L’écrivain a trouvé sa source miraculeuse (LEVIGNACQ - 40)
photo David Le Déodic
L’écrivain Vincent
Ravalec, auteur de 35 ouvrages, romans, nouvelles, essais… vit entre Paris et
Lévignacq, dans les Landes. Amateur de balades et de découvertes du patrimoine,
il a visité toutes les sources miraculeuses du Pays de Born, réputées pour leur
eau chargée en soufre. Les Argilières font partie des plus belles.
Ici,
il est l’écrivain. Comme il y a le curé, le boulanger, l’idiot du village, il y
a désormais l’écrivain. Il arrive en TGV, il gare sa voiture à Dax, et il se
pointe dans sa petite utilitaire blanche toujours pas immatriculée dans les
Landes. Vincent Ravalec, il s’appelle. Paraît qu’il écrit. Quoi ? Pas la Bible
en tout cas, même s’il habite en face de l’église. Et simple, avec ça. Il dit
bonjour, il porte un chapeau de paille troué en été, achète le pain, se balade
à vélo. Il court, aussi. Ah, ça, on se demande bien après quoi il court…
En direct
de Lévignacq, charmante bourgade du Pays de Born à
Maladies
de peau.
Juste avant la guerre, l’affaire défraya la chronique au milieu des grands
pins. La bâtisse fut classée dans le genre hanté, mais personne ne savait par
quoi. Et ça, l’écrivain a adoré. Lui l’a trouvée anticonformiste et s’y est
installé au milieu des 300 âmes de Lévignacq. « à mon avis, lâche-t-il en
souriant, le curé voyait la fille lorsqu’elle faisait sa toilette, toute nue,
dans la salle de bains… »
Aujourd’hui,
3 août, Vincent Ravalec a tiré les volets. Fait chaud. Il a conduit sa fille de
15 ans avec ses copines à la plage. Contis, c’est bien parce qu’il y a des
bars. Pendant que les ados bronzent au Coca, lui se balade au frais à Mézos, à
l’ombre de Notre-Dame-des-Argilières, sous le regard bienveillant de sainte
Rose, celle qui guérit les maladies de peau.
Non, bien
sûr, l’écrivain ne souffre pas d’eczéma. En revanche, il apprécie la beauté du
site. Le côté verdoyant, forêt aux gnomes, Brocéliande, tout ça. C’est ce qu’il
raconte tandis qu’il trimballe son short et son accent de Parigot entre les
fougères et les « tiacs », sans se méfier des moustiques ni des tiques qui
viennent s’accrocher à ses tendres mollets. Le voilà béat devant les reliques de
l’autel entretenu par un groupe de paroissiens du village, ému devant cette
ribambelle de mouchoirs, culottes, gants et torchons à vaisselle déposés là par
des gens en quête de miracle. C’est beau la campagne, hein ?
Pur
moment de rock’n'roll. Vincent Ravalec s’est renseigné sur ce Pays de Born où il a
posé ses bagages voilà dix ans. Fouiné dans les musées où personne ne va plus,
chez les bouquinistes, ouvert de vieux livres enrhumés. Les érudits locaux
l’ont conduit à toutes les sources miraculeuses du coin, spécialisées dans les
affections de la peau.
Sa préférée
se trouve ici, nichée dans cette clairière, à deux pas d’une rivière dont il a
oublié le nom, mais où il aime se baigner lorsqu’il en a marre de se faire
enguirlander par son ado de fille, réveiller par le téléphone ou, peut-être,
d’être écrivain parisien. Finalement, on n’est pas si loin du « Pur moment de
rock’n'roll » qui fit son succès dans les années 90. Ne manque que la musique.
Et puis, Ravalec, il est tellement bien ici qu’il se baigne tout nu dans
l’Océan, revient même en hiver et aussi quand il pleut. D’ailleurs, son dernier
livre est écrit là. Lévignacq, Pays de Born, 40 Landes.
Isabelle Castéra


