils feront peut-être des Disques d’or, des concerts dingues et reviendront à La Rochelle en haut de l’affiche, sur la Grande Scène de Saint-Jean-d’Acre (10 000 personnes). Ou pas.

Décoller. On les rencontre au bar VIP du festival, microcosmique et en teck, avec des serveuses blondes pour offrir le pastis et tout l’aéropage du métier qui fait ses pronostics. Le but du jeu est désormais de jouer et convaincre festivaliers curieux, journalistes exégètes, bouches et oreilles.

Bensé est déjà encensé. Les camarades de promo, La Maison Tellier, Merlot ou Claire Denamur ont aussi leur buzz. Carmen, autre probable « révélation de l’année », comme dira la réclame, a l’air gourmande de ce qui se trame.

Il y a 12 candidats à cette anti-Star Academy. Tous ont déjà un parcours dans le métier, album, tournées, programmation radio, premières parties parisiennes. Manque le truc qui fait décoller. Comme avoir l’oreille des Francos et (au moins) de ses 70 000 spectateurs. ET surtout celle de Kévin Douvillez, 30 ans, jean-baskets, lunettes à branches noires sur visage rond d’ado. Il est un tiers du trio de programmateurs des Francofolies, missionné pour repérer les artistes naissants. La maternité est Paris, un peu Rennes, un peu Lille, plus rarement ailleurs en province. Il fait son marché dans deux à quatre concerts par soirs à la capitale, qui en propose 60. Paris, c’est « de fait, un passage obligé », explique Kévin Douvillez, qui fait l’inventaire des groupes sur Myspace mais sélectionne surtout en concert.

Les artistes ont un coach pour la présence scénique (« l’incarnation », ils disent), la voix et, pour certains, un coach « personnel ». Un psy dans la couveuse ? « C’est pour aider à se poser les bonnes questions », dit Kévin. Mais le chantier est moins là pour réprimer l’angoisse du mélange rock-alcool-pétage de plombs à venir que fignoler l’existant : « Un leader qui ne s’affirme pas, par exemple, alors qu’il faut quelqu’un pour prendre le pouvoir, incarner le show », explique Kévin. Ou le risque d’en faire trop pour draguer son public. Trop de son, trop de blagues, trop de trop qui flingue un répertoire. C’était un peu ça, pour Carmen Maria Vega. Ses chansons comédies sont super bien troussées, mais elle forçait trop son personnage en scène et y perdait certaines chansons plus sensibles. Kévin Douvillez : « Faire rire, puis faire pleurer, c’est une vraie force dans le métier. C’est le plus dur. » Perdurer aussi. Sur 250 groupes passés au Chantier, le grand public en a retenu une poignée, dont Emily Loizeau, Pauline Croze, Marie Cherrier et Cali.

Au Chantier, Carmen a travaillé à « devenir une vraie interprète, pas juste une nana qui chante bien ». Bensé a travaillé l’ajout d’un violoncelle et ses manières à lui, sur scène : sourire, regarder le public, petites mises en scène avec le reste du groupe. Festival conquis, album remarqué, c’est l’antichambre du succès. Il sera éventuellement dopé (médiatiquement) par son mariage prochain avec la chanteuse Rose, amoureuse éplorée qui l’a précédé dans le Top 50. Elle chante demain soir. Une grande scène de ménage ?

Le concert des lauréats du Chantier, demain mardi 15 juillet, sur la scène de la Motte Rouge, de midi à 17 heures (gratuit). À écouter sur Internet :www.carmenmariavega.com et www.benseonline

Adrien Vergnolle

14 juillet 2008 - Comments Off
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Luxey (40). Relâche d’artistes sous la pinède


artsite.jpg Petite musique de la brise dans les branches, chant des cigales en stéréo, corps allongés au pied des arbres. Le temps s’arrête sous la pinède de Luxey, à la sortie du village, où sont accueillis avec toute la chaleur landaise les chanteurs, musiciens et comédiens de Musicalarue.Artistes de rue et têtes d’affiche se croisent le temps d’un café ou d’un interview à l’ombre des pins maritimes, où il est « interdit de mettre le feu», mais où il est chaudement recommandé d’enflammer les nombreuses scènes du festival.

Sortant d’une douce sieste, Philippe Bayle, musicien du jazzman girondin Pascal Lamige, s’étire dans la torpeur de l’après-midi. « C’est important de récupérer. J’ai joué tout à l’heure dans le village avec lui et lui », dit-il à voix basse en désignant ses deux compagnons de sommeil.

Répétition sous les pins.

Plus loin, Hélène, de la troupe bretonne Cirkatomic, en provenance du camping naturiste d’Arnaoutchot, à Vielle-sur-Gironde, déjeune en famille sur une table en bois. « On est très bien installés. Il y a juste un chien féroce dans le coin, mais il a disparu. Ca nous fait tout drôle d’être ici, on est loin de tout. Il n’y a même pas de ligne blanche sur la route ! » s’étonne-t-elle.

Avant de monter sur « la scène des peupliers », le guitariste Thierry « Titi » Robin répète avec son accordéoniste et son percussionniste sous une pluie d’aiguilles de pin, devant un parterre de petits chênes. « Je voulais un endroit calme pour répéter. Ici, c’est idéal. C’est très agréable, mais en même temps je reste concentré. J’ai envie d’être à la hauteur, il y a des gens qui viennent de loin pour nous voir », remarque-t-il.

« Ca sent bon ».

La pinède de Luxey a toutefois des vertus apaisantes que les grandes industries pharmaceutiques ne pourront jamais reproduire en laboratoire. Sorti un poil tendu de son concert landais lundi soir, le slameur Abd Al Malik a goûté le calme nocturne du site plus longtemps que prévu (une grosse demi-heure), avant de repartir sur les routes, totalement zen.

« Les artistes ont un circuit formaté, j’oserais dire plastique. Ici, il y a la sève, la résine de pin. C’est consistant, ça attache, ça sent bon. Tous ces gens de talent ont le temps de se rencontrer. Luxey n’a pas la pression des grands festivals », assure François Garrain, le président de Musicalarue.

Grégoire, chanteur des Têtes raides et du groupe Lombric, qui avait organisé aux Francofolies de La Rochelle une rencontre entre les ânes du Berry et les baudets de l’île de Ré, profite de ce moment de détente.

Vertus apaisantes.

« On sort de trois mois de marche avec les ânes, on les a laissés au repos, il n’y a que la charrette à Luxey », sourit-il, en surveillant ses enfants en train de jouer entre les pins. « C’est important de rester trois jours, ça nous permet de croiser des gens, de faire un peu plus que ce pourquoi on est là. »

C’est peut-être pour ses vertus apaisantes que certains artistes sont prêts à tout pour venir à Musicalarue. Comme le groupe Saint-Sauveur, parti en car de Montpellier il y a quelques années. Après une première panne, les musiciens avaient loué un autre car, qui rendit l’âme une centaine de kilomètres plus loin. Le taxi qu’ils prirent ensuite fut victime d’un accident. C’est finalement en ambulance que le groupe arriva à Luxey.

Par Frédéric Zabalza.

Dax (40). Genèse d’un tube du cuite-parade

chanson.jpgIntérieur, jour. Un homme à la tête penchée. Seul, évidemment. Seul avec une guitare. Grattouillis, murmures, travail obstiné de la mélodie, arcanes de la création. Et puis, violent contraste. Extérieur, nuit. Un chant joyeux sous les lampions, un plaisir collectif qui cogne aux poitrails bombés, une cacophonie grégaire. On est dix, on est mille, on est ensemble et on s’égosille : « C’est nous les méchants piranhas, gnagna »…

Lui, l’homme à la tête penchée, l’homme solitaire qui a créé avec ses petites mains cet air qu’on chante sans soif, bras dessus, bras dessous dans les rues de Dax, lui, c’est comme s’il n’existait pas. Jean-François Grabowski, gersois de naissance, est l’auteur-compositeur de l’un des grands tubes du cuite-parade des ferias, « Piranhas », la création la plus fameuse du groupe lot-et-garonnais Les Astiaous.

Un verre offert.

Il raconte cette anecdote : « Un soir, aux Fêtes de Bayonne, je n’avais plus un rond pour boire un coup. Alors quand, dans le bar où j’étais, ils ont passé ma chanson, j’ai tenté : “C’est moi qui l’ai fait, ça ! C’est moi l’auteur !” J’ai dû leur montrer ma carte d’identité, avec le même nom que sur la pochette du CD, pour qu’ils acceptent finalement de m’offrir un verre. Mais je crois qu’au fond, ils ne m’ont jamais cru. »

En plongeant une histoire de poissons carnivores dans les eaux de la Garonne, Jean-François Grabowski a aussi, sans le vouloir, jeté sa chanson dans l’air du temps. Lequel, imprévisible chahuteur, l’a emportée loin de Toulouse, ville d’adoption du musicien. « J’ai vu des compilations contenant ma chanson, mais ne mentionnant aucun crédit de compositeur. C’était juste écrit “air traditionnel” ! » s’amuse le troubadour.

Il est ainsi devenu le père vénérable d’une chanson folklorique multiséculaire, transmise de génération en génération depuis le fond des âges en passant par le fond des bouteilles. Mais écrite en 1992.

Enregistré en live.

« L’idée m’était venue à la lecture d’un fait divers selon lequel des piranhas avaient été lâchés dans la Garonne », précise celui que tout le monde, de Toulouse à Nogaro, appelle Nounours. « Comme mes copains des Astiaous sont de Port-Sainte-Marie, au bord du fleuve, j’ai situé l’histoire chez Simone, dans le café où ils avaient leurs habitudes. » Et dont le nom, cela n’aura échappé à personne, a la grande qualité de rimer avec Garonne.

Comme « Amsterdam » de Jacques Brel, « Piranhas » a la particularité d’avoir été enregistré en public. « C’était au Florida, à Agen. C’est peut-être cela qui a fait son charme d’emblée, car les spectateurs réagissent sur l’enregistrement original. Ca a dû jouer. En tout cas, je ne l’ai pas fait exprès. Pour moi, c’était une chanson comme une autre et le fait est qu’elle a très bien marché. » De chanson « à texte », à vocation légère et humoristique, le titre est devenu un incontournable des répertoires de banda.

« Pyjama, pyjama ».

« C’est marrant, comment ça se passe. En écrivant le refrain, après “Piranha, Piranha”, je fredonnais “ragnagni et ragnagna”, mais ça n’avait rien de définitif. C’était en attendant de trouver un truc intelligent… Eh bien, disons que… je n’ai rien trouvé », se marre le placide Gersois.

Humble poète et bon vivant, l’ancien joueur de rugby de la Renaissance Sportive Mauvezinoise a redécouvert un jour la plus connue de ses oeuvres traduite dans une langue étrangère. Le belge. « Au Festival de bandas de Dalhem, j’ai entendu un groupe qui avait gardé l’air et changé les paroles. Ils avaient remplacé “Piranha” par “Pyjama”… »

Le genre nocturne et fantaisiste de la chanson festive, peut-être parce qu’il doit être difficile de remplir un relevé Sacem à 4 heures du matin, rapporte peu à ses auteurs. « Piranhas » ne génère que quelques centaines d’euros de droits, « les bonnes années ». Il faut ajouter à cela un verre offert de temps à autre dans une peña. A condition de présenter un titre d’identité valide.

Par Nicolas Espitalier.

Matha (17). « Nous sommes des fils d’étoile »

hippie.jpg « D’où vient le mot hippie ? Ça n’a rien à voir avec le hippisme ? » s’interrogeait hier, sans rire, un jeune homme au torse nu et aux dreadlocks qui descendent jusqu’aux omoplates.

Dur, dur d’expliquer aux nouvelles générations l’origine et le sens de la culture hippie, née dans les années soixante et célébrée jusqu’à dimanche à Matha, petite commune de la Charente-Maritime cernée par les champs moissonnés.

Depuis hier, autour d’une ancienne ferme, le « village Katmandou » a ouvert ses portes dans le cadre rural du 4e Festival hippie et écologique. Cheveux longs et idées folles s’y retrouvent pour écouter les musiques de l’époque en évoquant les plus belles heures du mouvement, avec ses messages subversifs, affichés à l’entrée : « Il est interdit d’interdire », « Faites l’amour, pas la guerre », « Les chiens ne sont pas acceptés ».

Le style deudeuche. Les 2 CV Citroën, elles, sont les bienvenues. Plusieurs dizaines de deudeuches, bariolées et décorées, sont arrivées dès jeudi soir des quatre coins du pays. « C’est en participant à un rassemblement de 2 CV en Corrèze qu’on a appris l’existence du Festival de Matha », expliquent Joseph et Muriel Arnace, marionnettistes originaires du Finistère, parents du petit Olowan, « né dans un tipi », et de Nastie, « née dans une cabane en bois ». « Nastie veut dire étoile en lapon. Olowan, c’est un nom sioux », explique Muriel, vêtue d’une longue robe violette, avec les lunettes rondes assorties, tandis que son mari, aux longues moustaches, porte un gilet par-dessus sa chemise. « On est habillés comme ça toute l’année », sourit l’épouse.

Le tipi déclencheur. Trop jeune pour avoir vécu l’âge d’or du Flower Power, le couple a choisi de vivre à la manière hippie sans se préoccuper des modes. « J’ai rencontré Muriel au lycée en 1978. Un jour, j’ai vu un tipi sur une plage, ça m’a rappelé un bouquin que j’avais lu tout gosse : “Comment vivre en Indien”. Ce tipi a déclenché plein de choses », raconte Joseph.

Aujourd’hui, la famille finistérienne sillonne les routes de France avec ses marionnettes. « On n’a pas connu le mouvement hippie, mais c’est un mode de vie qui nous plaît. Dès qu’il y a des rassemblements ou des festivals, on s’y rend. On plante notre tente et le tipi des enfants. On voyage partout comme ça », souligne Muriel.

Leur voisin de tente et de 2 CV, Claude Monnier, short en jeans et gilet orange, ne se revendique pas directement de la culture hippie. « Je suis un homme libre ! » clame le préretraité. « Je me suis sauvé du pensionnat, où j’étais enfermé depuis presque dix ans, à l’âge de 15 ans. Depuis, j’aime la liberté par-dessus tout. J’ai fait tous les métiers, je suis parti aux États-Unis, en Europe, en Afrique… Je suis complètement autonome et je bouge partout », assure-t-il en faisant visiter l’intérieur de la cabine de sa 2 CV incroyablement équipée, où ne manque que le billard.

« Arrivé à rien, mais tout seul ». « Les hippies, poursuit-il, je les ai beaucoup croisés. Je suis passé dans les communautés mais sans jamais m’intégrer. Comme disait Groucho Marx : “Je suis parti de rien, je suis arrivé à rien, mais tout seul !” » éclate-t-il de rire, en avouant ne pas savoir quel chemin il prendra lundi.

« Les jeunes, aujourd’hui, sont plus lucides mais aussi plus graves. Ils sont moins sereins et insouciants que nous », regrette Joseph. « Les raves sont pour moi dans la lignée du mouvement hippie, sauf qu’il n’y a pas cette notion de partage. Par contre, il y a quatre ans, au grand rassemblement altermondialiste du Larzac, j’ai vu un vrai mélange entre les 30 000 participants, comme à l’époque hippie, où il y avait des militants, des écolos, des libertins ou des spirituels. C’est ce mélange qui compte. Nous sommes tous des frères, des fils d’étoile, non ? »

« Les jeunes, aujourd’hui, sont plus lucides mais aussi plus graves. Ils sont moins sereins et insouciants que nous »

Moncrabeau (47). « Je jure de travestir toute la vérité »

roi-des-menteurs.jpg Moncrabeau est une ville des Alpes néerlandaises. Une mégalopole tentaculaire infestée de mégaloptères, d’au moins 25 millions d’habitants. Noyée sous une fraîche brume caniculaire tous les 36 du mois. Où l’on moissonne des hectares de maïs sur les toits ovoïdes d’immeubles de mille étages. Ou bien, mais cela reste à prouver, c’est un bled paumé dans l’Albret, avec une population évaluée à 800 têtes au dernier recensement. Personne, cependant, ne mettrait la sienne à couper que ce ne sont pas celles de 400 citoyens bicéphales.Moncrabeau, c’est n’importe quoi, tous les ans, le premier dimanche d’août.

Le retour du roi.

« Since 1972 », comme on dit dans l’industrie textile, la vérité y est, chaque été, habillée pour l’hiver. Travestie, maquillée et balancée sur le parvis des halles, devant un millier de curieux. Dimanche après-midi, pour la 35e fois, le titre de « roi des menteurs » a été décerné sur un fauteuil homonyme par une académie homonyme. Et à un type tout sauf anonyme. Du moins en Lot-et-Garonne : Fred Pojurowski, ancien conseiller général, avait déjà été couronné en 1987 puis sacré « roi des rois » en 1992, au terme d’une confrontation « historique » entre les vingt premiers lauréats de cette épreuve, sans autre équivalent dans le monde que sa version jumelle belge, organisée par, je cite, la « Royale Moncrabeau de Namur ».

Le concours des menteurs est l’héritier d’une présumée tradition locale de 1748, qui consistait à raconter sans cesse des histoires invraisemblables, à la seule condition qu’elles soient vraisemblables. « A l’époque, les gens désoeuvrés de Moncrabeau débattaient de l’actualité, causaient de tout et de rien. Quelques chanoines de Condom les rejoignaient en fin d’après-midi. Et lorsque plus personne n’avait d’histoire vraie en mémoire, ils commençaient à en inventer », raconte Gilles Capot, grand maître quatre-vingt-dix d’une cérémonie délicieusement ritualisée.

Certifié Jack-Lang.

Chaque candidat, préinscrit, fend un public d’estivants et entre dans le rectangle solennel des académiciens, vêtus de robes de velours rouge. S’il vient pour la première fois, il doit baiser la pierre de la Vérité, insérée dans le mur des halles, sur la petite place centrale. Et prononcer ce serment millénaire bien qu’imaginé en 1972 : « Je jure de travestir la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. »

Assis sur le fauteuil des menteurs, sous la devise « Vérité travestie, Verve, Joie » et en face de la maison natale de Fujiyo Lapuce (on ne connaît que lui, allons, c’est l’inventeur de l’informatique moderne), l’aspirant roi a quelques minutes pour convaincre l’auditoire du mal-fondé de son récit. Les néo-menteurs reçoivent au passage un « diplôme à bac + 10 certifié Jack-Lang » : la « Lettre-patente de la Très-Véridique Cour de Moncrabeau en forme de Priviliège ».

« Cannes à bisto de nas ».

Après quoi l’on tourne les pages. C’est-à-dire que deux enfants moncrabelais, appelés « les pages », font le tour des quarante académiciens avec un sac, dans lequel les sages versent de plus ou moins grosses cuillerées de sel. C’est le vote : le poids de sel déterminera l’identité du futur roi. C’est en supposant que le sel de l’Académie des menteurs n’est autre que de la cocaïne et en faisant la cocasse démonstration de l’implication des académiciens dans un vil trafic, que Fred Pojurowski a empoché la troisième couronne de sa carrière ainsi que 1,660 kilogramme du sulfureux sel fin.

« Il faut se rendre à l’évidence, a-t-il notamment déclaré. Nul n’a jamais vu l’ombre d’une canne à sel autour de Moncrabeau, donc point de sel. Par contre, ce que l’on voit à perte de vue, ce sont des champs de cannes à bisto de nas, plus connues sous le nom de cannabis. »

Commentaire de cet héroïque menteur, qui dit tout haut ce que les autres ignorent tout bas : « Certains m’ont mis au défi d’en parler. J’ai répondu “Ah, chiche !”. D’autres m’ont poussé : “Dis-leur, dis-leur !”. »

C’est ce qui l’a conduit tout droit au titre. Comme sur des rails.

Par Nicolas Espitalier.

Reportage Photo “Tout le monde aime la salsa tokyoïte”

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Photos de Philippe Bataille et Nicolas Espitalier

30 juillet 2007 - Aucun commentaire
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Vic-Fezensac (32). Tout le monde aime la salsa tokyoïte

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C’est un pays de moustachus, de maîtres octogénaires, de vieillards vénérés. Un pays d’Afro-Amérique, dont les hymnes innombrables se dansent sur le sable, et où un Porto-Ricain sans âge s’assoit pour jouer du cuatro depuis cinq générations.

Alors, quand une cavalerie d’amazones en kimono à fleurs traverse ce petit monde au galop, ça fait du grabuge à Latino-City. Le groupe Son Reinas, composé de dix femmes, toutes japonaises et pour la plupart trentenaires, est un phénomène unique et détonant. Arrivé de Tokyo vendredi, le groupe a passé le week-end à Tempo Latino, à Vic-Fezensac, avant de partir pour Milan.

Le « banc de sushis ».

« Elles étaient déjà venues une première fois il y a deux ans, s’amuse une bénévole. Elles sont incroyables, gentilles et drôles. On leur avait servi du vin et du café et elles avaient bu les deux mélangés. »

Le choc des cultures entre les salseras d’Extrême-Orient et la population de Proche-Gascogne induit mille scènes désopilantes des deux côtés de la barrière de la langue. « Elles photographient tout, le ca

ssoulet, les parasols Kronenbourg », s’étonne une autre bénévole, qui a forgé pour désigner les musiciennes nippones cette expression très classe, très pêche : « le banc de sushis ».

Pendant la balance du spectacle du samedi soir, le président du festival, Eric Duffau, leur propose de faire leur entrée sur « La Panthère rose ». Les « Reines » n’ont que quelques minutes pour mettre au point l’exercice de style mais s’y plient de bon coeur. Lorsqu’on lui propose de « dire bonjour en japonais » au micro, la chanteuse Izumi Muramatsu, n’hésite pas et répète, en français : « Bon-jour-en-ja-po-nais ! » Autour de la bande, les techniciens ont des sourires émus de jeunes parents. De temps en temps, les artistes éclatent de rire et applaudissent leur interlocuteurs.

L’idéal américain.

Une demi-heure avant d’entrer en scène, chacune veut apprendre une phrase en français. Les saillies drôlatiques du concert de 2005 (« Où sont les toilettes ? », avec l’accent) sont entrées dans la mythologie festivalière. Ali et Laurence, bénévoles gersois et anges gardiens des dix Tokyoïtes pendant leur séjour dans le Gers, les aident à réciter phonétiquement leurs bons mots du soir.

Tomoko, aux bongos, articule avec ravissement : « J’aime… la… pastèque ! » Miki, à la trompette, va faire un carton dans des arènes conquises : « Voulez-vous coucher avec moi ? » Plus pragmatique, Akiko Oki, qui joue de la conga, a choisi quelque chose qu’elle peut utiliser midi et soir : « J’ai faim, je mange tout. »

Seules deux des filles se débrouillent un peu en anglais et une troisième en castillan. « Leurs chansons sont en espagnol, elles les ont apprises phonétiquement », sourit le manager new-yorkais Xavier Colon, qui leur a fait visiter tous les clubs latinos du Spanish Harlem.

« Nous apprenons beaucoup des musiciens américains. La salsa, c’est leur musique, et jouer comme eux constitue notre idéal. Pour nous, ce sont des stars », explique en anglais la pianiste Akiko Yamada. « Nous entendons jouer la musique latine sans la dénaturer. En revanche, dans le show et dans les costumes, nous voulons rester japonaises : nous portons toutes un kimono de la même étoffe, mais chacune l’a arrangé à sa façon », poursuit-elle.

Hommages.

La transformation, juste avant le spectacle, est impressionnante. Couettes, longs cils noirs, tournesols gersois dans les cheveux, talons compensés ou kimonos taillés en minijupe, les Son Reinas inspirent cette réflexion en coulisse : « Ce sont des personnages de manga ! »

Une heure de scène plus tard, les gradins de Vic ont succombé à leur son orthodoxe et à leur mise en scène audacieuse. Le Porto-Ricain Yomo Toro, cinquante ans de scène, rend hommage à ses jeunes consoeurs asiatiques. Le Cubain Israel « Cachao » Lopez, quatre-vingts ans de carrière, applaudit de bon coeur. L’un de ses musiciens, Federico, commente : « C’est un peu commercial pour moi, mais ça reste de la bonne musique. Elles font ça avec tellement de goût et d’enthousiasme que tout le monde les aime ! »

Par Nicolas Espitalier.